Le chapitre suivant ^^ Merci à vous tous, vraiment :) je mettrais bien un coeur, mais je peux pas, vous savez bien. Je préviens, ce chapitre est plus tourné vers le Destiel, ou en tout cas la relation entre Dean et Castiel.

( j'aurais pu faire tourner cette histoire dans des milliers de direction, faire quelque chose de très long et d'encore mieux construit, avec beaucoup plus de rebondissement mais je voulais que cette fic reste courte, je suis en train d'écrire une autre fic qui promets d'être plus longue et plus sombre )


Dean n'aurait jamais pensé faire ça. Il en avait presque honte. Seulement voilà, c'était sa seule solution et il avait bien l'intention de tenir la promesse qu'il avait faite à Sam. Alors il ravala sa fierté et s'assit en soupirant sur un banc de l'église vide. Devant lui, Jesus sur la croix semblait le narguer. Il renifla et détourna le regard vers les vitraux colorés, parcourant les murs des yeux, les voûtes gothique, les flammes vacillantes des cierges, comme mille étincelles d'espoir lancées à travers la nuit. Ca avait quelque chose de beau et de triste à la fois. Dean déglutit et baissa la tête vers ses mains liées en un seul poing sur ses cuisses.

- Castiel, je te prie et te supplie de revenir.

C'était idiot, ça sonnait faux, affreusement faux. Pourtant, il regarda autour de lui avec espoir, mais aucun signe de Castiel, pas même une flamme de bougie qui frémissaient ou le moindre détail anormal.

Il se passa la langue sur les lèvres et lia de nouveau ses mains avec force, se concentra en fronçant les sourcils et ferma les yeux, ses lèvres remuant pour murmurer les mots qui résonnaient dans sa tête.

- Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, moi, Dean Winchester, m'adresse à toi, Castiel, Ange du seigneur. J'invoque et implore ton pardon et te prie de bien vouloir revenir vers moi. J'ai besoin de ton aide. Amen.

Il ne savait même pas qu'il était capable de former de telles phrases. Plutôt satisfait, il jeta de nouveau un œil, presque persuadé qu'il allait le voir, debout devant les portes fermées de l'église, mais ça ne fut pas le cas. Il ne comprenait pas. Il s'était excusé, il avait fait les choses comme il fallait, alors pourquoi ne se montrait-il pas ? Peut-être fallait-il attendre. C'est ce qu'il fit. Sans succès. Il se leva pour arpenter l'église, entouré du silence le plus total. Soudain, il n'en pu plus, il se tourna d'un trait vers la statue d'un ange vêtu comme un soldat grec qui brandissait fièrement une épée et explosa :

- Bordel, Castiel, qu'est-ce qui faut que je te dise pour que tu cesses de m'ignorer !? Tu m'as dis que tu était souvent là à mes côtés alors qu'est-ce que tu fous, là, maintenant ?! Je te signale que je suis dans le coma, à deux doigts de crever, que mon petit frère a voulu se jeter du haut d'un toit pour me rejoindre et que s'il n'est pas mort à l'heure actuelle, c'est uniquement parce que j'ai je ne sais comment réussi à le rattraper ! Et là je suis là, à errer dans cette putain d'église à prier un ange gardien qui de toute évidence n'en a rien a foutre et est même pas foutue de daigner montrer une seule de ses plumes !

Il se laissa hargneusement sur le bord d'un banc, fixant hargneusement l'ange guerrier.

- Tu veux que je te dise ? Rugit-il de plus belle, je suis désolé, désolé de t'avoir insulté, désolé de m'en être pris à toi alors que t'essayais juste de m'aider ! Mais bordel comment j'étais sensé savoir ?! Comment je pouvais savoir, moi, que t'avais essayé de me sauver ?! Tu crois que ça me rassure, peut-être, de savoir qu'un crétin d'ange stalker m'a reluqué depuis que je suis né ? Tu dois connaître tous mes secrets, mes faiblesses, et m'a sûrement vu pleurer plus d'une fois, tu sais de moi ce que je ne permets à personne de savoir et moi je ne sais strictement rien de toi ! On combat pas à armes égales, mon potes. Tu es un putain d'ange, quoi ! Un ANGE ! Tu es sensé faire ce qui est juste, tu es sensé me venir en aide alors bouge ton cul ! Maintenant, je te demande de me sauver, maintenant j'ai besoin de toi. Pas dans une heure, pas demain, maintenant !

Il détourna le regard de la statue et se cala sur son siège, appuyant ses poignets contre le dossier du banc devant lui. Il laissa sa tête retomber entre ses épaules dans un long soupir las, fixant ses pieds, abattu. C'est sur que maintenant, il ne risquait pas de venir...

- Et je te serais redevable jusqu'à la fin de ma vie, ajouta-t-il d'une petite voix.

Il ferma les yeux, son front allant rejoindre ses avant bras sur le rebord en bois.

- Ce n'est pas un combat, Dean. Et t'adresser de la sorte à l'archange Michael ne va pas arranger ta situation, j'en ai peur.

Dean sursauta violemment et se retourna d'un trait en sautant sur ses pieds. Debout à quelques rangées de bancs de lui, Castiel le fixait, portant toujours les mêmes vêtements que la dernière fois. Il avança vers lui, jetant des regards curieux aux alentours et observant la statue de l'ange combattant.

- Tu risquerais de l'énerver et il est... disons qu'il est un petit peu susceptible et je ne crois pas qu'il t'apprécie beaucoup. Une chance pour toi que je ne lui ressemble pas.

Il se tourna vers lui dans un léger sourire, les mains sagement liées devant lui, comme un enfant qui attendrait poliment la suite d'un passionnant programme. Les yeux exorbités, bouche grande ouverte, Dean le fixait.

- Ah et au fait, les anges gardiens tel que vous l'entendez n'existent pas. Je ne sais pas d'où vient cette expression humaine, mais je n'ai pas été désigné par quiconque pour te protéger spécialement. Je l'ai décidé de mon propre chef. Ce qui peut faire de moi ton ange gardien, en effet. Je crois que j'aime beaucoup cette expression, en fait. Ca ne me gêne pas, que tu m'appelles comme ça.

Dean cligna des paupières plusieurs fois d'affilés. Ca ne me gêne pas, que tu m'appelles comme ça. Bordel, mais qu'est ce qui clochait chez lui ? Si ça se trouve, ce n'était même pas un ange, c'était juste un délire, il délirait, voilà, il était dans le coma et il délirait. Et sa conscience s'adressait à lui sous les traits d'une ancienne conquête d'une nuit oubliée depuis des lustres. Ca ne pouvait être que ça, n'est-ce pas ? Ou alors toute cette histoire d'ange était fausse et c'était un démon qui essayait de l'entraîner de l'autre côté...

- Je te rassure, Dean, je ne suis ni un démon ni ta conscience, et encore moins une ancienne conquête d'une nuit, ce qui n'est pas non plus le cas de mon hôte non plus, j'ai vérifié.

Dean rougit et se détourna du regard profond de Castiel qui semblait lire en lui comme un en livre ouvert.

- Professeur X, je te signale que t'as en aucun cas l'autorisation de lire dans mes pensées, répliqua-t-il en reprenant contenance, et Castiel cligna des paupières.

- J'ignore qui est ce professeur X, mais tu as parfaitement raison et je te demande pardon, je ne suis pas habitué aux fonctionnements humains. Chez nous, la communication dépasse le langage.

Dean sourit en réponse, étrangement amusé. C'était peut-être un ange, mais il avait l'air d'un jeune homme de bonne famille qui ne couche pas avant le mariage, ce qui lui donnait un air particulièrement attendrissant. Il ne répondit pas et Castiel enchaîna :

- Au fait, quand tu veux t'adresser à moi, tu n'as pas besoin de venir ici. De toute façon, je ne suis pas un ange très populaire, je suis rarement représenté dans vos... églises, c'est bien ça ?

Dean soupira et lança un regard aux statues autour d'eux. Puis il baissa la tête, se passant une main sur le visage.

- Castiel, euh... je suis... désolé pour m'être euh... - il s'éclaircit la gorge – emporté. Comme ça. La tout de suite.

Castiel lui lança un demi sourire qu'il ne vit pas. Ses yeux bleus pétillaient intensément.

- Je ne suis pas comme Michael, Dean. Je préfère la sincérité qu'un discours pompeux et dénué de tout sentiment. Même si je préférerais... un peu plus de respect de ta part, c'est vrai.

Il s'assit sur le banc, obligeant Dean à reculer pour lui faire de la place. Celui-ci s'assit à son tour, ne sachant trop quel comportement adopter. C'était facile de crier à une statue, s'en était une autre de faire face à Castiel. Il lui jeta un coup d'oeil. Il fronçait les sourcils, comme s 'il réfléchissait. Il se demandait qu'il devait le questionner pour savoir ce qui n'allait pas lorsque Castiel ouvrit la bouche pour prendre la parole.

- Je ne comprends pas pourquoi tu pourrais me craindre, Dean. Je te connais et je connais tes faiblesses mais je n'ai pas l'intention de m'en servir contre toi. Je ne t'espionnais pas, j'étais simplement là. Et ma présence t'a toujours rassuré, c'est du moins ce que j'ai pu constater, enfin, je crois. Lorsque tu faisais un cauchemar et que je m'asseyais auprès de toi, tu cessais de pleurer et ta respiration devenait plus calme. Je pensais que peut-être, tu avais fini par me connaître, et que ma présence ne te gênait pas.

Dean se demanda si c'était la spécialité d'un ange gardien, de vous mettre autant mal à l'aise.

Il détourna brusquement la tête et chercha à toute allure une réponse adéquate. Mais il n'en trouvait pas et le silence s'installa. Finalement, ce fut Castiel qui reprit la parole en premier et lorsqu'il se tourna vers lui, son cœur se serra. Il était était assis légèrement tourné vers lui, tête baissée vers ses deux mains posées sur ses cuisses serrées, la droite pressant nerveusement la gauche.

- Tu n'es pas obligé de répondre, tu sais. Je n'attends pas de réponse.

Le cœur battant, bouche ouverte, Dean s'apprêtait à dire quelque chose, n'importe quoi, mais Castiel se leva, lui coupant la parole.

- Comme je te l'ai dit, reprit-il d'un ton très différent, ses pas légers sonnant contre le sol de pierre, le conseil m'a refusé de te porter secours. Nous anges n'avons pas à interférer dans les décisions célestes de vie ou de mort. Nous ne sommes que des guerriers du seigneur et notre tâche est de vous protéger et de vous guider dans vos choix, bien que mes frères ne soient pas tous d'accord là dessus. Sans mon intervention, une faucheuse nommée Tessa serait venue te trouver pour te donner le choix entre la suivre au paradis ou rester ici en tant que fantôme.

Dean se leva et avança vers Castiel qui avait le dos tourné, s'arrêtant à quelques pas de lui.

- C'est une manière polie de me dire que tu ne vas pas m'aider ?

Castiel se tourna vers lui, une lueur farouche dans le regard.

- Ce que je fais actuellement est déjà interdit. Ne pouvant te sauver de l'accident, j'ai prolongé ton coma afin de retarder l'heure de ta mort, et brouillé les pistes autour de toi pour que ni mes frères ni la faucheuse ne puissent t'atteindre. Quand tu m'as appelé, je ne pouvais pas intervenir, mais j'espérais que votre lien suffirait à ce que tu restes en vie suffisamment longtemps et à ce que tu réussisses à le sauver.

Dean avala sa salive.

- Qu'est-ce que tu entends pas "notre lien" ?

Castiel lui lança un long regard étincelant, comme s'il savait qu'il était inutile de répondre mais cependant, il le fit poliment

- Toi et Sam n'êtes pas seulement frères, Dean, vos âmes sont jumelles et vos coeurs étroitement liés. C'est dans cette force qu'il a pu te sentir et que tu as pu le sauver, c'est aussi grâce à cette force que je peux te sauver.

Dean cligna des paupières, interloqué.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?!

- Ta demande d'être sauvée, Dean, dépassait les limites du possible, tu étais prêt à tout pour rester auprès de ta famille, même à franchir les lignes de l'impossible. Ton frère s'en est remis entièrement à nous avec foi et sincérité. Je n'ai pas le droit de te sauver, mais j'ai le droit d'exhausser ses prières, car vos âmes sont liés et ses demandes, aussi forte, vibrent dans ton coeur, de la même façon que tu arrives à sentir quand il ne va pas bien.

Dean continua à le dévisager un moment avant de répondre.

- Ok. Donc tu peux me sauver ?

Castiel détourna le regard et hésita.

- Je pourrais réparer les dégâts majeurs qu'à subi ton corps, et t'aider à le réintégrer.

Il y avait dans sa voix une retenue évidente, une sorte de méfiance, mais Dean n'en tint pas compte et il avança d'un pas encore, ses yeux tentant d'accrocher ceux de Castiel, obstinément baissés.

- Tu vas le faire ?

Castiel leva la tête vers lui et ancra son regard dans le sien avec défi.


Debout devant le lit d'hôpital occupé par son corps, Dean contemplait son frère, endormi sur lui, la tête sur son ventre, sa main accrochée à la sienne, son autre bras plié sur lui, son point serré autour d'un chapelet chrétien. Assis à côté de lui, John le fixait d'un air soucieux tout en caressant de la main droite le dos de Sam, qu'il avait de toute évidence couvert de son propre pull.

- Ta famille est belle, Dean. Je comprends que tu ne veuilles pas les quitter, déclara doucement Castiel à côté de lui.

Dean sourit, puis soupira.

- Tu sais, j'aime mon père, mais je lui en veux. Ce n'était pas de la faute de Sam, il est jeune et impulsif et il n'a fait que... réagir. Mais lui est adulte, il aurait dû savoir s'arrêter.

Il sentit la main de Castiel prendre la sienne.

- Ce n'est jamais simple, la famille, j'en sais quelque chose. Ton père vous aime à sa façon, mais il vous aime, tu peux en être certain.

Il y eut un moment de silence paisible. Seules leurs mains liées continuaient à se parler entre elles. Puis Castiel retira la sienne pour se tourner vers Dean qui fit de même.

- Il est temps.

Il le fixait, avec ce même sourire mélancolique, ce même regard intense. Dean cligna encore des paupières, incapable de se détourner de lui.

- Et toi, qu'est-ce qui va... qu'est-ce qui va t'arriver, maintenant ?

Une seconde, une ombre voila son regard et il eut une hésitation.

- … Je ne sais pas.

Dean voulut lui prendre les mains de nouveau, le rassurer. Il n'avait pas de besoin de pouvoirs angéliques pour deviner sa peur. Mais l'ange reprit vite contenance cependant :

- Aurevoir, Dean, fit-il un peu trop solennellement en avançant la main vers son corps.

Dean lui saisit vivement le poignet, l'obligeant à stopper son geste et à le regarder dans les yeux.

- Castiel, répéta-t-il d'un ton décidé, qu'est-ce qui va t'arriver ?

L'ange papillonna des cils.

- Je te l'ai déjà dit. Je n'en sais rien.

Ce « je n'en sais rien » ne présageait rien de bon et le jeune chasseur ne put rien faire d'autre que lui rendre son regard. Que pouvait-il dire ? Il n'y avait aucune autre solution.

- Il y autre chose que tu dois savoir, Dean. Tu n'auras plus aucun souvenir de ce qu'il s'est passé une fois que tu seras réveillé.

Le chasseur sentit quelque chose monter en lui comme une révolte sourde et douloureuse.

- Tu veux dire que... que je ne ne me souviendrais pas de toi ? Clarifia-t-il d'une voix sans timbre.

Des plis apparurent sur le front et entre les sourcils de Castiel et son regard devint triste.

- … Non, tu ne te souviendras pas de moi, murmura-t-il.

Ils se dévisagèrent une seconde d'effroi dans le silence, jusqu'à ce que la chambre d'hôpital disparussent presque. Était-ce le son de la machine ou un reste de sensation corporelle ? Toujours est-il que Dean pouvait sentir les battements de son cœur, comme les secondes déréglée d'une horloge particulièrement sadique. Alors, il oublia tout le reste, il oublia Dean Winchester plongé dans un profond coma juste à côté, et avant d'avoir pu réfléchir à ce qu'il faisait, il se rua sur Castiel pour le plaquer contre le mur derrière lui et fondit ses lèvres sur les siennes.

Castiel frémit et poussa un faible gémissement. Ses jambes semblèrent se dérober mais Dean passa aussitôt un bras autour de sa taille pour le garder contre lui, l'autre s'enfouissant dans ses cheveux. L'ange remua lentement les lèvres, un peu, avant de s'arrêter, hésitant, et de reprendre maladroitement, puis Dean sentit soudain ses mains venir se loger au creux de ses reins, rapprochant son bassin du sien avec une force insoupçonnée et il approfondit le baiser avec une ardeur désespérée, comme s'il voulait goûter intensément à chaque seconde. Bien que surpris, Dean se laissa faire, esquissant un sourire contre ses lèvres. Il y avait quelque chose d'étrange, d'extrêmement étrange à l'instant, en fait, et alors qu'ils s'embrassaient avec fougue, se gouttant mutuellement presque comme s'ils voulaient aspirer l'essence de leurs âmes pour n'en faire plus qu'une, il réalisa en un éclair que ce qu'ils vivaient dépassait l'excitation normale, humaine, d'un baiser. Quelque chose d'éblouissant, de puissant, de sublime et s'il avait ouvert les yeux, il était certain qu'il aurait été aveuglé par l'intense lumière blanche qui devait à coup sur les engloutir. Leurs langues, leurs lèvres, leurs bouches, leurs corps, le plaisir qui irradiait et au delà, une force incroyable qui vibrait entre eux. Toute son âme voulait rejoindre celle de Castiel et c'est presque comme si... oui... il le sentait il... il pouvait... Castiel... si seulement, si seulement il pouvait... le voir.

Castiel posa soudain les deux mains sur ses épaules et l'arracha violemment à lui. Dean sentit comme s'il chutait de plusieurs mètres et vacilla sur place, les yeux noyés dans ceux de Castiel, bouche grande ouverte, muet de stupeur. L'ange le dévisageait aussi, les yeux exorbités, échevelé, les deux mains accrochées à lui. Pour l'attirer de nouveau ou le balancer à l'autre bout de la pièce ? Il semblait aussi sinon plus surpris que lui. Dean voulut lui demander ce qui venait, bordel, de se passer, mais quelque chose en lui croyait déjà le savoir et il ne put que demeurer muet. Il avait accédé à quelque chose, quelque chose qui le fascinait et l'effrayait à la fois, une force si puissante qu'elle bouleversait sa logique humaine. Il avait, un millième de seconde, sentit avec de ses sens l'être angélique à l'intérieur de ce corps. Au bout d'un moment, il se décida à briser le silence gênant qui s'était installé et déclara dans un semi sourire :

- Hé bien, si c'était la dernière fois qu'on se voyait et qu'en plus de ça je n'en aurais aucun souvenir, autant... autant... faire les choses correctement, tu ne crois pas ?

Castiel ne lui avait posé aucune question et d'ailleurs, il ne répondit pas. Pour la première fois, il le regardait comme quelque chose d'extrêmement dangereux et Dean se retint de faire remarquer qu'il lui avait bien dit, qu'il trouverait l'arme fatale contre les anges. Mais il venait de se passer quelque chose qui visiblement, les dépassait tous les deux, et il ne dit rien, car il n'était pas sur de vouloir une réponse et Castiel sembla d'accord avec lui puisqu'ils se séparèrent, gênés, sans ajouter quoi que ce soit. La tête baissée, il jeta un regard à Castiel qui sourcils froncés, parfaitement immobile, semblait chercher quelque chose à dire. Alors il se mordit les lèvres avant d'ajouter dans un sourire qu'il eut du mal à réprimer :

- Tu n'es pas obligé de répondre. Je n'attends pas de réponses.

Castiel leva les yeux vers lui, sourcils haussés, une expression de ravissement béat sur le visage, puis son regard devint extrêmement tendre et il avança une main vers son corps, l'autre vers lui.

- Bonne chance, Dean.

Et il toucha son front.

- Castiel, att...

Mais une lumière aveuglante l'assaillit en même temps qu'une douleur intenable et il hurla. La dernière chose qu'il vit avant de s'écrouler fut le regard de Castiel posé sur lui, intense et indéchiffrable. Je ne veux pas t'oublier, pensa-t-il à travers le tourbillon de douleurs qui le possédait. Je ne veux pas passer le reste de ma vie en pensant être si seul alors que tu seras là, à mes côtés, invisible. Je ne veux pas t'oublier.


Il entendait parler. Des voix. La voix de son père, vive et agacée, et une autre qu'il ne connaissait pas. Il ne distinguait pas les mots. Il lui fallut un moment pour prendre conscience du souffle irrégulier à côté de lui. Une main fraîche vint se poser sur sa joue, puis sur son front. Une autre voix vint se mêler aux deux autres, véhémente, celle du souffle à côté de lui. Sam. Il cessa de parler et le silence se fit, puis la voix qu'il ne connaissait pas prononça quelque chose, calmement, puis il y eut des pas et le son d'une porte qu'on ouvre puis ferme. Un soupir, puis de nouveau les caresses sur son visage. Quelque chose d'humide toucha délicieusement son front, puis essuya doucement ses joues, ses yeux, et il prit seulement conscience des larmes qui s'en écoulaient. Alors, les sensations corporelles revinrent peu à peu. La douleur dans le corps, dans les jambes, l'inflammation sur le flanc gauche, la hanche... la raideur de ses membres, son souffle difficile et sa gorge sèche. Comme s'il l'avait demandé, il entendit Sam se lever, enclencher un robinet, puis il revint s'asseoir à ses côtés et Dean sentit un gant humecter ses lèvres et de l'eau goûter dans sa gorge. Il avala difficilement et poussa un soupir.

- Ne t'inquiète pas, Dean, murmura doucement Sam, je suis là, je vais prendre soin de toi, ça va aller.

Sa voix tremblait. Dean voulut bouger le bras pour l'atteindre mais n'y parvint pas et Sam prit sa main dans la sienne.

- Ca va aller, Dean, répéta-t-il, ça va aller. Les médecins disent que tu n'as aucune séquelle grave, c'est un miracle, ils ne comprennent pas comment ça a pu arriver. Je ne sais pas comment tu as fait pour tenir ta promesse, mais je sais que c'est grâce à toi...

Il déglutit et Dean fronça les sourcils, ne comprenant pas de quoi il parlait.

- … et j'ai tenu la mienne, tu vois.

Dean ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne franchit ses lèvres, et il grimaça.

- Doucement, Dean, doucement, n'essaye pas de répondre, ce n'est pas grave, tout va bien.

Il saisit plus fermement sa main et commença à tracer des allers et retours sur son avant bras, du bout des doigts.

- Rendors-toi, je reste là, juste à côté. Les médecins t'ont mis une perfusion pour ne pas que tu te déshydrates mais si tu as soif, serre moi la main ou ouvre juste la bouche et j'utiliserais de nouveau le gant.

Dean ne put retenir un sourire, suivit du rire de Sam.

- Dean ! Protesta-t-il d'un ton vexé, arrête de te moquer ! Tu as failli mourir à cause de moi et je n'ai même pas pu te sauver, alors le moins que je puisse faire, c'est prendre soin de toi.

Le sourire de Dean s'effaça et il fronça les sourcils. C'était tellement frustrant, de ne pas pouvoir répondre, de ne même pas pouvoir le regarder. Sam soupira.

- Je sais, ce n'est pas vraiment de ma faute, mais c'est le cas pourtant. Je n'aurais jamais dû riposter quand ce connard de Justin m'a provoqué. Je serais rentré à l'heure et papa n'aurait pas eu besoin de...

Il s'arrêta soudain.

- Ah oui, c'est vrai, je ne t'avais rien dit à propos de Justin. Rien d'important, rien qui ne puise attendre que tu sois guéri. Repose-toi, j'arrête de parler, promis.

Le froncement de sourcils de Dean s'intensifia et il remua les lèvres comme pour protester, puis il les humidifia du bout de la langue et forma silencieusement les mots « dis-moi . »

Sam sembla hésiter, puis il poussa de nouveau un bref soupir suivit d'un claquement de langue agacée contre son palais.

- Papa va me tuer s'il rentre maintenant et qu'il me voit te forcer à rester éveillé pour mes conneries, tu sais. Mais... bon, y a un mec au lycée qui n'arrête pas de m'embêter, rien de bien méchant, il est amoureux d'une fille qui arrête pas de me parler et de s'asseoir à côté de moi en cours. Je ne voulais pas vous en parler, je sais me défendre, je n'ai pas besoin de toi, mais j'espérais que... que vous soyez rentrés de chasse et que tu sois là à la sortie. Il l'a remarqué et m'a provoqué et... je n'ai pas vraiment envie... d'en parler.

Dean parvint à serrer sa main, une seule pression brève. Sam déglutit.

- … Il a insulté papa et a dit des choses sur toi et … moi. C'est complètement débile, je... je sais même pas pourquoi je... que si ça se trouve, tu n'étais pas vraiment mon frère mais... autr... autre chose. Il a aussi dit que je n'étais pas capable de me défendre sans toi et que tu n'allais pas revenir, que tu n'en avais rien à foutre de moi et que papa non plus ne reviendrait pas parce qu'il a honte de moi. Alors, j'ai explosé, on s'est battu et j'ai passé plusieurs heures dans un park à pleurer, voilà. C'est complètement pathétique et inutile, s'il te plaît, arrêtons... d'en parler, d'accord ?

Il reprit son souffle.

- Tu as mal ? Je peux demander aux médecins de te rajouter de la morphine, si tu es d'accord, euh... serre ma main ? Si tu peux, bien sûr, je ne sais pas si...

Dean lui serra la main, et il referma la bouche.

- Ok, j'y vais.


Fin de chapitre :) Je vous avez prévenu, c'est court. Plus qu'un chapitre je pense.