Réédité 07/2017

CHAPITRE 14 : PREMICES

Iria rentra dans sa suite et se laissa aller contre la porte pour la refermer. Cela faisait trop pour une seule soirée.

Exténuée, elle se dirigea lentement vers son lit, et sans plus de considération s'effondra dessus. Elle sentit alors tout son corps se détendre, appréciant de n'être enfin plus sollicité. Depuis combien de temps n'avait-elle pas vraiment dormi ? Elle avait cessé de compter, cela valait vraiment mieux pour sa santé mentale et si cela n'avait tenu qu'à elle, elle ne dormirait plus du tout. Qu'est ce que sa petite existence pouvait bien signifier par rapport à tout ce qui se passait en ce moment ? Comment aurait-elle pu penser une seule seconde à elle ? C'était une sensation vraiment étrange d'avoir une telle importance, c'était comme si l'on ne vivait plus pour soi, mais pour tout le reste de l'humanité… c'était effrayant. Elle comprenait à présent pourquoi Relena avait tant voulu l'éloigner. Avoir un tel rôle ne semblait malheureusement ne mener qu'à la souffrance et impliquer les autres dans cette spirale infernale était tout simplement inacceptable.

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, Iria ne s'était jamais sentie aussi vivante que ces deux derniers mois. Elle était accomplie. Elle avait enfin l'impression d'être utile à quelque chose, de pouvoir donner un sens à toutes ses convictions les plus intimes. Elle s'était vite passionnée pour ses fonctions et sa volonté incroyable était parvenue à faire tomber toutes les difficultés qui s'étaient dressées en travers de son chemin. Peu importait ce qui allait se passer, elle irait jusqu'au bout, elle se battrait pour la paix, parce que c'était ce en quoi elle croyait, ce en quoi des milliards d'Hommes croyaient.

C'était devenu sa ligne de conduite depuis le départ de Quatre et Heero et elle s'était donnée toute entière à sa fonction. Tout se passa très bien, jusqu'à ce qu'elle se retrouve face à l'obligation de faire appel aux pilotes… tout ce qui avait été clair jusque là s'était subitement embrouillé dans son esprit et elle s'était retrouvée dans l'impossibilité de les confronter à la guerre. Elle s'était complètement bloquée, elle refusait d'entendre ce que son être lui criait, elle refusait de s'incliner, elle ne voulait pas y croire. Elle avait accepté d'emprisonner sa propre existence au sort de millions d'autres et de prendre tous les risques… tous les risques ? Non, en vérité elle n'avait pas pu. Elle était subitement tombée de son piédestal pour réaliser qu'elle n'était pas si parfaite que ça, qu'elle n'était pas un être supérieur et que son cœur avait encore des pulsions propres. Il venait lui rappeler brutalement qu'elle était encore Iria, une jeune fille avec ses propres volontés et ses propres attachements à la vie.

Ce sentiment n'avait fait que s'accentuer durant cette soirée et elle ignorait si elle devait s'en réjouir ou non. Même si la guerre occupait tous les esprits, elle ne s'était pas sentie autant elle-même depuis des semaines, aussi simple. Et dans le fond, elle devait bien se l'avouer, elle avait apprécié ce sentiment. Se retrouver au contact de gens proches lui avait rendu sa dimension personnelle. Cette soirée lui avait semblé un peu intemporelle, découvrir toutes ces nouvelles personnes, non comme des politiciens à convaincre, mais comme des gens sur lesquels elle pouvait compter, des amis acquis pour certains. C'était la première fois depuis le départ des pilotes qu'elle avait prit un repas où elle pouvait vraiment discuter avec les personnes qu'elle avait en face d'elle, en toute humilité, la première fois qu'elle prenait le temps de le faire. Elle avait éprouvé beaucoup de bonheur à discuter avec eux, et elle avait tout de suite été frappée par l'attitude d'Heero et celle de Millardo, et cela l'inquiétait…

Quatre se dirigeait en direction des appartements royaux irrémédiablement envahit par le doute. Si Dorothy ne l'avait pas pratiquement pris par la main pour y aller, il ne serait certainement pas en train de se diriger vers la princesse. Iria semblait tellement changée, tellement grandie… tellement inaccessible. Il s'était senti tout petit par rapport à elle ce soir, vraiment minuscule. Elle avait été si charismatique, si maîtresse d'elle-même, si impériale. Comme si plus rien n'était laissé au hasard, le moindre geste, le moindre sourire… où était donc passé la jeune fille joyeuse et spontanée qu'était cette Iria qu'il aimait tant ? Il avait éprouvé une sensation vraiment étrange face à elle, rien de négatif n'avait émané de la princesse, aucun mépris, aucun sentiment de supériorité, et elle avait fait très bonne impression auprès des autres… Cependant ils ne connaissaient pas la véritable Iria. Le seul instant où il lui sembla la reconnaître, ce fut lorsqu'ils se revirent pour la première fois, ce regard qu'ils s'échangèrent… Ce qui l'inquiétait encore davantage, c'était les propos que Dorothy et Dave lui avaient rapportés : Iria n'avait jamais été aussi naturelle que ce soir… son ventre se noua de nouveau et il accéléra le pas, plus vite il serait fixé et mieux ce serait.

On frappa à la porte alors qu'elle sortait de la salle d'eau. La princesse sursauta, subitement tirée de ses réflexions.

- Entrez, fit-elle alors en se tournant vers la grande porte blanche aux reliures d'or.

Une tête blonde apparut alors à l'embrasure et elle se crispa inconsciemment.

- Quatre ! Entres ! l'invita-t-elle d'une voix chaleureuse mais le jeune homme ne s'y trompa pas.

Il lui sourit faiblement et pénétra dans la pièce en refermant derrière lui, mal à l'aise. Ils se fixèrent un instant dans le silence le plus total et la tension fut bientôt palpable dans la chambre. Le cœur d'Iria s'emballa à toute vitesse et elle se mit soudain à avoir très chaud. Mais qu'est ce qui lui arrivait ! Elle perdait complètement la tête ce soir ! Et ce n'était vraiment pas le moment, l'ultimatum prenait fin dans quelques heures ! La princesse se força à garder le contrôle d'elle-même et avança en direction du jeune homme.

- Des nouvelles sur les Epyons Terros ? fit-elle alors en plongeant ses yeux qui étaient devenus impénétrables dans ceux du pilote.

L'attitude de la jeune fille le heurta davantage et le renforça dans l'idée d'aller jusqu'au bout.

- Non rien sur les Epyons Terros, lança-t-il avec négligence, je ne suis pas venue te voir pour parler de la guerre. Je suis venu te voir toi, dit-il alors en plongeant son regard inquisiteur dans ses yeux.

Face à lui, Iria se sentit soudain incroyablement vulnérable, elle se détourna aussitôt et se dirigea au premier endroit qui s'offrit à elle.

- Il reste peu de temps avant la fin de l'ultimatum, tu devrais aller te reposer Quatre, fit-elle en s'asseyant sur le rebord de son lit.

Mais le jeune homme ne se laissa pas faire.

- Tu as changé Iria.

- Qu'est ce que tu racontes ! s'exclama-t-elle d'une voix qui sonnait moins assurée de minutes en minutes.

- Tu sais très bien de quoi je parle, fit-il en s'avançant vers elle.

Mais la jeune fille ne releva pas la tête et il sentit clairement qu'elle ne voulait pas qu'il s'approche davantage.

- Bien. Je suppose que la princesse souhaite à présent que je me retire. Peux être même souhaitait-elle que je ne sois jamais venu, lâcha-t-il sur un ton sec qui trahissait sa peine sous-jacente.

Iria fut blessée par son agressivité et releva alors des yeux teintés de colère sur lui.

- Oui c'est vrai. Je ne voulais pas que tu viennes. Je ne voulais qu'aucun d'entre vous vienne. Vous ne devriez pas avoir à vous battre, ce n'est pas à vous de maintenir la paix, mais à moi ! Et si cela ne tenait qu'à moi, il n'y aurait plus personne dans ce château ! s'exclama-t-elle un peu plus fort, laissant, l'espace d'un instant une lueur de désespoir traverser ses yeux brillant.

D'un seul coup, une vive douleur prit le pilote à la poitrine et l'empêcha un instant de respirer.

- Qu'est ce que tu racontes Iria ? articula-t-il, tout en se trouvant obligé de se pencher vers l'avant pour soulager la douleur.

- Mon dieu Quatre ! Est-ce que ça va ! fit-elle en se levant aussitôt.

La jeune fille s'approcha et son inquiétude ne fit que s'accentuer face à la douleur silencieuse du prince du désert. Elle passa aussitôt un bras autour de sa taille et le conduisit jusqu'à son lit.

- Assieds-toi, je vais aller appeler quelqu'un.

Les yeux de Quatre s'agrandirent soudain de surprise et un éclair de lucidité le traversa. La douleur disparut d'un seul coup, comme elle était arrivée et ton son corps sollicité se détendit aussitôt. Le jeune homme inspira profondément et ferma un instant les yeux. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une telle vision.

Iria, en le voyant comprit alors ce qu'il venait de se passer. Elle n'avait encore jamais vu son don à l'œuvre, Quatre n'était pas du genre à l'ébruiter et surtout, il le contrôlait très bien, de sorte qu'il était pratiquement impossible en temps normal de se rendre compte de l'étendue de sa perception.

- Je suis désolée, fit-elle alors d'une toute petite voix.

Le pilote comprit aussitôt qu'elle avait cerné ce qui venait de se produire. Il se redressa et se tourna face à elle, plongeant un instant son regard redevenu serein dans les yeux de la jeune fille. Un tendre sourire éclaira son visage, il ne s'était pas trompé. Quatre se rapprocha alors et allait poser sa main sur la sienne lorsqu'elle fit un bond en arrière.

- Arrêtes ! lui ordonna-t-elle, partagée entre la crainte de lui faire davantage de mal et celle qu'il puisse percevoir ses sentiments.

Le pilote obtempéra et resta à distance respectable, il ne cessa néanmoins pas de la fixer.

- Ecoutes-moi Iria, je m'en excuse, mais je sais ce qui se passe en toi… D'habitude mon empathie ne se manifeste jamais de cette manière et en aucun cas je n'ai la capacité de lire ainsi dans le cœur des gens. Lorsque cela arrive, c'est que d'une façon ou d'une autre ils m'ont laissé accès à cette partie d'eux. Je suis désolé, je m'inquiétais pour toi et cela a certainement dû interférer sur mes capacités…

- Mais je t'ai fait du mal… bafouilla-t-elle, complètement perdue.

Le jeune homme lui sourit avec affection.

- La seule chose qui me fasse mal, c'est de savoir que tu ne vas pas bien Iria…

Le regard de la princesse se brisa alors pour laisser apparaître la jeune fille à laquelle il tenait tant.

- Quatre… murmura-t-elle d'une voix qui trahissait sa véritable douleur… je ne peux pas. Je ne peux pas me soucier de moi, je ne dois pas. Ce soir… ce soir je n'aurais même pas dû…

Mais le jeune homme en avait assez entendu, et avant qu'elle n'ait pu faire le moindre geste il l'avait saisie par les épaules et son visage s'était rapproché à quelques centimètres du sien. La princesse, complètement paralysée par son regard, fut incapable de quelque protestation que ce soit.

- Excuses-moi Iria, fit-il alors qu'il emprisonnait le visage de la jeune fille entre ses mains.

Instinctivement le cœur de la jeune princesse s'emballa et son regard se teinta de crainte. Elle n'aimait pas la lueur qu'elle voyait dans les yeux de Quatre.

- N'oublies pas, je suis avec toi. Je tiens à toi, et c'est pour ça que je le fais.

Le pilote ferma alors les yeux et colla son front contre le sien tout en resserrant sa poigne.

Soudain, tout devint noir en elle et un froid immense la saisit. D'un seul coup, une image lui apparut, c'était le transporteur de Relena qui s'écrasait dans la Méditerranée, une vive douleur la saisit à la poitrine… de la peine, une souffrance indéfinissable, elle avait si mal… et subitement, la scène changea pour laisser place à une autre, le rythme s'accéléra rapidement, les images défilèrent bientôt en continu dans son esprit et les émotions se mêlèrent les unes aux autres. La jeune fille se raidit et sa respiration se fit de plus en plus saccadée, elle se redressa alors violemment et tenta d'échapper à toutes ces visions, Quatre la retint, et doucement l'étreinte de sa main gauche se fit plus ténue, son pouce caressant sa tempe dans un geste d'apaisement. Il était là et il lui demandait de lui faire confiance. Iria écouta le plus profond de son être et s'abandonna à lui. Le pilote plongea alors dans sa mémoire et les visions se firent plus difficiles.

Au bout de quelques secondes, le jeune homme se mit lui aussi à montrer des signes de faiblesse, car, en plus de ressentir ce qu'il exposait à la conscience d'Iria, il percevait également la souffrance de la princesse. Mais il fallait qu'il tienne, il fallait qu'il lui montre ce qu'elle se refusait à voir, il ne voulait pas que son grand cœur la mène à sa perte. Il ne voulait pas la perdre. Il ne se le permettrait jamais.

Cela devint de plus en plus dur pour Iria, elle se mit bientôt à trembler de tout son corps et des larmes inondèrent son visage crispé. Elle s'épuisait à une vitesse folle, perdant à chaque seconde davantage de force, davantage de convictions… davantage d'illusions… [1]

Quatre rompit le contact juste avant qu'elle ne perde connaissance. Il maîtrisait encore mal cette manière d'utiliser son don et se hasarder à faire cela sur quelqu'un d'inconscient représentait beaucoup trop de risques.

Le jeune homme se redressa, lui laissant de l'espace pour se reprendre, tenant seulement sa main dans la sienne. Les pupilles rétractées de la princesse, se dilatèrent à nouveau, elle cilla alors en réalisant qu'elle était dans sa chambre. Tout avait paru si réel. Son regard tomba alors sur la main qui enserrait la sienne, elle releva la tête et se trouva face à Quatre. Le pilote soutint son regard mais ne bougea pas, il avait peu être ressenti les émotions brutes de la princesse, mais il ignorait totalement comment elle allait réagir à ce qu'il venait de lui imposer.

La jeune fille le fixa pendant quelques secondes, encore pas tout à fait sûre de ce qui venait de se produire et de ce qu'elle était en train d'éprouver pour l'homme qui se trouvait en face d'elle. La peine et la peur furent alors submergées par un sentiment beaucoup plus fort qui fit frémir son cœur de détermination. Une sensation douce et puissante qui l'invitait à écouter son être authentique.

- Quatre… souffla-t-elle avant de perdre un instant l'équilibre.

Mais le pilote fut prompt à réagir et en un instant elle se retrouva enserrée par ses bras assurés. Le jeune homme face à elle, la tenait à bout de bras.

Il n'interviendrait pas personnellement tant qu'elle ne lui aurait pas demandé, à cet instant, il la savait vulnérable, et malléable… prendre quelque décision que ce soit à sa place pouvait avoir des conséquences insoupçonnées.

La jeune fille resta un moment la tête basse, respirant profondément et essayant de comprendre le raz de marée émotionnel qui l'avait traversée.

Mais elle n'y arrivait pas, elle avait froid, elle avait peur, elle se sentait tellement nue tout à coup… la princesse rassembla alors ses forces et se redressa, plongeant ses yeux dans celui en qui elle avait une confiance absolue. Ce regard… Quatre ne put lui résister plus longtemps, ses yeux se teintèrent alors de toute la peine et de tout l'amour qu'il y avait en lui et il se rapprocha pour l'enserrer doucement.

- Iria… souffla-t-il, je suis désolé de t'avoir imposé ça.

La jeune fille se laissa tomber contre son torse et tout son corps se détendit alors. Ele n'avait plus à s'inquiéter. Un sentiment profond de sérénité l'envahit et elle ferma les yeux, s'abandonnant à cette douce sensation.

Il resta ainsi plusieurs minutes, la caressant doucement, jusqu'à ce qu'elle sorte progressivement de son état semi-conscient. Il perçut l'instant où la princesse reprenait ses esprits et l'aida à se redresser afin qu'elle puisse le voir distinctement.

- Quatre… Quatre que s'est-il passé ?

- J'ai utilisé mon empathie pour te montrer ce que tu te refusais à voir, lui dit-il alors en toute franchise, sans la quitter un instant des yeux.

- Mais… ce que j'ai vu… je le connaissais déjà… murmura-t-elle faiblement, le doute s'insinuant davantage à mesure qu'elle cherchait réponses à ses questions.

- En es-tu sûre ? lui souffla alors le jeune homme.

Iria plongea alors son regard troublé dans les yeux du jeune prince du désert, soudain la sensation qui l'avait habité tout à l'heure revint à la charge, son cœur s'emballa à nouveau et son ventre se noua… ce sentiment, cet état qu'elle n'arrivait pas à s'expliquer.

- S'il te plaît, aides-moi…

- Toute chose nécessite un équilibre Iria, car tout donner c'est se détruire, dit-il alors doucement.

Les paroles du pilote firent soudain tilt et tout lui parut clair. Elle revit alors toutes ces images qui avaient défilé dans son esprit, mais surtout, elle perçut les sentiments inavoués qui y étaient liés, tout ce qu'elle s'était volontairement cachée.

- Mais… je ne peux pas… fit-elle alors d'une voix brisée qui trahissait sa souffrance intérieure. Je n'en ai pas le droit. Je sais que je vais mourir Quatre, murmura-t-elle alors que de nouvelles larmes s'animaient sur son visage. Mais je dois le faire. C'est ce en quoi je crois.

Le jeune homme la regarda avec compassion et lui prit tendrement le visage entre les mains.

- Ce n'est pas la seule issue Iria. Allons, fit-il doucement, comment croirais-tu que Relena réagirait si elle savait le chemin que tu t'étais destiné ? N'y a-t-il donc personne qui te raccroche à la vie ?

- C'est aussi pour eux que je fais ça…

- Tu te méprends sur les intentions de ceux qui t'aiment…

Le regard du pilote se troubla un instant avant de se faire plus profond.

-… Quel bonheur y a t-il à vivre si les personnes auxquelles nous tenons ne sont plus là pour partager notre existence ? Aucun Iria. L'Homme n'est pas fait pour porter seul le poids de tout un univers, je ne suis pas un Dieu, pas plus que toi, c'est la raison pour laquelle tu as entrevu ta perte. C'est tout à ton honneur de vouloir agir de la sorte, tu as un grand cœur Iria, mais tu dois apprendre à bien l'utiliser car t'aventurer sur ce chemin, ce n'est que récolter souffrance, pour toi, pour tes proches et pour tous ceux qui t'auront confié toutes leurs espérances. N'oublies pas, l'essentiel, c'est la vie. Tu dois respecter la vie. Ta vie Iria. Tu dois te respecter, t'écouter toi et ce que ton cœur te dit. Je sais que ça peut paraître une façon très égoïste de voir les choses, mais aussi difficile que ce soit à comprendre, c'est également la ligne de conduite qui est la plus à même de mener vers une meilleure existence pour tous. Car cela fera ressortir tes convictions les plus intimes et te donnera une force que tu n'avais jusque là pas soupçonnée. Ton combat prendra alors tout son sens, car tu ne seras plus seule à porter le sort de millions d'autre, mais ces millions d'autre porterons avec toi toutes tes espérances.

La princesse resta encore un instant stupéfaite après qu'il eut fini. Il venait de la bouleverser jusqu'au plus profond d'elle-même et elle en tremblait encore. Comment avait-elle pu se tromper à ce point ?

Le regard vague de la jeune fille s'éclaira alors et elle plongea ses yeux teintés de peines dans ceux du pilote. Quatre se contracta insensiblement, soutenant avec franchise ce lien avec la princesse. A présent tout était joué, il n'avait plus qu'à mesurer les conséquences de son acte.

Iria vit bien dans ses yeux son inquiétude et ne le fit pas attendre davantage. Un faible sourire prit alors naissance sur son visage et elle éleva sa main pour jouer doucement avec les mèches blondes qui courraient en travers du visage du jeune pilote.

Quatre se figea, interdit par ce qu'il ressentait à travers son geste.

- Si Quatre, fit-elle alors en posant sa main contre sa joue.

Le jeune homme, incapable de quelque mouvement que ce soit, la fixa dans l'indécision la plus totale. Le sourire de la princesse se fit alors plus tendre face à son air perdu.

- Si. Il y a des choses qui me raccrochent encore à la vie… et toi tu y es pour beaucoup…

Le visage du pilote se détendit alors dans une expression mêlée de surprise et de profond soulagement. Une décharge d'adrénaline anima soudain son cœur et lui donna la force de réagir, et avant qu'elle n'ait eu le temps de rajouter quoique ce soit, il la serra contre lui dans un geste rempli de tout son amour. Le cœur de la princesse sauta un battement tant l'émotion à cet instant fut vive en elle, mais passé l'effet de surprise, elle répondit à son étreinte et le serra à son tour.

- Si j'avais su… murmura-t-elle, je me sens si stupide tout à coup…

- Ne dis pas ça… fit-il alors en la resserrant davantage. Tu n'as fait qu'emprunter la voie que tu pensais la meilleure pour tous, sauf pour toi. Moi aussi j'ai fait cette erreur Iria et cela a faillit causer la mort de Trowa… [2]. Je ne veux pas te perdre, c'est la raison pour laquelle j'ai pris le risque de te montrer tout ça, quitte à ce que le prix à payer soit que tu me voues une profonde aversion.

La princesse prit alors appuis sur son torse et se redressa, plongeant ses yeux étrangement lumineux dans les siens.

- J'ai compris une chose ce soir Quatre… j'ai entendu ce que mon cœur me criait depuis déjà trop longtemps… souffla-t-elle alors qu'irrésistiblement attirés l'un par l'autre, leurs visages se rapprochaient un peu plus à chaque inspiration.

Et avant que Quatre n'ait eu le temps de comprendre, il sentit la main de la jeune fille glisser contre sa nuque, elle se redressa alors et se tendit pour aller effleurer tendrement les lèvres du pilote.

Ne pouvant tenir cette position longtemps, elle retomba au bout de quelques secondes. Elle releva aussitôt ses yeux et son cœur se serra en rencontrant l'expression figée de Quatre.

Mais qu'avait-elle fait ! Trop mal à l'aise elle baissa immédiatement son regard et sentit les larmes lui monter sous le poids des milliers de questions qui l'assaillaient alors.

Comment avait-elle pu croire qu'il la considérait un jour autrement que comme une amie ? Comment avait-elle pu croire qu'elle méritait cet être au si grand cœur ?

Dans cet instant de panique, elle ne le sentit pas approcher et sursauta lorsque sa main vint effleurer son menton pour le relever doucement. Iria garda néanmoins ses yeux baissés, elle ne tenait pas à ce qu'il voit toute cette peine qui débordait sans qu'elle puisse la contenir, elle ne tenait pas à avoir la compassion de son ami.

Quatre se maudit alors pour l'énième fois, il se comportait vraiment comme le dernier des imbéciles. Comment lui, qui avait le pouvoir de percevoir mieux que quiconque les émotions des autres pouvait-il se retrouver aussi impuissant face à ses propres sentiments ? Ce qu'il avait ressenti lorsqu'elle l'avait embrassé était tout bonnement indéfinissable… et face à sa douleur, il se décida à cesser de tergiverser avec lui même et jugea que la meilleur chose à faire à cet instant était de se laisser aller à ce qui résonnait dans sa poitrine...

Oui, il tenait à elle, mais d'une façon qui lui était inconnue, beaucoup plus intense… Il n'y avait qu'une seule chose dont il était sûr, il n'avait qu'un seul souhait, la sentir contre lui, voir ses yeux pétillant et son adorable sourire jusqu'à ce qu'il en soit ivre et ne plus jamais s'éloigner d'elle. Le pilote s'abaissa alors jusqu'à elle et prit possession de ses lèvres l'espace d'un instant. Tout son corps fut soudain traversé d'une sensation de profond soulagement, comme si au fond de lui il avait toujours attendu cet instant. C'est alors que le voile qui obscurcissait son esprit se leva, lui révélant soudain l'évidence. Il comprenait à présent pourquoi Iria avait toujours eu tant d'importance pour lui. Comment avait-il pu passer à côté de ça !

- S'il y a bien quelqu'un qui doit se sentir stupide ici, c'est moi.

Iria surprise par son attitude, releva spontanément ses yeux qui se retrouvèrent face à ceux de Quatre. Jamais elle ne leur avait vu une telle intensité, elle fut stupéfaite. Ils restèrent un instant immobile, plongés l'un dans l'autre, le cœur battant à tout rompre et le regard tremblant d'émotions. Quatre, de sa main qui lui soutenait le menton, lui effleura alors tendrement la lèvre inférieure. La princesse sourit faiblement à son geste et il fit de même. Le jeune homme se rapprocha alors doucement, attendant son consentement. Iria comprit aussitôt et remonta sa main jusqu'à son visage qu'elle invita à poursuivre sa descente. Quatre sourit doucement et le visage de la jeune fille s'éclaira d'une même lumière. Leurs regards se teintèrent alors d'une même complicité et dans un geste empli de délicatesse, ils s'embrassèrent.

Lorsqu'ils se séparèrent, ils se regardèrent tous deux légèrement empourprés puis se serrèrent dans les bras l'un de l'autre, se rassurant mutuellement.

- Quatre… s'il te plaît restes avec moi…

Le jeune homme sourit tristement à sa demande et passa une main protectrice dans ses cheveux.

- Je reste avec toi. Ne t'en fais pas Iria, on arrivera à mettre fin à cette guerre, ensembles.

Duo n'avait pas sommeil, enfoncé dans son canapé, face à la grande porte-fenêtre, il était songeur. Il ne pouvait s'empêcher de penser à l'attitude de Relena. Pourquoi diable avait-elle fait une chose pareille ? Il avait beau chercher, pas la moindre idée. Peut être Quatre savait-il quelque chose ? Après tout, c'était bien lui le mieux placé dans ce genre de situation. Un imperceptible sourire apparut alors sur son visage seulement éclairé par la lune, son jeune ami allait certainement être occupé ce soir. Il était prêt à parier qu'il y avait quelque chose entre lui et la princesse… A cette pensée, il détourna un instant son intention sur Hilde… Elle lui manquait. Cela allait bientôt faire trois mois qu'il l'avait laissé sur L2… et son inquiétude ne cessait d'aller grandissante avec le temps. La situation devenait difficile dans les colonies également et les Epyons Terros se montraient un peu trop curieux, si par malheur ils remontaient jusqu'à Hilde… Duo secoua la tête. Il fallait qu'il cesse d'avoir des pensées aussi négatives, cela ne le mènerait à rien de bon. Et puis il n'avait pas tant à s'en faire, Une lui avait promis qu'elle garderait un œil sur elle. C'était un échange de bons procédés en quelque sorte puisque Hilde avait décidé de rejoindre les Résistants… Dans le fond il la comprenait, et il ne l'en avait pas dissuadée… elle serait devenue dingue s'il lui avait demandé de regarder les choses se passer sans rien faire. Hilde n'aurait pas pu, et il le savait. Parce qu'il l'aimait. En attendant, songea Duo, cela ne me dit pas ce qu'il s'est passé ce matin… Le cœur du pilote se serra en pensant à son éternel ami. Heero l'avait plutôt mal pris… non, très mal en fait. En vérité il ne l'avait encore jamais vu ainsi… Il ne pouvait pas le laisser comme ça, il fallait qu'il aille le voir, même s'il risquait de se faire accueillir… Il devait l'aider.

Soudainement déterminé, il se releva, se couvrit d'un T-shirt et sortit pieds nus de sa chambre, celle de son compagnon étant face à la sienne.

Ses yeux vides perdus dans l'univers cillèrent en entendant frapper. Devait-il y aller ? Non, il n'en avait aucune envie.

Le natté se contracta en ne recevant aucune réponse. Il le savait qu'il allait faire ça, mais à ce jeu là, il se savait le plus fort… quoique ce soir il n'était plus vraiment sûr de rien…

- Je suppose que tu sais qui c'est et par conséquent ce que je vais faire.

Le petit pilote aux cheveux de jais soupira silencieusement et abaissa son regard fixe sur la rambarde.

-… Ecoutes Heero, poursuivit-il d'une voix étrangement douce et triste, je ne suis pas venu te voir pour en ajouter à tes tourments. Je suis ici parce que je suis ton ami et que je ne quitterais pas le seuil de cette porte tant que je ne me serais pas assuré de ton état personnellement.

Duo attendit sans grand espoir une manifestation de sa part, mais il ne fut répercuté que par le silence de ces murs épais.

- Bien, fit-il à voix basse tout en s'asseyant à terre, je crois que je vais devoir aller me chercher un de ces gigantesques oreiller sur mon lit pour me servir de matelas…

Le jeune homme laissa alors sa tête reposer contre le mur et releva ses yeux améthyste vers le plafond. Même les plafonds du couloir étaient peints… ce palais était vraiment magnifique…

Heero qui n'avait jusque là pas bougé se retourna alors comme un automate et se dirigea vers la porte. Il connaissait l'obstination de Duo, et il était hors de question qu'il passe la nuit sur le seuil de sa chambre à l'attendre. Ils avaient un combat demain.

La poignée s'abaissa et la large porte s'ébranla. Duo tourna la tête, surpris, il ne s'attendait pas à ce qu'il lui ouvre aussi rapidement. La silhouette du pilote apparut, mais la pénombre dissimulait l'expression de son visage.

- Vas te coucher Duo.

Le natté sourit doucement et se releva, lui faisant face.

- Heero, j'aimerais te parler.

- Je n'ai rien à te dire, répondit-il du tac au tac.

Cette conversation avait un air de trop vu… c'était comme ça que Duo avait fini par gagner son amitié… en le forçant à aller chercher toujours plus loin en lui, et même s'il avait développé des répliques réflexes, il savait très bien ce qu'il en était.

- Ca je n'en doute pas Heero, fit-il un instant amusé.

Mais le pilote redevint aussitôt sérieux et ses yeux se teintèrent de cette passion intarissable.

- Cependant, moi j'ai des choses à te dire. Alors c'est comme tu veux, mais je ne pense pas que cela regarde tout le monde…

Le jeune homme dans l'ombre le fixa un instant puis s'écarta finalement, le laissant entrer.

Il ne manquait plus qu'ils se mettent à parler de Relena dans le couloir et la journée aurait été catastrophique jusqu'au bout.

Le pilote referma la porte derrière son ami puis se dirigea vers la baie vitrée qu'il referma. Une fois qu'il eut terminé ces précautions d'usage, il se tourna face au natté, croisant les bras contre sa poitrine.

- Je t'écoute, mais fait vite, répliqua-t-il d'un ton sec qui trahissait la profondeur de son atteinte.

Duo, se tenant à l'identique, inspira alors profondément et se dirigea vers la baie vitrée, Heero le suivit du regard, suspicieux, ce n'était pas dans son habitude de chercher ses mots.

- Je ne sais pas, fit-il alors en s'arrêtant face au balcon. Je ne sais pas ce qu'il s'est réellement passé, mais en revanche je suis persuadé qu'elle n'a pas fait ça de gaieté de cœur.

- Pourquoi en es-tu si sûr ? continua-t-il sur le même ton inquisiteur qui n'échappa pas au natté.

Ce n'était pas dans l'habitude de son ami de se montrer aussi agressif. Il était blessé, au moins autant qu'il se l'était imaginé. Et avec toute la patience et l'amour qu'il avait pour lui, il reprit :

- Parce que je l'ai vu dans ses yeux Heero, après que nous l'ayons rencontrée dans le couloir, fit-il alors en se tournant vers le pilote.

Le jeune homme qui avait un instant baissé sa garde, cilla en voyant son interlocuteur se retourner. Spontanément, son regard se durcit et son visage se vida de toute émotion, laissant place à un homme à l'attitude clairement dissuasive. Duo fut attristé par sa réaction, il savait que dans le fond il n'y avait pas fait exprès, ce comportement avait longtemps été un réflexe pour lui, seulement Relena semblait être parvenue à le lui faire oublier… Heero redevenait beaucoup trop comme avant à son goût.

Mais Duo ne se laissa pas intimider et s'avança vers lui, plantant ses yeux dans les siens.

- Heero, elle t'aime. Tu ne dois pas remettre en doute les sentiments qu'elle a pour toi.

Le regard impénétrable du pilote se brisa soudain, révélant le jeune homme perdu qui se cachait derrière son apparente insensibilité.

Les yeux tremblants, les dernières paroles de Relena qui l'avaient atteint bien plus profond qu'aucun ennemi résonnèrent de nouveau en lui. C'est terminé ! C'est fini entre nous !

Le natté fixa son ami, un instant auparavant rassuré qu'il se soit défait de son masque, son ventre se noua en voyant une telle expression dans ses yeux d'océan. Sans plus attendre, il le prit énergiquement par les épaules. Le pilote sursauta et plongea spontanément ses yeux dans les siens.

- Heero… murmura-t-il alors. Ne perds pas espoir.

Le jeune homme le fixa, cherchant désespérément dans ces yeux une réponse à tous ces doutes. Duo, dans un geste empli d'affection passa alors tendrement une main protectrice sur son crâne, lui souriant faiblement.

- Que te dis ton cœur ? fit-il doucement.

A cette question, le regard du pilote sembla vaciller davantage.

-… Je ne sais pas… je ne sais plus… j'ai peur… peur pour Relena, peur de ce que j'ai vu dans ses yeux.

- Moi je sais. Tu dois avoir confiance. Ne t'inquiètes pas pour elle, elle ne fera rien qui puisse lui porter préjudice. Si ce n'est pour elle, elle le fera au moins pour toi, crois-moi, insista-t-il en le regardant avec douceur.

Heero le fixa alors. Il tenait à Duo, et il mesurait une fois encore à quel point le lien qui les unissait était puissant. Qu'aurait-il fait s'il n'avait pas été là pour le soutenir dans les moments difficiles ? Il se serait perdu à n'en pas douter… il se perdait si facilement… mais il avait toujours été là pour le remettre sur le droit chemin, toujours été là lorsqu'il le fallait… Un ami… oui Duo était un ami, inestimable.

Et à la plus grande surprise du concerné, le jeune homme s'approcha alors et posa doucement sa tête contre son épaule, lui demandant soutient et réconfort pour quelque chose qui le dépassait. Un triste sourire mêlé de tendresse et de peine apparut alors sur le visage du natté et il l'entoura avec douceur.

Heero semblait manifester la volonté de conserver cette sensibilité qu'il avait acquise… c'était incroyable comme il avait changé. Même s'il l'avait vu s'ouvrir peu à peu au fil du temps, la transformation ces dernières semaines avait été flagrante. Mais il savait que la situation actuelle le mettait en danger, et compromettait ce cœur qu'il avait enfin ouvert. Le pilote le resserra à cette pensée, il ne voulait pas. Il ne voulait pas qu'il redevienne comme avant. Il fallait qu'il ait confiance lui aussi, confiance en la jeune princesse qui lui avait prouvé sa grandeur d'âme plus d'une fois.

L'ultimatum prit fin quelques heures après qu'ils se soient couchés et les combats commencèrent en différents points du globe. Mais pour le moment, tout était encore silencieux à Sank. Seuls quelques soldats ne dormaient pas, guettant la moindre manifestation dans le silence de mort qui avait gagné les terres du Royaume. Ils savaient que le combat à venir serait probablement long et laborieux, et puis ils étaient pour la plupart militaires de formation, habitués à la guerre…ils n'avaient pas oublié…

Une aube rouge se leva sur le petit pays ce matin là et aucun oiseau n'accueillit le lever de l'astre. Sylvia, qui avait été de garde avec Dave durant cette courte nuit, vint frapper à la porte de la chambre royale. La jeune fille attendit quelques secondes, mais n'obtenant aucune réponse, se décida à l'ouvrir. Sylvia retint un hoquet de surprise lorsqu'elle se rendit compte que deux personnes se trouvaient dans le lit de la princesse. Ne formant qu'un seul être, dissimulées par les couvertures, il lui fut impossible de déterminer leurs identités, et seuls les draps qui se soulevaient par intermittences trahissaient leurs présences.

Il aurait été certainement plus sage d'aller donner l'alerte, mais dans le fond, la jeune fille savait qui se trouvait aux côtés de la princesse. C'est alors qu'un pan de couverture s'anima, laissant apparaître le jeune homme soupçonné.

Quatre avait senti une présence étrangère dans la pièce, encore mal réveillé il se tourna vers la porte et aperçut Sylvia.

A son expression il se rappela soudain dans quelle situation il se trouvait. Il sentit aussitôt une bouffée de chaleur lui monter à la tête et il devint écarlate.

Face à sa gêne, la jeune fille ne put s'empêcher de sourire, il était vraiment attendrissant lorsqu'il était embarrassé.

- Bonjour Quatre, continua-t-elle, amusée.

Le pilote qui n'avait pas encore retrouvé l'usage de la parole hocha la tête en guise de salut.

Sylvia se remémora soudain la raison de sa venue et son expression, un instant auparavant détendue, redevint sérieuse.

- Quatre, excuses-moi, fit-elle d'une voix soudainement grave, mais des unités mobiles des Opposants semblent se diriger vers le royaume.

Un éclair de surprise traversa le regard du petit blond et son visage devint immédiatement plus fermé.

- Nous arrivons, répliqua-t-il de sa voix sûre et posée. Merci Sylvia.

La jeune fille lui offrit un pâle sourire et hocha la tête avant de disparaître.

Le silence retomba dans la pièce, seulement perturbé par la respiration lente et profonde de la princesse. Quatre abaissa alors son regard vers elle et ses yeux se teintèrent d'amour. La jeune fille dormait profondément tout contre lui. Elle était tellement belle. Le jeune homme se pencha alors un peu plus et dégagea les mèches qui tombaient en travers de son visage. Sa main s'attarda alors et il l'effleura tendrement, s'imprégnant de ses traits. Iria bougea dans son sommeil et se serra davantage contre lui. Quatre sourit tristement à son attitude, il ne voulait pas. Il n'avait aucune envie de la réveiller pour affronter un jour comme celui-ci…pourquoi alors qu'il ne s'était encore jamais senti aussi bien, devait-il aller se battre ? Pourquoi fallait-il que celle qui comptait tant pour lui doive ainsi exposer sa vie ? Il sentit alors la colère et l'amertume le gagner, oui c'était toujours ainsi. Les êtres gentils étaient condamnés à souffrir et à verser des larmes. Et alors que ce matin aurait pu être rempli de bonheur, la douleur s'insinuait déjà en lui. Le petit blond inspira alors profondément, se forçant à rester fort. Il se rallongea aux côtés de la princesse et la serra contre lui tout en l'appelant doucement. La jeune fille s'agita et ouvrit bientôt faiblement les yeux tout en poussant un profond soupir. Elle se sentait tellement bien, elle avait l'impression d'avoir dormi toute une vie tellement son corps était reposé. C'est alors qu'elle sentit une main courir le long de son dos, elle se raidit insensiblement l'espace d'une seconde avant de se souvenir. Un faible sourire éclaira alors son visage et elle ouvrit les yeux pour le rencontrer. Quatre répondit à son sourire et lui caressa doucement le visage. La princesse se laissa un instant aller, mais le poids de sa responsabilité s'abattit soudain sur elle. L'ultimatum. Iria se raidit aussitôt et rouvrit ses yeux, fixant le jeune homme d'un regard inquiet.

- Des armures des Opposants se dirigent vers Sank.

Le regard de la jeune fille fut traversé de tristesse avant d'afficher un air recomposé.

- Je dois y aller… dit-elle faiblement alors qu'elle se relevait.

Quatre réagit aussitôt et emprisonna son poignet. La princesse, stoppée dans son élan se tourna alors vers lui. Le regard qu'il lui adressa la réchauffa jusqu'au plus profond de son être, ravivant la détermination dans son cœur. Elle puisa en lui cette force et cette volonté qui semblaient intarissables.

- Nous irons ensembles, répliqua-t-il alors.

Iria le regarda avec amour avant de serrer sa main dans la sienne. Elle hocha alors la tête et le pilote, après lui avoir adressé un dernier sourire, se leva et quitta la pièce.

Ils se retrouvèrent tous dans le petit salon du palais désormais vide, Iria ayant ordonné à tout le personnel de quitter les lieux et d'aller se réfugier hors de la ville. Dave alluma le communicateur et Sally et Maizer apparurent sur l'écran, le visage grave.

- Des transporteurs viennent de décoller de la base de Mykonos, cela doit faire environ deux cents armures mobiles qui viennent se joindre à la centaine que constitue déjà les unités terrestres.

- Dans combien de temps ? demanda alors Quatre.

- Les unités terrestres sont déjà aux frontières du royaume, et pour ce qui est des transporteurs, une heure tout au plus.

- Alors nous devons y aller sans plus attendre s'impatienta Millardo.

- Bien, fit alors Sally, qui, de part son rang, avait hérité du commandement des armées, Quatre cent hommes sont répartis sur les frontières du royaume. On peut compter sur eux pour accueillir les troupes terrestres et en décimer une partie. Pour ce qui est de la protection de New port, il nous reste quatre cent Soldats. Nous disposons de cinquante deux armures mobiles, ajoutées aux quarante de l'unité Maganac et aux Gundams.

- Il ne sert à rien d'exposer toute notre puissance de feu. Je propose que l'on utilise trois des Gundams de Sank ainsi que l'unité Maganac, cela permettra de jauger des capacités de ces nouvelles armures et de préserver tous nos atouts pour la prochaine attaque.

- Quatre, c'est risqué.

- Je sais, mais il nous faut garder le plus longtemps possible les gundams et les armures mobiles en secret, c'est notre seule puissance de feu.

Sally soupira, elle savait qu'ils allaient encore s'engager dans une entreprise périlleuse, c'étaient des pilotes de gundam, mais tout de même…

- Très bien, capitula-t-elle, alors je m'en remets à toi…Tu es vraiment sûr que tu ne veux pas quelques Serpentarius en renfort ?

Le jeune arabe lui sourit avec affection et elle comprit que ce n'était pas la peine d'insister.

- Ca ira Sally, ne t'en fait pas.

La présidente des Préventers se redressa alors et ses yeux se teintèrent à nouveau d'assurance.

- Très bien Quatre, je reste en arrière et je vous transmets toutes les informations qu'il vous sera nécessaire.

Le petit blond hocha la tête et la communication fut interrompue, il se tourna alors vers les autres pilotes.

- Je vais aller combattre aux côtés de l'unité Maganac.

- Je viens, fit alors Millardo en s'avançant vers le jeune homme, c'est mon pays qui est en danger, et je veux le défendre.

Quatre lui sourit imperceptiblement et acquiesça d'un mouvement de menton.

- Je veux me battre moi aussi, résonna soudain une voix monocorde que personne n'avait encore entendu ce matin.

Sentant le regard des autres posé sur lui, il releva la tête, révélant ces yeux cobalt à la résonance métallique.

Iria fut parcourue d'un frisson en apercevant le regard glacial du pilote. Jamais elle n'avait vu telle expression dans les yeux d'un Homme… Mon dieu, mais qu'était-il arrivé à Heero ? Où était donc passé ce jeune homme attachant qu'elle avait rencontré un mois plus tôt ? Et qu'est ce qui leur prenait à tous vouloir aller se battre ? ! Pourquoi Quatre et Heero ? Il y avait des tas d'autres pilotes dans la pièce !

Le jeune blond fixa son ami, inquiet. L'état d'Heero le préoccupait, et malgré les circonstances, il ne l'avait pas oublié et il était hors de question qu'il l'expose à quelque danger de trop. Il était malheureux, tellement triste qu'il arrivait à en ressentir sa peine, lui qui était pourtant quelqu'un de particulièrement impénétrable… il le protégerait, pour lui, et pour Relena.

Heero fixait le jeune homme d'un regard appuyé, il fallait qu'il le laisse y aller, il allait devenir dingue s'il restait encore une minute de plus à ne rien faire. Allez se battre sans l'autorisation de Quatre ? Il avait en effet envisagé cette possibilité, mais il n'était pas stupide non plus. Cela n'aurait fait que rendre sa situation encore plus inconfortable par la suite, l'obligeant à se justifier. Car il était hors de question qu'il parte. Il ne pouvait pas. Le royaume devait être défendu et il se battrait jusqu'au bout pour ça. Il n'avait peut être pas réussi à protéger Relena, mais il ne faillirait pas encore, pas cette fois-ci.

Quatre s'apprêtait à refuser mais Duo intervint, s'avançant sur la droite de son éternel ami. Il plongea aussitôt son regard dans celui de leur leader. Les deux pilotes se fixèrent un instant et Quatre accéda à la demande du natté, il connaissait bien mieux Heero que lui, et il l'aimait bien trop pour le mettre en danger inutilement. S'il jugeait qu'il devait aller combattre, alors il n'avait pas à hésiter.

- Très bien, fit-il alors. Dans dix minutes à l'entrée des sous-sols. Trowa, Wufei, il faudrait examiner de plus près les nouvelles armures mobiles des Epyons Terros, vous pourriez y jeter un œil ?

- C'était prévu, répliqua alors Trowa en adressant un regard entendu à son ami qui lui sourit imperceptiblement en guise de réponse, lui promettant d'être prudent.

La pièce se vida à nouveau de deux autres personnes et Quatre se tourna vers les six membres restants.

- Veillez-bien sur Iria, c'est la plus importante dans ce conflit, demanda-t-il en parcourant les personnes en présence du regard avant de s'arrêter sur la princesse.

- Comptez sur nous M. Winner. Revenez-nous sain et sauf, fit le sénateur en posant une main amicale sur son épaule.

Le jeune homme hocha la tête face à l'inquiétude de Dave et Allan.

- Excuses-moi Quatre, intervint alors Sylvia en s'approchant doucement, mais je ne pourrais honorer ta demande. Ma place est aux côtés de Maizer.

- Allons, tu n'as pas à t'excuser, répliqua-t-il en lui prenant les mains. Sois prudente toi aussi.

- On se reverra bientôt Quatre, fit-elle dans un dernier sourire qu'elle adressa également à Iria.

La jeune fille quitta la pièce, suivit de Dorothy qui annonça qu'elle les attendait dehors. Duo s'apprêtait à sortir lui aussi lorsqu'il fut interpellé.

- Attends Duo.

Le pilote s'immobilisa aussitôt et se tourna vers son ami, un faible sourire éclairant son visage à la consonance infantile.

- Je te la confie, fais très attention à elle, dit-il d'une voix qui trahissait son inquiétude.

Le natté le regarda avec affection, c'était incroyable comme Quatre pouvait parfois sembler vulnérable. Il s'approcha et saisit doucement son jeune ami par les épaules.

- T'en fais pas de ce côté là, Shinigami saura la protéger s'il le faut. Je serais son ombre, fit-il en quittant un instant Quatre du regard pour adresser un clin d'œil à la nouvelle princesse qui sursauta. Bon en attendant, puisque tu es là, je vais vous laisser et aller patienter à l'extérieur avec cette chère Dorothy.

Le natté fit alors volte face et adressa un dernier signe de main, sa tresse se balançant en cadence avec sa démarche souple et discrète.

Iria resta un instant fixé sur lui, interdite. Duo Maxwell était vraiment un étrange garçon. Mais la jeune fille se ressaisit en constatant le silence qui avait gagné la pièce. Ils étaient seuls. Elle se tourna alors vers le petit blond et rencontra son regard doux et triste. Iria se sentit aussitôt perdre son contrôle et le goût salé des larmes s'insinua en elle, dans un geste désespéré, elle détourna les yeux avant qu'il ne soit trop tard…

Elle ne voulait pas qu'il parte, elle avait tellement peur, plus encore maintenant. Ce qu'elle ressentait envers Quatre grandissait en elle chaque jour davantage, plus fort, plus profond…et à mesure que cet amour pour lui s'embellissait, son angoisse allait crescendo…Pourquoi fallait-il que tout ça arrive maintenant, pourquoi fallait-il qu'il soit pilote de gundam…

- Iria…l'appela-t-il faiblement.

Mais la jeune fille ne répondit pas à son nom. Le cœur de Quatre se serra à son attitude, il pouvait sentir sa douleur. Il s'approcha alors doucement, jusqu'à être tout proche d'elle.

- Iria…Iria, je t'en prie regardes-moi, insista-t-il en lui effleurant doucement le visage.

- Tu ne devrais pas, fit-elle alors d'une voix brisée, son regard toujours rivé au sol. Tu ne devrais pas avoir à aller te battre. Personne ne le devrait. C'était à moi de faire en sorte que cela n'arrive jamais, c'était la mission que Relena m'avait confiée. C'était mon rôle que de vous préservez et voilà que c'est vous qui vous trouvez obligés de me protéger… que c'est toi qui va aller exposer ta vie… termina-t-elle alors en relevant des yeux rougissants sur lui.

Quatre lui sourit faiblement avant de prendre délicatement son visage entre ses mains, ce qui augmenta encore davantage le malaise de la princesse. Incapable de résister, une première larme s'écoula que le jeune homme recueillit dans une caresse.

- Iria. Tu n'es pas responsable. Ce conflit a été décidé par quelqu'un de puissant qui n'a même pas eu le courage de se dévoiler, mais qui a les dents longues. A travers Onze et sa politique de terreur médiatique, il a su endormir les citoyens et utiliser leurs angoisses pour les gagner à sa cause. Et personne n'a rien pu faire contre ça, pas même les députés et sénateurs des Sphères Unifiées. Tu sais, s'il s'en est pris à Relena en tout premier c'est parce qu'elle était la seule personne vraiment capable de se mettre en travers de son chemin…parce qu'elle était la figure emblématique de la Grande Guerre, bien au-delà de son rang politique, elle avait surtout le soutien de tous les citoyens. Il faut commencer petit pour finir grand Iria, ne soit pas si dure avec toi-même, tu t'en sors déjà très bien, bien mieux que ce que bien des hommes auraient cru. Ton influence grandit de jour en jour et nombreux sont ceux qui t'accordent déjà leur confiance.

La princesse lui sourit faiblement, un peu remontée par son discours, Quatre avait raison et elle le savait…mais cela ne l'empêchait pas d'être inquiète pour lui.

Il n'eut pas besoin qu'elle s'exprime par des mots pour la comprendre, et tout en continuant à l'effleurer doucement, son regard se teinta d'assurance.

- Ne t'en fais pas, ça se passera bien. J'ai eu des combats bien plus difficiles que celui qui se présente aujourd'hui. Je ne suis pas novice Iria, fit-il en lui souriant faiblement.

- Je ne remets pas en doute tes capacités Quatre… c'est seulement que… que j'ai peur, lâcha-t-elle avant de détourner son regard, de nouveau envahit par les larmes.

Frappé de constater l'importance qu'elle lui accordait, le jeune homme n'en attendit pas davantage et lui releva délicatement le menton avant de prendre possession de ses lèvres. La princesse s'abandonna à ce dernier instant de tendresse, et, la peur au ventre, elle savoura ce baiser comme si c'était le dernier.

Serrée contre lui, Iria s'imprégna de sa chaleur rassurante avant de se redresser, puisant dans toute sa volonté.

Dans un élan de courage insoupçonné, ses yeux retrouvèrent leur éclat de détermination.

- J'ai confiance en toi Quatre.

- Ton soutien est très important pour moi, lui murmura-t-il alors, lui adressant un dernier regard avant de quitter la pièce, surtout restes avec Duo.

Un quart d'heure plus tard les trois pilotes gagnaient leurs amures et rejoignaiten l'unité Maganac qui prenait déjà ses positions sur la zone de combat.

Quatre, paré de ses lunettes d'aviateur [3] , monta à bord de son gundam.

- Heero, Millardo, vous vous en sortez ? demanda-t-il en allumant son communicateur.

- Les commandes sont similaires au Tallgeese, il ne devrait pas y avoir de problème.

- Appareil opérationnel, ajouta Heero d'une voix monocorde.

Le jeune homme ne put s'empêcher de se contracter au ton de son ami, mais il se força à ne pas dramatiser. Heero savait très bien faire la part des choses et c'était un excellent pilote, il fallait qu'il garde confiance.

- OK, au travail.

Les pilotes se séparèrent alors pour rejoindre leurs postes respectifs. Du point de vue stratégique, ils avaient divisé leur force en quatre zones réparties selon les points cardinaux de la capitale. Quatre et Raschid à la tête des unités Est et Nord, devaient contenir l'assaut terrestre quant à Heero et Millardo, respectivement au commandement des deux autres unités, étaient dévoués à l'affrontement des factions aériennes.

- Ça y est, ils arrivent, fit alors Sally sur le canal commun à tous les pilotes, par la voie terrestre, droit devant toi Quatre.

- Cibles confirmées, répliqua alors le pilote dont les armures opposantes venaient d'être repérées par ses appareils de contrôle.

- Maître Quatre, ennemis en vue !

Le prince du désert releva la tête et aperçut, à une distance de quatre cents mètres environ, la colonne de MS stopper son avancée.

- Ne commencez pas les hostilités tant qu'ils n'auront pas ouvert le feu. Je vous rappelle que dans la mesure du possible, personne ne doit être tué.

Suite à l'approbation de ses troupes, le jeune chef s'avança.

- Je vais aller leur demander de déposer leurs armes. Que toutes les unités restent sur leurs positions. Sally, je me mets sur le canal international.

- Prêt à retransmettre, grésilla la voix de la jeune femme.

Quatre inspira profondément avant de basculer sur les grandes ondes.

L'image apparut alors diffusée sur tous les canaux publics. L'écran principal de la base de Newport s'éclaira et tous les hommes se rassemblèrent pour assister au face à face. Dans de nombreux foyers de Sank également, la vie en suspend se figea dans l'attente de l'issue de cette entrevue. Iria observait la scène depuis la salle de contrôle des souterrains. Et à mesure que l'armure mobile de Quatre progressait, son cœur s'emballait. Il avait été convenu qu'elle ne devrait pas intervenir dans les pourparler entre les deux partis armés étant donné son statut pacifiste, mais à cet instant, elle aurait préféré se savoir à la place de Quatre. Dorothy s'avança alors, posant une main encourageante sur son épaule, et Allan fit bientôt de même, lui apportant son soutient. Le visage tourmenté de la princesse se détourna un instant des monitors et elle leur offrit un regard reconnaissant.

Les Opposants, à bord de leurs Serpentarius, trouvaient pour leur part l'attitude de cette armure blanche inconnue, passablement amusante.

- Hé Tom ! Regardes ça, on dirait qu'il veut discuter !

- Ouais, mais faut pas s'étonner, on est chez les pacifistes ici ! s'exclama le concerné en rigolant bruyamment.

- Bordel qu'est ce qui fout dans cette armure ? Ca doit déjà être un miracle qu'il sache la faire avancer !

- Tu parles ! Si ça se trouve, c'est un mobile de chantier déguisé, comme le coup qu'ils ont fait au Epyons Terros [4] !

- Ah ouais ! T'imagine le truc ! Putain on va se marrer !

- Fermez la crétins ! ordonna soudain leur commandant agacé par la dissipation de ses troupes.

Les hommes firent aussitôt silence et le chef de la division fit un pas vers l'étranger qui avait l'audace de s'avancer seul face à une colonne de près de cents armures mobiles.

- Vous êtes ici en terrain neutre et pacifiste. Je vous demande de déposer les armes, en aucun cas nous ne tenons à manifester de volonté agressive.

- Ma parole vous n'avez que ces mots là à la bouche ! s'exclama alors le lieutenant. Je suis désolé de devoir vous dire ça, mais vous n'avez pas su vous montrer très convaincant jusqu'ici et à cause de vous j'ai perdu des Hommes et des armures. Alors si je peux vous donner un conseil c'est d'éviter de vous mettre en travers de notre route car à présent mes hommes sont en colère et réclament vengeance.

- Tous vos soldats sont vivants et aucun mal ne leur sera fait. Je vous demande de quitter ce pays.

- Nous le quitterons une fois qu'il sera sous notre contrôle. Le royaume de Sank a été l'un des premiers membres des Sphères Unifiées à s'engager sur la voie du désarmement, le premier à faire de nous des opprimés. Livrez-nous la princesse et nous consentirons à ne pas faire trop de dégâts.

Quatre serra les dents et son regard se fit noir de colère, cependant il se contint du mieux qu'il lui fut possible et il reprit.

- En aucun cas cela n'était sa volonté et vous le savez très bien. Ce pays à seulement pour vocation de vivre en paix. Et il est impossible d'arriver à cet idéal avec des armes et des politiques répressives comme la vôtre, la preuve en est encore faite ici ! répliqua-t-il, le ton de sa voix se faisant à mesure plus dur. Quant à la princesse, jamais je ne vous permettrais de poser la main sur elle ! explosa-t-il alors, incapable de tenir davantage. La guerre n'est rien qu'un immense gâchis, cependant s'il le faut je me battrais, je défendrais ce pays, je défendrais son idéal !

Le lieutenant se mit alors à rire, ce qui agaça davantage Quatre qui resta cependant sur ses positions.

- Et vous battre avec quoi ! fit-il alors d'un ton impétueux. Avec quelques explosifs et des mobiles de chantier comme vos combattants des forêts ? Vous êtes pathétiques ! Vous me faites pitié avec vos belles paroles. Allez, soyez sages et laissez la guerre à ceux qui sont fait pour ça.

- Oh ! s'exclama alors Duo dans la salle de commandes, il aurait pas dû dire ça ! Mettre Quatre en colère n'est jamais une bonne chose, fit-il en agitant négativement son index.

Iria, Dave et Allan se tournèrent un instant dans la direction du pilote, complètement sidéré. Comment pouvait-on avoir envie de plaisanter à un moment pareil ? Et à voir la mine du natté, il trouvait vraiment ça amusant.

- Je peux savoir ce que vous trouvez drôle ? répliqua alors la princesse d'un ton sec.

- A la vérité ce n'est pas vraiment drôle, enfin de votre point de vue. Moi, je me concentre seulement sur le combat qui va avoir lieu et je me dis que si ce pauvre gars savait à qui il avait à faire, il ne lui parlerait pas de cette manière… en vérité, je suis même persuadé qu'il ferait demi-tour. La guerre ce n'est pas un jeu, fit-il d'un ton soudainement grave qui tranchait avec son attitude dérisoire un instant auparavant, ce «lieutenant» improvisé semble pourtant croire le contraire. Cela ne fait que prouver que son combat n'est mené qu'à but personnel, ses grandes phrases ne sont là que pour faire bonne image.

Iria le fixa un instant dans l'indécision la plus totale, ce regard triste et sombrement colérique, était-ce là la véritable nature du pilote qui se cachait derrière ce comportement juvénile ?

Au même instant, le jeune homme tourna la tête, et la princesse se trouva submergé par ses yeux d'une intensité incroyable. Duo, voyant le trouble dans lequel il l'avait mise, lui sourit doucement et se rapprocha jusqu'à poser une main contre son épaule.

- Ne t'en fais pas, ce combat se passera très bien. Quatre est en colère parce que l'homme qu'il à face à lui n'a encore rien compris, et que c'est précisément à cause de personnes de son espèce qu'il y a encore des guerres. Tu sais, il n'aurait jamais dû dire qu'il voulait s'en prendre à toi, parce que maintenant il est furieux, murmura-t-il alors en se penchant un peu plus vers elle pour qu'elle soit la seule à entendre.

Iria devint aussitôt rouge écarlate et riva ses yeux au sol. Le pilote se redressa alors, et lui tapota gentiment le dos en lui souriant avec affection, satisfait de son intervention.

- T'inquiètes, on ne va pas les laisser tout détruire. Et je t'en prie, tutoies-moi.

-… Je ne suis pas un pacifiste, résonna alors une voix profonde et vibrante qui n'avait plus rien de comparable avec l'homme qui s'était emporté quelques secondes auparavant. Ce peuple est sans défense face aux armes de destruction… mais moi pas. Je vous le redemande, quittez Sank.

Le lieutenant resta un instant sans voix dans un sentiment de profonde vexation mêlée à une vague impression de crainte. Mais le militaire se ressaisit dans son orgueil et lança l'offensive.

- A l'attaque ! Détruisez-moi cet insolent !

Aussitôt l'ordre donné, un déluge de feu s'abattit sur l'amure blanche.

- Maître Quatre ! s'écrièrent les hommes de l'unité Maganac alors qu'ils s'élançaient au secours de leur jeune chef.

- Arrêtez ! ordonna alors Raschid de sa voix imposante. Faites-lui confiance.

Et les hommes s'immobilisèrent alors qu'un épais nuage opaque s'élevait du lieu de l'attaque.

Une ombre sembla s'animer sans qu'il puisse vraiment la distinguer et le ventre du pilote se noua soudain d'une peur inexpliquée.

- Hé les mecs, il y a un truc qui a bougé, appela-t-il d'une voix mal assurée.

- Bin alors Yoh, on a les pétoches ! plaisanta l'un de ses camarades.

- T'es vraiment qu'une couille molle ! De quoi t'as peur le Jap' !

Le jeune homme, rabaissé par les railleries des autres soldats, fit alors la chose la plus inconsidérée qui soit.

- Je n'ai pas peur ! s'écria-t-il soudain en s'enfonçant dans l'épais nuage qui l'absorba aussitôt de son noir cotonneux.

Yoh avança sans savoir où il allait, ses détecteurs complètement brouillés par la chaleur et le manque de visibilité. D'un seul coup il rencontra un obstacle invisible qui stoppa sa progression, il n'y avait pourtant rien à cet endroit…rien à part l'armure blanche…Un choc violent l'ébranla soudain, ne lui laissant plus le temps de réfléchir, et il eut juste le temps de pousser un cri avant que tous ces systèmes de communication soit HS. Ses appareils se mirent alors à virer au rouge dans un cri strident et en un instant, son armure gisait au sol, complètement inutilisable.

- Yoh ! Oh Yoh réponds mon gars !

- Allez c'est bon on te croit ! l'appelèrent ses camarades qui commençait à s'inquiéter.

C'est alors qu'un éclair blanc surgit de nulle part happa un autre serpentarius dans le nuage. Un bruit sourd se fit entendre et c'est sans voix que les hommes de la première ligne virent surgir l'armure inconnue.

- Mais c'est…Mais c'est…

- Impossible ! reprit leur commandant.

Quatre profita de l'effet de surprise et dégaina son sabre, démembrant en un rien de temps deux nouvelles armures mobiles. Il se retrouva alors face au soldat prétentieux qui avait conduit tout droit à lui sa première victime. Tom tenta de se défendre, mais en l'espace d'une seconde il se trouva désarmé, le jeune arabe saisit alors la tête de l'armure mobile.

- La première erreur, c'est de négliger la puissance de son adversaire ! cria-t-il avec colère avant de renfermer son emprise sur son ennemi.

- Ne vous laissez pas abattre ! Feu à volonté ! aboya soudain le lieutenant face à la situation.

Aussitôt les soldats répondirent, mais il était déjà trop tard, Quatre avait battu en retraite dans l'épais nuage. Son Taurus était certes résistant, mais il fallait qu'il le préserve au maximum.

- Unité Ouest à l'assaut, ordonna-t-il alors.

Les dix armures sous le commandement de Quatre s'animèrent alors, suivit de près par l'unité de Raschid. La bataille terrestre était engagée.

- Heero, Millardo, comment ça se passe de votre côté ? leur demanda alors le petit blond qui restait en contact permanent avec les leaders des quatre unités.

- Appareils en approche annonça alors Heero qui pointa son canon sur l'un des transporteurs tout en basculant son intercom sur la fréquence de l'appareil visé.

- Vous êtes sur un territoire neutre, faites demi-tour, annonça-t-il d'une voix atone.

- Allez au diable enfoiré ! jura alors le concerné.

- C'était prévu, répliqua-t-il aussitôt, mais auparavant il me reste encore une mission à accomplir.

Et il tira, endommageant l'aile gauche de l'appareil qui fut contraint à un atterrissage d'urgence. Il aurait pu détruire ce transporteur en un seul tir s'il l'avait voulu. Mais il s'était fait une promesse. Ne plus tuer. Plus jamais.

- En positions ! ordonna-t-il alors à ses hommes.

Les autres transporteurs n'eurent pas l'imprudence de s'approcher aussi près et la vingtaine d'armures mobile qui protégeait la face balnéaire de la ville durent bientôt faire face à un assaut des plus conséquents. Ils étaient largement en situation d'infériorité à dix contre un, mais le courage et la confiance des Maganac dans leurs chefs qu'ils connaissaient à peine parvint à maintenir le niveau.

Près de quarante minutes que le combat avait commencé et les ennemis devaient êtres diminués de moitié. Heero et Millardo tentaient de s'unir pour avoir une meilleure puissance de feu, mais les Opposants ayant anticipé leur stratégie redoublait d'agressivité.

- A l'Est ! Il faut les prendre entre deux feux ! ordonna le petit pilote brun qui se battait avec un acharnement peu commun, laissant la plupart des hommes dans un sentiment mêlé d'admiration et de crainte. Heero donnait des ordres clair et judicieux, mais à le voir pulvériser ainsi les ennemis, se demander s'il n'était pas en train de perdre son contrôle était une réaction des plus justifiables. Même sans le système Zéro, le jeune homme était redoutable et son dévouement, à faire pâlir l'ennemi le plus téméraire. Il prenait tous les risques et n'hésitait pas une seconde lorsqu'il fallait faire une percée dans les rangs adverses. Même si pendant les premières minutes à bord de l'appareil, il lui avait semblé chercher ses repères, ses gestes cents fois répétés étaient revenus aussitôt qu'il s'était engagé dans la bataille. Ses sens étaient en alertes, son esprit en ébullition, ses attaques, dévastatrices. Heero ne pensait plus à rien d'autre que son combat, il se sentait libéré, il excellait.

Le pilote venait de prendre de l'altitude pour poursuivre deux armures qui tentaient de gagner les hauteurs lorsque son attention fut attirée par trois de ces hommes peu à peu encerclés par une dizaine d'Ariès. Ils n'avaient aucune chance. Son cœur se serra subitement et son souffle se coupa dans un sursaut de surprise. Mais qu'avait-il fait ?! C'était à lui de les protéger, c'était son unité ! Sans réfléchir un instant de plus, il mit hors d'état de nuire l'un de ces ennemis puis il se saisit de la tête de l'autre. Son regard se fit noir et dans un cri de colère il projeta sa victime droit sur l'attroupement qui s'était formé autour des Maganac. L'armure transformée en véritable boulet pulvérisa quatre Ariès dans une gigantesque explosion et Heero s'occupa des cinq autres dans le même ordre d'idées.

- Vous allez bien ? demanda-t-il d'une voix résonnant mécaniquement alors qu'il atterrissait.

- Pardonnez-nous, nous ne sommes que des incapables, s'excusa alors honteusement le premier qui retrouva l'usage de la parole.

- Vous n'avez rien à vous reprocher, répliqua-t-il d'un ton sec qui leur laissa un instant percevoir le sentiment de culpabilité qui habitait leur leader.

Le silence se fit un instant, l'armure d'Heero s'étant immobilisée, le dos face à celles qu'elle venait de sauver. Il était nul, pitoyable. Il avait dû tuer. Il n'était pas à la hauteur. Relena avait eu raison de le rejeter, Je ne suis qu'un bon à rien ! s'affligea-t-il, envahit de colère.

- Maintenez le front Est ! ordonna-t-il soudain avant de se tourner face aux ennemis, se jetant sur eux avec une vélocité non diminué.

Les hommes restèrent un instant atonique, frappés par la douleur qu'ils avaient tous perçu en Heero.

- Allez les gars, c'est pas le moment de flancher ! Notre chef à besoin de nous !

- Ouais !

- Sur le front Est ! On va lui monter de quoi les Maganac sont capables !

Et pendant ce temps là, Wufei et Trowa travaillaient sur le nouveau type de MS que les résistants avaient saisi aux Epyons Terros. Seuls dans le grand hangar, ils avaient demandé à ce qu'on les prévienne uniquement si la situation tournait mal à l'extérieur.

Ces nouvelles armures avaient reçu le nom de Gemini, mais sous l'apparence chantante de leur appellation, se cachait leur véritable nature. Elles étaient révolutionnaires. Les Epyons Terros avaient allié la technologie des MS et des MD de sorte que ces armures étaient capables aussi bien d'être pilotés par un homme que commandées à distance, à partir d'une intelligence artificielle, artefact du système zéro, ou bien encore par une autre armure Gemini. Ce qui laissait un nombre incroyable de combinaisons possibles quant à la stratégie offensive de leur ennemi. Les Gemini possédaient une puissance de feu non négligeable alliant les technologies combinées du Vayate et du Mercurius que leurs scientifiques avaient partiellement mis à jour. Elles étaient d'une conception similaire aux Virgos II avec leur canon laser et leur bouclier thermique, et de surcroît, elles étaient équipées pour le combat au corps à corps, principal point faible des anciens Virgos.

- J'ai trouvé le système de désamorçage du bouclier, annonça alors Wufei suffisamment fort pour que son compagnon l'entende.
- Oui, les commandes sont similaires au Vayate, fit-il en abaissant le canon.

- Ce sont des armures redoutables. Je n'ai jamais eu à faire au Vayate ou au Mercurius mais je crois savoir que c'étaient des engins particulièrement efficaces.

- Ils l'étaient, confirma-t-il en sortant de son cockpit. Cependant, Duo a réussi à les combattre tous deux à la fois. [5]

- Tu as raison acquiesça alors le jeune homme, la véritable arme, c'est le pilote qui se trouve à l'intérieur.

- C'est la raison pour laquelle tu t'es attaqué à Relena ? demanda-t-il tout en regagnant la rampe d'un geste souple.

Wufei releva alors la tête et fixa le pilote qui se trouvait désormais face à lui, le regardant, imperturbable. Comment savait-il ? Etait-il possible que Relena se soit confié à lui cette nuit-là ? Car Trowa non plus n'avait pas échappé à la règle, et Relena semblait apprécier sa présence à ses côtés, ils avaient passé beaucoup de temps ensemble au haras et étaient certainement devenus proches… Oui, c'était la seule explication possible.

Trowa vit bien le trouble dans lequel il venait de plonger son ami, néanmoins il ne voulait pas l'aider, il attendait de voir ce qu'il allait trouver comme explication à son geste.

- Ça devenait trop dangereux, lâcha-t-il finalement, ses yeux déjà assombris.

Depuis que Heero avait adopté une politique trop laxiste à son goût, Trowa était devenu le pilote pour lequel il avait le plus d'estime. Et son attitude le décevait profondément.

- Wufei, fit-il doucement, quel mal y a-t-il à vouloir vivre ?

- Précisément ! cria-t-il soudain. C'est précisément pour lui sauver la vie que j'ai agi ainsi !

Un imperceptible haussement de sourcils marqua l'étonnement de Trowa, pourquoi s'emportait-il de la sorte ?

- Jamais Relena n'aurait porté atteinte à sa vie, répliqua-t-il d'une voix égale.

- Et pourtant c'est ce qu'elle a fait ! lui lança-t-il en le regardant avec colère. Regardes ce qu'il est devenu ! La vérité c'est que la pauvre petite princesse effarouchée vous a tous fait perdre la tête ! Elle et ses grandes idées ! fit-il avec dédain. Qu'est ce qu'elle croyait à bâtir une paix sur autant de sacrifices et à tenir tête à tant de forces hostiles ?

Trowa fixa un instant son jeune ami chinois. Derrière ses préceptes auxquelles il se pliait avec rigueur, se cachait un jeune homme au cœur profondément meurtri. Wufei n'était ni brutal, ni misogyne, bien au contraire. Et c'était certainement le plus sensible d'entre tous [6]. Seulement voilà, on l'avait blessé une fois, une seule. Mais si profondément qu'il vivait à présent comme si l'atteinte n'avait jamais vraiment disparu, comme si elle continuait à le ronger de l'intérieur… comme si Nataku revenait le hanter, plus vivace que jamais. Trowa savait. Depuis le début, et il respectait profondément son ami pilote pour ça. Il n'en avait jamais parlé, parce que cela ne le concernait ni lui, ni les autres. Seulement aujourd'hui c'était différent et il était temps qu'il mette cette histoire au clair avant que cela ne finisse vraiment mal.

- Ce n'est pas dans ton habitude de te déchaîner ainsi sur quelqu'un… Wufei, pourquoi t'acharnes-tu sur elle ?

Le pilote releva la tête et le fixa, noir de colère, de toute cette haine qu'il gardait en lui. Il était muet. Ce n'était pas Trowa d'engager ainsi la conversation, et il n'aimait vraiment pas ça. Et que pouvait-il dire pour se défendre ? Rien. Il ne pouvait rien dire. Il ne s'était jamais confié à personne et ne tenait pas à s'étaler sur les moments douloureux de sa vie. La compassion des autres, il n'en voulait pas. Tout ce qu'il demandait, c'était qu'on le laisse tranquille, qu'il puisse peu à peu laisser son passé derrière lui.

Son existence avait repris un peu d'équilibre depuis qu'il s'était joint aux Préventers aux côtés de Sally. La jeune femme médecin lui avait apporté stabilité et espoir et il ne s'était jamais sentit aussi serein depuis une éternité… jusqu'à ce que Relena vienne bouleverser sa nouvelle vie. La jeune princesse venait le remettre face à son passé. Mais il ne laisserait pas l'histoire se répéter, il ne se le permettrait jamais.

- Les sentiments sont dangereux ! Ils n'ont pas leurs places sur un champ de bataille et moins encore avec le Système Zéro !

- Heero et Relena savent faire la part des choses. Et ils savent que leur relation passera toujours après la paix.

Trowa n'avait encore jamais vu le jeune pilote dans un tel état. Il aurait juré qu'il était au bord des larmes tant l'émotion qu'il ressentait devait être intense en lui, même si à l'extérieur, il n'était que colère et agressivité. Et son état ne faisait que confirmer ce qu'il avait soupçonné. Wufei aimait profondément Heero, et Relena également. Seulement, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n'accordait pas sa confiance en la vertu des sentiments tels que l'amour ou la paix. Wufei cherchait encore sa voie, il ne demandait qu'à croire en de si belles choses, mais il ne pouvait pas. Il n'y arrivait pas. Et il ne voulait prendre aucun risque avec la vie des gens pour lesquels il avait de la considération.

- Justement ! s'emporta-t-il encore plus fort, sa voix résonnant en échos. Qu'est-ce qui arriverait si Heero perdait les pédales, s'il s'abandonnait à ses sentiments, ou pire, s'il arrivait quelque chose à Relena ? Hein ! Qu'est ce qui arriverait s'il perdait tout ce en quoi il croyait, si toute son existence s'écroulait autour de lui comme un vulgaire château de cartes ! La paix n'est qu'un prétexte ! Ce n'est que mensonge que prétendre se battre au nom de tous les Hommes ! La vérité, c'est que nous poursuivons tous un but personnel, une quête du bonheur, d'un idéal, et le sien s'appelle Relena Peacecraft ! Notre combat ne prend réellement un sens que lorsque c'est pour protéger quelqu'un ! La meilleur des choses serait probablement qu'il meure lui aussi, mais imagine si lui, il était épargné, que deviendrait-il, comment réagirait-il !

- Probablement comme toi ! intervint soudain Trowa, haussant à son tour le ton. Il deviendrait un pilote acharné et désespéré. Le pire des ennemis que l'on puisse avoir à affronter. Se battre pour quelqu'un de déjà mort est la pire des choses… parce que l'on a plus rien à perdre, termina-t-il alors, sa voix teintée d'une profonde tristesse, il le fixait sans plus le quitter des yeux, laissant à présent transparaître le fond de sa pensée.

Le regard que Wufei lui adressa fut indescriptible, mêlé de tous les sentiments antagonistes qui le submergeaient soudain. Ce qu'il voyait dans les yeux de Trowa… ce n'était pas possible !

- Comment … bafouilla-t-il, complètement perdu.

- C'est l'étole qui entoure désormais le manche de ton sabre. Le dragon et le phœnix qui s'unissent, le présent que la jeune marié offre à son fiancé avant leur nuit de noce. [7]

- Comment sais-tu ça ! répliqua-t-il de nouveau sur la défensive.

Il n'aimait pas cette situation, il se sentait pris au piège et il détestait ça. Il n'avait de comptes à rendre à personne !

- Je connais les traditions chinoises et l'intervention de l'Alliance dans la colonie d'où tu es originaire. J'étais à la maintenance sur L3 pour la fondation Barton.

Wufei le fixa, le regard encore noir. Il s'y attendait – S'y était attendu – Après tout, jusqu'à la mort de Treize, il avait été en deuil et ses habits blancs ne faisaient qu'exposer sa souffrance intérieure aux yeux de tous [8].

- Nataku… elle s'appelait Meilan et elle s'est battue jusqu'au bout pour la justice… c'est moi qui aurait dû mourir… mais ma femme s'est entreposée… Quelle idiote ! Qu'est ce qu'elle croyait pouvoir faire à elle toute seule !

Wufei sursauta soudain en se rendant compte de ce qu'il venait de faire. Il venait de parler librement de quelque chose qu'il avait gardé pour lui seul pendant toutes ces années !

- Elle devait être très courageuse, continua son camarade, l'incitant doucement à poursuivre.

Le pilote le fixa un instant, ne pouvant s'empêcher au fond de lui d'éprouver un sentiment de faiblesse à se confier. Mais le poids qui l'assommait finit par l'emporter.

- Courageuse et butée… commença-t-il, hésitant de toutes les émotions qui faisaient vibrer son cœur. Intraitable sur ses principes. Elle était la plus forte, elle était Nataku… fit-il, le regard soudain vague et la voix lointaine.

Heero ne devrait pas s'attacher autant à Relena, ce n'est pas une bonne chose, reprit-il en se ressaisissant, une vague lueur de mélancolie s'attardant néanmoins dans ces yeux noirs, mais sans plus aucune agressivité… Etre l'un avec l'autre, cela ne peut que les conduire qu'à la mort.

- Je ne sais pas, avoua Trowa. Je n'avais jamais vu Heero comme ça avant… Sois prudent Wufei, Relena n'est pas Meilan, ne condamnes pas leur amour parce qu'il est risqué.

- Peut être… Mais il faut faire preuve d'une certaine obstination pour être arrivée à faire ce qu'elle a fait… et Nataku, son obstination l'a conduite à la mort…

- Et t'as amené à devenir pilote de Gundam.

Le regard du jeune homme sembla vaciller un instant, laissant transparaître l'importance que sa femme avait pour lui.

- Oui, et je ne tiens pas à ce que Heero devienne comme moi. Nous devrions nous-y remettre, le temps est compté, termina-t-il.

Trowa hocha la tête. Il avait raison, la guerre faisait rage dehors et la priorité pour le moment, c'était de sauver ce pays.

- Tu as un grand cœur Wufei. Ne laisses pas les blessures de ton passé l'atrophier. N'oublies pas, c'est ce qui fait de nous des êtres sensibles, fit-il alors en faisant volte face pour rejoindre son appareil.

Le pilote ne répondit pas mais hocha ostensiblement la tête et un imperceptible sourire vint éclairer le visage de Trowa.

- Mangez Relena, recommanda-t-il doucement en lui tendant un bol de riz.

La jeune fille se détacha un instant des moniteurs et fixa Azim d'un regard vide qui le heurta davantage. Relena ne réagissait plus. Elle n'était plus là, mais avec lui et subissait la même souffrance que cet homme qui avait dû tuer.

Son cœur à elle aussi pleurait.

[1] : Je ne sais pas si vous avez vu l'allusion, mais cet état d'esprit fait référence au voyage de Chihiro, lorsque Haku lui exorcise sa douleur en lui faisant manger des boulettes de riz ensorcelées…Bin là, la boulette de riz, c'est Quatre [2] : En fait c'est n'est pas exactement ça. C'est le fait d'avoir trop donné pour les autres qui à fait dérailler Quatre, et c'est à ce moment là que l'on a tous cru que Trowa allait y passer. [3] : Comment vous ne connaissez pas l'histoire des lunettes d'aviateur de Quatre ^^. Bon, ben pour ceux qui savent pas, à la base, ces lunettes appartenaient à Raschid. Elles symbolisent le leader de l'unité Maganac, et c'est Raschid qui les lui a cédées. [4] : En fait pour libérer les otages, Heero a utilisé un mobile de chantier qui immobile, ressemblait comme deux gouttes d'eau au Wing Zéro. Aux commandes de sa redoutable armure, il a fait le type qui avait complètement débloqué et à annoncé qu'il allait tout faire sauter s'ils ne libéraient pas Relena…parce qu'il n'avait plus aucune raison de vivre si elle mourait…Okay, il jouait la comédie, mais n'empêche que c'est pas moi qui l'ai dit ^^ [5] : Pour ceux qui n'ont pas vu la deuxième saison, Duo va devoir affronter le Vayate et le Mercurius, paramétrés selon les données de combat de Trowa et Heero…Et pourquoi fait-il ça me direz vous ? Pour sauver Hilde qui s'est mise dans une situation plus que délicate, et Shinigami va être redoutable ^^ [6] : Ca, ça fait référence aux épisodes Zéro, le livre hein ^^ Il y a une petite étude sur le cas Wufei, et c'est l'idée qu'il en ressort, et somme toute, je suis entièrement d'accord avec ! Et pour les lignes qui suivent, ça ne vient pas de moi non plus mais des épisodes Zéros justement ^^ [7] : D'après mes recherches, ça se passe comme ça selon le mariage traditionnel chinois. [8] : Idem, coutume du pays du soleil levant ^^

Temps écoulé dans ce chapitre : deux jours.

Chapitre commencé le 16/01/04, Terminé le 05/02/04.

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