Réédité le 10/2017
Disclaimer : L'univers et les personnages de Gundam Wing ne m'appartiennent pas, en revanche, les persos que j'ai crée sont ma propriété.
RESTES AUPRES DE MOI
Heero fut surpris par le contact froid de ses mains contre la peau de la jeune fille. Il n'avait jusqu'ici pas osé « parcourir » tout son corps. Mais il devait se rendre à l'évidence: il lui fallait mettre sa gêne de côté s'il voulait correctement la réchauffer.
Par des gestes lents et mal assurés, sa main s'aventura plus loin. Le pilote l'enserra un peu plus contre lui, s'imprégnant de ses courbes, de son essence, s'habituant progressivement à sa présence. Et il se surprit à penser que, lui aussi, était capable de tendresse.
Car Heero n'aimait pas les contacts physiques, le fait d'être proche de quelqu'un provoquait toujours en lui une gêne. Il n'avait jamais connu les gestes affectueux de parents où tout autre substitut, par conséquent toute manifestation d'amour lui était inconnue, mis à part peu être celle de Duo lorsqu'il lui ébouriffait joyeusement ses cheveux, un immense sourire illuminant son visage. C'était bien le seul qui osait lui exprimer son affection.
Heero laissa échapper un sourire en pensant à son ami turbulent.
Et voilà qu'il se retrouvait dans un lit avec Relena serrée contre lui, presque nue… la situation avait de quoi être perturbante.
Il n'avait pas été préparé à ça, personne ne l'était, comment arriverait-il à agir correctement ?
Il était responsable de tout ce qui lui arrivait et il se devait de réparer ses erreurs. Et puis Relena c'était différent, il voulait qu'elle vive plus que toute autre chose… Pourquoi ? Il ne préférait pas se poser la question pour le moment, c'était déjà assez compliqué comme ça.
Le jeune homme fut coupé dans sa méditation par Sally qui rentra avec des poches de perfusion et du matériel de soins.
-C'est l'heure du repas.
Heero retira ses bras du corps de la ministre et attendit que la jeune femme arrive à sa hauteur.
-Tu peux y aller.
Le pilote se releva, il disposait de quelques minutes pour permettre à ses membres ankylosés de se mouvoir. C'était également les seuls moments qu'il s'autorisait pour avaler un peu d'eau et de nourriture. Il ouvrit la baie vitrée et fit quelques pas le long du corridor tout en mangeant une harcha agrémentée de miel.
Heero inspira profondément l'air frais de l'extérieur et offrit à son visage les faibles rayons d'un soleil levant.
C'est une si belle journée qui semble commencer…
Il resta quelques instant à profiter du spectacle puis s'en retourna, avalant une gorgée de thé à la menthe, déposé sur la commode.
Sally était toujours auprès de la ministre, elle ajustait le débit de la perfusion. La troisième journée du « sommeil » de la jeune fille commençait. En réalité la doctoresse se demandait comment il se pouvait qu'elle soit encore en vie. Son état s'apparentait à une sorte de coma métabolique, c'était comme si au lieu de s'arrêter ses fonctions vitales s'étaient mise en état de latence, défiant toute logique scientifique, Sally ne comprenait pas. Cependant rien ne semblait encore acquit et personne ne pouvait assurer qu'elle se réveille un jour.
Un courant d'air frais parvint jusqu'à la jeune femme qui se tourna en direction de la cour intérieure.
Heero se tenait face à elle, son regard bleu qui ne laissait rien transparaître la fixait. Mais Sally n'était pas dupe, le jeune homme était épuisé et il lui semblait qu'il avait déjà perdu du poids, ce n'était pas surprenant. Et arriver à ne pas dormir durant aussi longtemps était au-delà de ce qu'un corps normalement constitué pouvait supporter. Il était peut être déterminé, mais pas invincible et elle devait le convaincre d'être raisonnable.
-Heero, il est tout à fait possible de maintenir sa température corporelle sans que tu t'épuises ainsi.
Le pilote retira son t-shirt et s'approcha du lit.
-Nous en avons déjà discuté Sally…
La jeune femme soupira. Autant parler à un mur…
-… je reste auprès de Relena, ne t'inquiètes pas, je ne baisserai pas ma garde.
-Ce n'est pas Relena qui me préoccupe, mais toi.
Le pilote ignora sa remarque et se glissa sous les couvertures, le corps de la ministre c'était déjà bien refroidit, il était temps qu'il vienne lui apporter sa chaleur.
Sally ne savait plus comment réagir. Depuis l'intervention de Heero, elle était partagée entre l'admiration pour sa ténacité, et son éducation cartésienne qui lui criait qu'ils avaient basculé dans l'irrationalité la plus totale. Il y avait tant d'émotions autour de Relena Peacecraft, tant d'enjeux, que tout devenait flou.
-Je reviendrai dans deux heures voir si tout va bien, capitula-t-elle, dépassée par la situation.
La jeune femme referma la porte, elle se retourna et se trouva alors face à Quatre, surprise, elle sursauta.
-Bon sang ! Tu m'as fait peur !
Le jeune homme lui sourit.
-Excuses-moi, ce n'était pas dans mon intention.
Sally inspira profondément afin d'apaiser son cœur emballé.
-Tu venais voir Heero et Relena je suppose.
-Oui, mais je crois que je repasserai plus tard, je pourrai te parler ?
-Bien sûr, d'ailleurs moi aussi j'ai quelques questions à te poser, on va petit déjeuner ?
Le pilote acquiesça.
Quatre fit réchauffer du thé puis vint s'installer auprès de la jeune femme. Il savait que les derniers jours avaient éprouvés Sally, mettant à l'épreuve ses certitudes.
-Sally, tu ne dois pas essayer de les séparer.
-Mais tu as vu dans quel état s'est mis Heero, ça n'a aucun sens d'agir de la sorte, il va se rendre malade lui aussi, voilà tout !
Tout en s'exprimant, elle fixait le jeune homme qui l'écoutait attentivement, son regard céleste masqué par quelques mèches blondes.
Quatre avait grandit, prit en taille et en force et si on continuait à l'appeler « petit blond », c'était simplement par affection. On pouvait lire dans son attitude une sérénité et une présence qui étaient montées en puissance durant ces dernières années. Il avait appris à voir au-delà, à chercher les causes profondes de toutes choses et son don si mystérieux pour Sally s'était énormément développé.
Mais le regard doux et compréhensif du pilote exaspéra la jeune femme, et elle capitula dans un soupir.
-Ce sont des choses qui me dépassent.
Quatre lui sourit et se pencha vers elle, mettant sa main sur la sienne. Surprise elle releva la tête et croisa alors son regard.
-Non Sally, c'est juste une question d'ouverture d'esprit. Relena a besoin d'Heero pour trouver sa voie. Il faut aller au delà du domaine médical si l'on veut la ramener, ou alors, on aura pas tout essayé. Je ne peux pas mieux te l'expliquer, mais j'ai la sensation qu'elle a besoin de quelqu'un pour la guider.
-Quelqu'un pour la guider… pourquoi pas toi ? Tu es proche de la ministre, de plus tu as des facilités dans ce domaine.
-Non, c'est Heero qui en premier lieu a déterminé ses choix durant la Grande Guerre, moi, je ne suis apparu dans sa vie que beaucoup plus tard, et même si nous sommes très liés, il restera toujours plus important.
Une lueur de tristesse traversa le regard du jeune homme, mais disparut trop vite pour que Sally la perçoive.
-C'est à Heero de décider jusqu'où il ira, nous savons tous les deux que les limites ne sont pas un problème pour lui, cependant, Sally tu ne dois pas interférer.
-De toute manière vous êtes déjà allé au-delà de ce que je pensais réalisable. Je m'en remet à ton jugement Quatre...
-Merci, il faut garder espoir.
Dans une ancienne base militaire d'Amérique du Nord…
-Avez vous réussi à établir une liaison sécurisée avec le satellite ?
-Non, Mademoiselle, pas encore, apparemment ils ont modifié tous les codes d'accès.
Le regard de la jeune femme s'obscurcit.
-Je me suis laissée berner comme une débutante. Treize, pardonnez-moi….
-Vous êtes mon meilleur hacker Tom, alors faites-moi sauter ce programme.
Le grand brun se frotta les mains et un sourire malicieux apparut sur son visage.
-Je vais leur montrer de quoi un gars de l'unité spéciale est capable !
-Tyler au rapport !
Elle se retourna.
-Ne soyez pas si formel jeune homme, les Préventers n'existent plus.
L'agent rompit et lui sourit en retour.
-La base est sous contrôle, nous attendons vos ordres Lady Une.
-Malheureusement nous sommes bien impuissants, pour le moment reposez-vous et tâchez de maintenir la garde autour de la base, on ne sait jamais.
-Très bien mon commandant !
La jeune femme soupira en le regardant partir.
-Combien de fois est ce que je lui ai dit de ne plus m'appeler ainsi…
L'écran central s'alluma alors et un visage féminin apparu.
-Les soldats de l'ancienne armée te resteront toujours fidèles, et ils continueront à te nommer « mon commandant » car à travers toi c'est l'aura de Treize qui transparaît.
-Heureuse de te revoir.
-Moi aussi, alors, il paraît que vous avez des problèmes sur terre ?
-En effet…
-Oui M. le président, bien sûr M. le président, je n'oublie pas, je… M. le président ? Rahh, quel crétin !
Onze jeta le communicateur au sol avec rage. Un des Epyons Terros s'approcha craintivement.
-Mon…mon lieutenant…je…
-Quoi ! Vous avez retrouvé la trace de l'unité spéciale ?
-Euh… et bien c'est à dire que… bafouilla le jeune garçon.
-Alors qu'est ce que vous faites devant moi ! Je ne veux plus vous voir tant que vous n'aurez pas retrouvé ces maudits Préventers, c'est bien compris ! aboya-t-il.
Le soldat se mit au garde-à-vous et le salua.
-A vos ordres !
Onze tourna dans son bureau comme un fauve en cage.
-Bon sang, satané Préventers ! Comment ont-ils put nous échapper ? Les Gundams ? Oui c'est ça, les Gundams leur sont sûrement venu en aide.
Le « second problème » lui revint alors en mémoire.
La réapparition des Gundams avait ébranlé la confiance que les Citoyens avaient dans les Sphères Unifiées, et ce, d'autant plus depuis qu'un de ses appareils avait ouvert le feu sur la vice-ministre des affaires étrangères.
Un sourire mauvais apparu sur ses lèvres en pensant à la jeune fille.
Si belle et si innocente… la mort a dû t'apparaître bien douce !
Seulement son sacrifice avait eu un effet désastreux sur la crédibilité des Epyons Terros, et par conséquent sur celle des Sphères Unifiées.
L'homme tapa du poing sur la table.
-Encore ce pilote de Gundam ! S'il n'avait pas été là, elle serait morte bien avant !
Le soir du quatrième jour tomba, Quatre sortit de la chambre et se dirigea lentement vers le salon.
Même lui qui y avait crût plus que tout commençait à perdre espoir, de les voir dans cet état l'avait abattu. Il en venait à se demander si avoir encouragé Heero à agir de la sorte ne les avait finalement pas tous conduit vers plus de souffrances.
Il ouvrit la grande porte et dû faire face aux regards interrogateurs de ses amis. Mais tous virent dans les yeux du jeune homme que l'espoir s'affinait encore un peu plus.
-Sa vie ne bat plus que d'une aile, quant à Heero… encore quelques heures et il tombera d'épuisement…
Duo se releva.
-Mais on ne peut pas le laisser faire ! Cette histoire va mal se terminer !
Quatre s'emporta.
-Je t'en prie Duo ! Vas-y ! Vas lui dire que celle qu'il aime va mourir ! Moi je peux pas !
-…
-Je… je suis désolé… je ne voulais pas… je…
Les yeux du jeune blond commençaient à se remplir de larmes, lourdes de toute la colère que ce sentiment d'impuissance provoquait en lui. Duo se rapprocha alors et lui entoura doucement les épaules.
-Viens Quatre.
La tension s'accroissait sur la base, un silence pesant s'installa après le départ des deux pilotes, la déclaration de Quatre avait jeté un froid.
-Alors comme ça… Heero et Relena… commença Sally à demi-mot.
-Cela ne fait que confirmer ce que tout le monde soupçonnait, lui répondit Wufei d'un ton sec.
Quatre éclata en sanglot dans les bras de son ami. Duo les conduisit jusqu'à un petit banc en fer forgé et le serra contre lui jusqu'à ce qu'il eut épuisé toutes les larmes de son corps. Lorsqu'il sentit le jeune homme se détendre, il desserra doucement son emprise et Quatre se releva.
-Excuses-moi Duo…
-Il faut pas… Je suis désolé, je voulais pas te blesser.
-Moi non plus.
-Et bien nous voilà bien avancé !
Quatre ne put retenir un faible sourire.
-Je préfère te voir sourire .
-Merci.
Mais le visage du jeune homme se ternit à nouveau.
-Quatre…
-Je ne veux pas Duo ! Je ne veux pas qu'elle meure !
Le pilote resserra à nouveau son étreinte.
-Je sais…
Heero avait bien sentit que Quatre perdait espoir. Il lui était apparu si triste et résigné.
Le jeune homme ferma involontairement les yeux, mais se força à les rouvrir aussitôt.
Non… il ne faut pas, je dois continuer… j'y arriverai… j'y arriverai quoiqu'il m'en coûte !
Il tourna son regard vers la ministre, elle avait glissé et se retrouvait sur le dos, Heero rassembla ses forces et la fit basculer contre lui. Il remonta les couvertures et croisa ses bras dans le dos de la jeune fille, de sorte qu'elle ne puisse plus bouger.
-Je n'abandonnerai pas ! souffla-t-il.
Puis le silence retomba, et la longue lutte de l'esprit du pilote contre son corps reprit. Il devait rester concentré afin de ne pas sombrer dans le sommeil.
Tout à coup il sursauta. Il cru sentir un tressaillement contre son corps. Etait-ce son esprit qui se jouait de lui ?
Il s'immobilisa et attendit.
Serait-ce possible que…
Une seconde fois on effleura sa peau.
D'un geste du bras il dégagea les couvertures, découvrant ainsi la jeune fille. Relena était recroquevillée contre le corps du pilote, ses deux mains repliées au niveau de son torse.
Il l'observa avec attention et ce qu'il espérait se produisit : les doigts de la jeune fille se contractèrent à nouveau, le frôlant insensiblement.
Heero se saisit aussitôt de la petite main froide et l'appela doucement.
-Relena, réveilles-toi.
Il fit courir sa main le long du corps de la jeune fille qui se tendit à son toucher.
-Tu sens cette chaleur ? Tu es encore vivante, alors reviens… je t'en prie, reviens !
Le pilote put sentir contre lui que la respiration de la ministre s'accélérait, il se décala prudemment afin de dégager la tête de la jeune fille qui s'était logée contre la base de son cou.
Relena s'éveillait difficilement, comme si une partie d'elle-même se refusait à revenir. Elle se sentait si bien là où elle se trouvait, à quoi bon vouloir retourner à cette réalité sans pitié ? Mais la jeune fille savait que l'on se battait pour qu'elle revienne, elle avait entendu son appel et ne pouvait pas y rester indifférente.
Elle se força à suivre cette voix qui criait son nom, et au fur et à mesure qu'elle progressa, ses sensations revinrent. Le froid et la douleur l'envahirent. Elle s'arrêta un instant, hésitante, mais une douce présence l'entoura, une présence qui lui disait « Je ne t'abandonnerai pas ».
Heero… aides-moi !
-Restes auprès de moi Relena, prononça-t-il aussitôt.
La dernière phrase du pilote retentit clairement dans son esprit et tout s'illumina autour d'elle.
Heero !
Ses yeux azur s'ouvrirent faiblement, elle fut d'abord éblouie par l'intensité de la lumière, mais peu à peu les contours du visage du jeune homme se dessinèrent jusqu'à le percevoir distinctement.
Elle vit d'abord ses yeux bleus, ils semblaient si heureux… puis son sourire, Heero souriait.
Relena voulut prononcer son nom mais aucun son ne parvint à sortir.
-Non n'essayes pas de parler.
Il rapprocha sa main et lui caressa doucement le visage, elle ferma les yeux et s'imprégna de son toucher, il était tellement doux.
-Tu m'as fait si peur…
A ces mots la jeune fille rouvrit ses yeux et les plongea dans ceux du pilote. Heero fut surpris, il ne pensait pas qu'elle puisse comprendre le sens de ses paroles, il sembla hésiter un instant, puis se ravisa.
Il restèrent ainsi de longues secondes leurs regards plongés l'un dans l'autre.
Relena voulu elle aussi pouvoir le toucher, être sûre qu'il était bien là, tout semblait si… irréel.
Elle tenta de relever sa main jusqu'à son visage, mais cela eut pour seul effet une légère contraction de ses phalanges. C'était trop difficile. Elle se sentit tout à coup terriblement impuissante, la faible lueur qui avait éclairé son regard disparut et elle détourna la tête.
Le jeune homme fut troublé par sa réaction, il la resserra un peu plus contre lui et remonta les couvertures.
-Tout ira bien, à présent reposes-toi, je reste à tes cotés.
Des larmes silencieuses ruisselèrent le long du cou du pilote.
Heero sentit de nouveau la chaleur des émotions monter en lui, d'abord la colère, puis la peine qui s'insinuait peu à peu dans son cœur. Il n'avait jamais vraiment été triste, mais pour la première fois de sa vie il éprouva cette douleur profonde qu'assène la souffrance d'un être aimé.
Non… ne pleures pas, je déteste te voir souffrir.
Il la caressa avec douceur, et ses larmes cessèrent lorsqu'elle repartit dans l'inconscient.
Il attendit encore plusieurs minutes, puis dès qu'il fut assuré que son sommeil ne serait pas secoué par de nouveaux sanglots, il accéda à la demande de son être épuisé et s'endormit aussitôt.
Au milieu de la nuit, un jeune homme assez grand, une large mèche barrant son visage, pénétra dans la pièce sans prendre la peine d'allumer. Il connaissait la pénombre, elle avait toujours fait partie de son existence. Et puis il ne voulait pas prendre le risque de déranger les deux êtres qui dormaient.
La pâle lumière de la lune qui filtrait à travers les rideaux de lin éclaira faiblement les contours de son sourire, lui donnant une mimique de clown.
Il resta encore quelques instant auprès d'eux, pour être sûr, puis il fit demi-tour et les quitta aussi discrètement qu'il était entré.
Tout ira bien à présent.
Le matin se leva timidement sur la plaine d'Al-jirma, les brumes n'étaient pas encore dissipées lorsque Sally rejoignit les pilotes qui déjeunaient en silence. Quatre ne s'était pas encore levé, Wufei lui fit un bref signe de tête en guise salut et replongea dans la contemplation de son café noir. Duo étendait silencieusement de la confiture de figue sur sa galette de blé, son humeur joyeuse l'avait quitté depuis la veille et il se contenta d'un « bonjour » prononcé du bout des lèvres, quant à Trowa, il lui tournait le dos et s'affairait au-dessus de l'évier.
La jeune femme fit un faible sourire et vint s'asseoir devant la tasse de thé que celui-ci lui tendit.
-Merci…
Sally plongea ses lèvres dans le liquide brûlant et avala une gorgée, espérant que cela suffirait à lui redonner du courage pour la journée qui s'annonçait. Elle avait peu dormit, son visage était très pâle et des cernes prenaient forme, lui donnant une expression assez macabre.
-Tu fais peine à voir.
-Ca fait toujours plaisir de bon matin, lui répondit-elle d'un ton à moitié concerné.
-C'est juste que si je ne te le dis pas, personne ne le fera. Tu devrais essayer de dormir un peu.
La jeune femme qui regardait fixement le fond de sa tasse releva les yeux vers le jeune homme.
-Oui, je sais. Merci Duo.
-Je t'en prie.
Le silence s'installa de nouveau, seulement perturbé par les bruits de cuillères se heurtant aux parois des tasses.
Sally remuait nerveusement son thé, elle savait qui avait été de garde cette nuit et elle voulait savoir comment ses « patients » allaient, mais plus les jours s'écoulaient, et plus le sujet devenait difficile à aborder pour tout le monde. Au bout de plusieurs minutes de réflexions, elle se lança.
-Comment vont-ils ? Prononça-t-elle dans un souffle.
-Ils dorment, répondit simplement le grand brun.
-Au sens propre ou au sens figuré ? ajouta Duo sur un ton sarcastique.
Habituellement c'était à lui que revenait le rôle de faire des mots d'humour, mais là, il n'avait pas le cœur à ça et il trouvait « l'ambiguïté » de Trowa vraiment malvenue.
-Au sens propre, Relena s'est réveillée, réplica-t-il d'un ton impassible.
Sally et Wufei sursautèrent sur leur siège et Duo avala de travers.
Il toussa à plusieurs reprises mais fut le premier à réagir.
-Tu peux répéter là parce que je crois que j'ai mal compris, fit-il en indiquant son oreille de l'index.
-Tu as parfaitement entendu.
La mâchoire de Duo s'abaissa.
-C'est pas une façon d'annoncer les bonnes nouvelles ça tu sais ! Et si tu essayes de plaisanter, tu es vraiment très mauvais aujourd'hui.
-Vas-y et tu en jugeras par toi-même.
Il ne se le fit pas dire deux fois et se leva aussitôt.
La porte s'ouvrit sans la moindre politesse et un courant d'air parcourut la pièce pour s'arrêter au niveau du lit.
Duo se rapprocha un peu plus, il retint son souffle et l'appela doucement.
-Heero ?
-Tu fais tellement de bruit que tu aurais pu réveiller les morts, lui répondit-il en dégageant son visage à moitié dissimulé par les couvertures.
Le ton employé par Heero lui confirma la véracité de ses propos. Un immense sourire prit forme sur son visage.
-Apparemment cette nuit a été riche en émotions !
-Elle va bien.
-Tu m'en vois ravi ! On avait fini par croire qu'elle ne se réveillerait jamais !
Duo ne s'attarda pas, voyant bien que son ami était épuisé et qu'il venait d'être sortit de son sommeil sans considération. Le jeune homme rabattit le drap jusqu'à son menton, de sorte que la ministre soit totalement recouverte, puis il ferma les yeux et laissa le sommeil l'envahir à nouveau.
Sally passa dans la matinée, elle se contenta de constater d'après les appareils que la ministre s'était effectivement réveillée, lui remit une perfusion puis les quitta, comprenant que pour le moment, sa place n'était pas ici.
Relena reprit connaissance doucement, mais elle n'arrivait pas à s'éveiller totalement. Son corps tout entier semblait lui crier sa souffrance et l'accablait de vouloir encore lui demander le moindre effort. Cette sensation qu'elle n'aurait jamais voulu ressentir de nouveau. Celle qui ne faisait apparaître en elle qu'un seul visage : celui de Onze.
Mais à force de persévérance, elle parvint à se séparer de cette vision sordide, et pour la seconde fois, ses yeux revirent la lumière du jour.
Une lumière tamisée l'accueillit, il faisait tiède, et l'endroit était très rassurant. Une douce sérénité s'en dégageait.
Il lui fallut de longues minutes pour que son esprit atteigne un état d'éveil suffisant, et qu'elle commence à se demander où est ce qu'elle se trouvait. Sa vision se fit plus nette, elle vit d'abord sa main qui enserrait les doigts d'une autre. Puis, tout près d'elle, un torse se soulever et s'abaisser par intermittence, puis elle sentit une main contre sa hanche.
Cette main qui se mit en mouvement.
En sortant de sa torpeur, Relena avait inconsciemment serré un peu plus fort la main de Heero et cela avait suffit à le réveiller.
Le pilote dégagea les couvertures du visage de la ministre.
Un froid mordant et une lumière vive agressèrent la jeune fille qui se resserra d'instinct un peu plus contre celui qui lui apportait sa chaleur.
-Tu te sens mieux ?
A cette voix si familière, elle releva des yeux surpris, et rencontra ceux de son interlocuteur, un instant troublés, mais qui reprirent presque aussitôt une teinte rassurante.
Alors elle n'avait pas rêvé ? Elle se souvenait bien d'un sentiment agréable lié au pilote, mais ça n'était pas réel pour elle. Et pourtant…
Elle voulut parler, mais elle ne parvint qu'à un mouvement à peine perceptible de ses lèvres. Heero lui adressa un faible sourire.
-Ce n'est pas grave, ne te forces pas.
Relena répondit du mieux qu'elle put à son sourire, mais elle vit bien dans ses yeux qu'il était déçu. Elle voulut chasser cette image de son esprit et détourna son regard, c'est alors qu'elle prit pleinement conscience de sa situation. Ses yeux tombèrent sur son corps dénudé, sa poitrine seulement couverte par une bande de tissu qui maintenait le bandage de son épaule et surtout, ses multiples contusions où se mêlaient hématomes et écorchures en tout genre.
Elle se recroquevilla et dissimula son visage, elle se sentait terriblement honteuse.
Heero comprit aussitôt l'origine de sa gêne.
-Relena…
Mais la jeune fille ne répondit pas à son appel et il eut pour seule réponse qu'elle se referme un peu plus.
Le pilote n'insista pas davantage. Il ne savait pas comment réagir.
Alors il appliqua ce qu'il avait appris au cours de ses derniers jours à ses côtés. Il la caressa, effleurant avec douceur sa longue chevelure, soulevant son parfum délicat. Et il constata avec soulagement qu'il avait prit la bonne décision, puisqu'elle se détendit peu à peu à son toucher.
-Je suis désolé, je n'aurai jamais dû t'imposer ça, mais c'est la meilleure solution que j'ai trouvée.
Relena serra un peu plus la main du jeune homme, puis elle perdit connaissance.
L'écran s'alluma sur un personnage dissimulé par l'obscurité. D'après les contours fins de sa silhouette, il n'était pas possible de déterminer si c'était un homme ou une femme. De longs cheveux tombaient de part et d'autre de ses épaules. Sa voix cependant imposait l'autorité.
-Alors lieutenant, dites-moi donc comment nos affaires se présentent.
Onze s'inclina et posa un genou au sol.
-Les forces spéciales nous ont échappé Monsieur.
-Voilà qui est bien triste… Lieutenant vous enchaînez erreurs sur erreurs, vous seriez bien avisé de me prévenir à l'avenir avant de prendre des initiatives stupides.
Onze se courba un peu plus et serra les dents.
-Monsieur, je pensais que vous vouliez que la fille…
-Eh bien vous pensez très mal. Qu'espériez-vous en assassinant la ministre ! Relena Peacecraft reste un symbole pour bien des Hommes. D'autant plus que nous ignorons si elle est vraiment morte, son corps n'a pas été retrouvé.
-Croyez-moi Monsieur, dans l'état où nous l'avons trouvé à l'hôpital, je peux vous assurez qu'elle n'est plus de ce monde.
-Je vous le souhaite, tant qu'à faire les choses faites-les biens, vous n'auriez déjà pas dû la laisser sortir du satellite.
-…
-A présent il va falloir réparer votre erreur, montrer aux Citoyens des Sphères Unifiées qu'ils doivent avoir confiance en nous. Et pour rallier le peuple derrière le pouvoir autoritaire, nous allons déclarer la guerre.
L'homme fit apparaître derrière lui une carte de la Terre et des Colonies gravitant autour. Une série de points rouges s'allumèrent sur le plan.
-Vous voyez tous ces points, ce sont les zones de résistance aux Sphères Unifiées, cela va de petits territoires de Rebelles à des pays tout entiers. Vous allez attaquer ces points de tension parce qu'ils vont vous déclarer la guerre.
Onze surprit par cette déclaration releva vivement la tête.
-Mais Monsieur…
Cependant face au charisme imposant de son maître, il abdiqua.
-… il en sera fait selon vos ordres.
-De nouveaux types d'armure mobile vont vous être livrés. Il est évident que les combats devront faire le moins de dégâts possible, les membres du conseil ont été formels à ce sujet.
-Je comprends. Et pour les Gundams ?
Un sourire apparu sur les lèvres du chef des Epyons Terros.
-Les Gundams ne vous poseront aucun problème, ils se battent pour la paix, par conséquent ils ne pourront prendre part à ce conflit. Ils n'auront bientôt plus leur place, ils mourront et nous érigerons notre idéal sur leur cendre.
Onze lui sourit en retour.
-Oui Monsieur.
-Bien, je vous transmets un rapport détaillé sur les prochains événements, et cette fois-ci, lieutenant, faites du bon travail.
-Comptez sur moi Monsieur.
Et l'écran s'éteignit.
Deux jours plus tard…
Sally et Quatre pénétrèrent dans la chambre, Heero avait repris l'essentiel de ses forces et il était réveillé.
Quatre se dirigea vers ses amis.
-Alors, comment ça va ?
-Elle a beaucoup bougé dans son sommeil et a été secouée de tremblement à plusieurs reprises. Elle s'est réveillée plusieurs fois très peu de temps, mais elle n'a toujours pas prononcé un mot.
-Pour les spasmes, c'est normal, j'ai diminué la dose de décontractant, à présent on va voir comment elle réagit si on la stimule, Heero, on va la découvrir et la mettre sur le dos.
Relena réagit en sentant qu'on essayait de la manipuler et serra la main du pilote, mais il se défit de son emprise. La main de la jeune fille retomba alors sur le matelas et elle s'immobilisa.
Les deux hommes regardèrent la ministre, soucieux.
-Ne vous inquiétez pas.
La jeune femme entreprit alors de refaire le bandage de son épaule qui n'avait pas été changé depuis plusieurs jours. La blessure apparut, l'incision était nette, de cinq centimètres environ. Elle était de couleur vive au centre, ce qui indiquait qu'elle n'avait pas encore cicatrisée. Elle nettoya la peau autour de la plaie et une coloration bleuâtre apparut, signe de l'infection.
-Elle cicatrise mal, mais au moins l'infection ne s'est pas étendue.
Cela faisait plusieurs minutes que Sally la soignait lorsque la jeune fille se remit à trembler.
-Apparemment, elle n'est toujours pas capable de gérer sa température interne.
Le médecin lui injecta une dose de décontractant mais l'effet ne se fit pas connaître.
-C'est pas vrai ! Quatre tiens-lui fermement l'épaule, il faut absolument que je termine ce bandage.
Le jeune homme s'exécuta aussitôt.
-Je ne comprends pas ! Ca aurait dû l'immobiliser instantanément !
Le cœur de la jeune fille s'accéléra alors un peu plus et elle s'éveilla. Ses yeux s'ouvrirent faiblement mais se refermèrent aussitôt sous l'effet de la douleur, s'ensuivit un profond râle.
Son bras se releva alors pour s'agripper à celui qui la retenait et elle se contracta un peu plus.
-Hee… Heero… appela-t-elle d'une voix étranglée.
-Relena ! Calmes-toi !
Au son de cette voix qui sonnait si bien dans son esprit, elle relâcha son emprise et tourna la tête vers Quatre. Le regard qu'elle lui adressa le bouleversa.
Elle luttait de toutes ses forces contre l'effet des médicaments, mais elle ne parvint bientôt plus à tenir ses yeux ouverts, et, contre son gré, reparti dans l'inconscient.
Sally venait de terminer, le jeune blond la libéra mais resta quelques seconde immobile, face à elle. Il voulut la toucher mais au dernier moment se ravisa.
-Quatre ? l'appela Heero alors qu'il restait fixé sur Relena, le regard triste.
Le petit blond cilla et adressa un sourire à son ami.
-Ce n'est rien, veilles bien sur elle.
-Comptes sur moi.
-Bien, je crois que je ne peux rien faire de plus, coupa la jeune femme. Reposez-vous, Heero je t'apporterais un repas dans la soirée.
Dès qu'il furent sortis de la chambre, Quatre quitta Sally avant qu'elle n'ait eu le temps de lui demander des explications sur ce qui venait de se produire, elle soupira.
Je le verrai plus tard.
Les sentiments de la jeune femme étaient partagés. Tout ce qui venait de se produire ces derniers jours avait mis à rude épreuve ses certitudes et sa confiance en elle.
Comment Heero a-t-il put ?
La déclaration que Quatre avait faite il y a quelques jours lui revint en mémoire.
La jeune femme secoua la tête pour sortir de ses réflexions.
-Non voyons, ça n'a aucun sens.
Tout en cherchant à comprendre, elle arriva dans sa chambre et s'installa devant son portable. La jeune femme remarqua alors la petite icône qui indiquait l'arrivée d'un mail.
Elle cliqua sur l'enveloppe et la vidéo apparut.
« Bonjour Sally, désolée de ne pas t'avoir donnée de nouvelles auparavant, mais mes hommes et moi avons été pris en chasse par les Epyons Terros. Ils n'ont eu personne de mon unité et nous organisons notre résistance. Contactes-moi au plus vite, tu sais comment faire, à bientôt j'espère ».
Elle se saisit aussitôt de son portable et se dirigea rapidement vers le salon.
Duo et Trowa faisaient une partie d'échec. A l'air pressé de la jeune femme ils relevèrent tous deux la tête.
Dès que tout le monde fut réunit, Sally leur expliqua la situation, puis elle entama de contacter Une.
-J'établis la liaison satellite code delta.
-Laisses, je vais le faire, ça ira plus vite.
Sally se releva et céda sa place à Wufei.
Le code delta était un programme sécurisé que Wufei avait mis au point. Il était connu d'un cercle très restreint de personnes seulement constitué de l'élite des Préventers et des pilotes de Gundam. Wufei y avait travaillé plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il soit parfait. Le programme agissait comme un virus dans le sens où il utilisait le réseau sous couvert d'une autre information qui circulait en même temps, de ce fait, leur communication devenait indétectable.
Lady Une reconnu immédiatement le sigle delta s'afficher sur l'écran et ouvrit la communication.
Le visage de Wufei apparu, remplacé rapidement par celui de Sally avec en toile de fond les autres pilotes.
La jeune femme leur sourit, elle était rassurée de voir qu'ils allaient bien.
-J'ai eu peur qu'il vous soit arrivé quelque chose. Après les derniers événements, j'ai cru que vous étiez… et Melle Darlian… mais que s'est-il passé ? Non ne me dites pas que tout ce qu'ils disent est vrai, elle n'est pas…
-Non rassures-toi, elle est encore en vie.
Lady Une soupira de soulagement.
-Dieu merci, je n'ose pas imaginer comment son frère aurait réagit si j'avais eu à lui confirmer la mort de sa sœur.
-Milliardo est au courant de la situation alors ? questionna Sally.
-Oui, les communications vers Mars sont filtrées par les Sphères Unifiées, c'était donc de ma responsabilité que de l'informer de ce qui venait d'arriver.
-Et comment a-t-il réagit ? demanda Wufei.
-Lui et Noin partent de la planète demain, le temps de confier le commandement et d'organiser leur départ.
-Ca signifie qu'ils seront là d'ici un mois et demi.
-On aura besoin de gens comme eux pour combattre contre les Epyons Terros.
-C'est aussi ce que je me suis dit Trowa, qu'un peu d'aide ne sera vraiment pas de trop face à ce qui se prépare.
-Qu'avez-vous appris ? questionna Quatre.
-Que les Epyons Terros se préparent au combat, contre qui, ça en revanche, je l'ignore, mais mes hommes y travaillent.
-Oui, nous avons repéré nous aussi des mouvements de troupe, mais peut être qu'ils se mettent en place simplement pour affirmer leur pouvoir, analysa Trowa.
-C'est possible, je ne suis sûre de rien, tout est tellement flou autour de cette organisation.
-Heero entreprenait des recherches avant l'enlèvement de la ministre, je vous transmettrai son dossier, il y a certaines choses que nous ignorions et qu'il a découvert, proposa Duo.
-Merci, ça pourra peut être nous aider, pour le moment ont est un peu limité, il n'y a presque rien d'opérationnel.
-Mais où êtes-vous ?
-Nous sommes dans les rocheuses, près du lac Blue Pearl. C'était une ancienne base arrière d'Oz, je l'avais gardée en état, juste au cas où… Ne t'inquiètes pas nous avons tout ce qu'il nous faut et mes hommes mettent actuellement au point un réseau informatique à partir du programme delta.
-Et après ça, vous serez les yeux et les oreilles de la résistance, poursuivit Duo.
-C'est en effet le but recherché, nous n'avons aucun moyen armé de riposter, la seule chose que l'ont peut faire pour le moment, c'est d'essayer d'anticiper leur action.
-C'est la meilleure stratégie à adopter, ajouta Trowa.
-Il y a déjà des groupes d'opposition qui apparaissent, mais ils ne sont pas structurés, il faudrait quelqu'un qui puisse les unir, est ce que Relena pourrait…
-Non, on ne peu plus rien lui demander, la coupa Quatre.
Lady Une fronça un sourcil.
-Mais que s'est-il passé ?
-A vrai dire je l'ignore moi-même… répondit Sally à voix basse.
-C'est une longue histoire… commença Quatre.
Terminé le 12/07/2003
