Bonsoir à tous et à toute ! Ici le Chaton !

Alors... je pense, sans m'avancer, que ceci est le chapitre que vous attendiez le plus... Et je me demande bien pourquoi... Bande de dérangés ! X3

J'ai eu des difficultés avec ce chapitre... j'espère vraiment qu'il vous plaira :)

Encore une fois, un grand et immense merci à La Succube et Lauraceae pour leurs retours toujours pertinents. Merci énormément :D

Comme toujours, SLG appartient à Mathieu Sommet et Disney à M. Walt Disney.

ATTENTION TRIGGER WARNING ! Cette fic est noté "T" et elle le restera. Par contre, ce chapitre lui est noté "M". Alors, je vous le dis honnêtement pour une fois, si vous êtes facilement choquable par la violence par raport à ce monde... NE LISEZ PAS.

Et pour les autres... enjoy !

Miaou :3


Chapitre 8 : Un jardin secret où vit tout un monde enchanteur.

Le vent soufflait doucement dans les herbes hautes. Le ciel était clair et les nuages blancs et paresseux. Un cours d'eau passait tranquillement pas loin et un petit pont de bois l'enjambait gentiment.

Le Patron décida de passer par cette route pour arriver quelques mètres plus loin devant une petite maison construite à même un arbre.

Et devant… un ours, assis sur une souche d'arbre.

Pense, pense, pense… murmura l'ours. Pense, pense… Oh ! fit-il en apercevant l'homme inconnu qui marchait vers lui. Oh…bonjour, Monsieur. Belle journée dans la Forêt des Rêves Bleus, n'est-ce pas. Je m'appelle Winnie. Winnie l'ourson et vous ?

Les oiseaux chantaient gaiement, les abeilles bourdonnaient tranquillement et le vent soufflait doucement. L'air était doux et parfumé. Un véritable paysage de conte de fée. Une invitation au bonheur et à la détente.

Pourtant, le Patron n'était pas, mais alors pas du tout détendu. S'il pouvait mettre la main sur ce pré-pubère de ses deux, il lui ferait passer l'idée de suivre un lapin habillé comme un dandy… Déjà qu'à cause de cette connerie ils étaient tous séparés - et il n'aimait pas ça - mais en plus il fallait qu'il tombe sur l'un des Univers les plus niais, guimauves et bisounours de tous ! Oh il savait très bien où il était, il avait suffisamment vu ce personnage sur les cartables à la sortie des écoles. Et c'était ça qui le mettait le plus en rogne…

- Je te jure, gamin, murmura-t-il d'une voix tendue par l'énervement, que lorsqu'on se retrouvera, tu vas m'entendre… Et ta jolie petite gueule ne te sauvera pas, ce sera ta fête…

Devant lui, l'ourson qui l'avait accueilli l'observait avec de grands yeux. Il avait la fourrure jaune, très jaune et était habillé d'un T-shirt rouge, très très rouge. Cet animal était mou et apathique. Rien de tel pour énerver l'homme en noir…

Il se trouvait devant une maison qui donnait l'impression de ne faire qu'un avec un arbre imposant. La petite bâtisse était camouflée par les racines, les feuilles des buissons et la mousse. Le bout de toit visible était composé de grosses tuiles ocres et une petite cheminée de tôle en sortait. La fenêtre que pouvait voir le criminel se fermait par deux petits volets et une porte en bois délimitait l'entrée. Une lanterne en fer était accrochée juste au-dessus de celle-ci et de chaque côté se trouvait un nombre impressionnant de pots en terre cuite, sans doute utilisés pour stocker le miel.

Le pervers respira un grand coup histoire de se calmer un maximum. La priorité était de savoir si d'autres avaient débarqué ici ou si il était seul et, dans tous les cas, il lui fallait trouver un moyen de les retrouver.

Il regarda l'ourson et demanda :

- … Winnie, c'est ça ?

- Oui c'est ça, sourit la peluche vivante. Winnie. Winnie l'Ourson. Belle journée n'est-ce pas ? Le soleil brille fort et le vent est frais. J'aime bien ce genre de journée pour rêvasser. Et vous, vous êtes qui ?

Le criminel étira ses lèvres en un sourire qu'il voulait le plus engageant et le plus… gentil possible alors qu'il bouillonnait intérieurement.

- Moi ? Oh, je suis… je suis… Octave.

- Octave ?

- Oui… Octave. Et je… hrum… me suis perdu. – « Putain… » - Et j'aimerais bien retrouver mes… amis qui sont peut-être eux aussi perdus… - « Putaindebordeldequeue… » - Tu peux m'aider à les retrouver ?

L'ourson ne répondit pas, se contentant de fixer ce personnage tout vêtu de noir et tout nouveau dans sa forêt.

Les minutes passèrent. Le Patron attendait une réponse, toujours 'souriant', alors qu'en son for intérieur il n'avait qu'une envie… Prendre cette espèce de peluche apathique et lui enfoncer la tête contre l'arbre le plus proche… Inutile mais bon dieu ce que ça lui aurait fait du bien ! Au lieu de cela, il se retint avec un calme olympien, en s'enfonçant les ongles dans les paumes.

- D'accord.

Et Winnie se leva doucement puis commença à s'éloigner en se dandinant de gauche à droite.

D'accord ? D'accord quoi ? D'accord pour l'aider à retrouver les autres ? Le criminel ne savait trop quoi penser de tout ça, mais il le suivit quand même alors que l'ourson s'enfonçait dans les bois.

- Et… On va où comme ça ? demanda le pervers.

- On va trouver mes amis pour savoir si ils peuvent nous aider à retrouver les tiens.

Ça paraissait logique. Et inespéré de la part d'une telle guimauve vivante.

Au bout de plusieurs longues, très longues minutes de marche durant lesquelles l'animal s'arrêtait toutes les trente secondes pour regarder une fleur, s'asseoir pour se reposer ou bien chercher du miel, ils arrivèrent face à un arbre devant lequel se trouvait un petit potager rempli de carottes, choux, navets et autres légumes. Trois trous avaient été creusés dans le tronc massif, un grand qui faisait office d'entrée et deux autres plus petits qui ressemblaient à des fenêtres. Une corde, à laquelle pendaient serviettes, draps et autre linge de maison, était tendue entre une branche et un poteau de bois. Des volets simples et une porte, tous d'un mauve clair, fermaient la maisonnée.

L'ourson s'approcha en dandinant de la porte de cette maisonnette et le Patron décida de ne pas bouger. Winnie toqua à la porte. Puis encore une fois. Puis encore une fois. Puis encore une fois. Puis encore une fois.

« Vas-y…continue… et ta tête va finir fracassée contre la porte ! »

L'homme en noir se demandait comment se sortir de là, lorsqu'un bruit d'ailes se fit entendre au-dessus de sa tête. Sur la branche s'était posé un hibou d'une taille impressionnante. Ses plumes d'un marron très sombre contrastaient avec le reste de son corps de couleur écru, presque blanc. Ses yeux noirs étaient cerclés d'un plumage d'un marron bien plus clair et l'intérieur de ses ailes était de la même couleur. Son bec, court et bombé, était ocre et ses sourcils touffus d'un noir de jais se faisaient ébouriffer par le vent.

- Hou hou… Eh bien, voilà un visage qui ne m'est pas familier… Nouveau par ici ?

Alors qu'il allait répondre de manière agréable et totalement niaise, l'animal en T-shirt lui coupa l'herbe sous le pied.

- Oh… Bonjour Maître Hibou ! Belle journée, n'est-ce pas ?

- Winnie ! Bien le bonjour mon grand. Et oui, très belle journée en effet. Qui est ton ami ici présent ?

- C'est Octave. On s'est croisé tout à l'heure. Il m'a dit qu'il était perdu et qu'il avait perdu ses amis. Je l'aide à les retrouver, finit-il avec un grand sourire.

- C'est bien, c'est très bien, dit l'oiseau en hochant la tête avec satisfaction. Bienvenue à la Forêt des Rêves Bleus, Octave. J'espère que tu seras vite réuni avec tes compagnons disparus.

- … Merci, répondit 'Octave'.

- Mais de rien, voyons, dit Maître Hibou avec un ton paternel. Les amis de Winnie sont nos amis et il est tout à fait normal d'aider ses amis en difficulté. N'est-ce pas, mon jeune ami ?

- C'est vrai, Maître Hibou !

« Oh pitié, c'est pas vrai… »

- Au fait Winnie, demanda le Maître, tu cherches Coco Lapin ?

- Oui. Pour savoir si il n'avait pas vu les amis disparus de Octave.

- Il vient de partir chez Porcinet. Je crois que le malheureux s'est encore retrouvé coincé en haut d'un arbre à cause du vent.

- Oh le pauvre ! s'écria l'ourson. Il faut aller l'aider car il est tout à fait normal d'aider ses amis en difficulté, n'est-ce pas Maître Hibou ?

- Tout à fait mon grand, opina-t-il.

- Alors, direction chez Porcinet !

L'ourson se retourna d'un bond et partit en direction de ce personnage qu'il avait hâte de présenter à son nouvel ami.

- Au revoir Winnie. Au revoir Octave et bonne chance pour retrouver tes amis perdus !

L'oiseau leur fit de grands gestes de l'aile tandis qu'ils se rendaient à leur prochaine destination.

« Tuez-moi… Sinon c'est moi qui vais les tuer… et ça va être sanglant… »

- Et tes amis, Octave, ils sont comment ?

Le Patron et le personnage de Disney marchaient en direction de chez Porcinet, quand l'ourson lui posa cette question.

- Hein ? Dis-moi, ils sont comment ?

Le Pervers n'avait pas vraiment envie de parler. Lui tout ce qu'il voulait, c'était trouver un moyen de partir d'ici. Mais devant le regard de poisson mort de l'animal, il soupira.

- Comment ils sont ? Chiants, pleurnichards, coincés du cul et sans aucune idée de comment s'amuser. Mathieu est obnubilé par son émission qui nous a créé, moi et les autres… et il ferait bien de relâcher un peu la pression, sinon ça va lui exploser à la gueule un de ces jours. Le Geek, c'est mon gamin, ma victime, mon petit souffre-douleur et je sais qu'il adore ça… Mais si là je le tenais entre mes mains, il passerait le plus mauvais quart d'heure de sa misérable vie… Après, y'a le Hippie… Lui c'est un camé, un drogué, toujours complètement perché à débiter des conneries plus grandes que ma… hrum, enfin énormes quoi. La Fille, c'est une blondasse un peu niaise, pas fute-fute pour un sou mais elle m'a vachement impressionné depuis qu'on est ici. Je la savais pas si band… badass. Le Prof c'est le plus coincé de la bande. Il sait tout sur tout mais connaît rien, passe son temps dans son labo et la première chose que je ferai après être rentré, c'est d'aller le brûler avec toutes ses expériences pour éviter que cette catastrophe ne se reproduise… Non d'abord, j'irai voir Tatiana et ensuite je brûlerai le labo. Et enfin, y'a le Panda, la boule de poil, le chanteur de la maison. Et j'avoue qu'il a une jolie voix… Pas que quand il chante, d'ailleurs…Hrum, bref, voilà comment ils sont.

Winnie resta silencieux quelques minutes. L'arbre où Porcinet était coincé était en vue.

- Ils ont l'air importants pour toi.

Le Patron le regarda, surpris.

- T'as du miel dans les oreilles où quoi, la peluche ? Je viens de te dire que…

- Oui oui j'ai entendu ce que tu m'as dit et je n'ai pas de miel dans les oreilles, le plus souvent c'est dans mon estomac qu'il se trouve, coupa l'ourson en souriant.

- Alors pourquoi tu me dis qu'ils ont l'air important ?

- Parce que quand je t'écoute, c'est l'impression que j'en ai. Ah ! Je vois Coco Lapin !

L'animal accéléra la cadence, laissant l'homme en noir seul avec lui-même.

Important ? C'était vraiment ce qui ressortait quand il parlait d'eux ? C'était vrai qu'il les connaissait depuis toujours, certains plus que d'autres, mais…

« Normal, gamin. On touche pas à la famille… »

La phrase qu'il avait prononcé sur le bateau pirate, hier, il y a une éternité, lui revint d'un coup en mémoire.

Famille ? Il avait utilisé ce mot sans réfléchir, dans le feu de l'action, mais maintenant qu'il y pensait…

- Ouais… Une famille… Casse couilles, ultra chiante, mais qui nous manque quand elle est pas là…

Voyant Winnie qui lui faisait de grands gestes de la patte, il soupira et alla le rejoindre.

- Je peux bien survivre à ça quand même… Je vais quitter cette forêt de bisounours mielleux et vomitifs et je vais les retrouver… Et quand ça arrivera, je leur foutrai mon pied au cul ! Ils vont me sentir passer, putain !

Fort de cette promesse, il leva les yeux en arrivant plus près de l'arbre. Sur les branches, des ruches de belle taille pendaient et bougeaient tranquillement au gré de la brise. Les feuilles étaient colorées. Vertes, jaunes ou oranges, elles bruissaient grâce au souffle du vent. Sur le tronc massif, des trous s'étaient creusés naturellement et abritaient de grandes réserves de miel, celui-ci dégoulinant légèrement des caches.

À côté de Winnie, un lapin, de belle taille, discutait vivement en bougeant les pattes. Il avait le pelage d'un jaune bien plus clair que celui de l'ourson, le torse et la bouche d'un blanc immaculé, une petite queue toute touffue de la même couleur, la truffe fuchsia, les yeux noir et l'intérieur de ses longues oreilles était rose.

- Effectivement, tu avais raison Winnie, fit Coco Lapin en voyant le Patron de près. Il est grand.

- Grand et gentil, affirma l'ourson.

« Gentil ? J'voulais t'encastrer dans la souche sur laquelle tu étais assis… Et j'le veux toujours d'ailleurs… »

- Bon alors, dit le criminel, pourquoi on est là ?

- Le pauvre Porcinet est coincé là-haut, répondit Winnie en montrant une branche de l'arbre. Il s'est fait emporter avec son ballon et il n'arrive plus à redescendre.

En effet, quelques mètres plus haut, accroché aux branchages, se trouvait un petit animal tout tremblant. Le petit cochon était… rose. Rose de pied en cap, même son body était d'un magenta très sombre, strié de noir. Le reste de son corps était plus pâle, presque blancs Ses oreilles et sa truffe, eux, étaient d'une teinte tirant plus sur le fuchsia clair. Ses yeux étaient noirs et se résumaient à deux points.

-… Et pourquoi il n'a pas lâché le ballon quand il a vu qu'il décollait ? demanda le pervers un peu abasourdi par la situation.

- Parce qu'il a eu peur, répondit le lapin. Et comme son ballon a éclaté près d'une branche, il est tombé dessus sans possibilité de descendre.

L'homme en noir regarda tour à tour Coco Lapin et Winnie qui avaient l'air très sérieux et concernés par le problème.

« …Non mais sérieusement ? C'est pas possible dites-moi que je rêve ! … Ah, ouais, c'est vrai… »

Le Patron observa les alentours à la recherche d'une solution rapide. Son regard se porta sur le petit chemin fait de terre et de pierres. Se penchant, il en ramassa quelques-unes, de taille moyenne, et les fit rebondir dans sa main.

- Hey, le lapin.

L'animal se retourna.

- Coco Lapin.

- Pareil. Y'aurait un drap suffisamment grand dans le coin ? Un qu'on pourrait utiliser comme filet de sauvetage pour une… disons, chute ?

- Euh… non pas que je sache, mais pourq…

- Dommage…

Puis, il prit l'une des pierres dans son autre main, et la lança en direction du petit cochon terrorisé. Celui-ci cria en voyant le projectile arriver sur lui, mais un coup de vent plus fort que les autres le fit dériver de sa trajectoire.

- Mais qu'est-ce que tu fais ? cria l'animal aux longues oreilles. Tu vas le faire tomber !

- C'est le but, le civet…

Un deuxième, puis un troisième projectile furent envoyés mais, de nouveau, le vent les fit s'envoler au loin. Fou de rage, le Patron récupéra une pierre plus lourde que les autres et la lança de toutes ses forces. Cette fois ci, le vent ne fut pas assez puissant pour la dériver et elle passa très très près de Porcinet. Apeuré, quasi terrifié, il perdit l'équilibre et tomba à la renverse en hurlant… pour atterrir pile dans les bras de l'homme en noir qui s'était déplacé en voyant l'animal basculer.

- J'ai comme une envie de chorizo, là tout de suite… sourit le criminel d'un air mauvais en regardant le petit cochon tout tremblant.

Le petit animal rose laissa échapper un glapissement de terreur devant cet homme immense, aux yeux aussi noirs qu'une nuit sans lune et la voix semblable à un coup de tonnerre. Et en plus il voulait le manger ! Le cochonnet se débâtit comme il put pour forcer le prédateur à le lâcher. Celui-ci sourit de plus belle devant la panique du cochon mignon.

- Pourquoi veux-tu fuir, petit bonhomme ? demanda doucement le Patron. Je ne vais pas te faire de mal… Ou du moins, pas trop… ajouta-t-il d'une voix encore plus basse et plus grave à son oreille.

Porcinet se pétrifia et ses yeux se remplirent de larmes. Pourquoi il voulait lui faire du mal ? Il n'avait rien fait à cette personne terrifiante. Il ne la connaissait même pas… Déjà qu'il lui avait jeté des pierres qui aurait pu lui faire mal, maintenant il lui disait ça ? Et est ce qu'il voulait vraiment le manger ? Le petit cochon commença à sangloter. Le Patron était aux anges.

- Ça va, il n'a rien ? demanda Coco Lapin, un peu angoissé par la situation.

Le pervers soupira. Dommage… Fini de jouer avec le cochon, il fallait reprendre le rôle.

- Pas une égratignure, dit-il en attrapant Porcinet par la peau du cou afin de montrer qu'il disait vrai. Juste une belle frayeur suite à la chute… N'est-ce pas, cochonnet… ?

La question, lourde de menace, se faufila jusqu'à l'inconscient du petit animal qui comprit immédiatement le message.

- Ou… ou… oui… T…t…t…tout va b…b…b….bien, bégaya-t-il en essayant de sourire.

L'ourson et le lapin parurent soulagés de voir que leur ami n'avait rien. Quelle belle peur quand même ! Heureusement qu'Octave avait été là pour le rattraper, sinon ça aurait été très douloureux pour ce pauvre Porcinet.

- Tu peux le poser maintenant je pense, dit Winnie.

- D'accord, fit le Patron.

Puis, au dernier moment, une idée germa dans son esprit.

- Hey, la peluche… Attrape !

Et d'un geste vif, il envoya Porcinet directement sur l'ourson. Coco Lapin laissa échapper un petit cri, Winnie se figea et le cochonnet hurla.

Le vent se leva et dériva le petit cochon de la trajectoire du lancer. Il était sur le point de toucher violemment le sol quand une seconde bourrasque le cueillit par-dessous et le fit s'envoler de plus belle. Une autre arriva et changea encore de sens la chute de l'animal rose. Puis encore une autre. Puis encore une. Et pendant ce temps-là, Winnie et Coco Lapin essayaient tant bien que mal de rattraper leur ami.

Le Patron riait. Il riait à s'en faire mal au ventre et avait les larmes aux yeux. Il n'aurait jamais pensé que ça se finirait comme ça mais il était content d'avoir eu cette idée. Ne tenant plus sur ses jambes, il s'assit sur l'herbe et regarda le spectacle, hilare.

Au bout de cinq bonnes minutes, ils réussirent enfin à récupérer le petit cochon avant qu'un énième coup de vent ne l'emporte une nouvelle fois dans les airs. Enfin sur la terre ferme, Porcinet put souffler un bon coup. Il avait eu tellement peur ! Il avait pensé ne jamais réussir à revenir sur le sol et qu'il allait être obligé de rester dans le ciel pour toujours ! Il ne voulait pas, il ne savait pas voler lui…

Il était sur le point de remercier ses deux bons amis lorsqu'il aperçut le géant qui s'approchait. Prit de panique, il se réfugia derrière Winnie en se remettant à trembler.

Coco Lapin, lui, n'était pas content. Pas du tout. Ça aurait pu être très dangereux ! Il accueillit le pervers, qui lui se retenait de rire de nouveau, avec ses bras croisés, les sourcils froncés et tapant de la patte.

- C'était quoi ça, Octave !?

Le Patron marqua un temps d'arrêt devant la véhémence de l'animal. Ses lèvres s'étirèrent en un mince sourire alors qu'il recommença à s'approcher de lui, bien plus lentement.

- Un problème, mon lapin… ?

Sa voix était profonde. Sourde comme le grognement d'un lion en chasse ou d'un tigre devant une proie. Car c'était que qu'était devenu Coco Lapin. Une proie.

Celui-ci sentit ses poils se hérisser et ses oreilles se coucher très bas sur sa tête. Toute colère avait disparue, il n'avait plus qu'une seule envie… fuir. Fuir très loin de cette personne habillée en noir. Courir vite, le plus loin possible d'elle, rentrer chez lui, fermer porte et fenêtres à double tour et se terrer sous son lit en priant pour qu'il ne le trouve pas.

L'animal déglutit pour trouver le courage de lui répondre.

- Euh… Ben, c'est-à-dire que…

- Voyons, Octave, fit Winnie complètement aveugle à la détresse de son ami aux longues oreilles, ce n'était pas très gentil de lancer Porcinet de cette façon. Bon, c'était très drôle de le voir voler comme ça, c'est vrai, mais ce n'était pas gentil quand même.

Le criminel se tourna doucement vers l'ourson. Il le regarda pendant quelques secondes puis soupira, relâchant ainsi la pression qu'il maintenait sur le lapin.

- Ouais…

- Parfait. Au fait, Coco Lapin, tu n'aurais pas vu les amis de Octave dans le coin ? Il les a perdus.

- Les amis de … Euh… Ils sont comment ?

- Comme moi… fit l'homme en noir en souriant.

Le lapin déglutit de plus belle.

- Euh… non… non, je ne les ai pas vu, non… bredouilla-t-il, très mal à l'aise.

- Oh… Quel dommage, fit Winnie avec un air triste. Mais peut-être que Tigrou les as vu, lui. Tu sais où il est ?

- Tigrou ? Au terrain des souches comme d'habitude.

- Parfait ! Alors on y va tous !

- … « Tous » ? Comment ça « tous » ? Qui ça « tous » ? paniqua Coco Lapin

Le petit groupe s'était joyeusement mis en route vers leur nouvelle destination. Enfin… joyeusement, ça dépendait pour qui. Winnie était joyeux, oui. Entouré de ses amis, anciens et nouveau, il était très heureux. Faire une ballade sous le merveilleux soleil printanier lui donnait le sourire et une incroyable joie de vivre. Rien n'était mieux que de passer du temps avec les êtres qui lui étaient chers.

Derrière lui, le Patron n'était pas heureux. Bon, il n'était pas en colère non plus, la petite blague et le face à face avec le lapin lui ayant fait énormément de bien, mais il commençait sérieusement à en avoir assez. Il se doutait qu'il était le seul à avoir atterri ici et maintenant, la seule chose qu'il voulait, c'était de partir de cette forêt monstrueusement niaise. Il allait vraiment finir par craquer si ça continuait comme ça…

Il jeta un coup d'œil dans son dos et ne put réprimer un sourire. Coco Lapin et Porcinet se trouvaient à quelques mètres d'eux, et lui lançaient des regards à la fois méfiants et apeurés. Ils avaient vraiment l'air de le craindre. Parfait, au moins eux ne le dérangeraient plus…

- On est encore loin… ? fit le pervers à Winnie.

- Non, répondit distraitement l'ourson.

- Combien de temps ?

- Je ne sais pas, dit-il avec un grand sourire.

La colère de l'homme en noir remonta d'un cran. Ce que ça pouvait l'énerver cette façon d'être !

« Mon poing dans ton… »

-… Pas même une petite idée… ?

- Je ne sais pas, je ne fais pas attention à ça d'habitude, répondit le mangeur de miel. On y arrivera quand on y arrivera et, jusque-là, on profite de la balade et du beau temps.

Le Patron soupira. Il n'allait rien pouvoir en tirer. Il n'avait plus qu'à attendre en espérant que ça ne serait pas trop long et qu'ils ne tomberaient pas encore sur un nouveau personnage…

- Oh ! fit Winnie en s'arrêtant brusquement. C'est Bourriquet ! Hého, Bourriquet !

L'animal jaune fit de grands gestes de la patte en direction de son ami inconnu, alors que le pervers se passait la main sur le visage. Et voilà. Exactement ce qu'il ne fallait pas. Une distraction…

« Pitié… pas encore un… »

Le nouvel arrivant marchait doucement. La tête basse et un air triste sur le visage, un âne bleu aux oreilles tombantes se rapprocha du groupe. Son museau était imposant et beige et les crins au-dessus de son crâne étaient noirs. Son ventre et l'arrière de ses pattes étaient d'un bleu bien plus clair. Cet animal avait l'air vieux, ses couleurs étaient délavées et ses yeux noirs étaient légèrement larmoyants.

- Bonjour Bourriquet, fit Winnie. Belle journée n'est-ce pas ?

« Mais ferme-la… »

- Oh… Bonjour Winnie… répondit Bourriquet d'une voix traînante. Oui… Belle journée oui… Ça aurait été une très belle journée… Si je n'avais pas été aussi mal…

« On dirait le Gothique… »

- Ben, pourquoi cet air triste, Bourriquet ? Le soleil brille, les oiseaux chantent, il faut être heureux, sourit l'ourson.

- Oui… Mais ça va mal… Très mal… Parce que… J'ai perdu ma queue… soupira l'âne en montrant son arrière train effectivement dépourvu de queue.

- Ah oui, pouffa l'animal jaune, tu n'as plus ta queue.

- Je lui prêterais bien la mienne, moi… murmura le Patron. Sûr qu'il ne sera plus triste après…

- Tu as dit quelque chose, Octave ?

- Non, rien du tout… « En tout cas, rien qui te concerne la peluche… »

Il regarda Bourriquet qui observait son postérieur en soupirant. Effectivement, à un endroit se trouvait un petit trou, comme si quelque chose aurait dû y être attaché.

Le pervers se lécha doucement les lèvres tandis que des idées malsaines traversaient son esprit.

« Mauvais… Si ça continue, je vais pas réussir à me retenir… »

- Bon ! dit le Patron assez fort, pour que tout le monde l'entende, ce qui les fit tous sursauter. Et si on allait voir… celui qu'on devait aller voir… ?

- Ah oui, fit Winnie. Euh… qui ça ?

- Je sais pas, bouffeur de miel ! C'est toi qui habite dans cette forêt des niaiseries, pas moi !

- Forêt des Rêves Bleus, Octave, corrigea tout de suite l'animal. « Ne lui explose pas la gueule… pas maintenant… » Mais oui, c'est vrai qu'on était parti pour aller voir Tigrou. Tu nous accompagnes, Bourriquet ? Peut-être qu'il sait où est ta queue.

- Oui… Peut-être… dit l'intéressé sans grande conviction. Je vous suis…

« Voilà… Parfait, on y va… Plus vite on part, plus vite je pourrais m'barrer… J'ai l'impression de me ramollir complètement, et j'aime pas ça… »

Levant les yeux, il aperçut Winnie et son nouveau compagnon de route qui lui tournaient le dos et put observer le balancement hypnotique de leurs deux fessiers.

« … En fait, je ne me ramollis pas tant que ça… Au contraire même… »

Heureusement que personne ne pouvait le voir. Le sourire qui fleurit sur son visage à cet instant aurait fait frémir de peur même le plus aguerri des hommes…

Au bout d'une dizaine de minutes, pendant lesquelles le Patron essaya tant bien que mal de se concentrer sur autre chose que sur l'alléchant spectacle qu'il avait devant lui, ils arrivèrent dans une petite clairière parsemée de souches et de troncs d'arbre dispersés un peu partout.

- Voilà, on y est ! déclara fièrement Winnie. Maintenant, il faut trouver Tigrou…

À peine eut il finit sa phrase qu'un cri de joie résonna dans la clairière.

- Quand on parle du tigre…

Dans les branches d'un arbre, apparu, en effet, un tigre. Il était orange criard et rayé de noir, la truffe rose, un immense sourire sur le visage et qui possédait une queue qui faisait au moins sa taille. Le plus surprenant avec ce personnage, c'était que cet appendice lui permettait de bondir d'un endroit à l'autre, comme un ressort vivant.

Des broussailles autour de l'endroit où ils se trouvaient, jaillit encore un autre personnage. L'animal ressemblait à un petit kangourou marron et habillé d'un unique pull bleu à col roulé et à manche longue. Il avait l'intérieur des oreilles rose et sa truffe ainsi que ses yeux étaient noirs.

- … on en voit le Petit Gourou, dit Coco Lapin avec un sourire.

Lorsque Tigrou aperçu les nouveaux arrivants, il cria de nouveau.

- Winnie ! Coco Lapin ! Bourriquet ! Porcinet ! Mes amis, quel joie de vous voir ! Vous venez bondir vous aussi ? Bondir, c'est le bonheur, c'est la vie et ma vie c'est de bondir !

L'animal ne tenait pas en place. Il passait d'une branche à une autre tellement vite que le Patron avait du mal à le suivre des yeux.

« Mais c'est quoi ce truc… ? »

Puis, d'un saut impressionnant, le tigre voltigea de sa branche pour se retrouver sur l'une des souches, sans pour autant s'arrêter de bondir avec sa queue.

Pendant quelques secondes, il tourna sur lui-même par la force de ses sauts, puis, avisant le groupe, il fonça sur eux… ou plutôt il fonça sur la seule personne de ce groupe qu'il ne connaissait pas.

Le pervers eut un moment de surprise à la vue de cet animal surexcité bondir droit sur lui et ne put réagir lorsque celui-ci lui tomba dessus. À cause de la vitesse, l'homme en noir bascula mais au lieu de se retrouver sur le dos, il roula en arrière, le tigre sur le ventre. Après plusieurs roulé-boulé, il s'arrêta enfin sur le dos et put constater que l'animal rayé se trouvait à quatre pattes sur sa poitrine et le regardait tout sourire.

- Houhouhouuuuuuu ! Un nouveau ! Ça fait plaisir de voir des nouvelles têtes par ici ! Moi, c'est Tigrou ! T-I-Double Grrreu. Oui c'est moi ! J'aime bondir, bondir c'est la vie et ma vie c'est de bondir ! Houhouuuu !

Le Patron n'en pouvait plus. Les tonneaux qu'il avait effectués, bien malgré lui, lui avaient donné un mal de crâne épouvantable, son dos le faisait souffrir et ses oreilles étaient agressées par la voix stridente et insupportable de cette espèce de ressort sur pattes.

La frustration, l'énervement et la douleur déferlèrent dans ses veines et il se passa exactement ce qu'il s'était intimé de ne pas faire…

Il craqua.

- Voyons, Tigrou, fit Winnie en riant comme si tout cela était normal - ce qui l'était vraiment - ne sois pas trop méchant avec Octave.

- Octave !? cria l'animal rayé. Bienvenue Octave ! Toi aussi, tu veux bondglp !

La main du Patron s'était refermée sur la gorge du tigre. Ses yeux bleus, que l'on pouvait voir maintenant que ses lunettes étaient tombées à cause des acrobaties forcées, étaient remplis de colère et du fond de sa gorge monta un grognement sourd et menaçant.

Tout le monde se figea, tant surpris par la réaction violente du criminel qu'à cause du bruit qu'il était en train d'émettre. Coco Lapin prit ses oreilles entre ses pattes et les aplatit fort sur son crâne. Pas encore, s'il vous plait, pas encore !

- Ah…fit le criminel avec soulagement, enfin un peu de silence… Tes braillements me tapaient sur les nerfs…

L'homme en noir utilisa sa deuxième main pour se relever et se redresser de toute sa hauteur. Fini les gentillesses et les niaiseries de gamin… Il était temps de redevenir soi-même…

- J'espère pour toi que mes lunettes ne sont pas cassées, chaton… Sinon je crois que tu ne pourras plus jamais bondir de ta vie…

Les yeux de l'animal rayé s'agrandirent sous la menace.

- Hey, M'sieur Octave, lâchez Tigrou, vous lui faites mal, fit courageusement Petit Gourou qui s'était approché en sautillant, bien décidé à aider son meilleur ami.

Le pied du Patron siffla et cueillit le petit animal au ventre, l'envoyant valser à plusieurs mètres de là, dans les arbres alentours.

Tout le monde sursauta d'effroi. Jamais ils n'avaient vu pareille violence !

- Un autre pour me dire quoi faire… ? Non… ? Bien…

Le criminel s'avança doucement, tout son corps irradiant de haine pour cet univers qui débordait de guimauve et de niaiserie. Après quelques pas, il se pencha et récupéra ses lunettes de soleil. Par chance pour Tigrou, elles étaient indemnes.

- T'as du bol, le rayé… fit l'homme en noir au tigre qu'il tenait toujours entre ses doigts, en les remettant sur son visage.

Il recommença à avancer en direction de Winnie. Arrivé devant lui, il était sur le point de parler quand l'ourson le prit de vitesse.

- Octave… Petit Gourou a dû avoir très mal et Tigrou n'a pas l'air bien auss…

- TA GUEULE !

Le cri résonna avec force dans la clairière. La colère du pervers était quasi palpable et le pauvre tigre en faisait les frais, la main de l'homme en noir s'étant resserrée.

- Ferme… ta putain… de gueule… Ta voix insupportable me casse profondément les couilles… Je veux que tu la fermes et que tu m'écoutes… Je ne suis pas… Octave. Je suis le Patron ! Et j'te conseille d'ouvrir grand tes oreilles pleines de miel maintenant… sinon tu vas vite comprendre pourquoi on m'appelle comme ça…

Winnie le regarda avec des yeux ronds. La colère du criminel s'amplifia encore. Ce qu'il pouvait haïr ce regard vide…

« Putain de bordel… T'as besoin de lui, alors ne lui explose pas la tête à coup de talon… »

- J'ai besoin de partir d'ici… et je sais qu'il y a un gosse qui vient vous rendre visite des fois… Par où il arrive… ? Par où il passe pour venir dans cette forêt… ? Je veux une réponse !

Alors que l'ourson ouvrait la bouche pour répondre, l'homme en noir se baissa et attrapa le col de son T-shirt.

- Non… En fait, tu vas pas répondre sinon je vais te fracasser… Tu vas m'y conduire tout de suite… Et quand je dis tout de suite, c'est immédiatement… Pas de détour, pas d'arrêt, pas de rencontre avec d'autres putains de personnages aussi inutiles que toi, sinon je reviens ici, j'arrache la queue du ressort à pattes et je te la fait bouffer… Clair ?

Winnie ferma la bouche et hocha doucement la tête. Pour la première fois de sa vie, il comprit qu'il ne fallait pas discuter et faire ce qu'on lui demandait. Il jeta un coup d'œil à ses amis. Bourriquet s'était roulé en boule afin de se faire le plus petit possible, Coco Lapin était immobile, les yeux fermés et les oreilles plaqués sur la tête et Porcinet s'était caché derrière son ami. Et les trois tremblaient de terreur.

L'ourson leva doucement la patte dans une direction et murmura :

- Par là…

Le Patron regarda vers l'endroit pointé par Winnie et fronça les sourcils.

- Si jamais tu te trompes, la peluche, plus jamais tu ne pourras bouffer du miel, entendu… ?

Il lâcha le col du T-Shirt rouge et se releva.

- Euh… Oct… Patron… ? demanda tout doucement l'animal jaune.

Le pervers baissa les yeux vers l'ourson apeuré.

- Euh… Tigrou… fit Winnie en montrant de la patte le tigre emprisonné.

Le Patron regarda l'animal rayé dont il tenait toujours le cou entre ses doigts. Celui-ci ne bougeait plus et ses yeux, d'habitude plein de vie, étaient devenus ternes et vitreux. Le criminel le regarda de plus près, le secoua et, devant l'absence totale de réaction, il haussa les épaules.

- Tant pis…

Puis, sans ménagement ni même un regard, il balança le corps sur le sol.

- Dommage… ça aurait été excitant de savoir si il avait pu bondir aussi bien sur ma queue que sur la sienne…

Le choc sur la terre ferme eut le même effet qu'un électrochoc pour le tigre qui réussit à prendre la plus grande inspiration de sa vie, le sauvant de la mort.

- Quoique… Je peux toujours vérifier, maintenant…

Une lueur malsaine s'alluma dans les prunelles bleues, bien cachées derrière les verres teintés, et il passa sa langue sur ses lèvres.

- Non… pas le temps. Je préfère me barrer d'ici plutôt que de m'amuser avec le chaton…

Il se tourna vers Bourriquet, Coco Lapin et Porcinet. L'âne avait fermé les yeux, le lapin était livide et le petit cochon s'était évanoui.

- Je ne vais pas pouvoir rester avec vous malheureusement… fit le Patron avec une fausse empathie. Je me barre... Vous avez du bol… vous auriez pu finir comme le rayé… ou pire…

Puis, il s'accroupit de nouveau, posa sa main sur le haut du crâne de Winnie et serra les doigts suffisamment fort pour lui faire mal.

- En route… dit-il d'une voix tellement grave qu'elle résonna dans les os de l'animal.

De grosses larmes se mirent à couler sur les joues de l'ourson. Mais il ne dit rien et se contenta de hocher la tête. Le pervers le lâcha et Winnie avança dans la direction de la sortie de la forêt. L'homme en noir le suivit, sans se retourner, laissant derrière lui Tigrou qui se remettait doucement de son expérience morbide et les trois autres, traumatisés.

Au bout de quelques minutes de marche silencieuse, ils arrivèrent dans un coin reculé et sombre de la forêt. Le feuillage était dense et ne laissait passer que peu de lumière, malgré le soleil qui brillait fort. La température avait chuté de quelques degrés.

- C'est là… ?

Winnie acquiesça. C'était par-là que Jean-Christophe arrivait quand il le voulait.

Le Patron s'avança et se retrouva au milieu d'un cercle d'arbres étranges. Ceux-ci étaient plus petits et bien plus larges que les autres et, chose surprenante, ils étaient tous munis d'une sorte de porte, chacune d'une forme différente : un cœur rouge, un trèfle à quatre feuilles, un œuf coloré, un oiseau ressemblant à une dinde, un sapin décoré, une citrouille effrayante et une sorte de maison.

- Alors c'est par là qu'il arrive, le gamin… fit il en posant sa main sur la porte en forme de maison. Et les autres doivent amener dans d'autres mondes…

Il passa devant chaque arbre en marmonnant et s'arrêta finalement devant l'un deux.

- Ça à l'air marrant par là…

Il avança la main, la posa sur la poignée et…

- Non, il ne faut pas y aller, c'est dangereux !

Le pervers stoppa son geste et se tourna vers l'ourson qui avait crié. Celui-ci avait plaqué ses pattes sur sa bouche, comme s'il s'était rendu compte qu'il avait dit une bêtise. L'homme en noir lâcha la poignée et s'avança vers l'animal qui s'était mis à trembler. Voyant que le géant s'était posé devant lui, il ferma les yeux et attendit ce qu'il allait lui faire. Il sentit une main se poser sur sa tête et il se crispa de toutes ses forces. Puis, voyant qu'il ne se passait rien, il ouvrit timidement les yeux et se rendit compte que le Patron était accroupi et lui caressait la tête en souriant.

- Merci de t'inquiéter pour moi… murmura-t-il.

Winnie se détendit et sourit doucement. Finalement, peut-être qu'il n'était pas si méchant que…

Le pervers changea la prise de ses doigts et serra le crâne de l'ourson. Il se releva d'un coup, tournoya sur lui-même et fracassa le visage de l'animal pelucheux contre l'arbre le plus proche, laissant ainsi éclater sa rage. Il recula son bras et frappa la tête encore une fois. Puis encore une fois. Pendant plusieurs minutes. Le sang giclait, colorant le tronc et l'herbe autour de rouge. Le corps de Winnie se tendait à chaque choc violent puis, au bout du quatrième ou cinquième, il se ramollit. Définitivement. Le criminel n'avait pas arrêté pour autant.

Au bout d'un moment, une fois sa colère passée, il stoppa ses allers-retours.

-… mais personne me dit ce que je dois faire… Personne.

Le Patron lâcha l'animal qui tomba lourdement sur le sol et fit craquer ses jointures. Il jeta un dernier coup d'œil à ce qui fut Winnie l'Ourson et se dirigea vers la porte qu'il avait choisie. Il posa sa main sur la poignée, l'ouvrit et la franchit, laissant derrière lui la Forêt des Rêves Bleus, triste, traumatisée et rougie après le passage de cet homme en noir.

Alors que la porte du Patron se fermait, celle en forme de maison s'ouvrit, laissant apparaître un jeune garçon brun, en t-shirt et bermuda qui franchit le trou en sautillant.

Une odeur métallique le frappa et, alors qu'il portait son regard aux alentours pour en découvrir l'origine, il aperçut le corps de son meilleur ami, couché dans son sang.

La joie déserta son visage, les larmes affluèrent et alors que Jean-Christophe se ruait vers son entrée en hurlant de terreur, la silhouette mystérieuse sortit des arbres.

Elle n'avait pas assisté à la scène et, comme le garçon, elle contempla le sinistre spectacle du cadavre de l'un des personnages les plus mignon et innocent que cet Univers avait habité.

S'accroupissant devant le corps, elle ferma de ses doigts les yeux sans vie de Winnie l'Ourson et se fit une promesse.

Œil pour œil.

Dent pour dent.

Et mort… pour mort…


Pour ceux qui sont allez jusque là... donc une bonne grosse partie des lecteurs... votre retour ? :3

Et un grand et immense merci à Dracula-Smile pour son retour également. Si vous vous demandez pourquoi le Patron a choisi "Octave" comme prénom... direction sa fic "Sex and love and guns light a cigarette" ! Cette fic est une tuerie ! :D