Les jours qui suivirent, les professeurs durent faire face à une certaine effervescence dans le comportement des élèves.
Tous étaient curieux de connaître la légende concernant la chambre des secrets et même le professeur Binns, le seul professeur fantôme de Poudlard, fut mis à contribution.
Les enfants lui demandèrent des précisions sur Salazar Serpentard et la salle cachée du château qu'il aurait créée avant son départ.
L'imagination galopante des élèves sur le fameux monstre enfermé dans la chambre perturbait les cours. Chacun y allait de sa théorie …
Ce fut à la fin d'un de ses cours avec les Gryffondors qu'Elena eut l'occasion de reparler à Harry.
Celui-ci ne quittait pas la pièce et semblait attendre que la professeure remarque sa présence.
- Oui Harry ? Vous avez besoin de quelque chose ? Fit-elle enfin en terminant de ranger son bureau.
- C'est-à-dire...euh, c'est a propos des voix …
- Vous les entendez toujours ? Vous n'êtes pas le seul vous savez.
- C'est que, la dernière fois c'était juste avant ce qui s'est passé avec la chatte de Rusard.
- Vous n'étiez pas dans le couloir du deuxième étage par hasard alors ? Vous avez donc menti.
- Mes amis disent que ce n'est pas bon, même pour un sorcier … enfin, je ne voulais pas qu'on me prenne pour …
- Un fou ? dit Elena en souriant calmement, dans ce cas là, je suis folle aussi et donc nous pouvons en parler.
Harry lui rendit son sourire : - Et puis il y a ces bruits comme quoi je serais l'héritier de Serpentard.
- Humm, c'est le cas ?
- Non, bien sur que non !
- Vous savez Harry, nul n'est mieux placé que vous pour savoir que tout et n'importe quoi peut être raconté sur votre personne. Vous avez apparemment déjà vécu cela en arrivant à Poudlard l'an dernier, MacGonagall me l'a expliqué.
Peut-être qu'une certaine… disons... indifférence aux rumeurs… pourrait vous faciliter la vie, même si je sais qu'il est difficile pour un Gryffondor de garder son calme.
A défaut un sortilège de mutisme pourrait certainement être utile, vous voulez que je vous l'enseigne ? Finit-elle dans un grand sourire.
- Vous savez Miss Graves, parfois quand je vous écoute, j'ai l'impression d'entendre Dumbledore.
- Vraiment, et bien... Hum, je vais prendre cela comme un compliment.
La conversation avec Harry ne fut pas la seule chose étrange qui se passa cette semaine là.
Elena fréquentait toujours régulièrement la bibliothèque. Il n'était pas rare qu'elle y croise les élèves les plus studieux, les autres ayant certainement, depuis longtemps, oublié le chemin.
Hormis les nombreux Serdaigle et Poufsouffle présents, une élève de Gryffondor, en l'occurrence, Hermione, faisait preuve d'une assiduité record.
Il n'était pas rare qu'elles se croisent dans les allées ou qu'elles partagent le même coin de lecture. Elena appréciait le calme de la jeune élève et lors de leurs brèves discussions, ses questions toujours très pointues.
Ce jour là, Hermione, un peu hésitante, une feuille à la main, se planta devant elle, alors qu'Elena feuilletait un ouvrage dans la section potion.
Ses cours en commun avec le professeur de potions demandaient parfois un peu de préparation, Rogue lui confiant maintenant l'objet des prochains cours.
- Miss Graves, il y a un livre qui…m'intéresse.
- Un seul ? Par Morgane, vous êtes malade ? Se décrispant à la boutade Hermione enchaina « En fait c'est un livre de la réserve et comme vous le savez, il faut l'autorisation d'un professeur, pour qu'un élève puisse l'emprunter.
- De quel livre s'agit-il ?
- Euh … Les Potions de grands pouvoirs.
- Vous cherchez à concurrencer le professeur Rogue ou bien vous avez une autre idée derrière la tête … une préparation de potion non autorisée peut être ?
Devant l'expression stupéfaite et révélatrice d'Hermione, Elena ne put s'empêcher de grimacer : - Je vois ! Miss Granger, la prochaine fois que vous essaierez de manipuler un professeur, demandez donc conseil à un Serpentard, ils sont bien plus doués que vous pour ça ! - Je ne voulais pas…Je suis désolée ….C'est juste que je ne pouvais pas vous dire pourquoi j'en ai besoin, mais puisque vous avez deviné, je suppose que vous allez refuser… !
- Je vais simplement vous poser deux questions : avez-vous bien réfléchi à ce que vous vous apprêtez à faire ? N'y a-t-il pas une autre solution ?
Hermione fronça les sourcils : - Je suis sûre que c'est ce qu'il faut faire !
- Et bien alors ma chère, voici votre autorisation, lui dit-elle en lui tendant le papier signé.
Hermione le prit, abasourdie : - Je ne comprends pas, vous paraissiez furieuse.
- Pas furieuse, Hermione, déçue de votre façon de faire, veuillez jouer franc jeu avec moi, dorénavant !
- Bien sur ! Répondit la jeune fille avec un timide sourire qu'Elena lui rendit.
- Filez ! Et prévenez-moi si Mme Pince vous pose soucis.
La jeune fille partit, ce fut à Elena de se poser encore plus des questions.
La rapide intrusion dans le cerveau d'Hermione grâce à la legilimancie, lui avait appris les projets du trio, même si elle ne voyait pas bien comment ils en étaient arrivés à soupçonner le jeune Malefoy.
Ses recherches personnelles portaient plus sur quel genre de monstre pouvait vouloir attaquer un chat, mais comme l'avait suggéré Dumbledore, l'aide pouvait survenir sans qu'on s'y attende, elle venait de le constater.
Le diner du vendredi soir marquait la fin de la semaine, le Samedi voyait arriver un nouveau match de Quidditch et Elena n'était pas la seule à penser que cela pourrait agréablement changer les idées des élèves mais aussi des professeurs.
La rivalité des Gryffondors et Serpentards étaient toujours aussi vive et le reste des élèves n'attendait qu'une chose, que les rouges et or mettent définitivement une raclée aux verts et argent !
Au début du diner, Elena se plaça à côté de Severus volontairement, leurs derniers échanges avaient été cordiaux mais brefs.
Mais ce soir, elle voulait lui parler des cours suivants, et surtout de la mise en place du club de Duel.
Le moment était propice pour de nouvelles activités, cela ne pourrait que contribuait à remonter le moral des élèves.
- J'aurais aimé pousser plus loin les travaux pratiques dans nos cours communs, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
- Et qu'avez-vous en tête exactement ?
- Les esprits de la magie élémentaire.
- Jai bien peur de ne pas vous suivre !
- Au contraire, Severus, je suis persuadée que vous voyez où je veux en venir.
- Si déchainer les feux de l'enfer ou un cyclone dans une salle de cours est votre nouvelle conception de l'enseignement, je vais finir par vous déclarer ex-æquo avec ce vieux fou d'Albus !
- Tiens, c'est amusant, c'est la deuxième fois de la semaine qu'on me compare à lui, enfin … Pas tout à fait dans les mêmes termes !
- C'est qu'il doit y avoir une part de vrai, alors…
- Vous êtes vraiment impossible Severus … Je cherche juste à rendre les cours plus intéressants.
- Je n'avais pas l'impression qu'ils étaient ennuyeux, répondit-il un peu vexé
- Vous savez bien que ce n'est pas ce que je veux dire, affirma-telle avec un léger soupir.
Cela allait être plus difficile qu'elle ne le pensait et elle n'avait pas encore abordé le deuxième sujet.
Elle reprit avec un sourire charmeur : - Il n'est bien sur pas question de pratiquer ce genre d'exercices en salle de classe, mais nous pourrions utiliser le parc.
- Oui et cela permettrait de s'échapper plus facilement !
- Vous mettez ma maîtrise en doute, je pensais que vous aviez reconnu mes compétences.
- Je reconnais également votre capacité à ne pas oublier mes moments d'égarements.
D'un rire elle conclut : - Si je vous offre un verre, vous accepterez d'écouter mes arguments ?
- S'il faut en passer par là …
Rendu dans les quartiers de la demoiselle, au premier étage, Rogue dut reconnaître qu'elle les avait aménagés avec goût.
De nombreux coussins accentuaient le moelleux des fauteuils, les chandeliers disposés un peu partout rendaient la pièce chaleureuse.
Les tapisseries tendues aux murs représentant des dragons et des licornes étaient également du plus bel effet. Le salon avait ainsi un charme médiéval.
Sitôt installé sur l'un des canapés, Severus, vit arriver le chat de son hôtesse qui d'un air circonspect tendit son museau vers sa main pour le renifler.
Apparemment satisfait de son inspection le félin s'allongea à coté du professeur de potions.
Son regard saphir fixé sur l'intrus, il semblait le jauger.
- Tiens, on dirait qu'il vous a accepté, c'est assez rare qu'il s'approche ainsi.
- Je dirais plutôt qu'il me surveille.
- Je suis certaine que c'est le début d'une grande histoire entre vous ! Répondit-elle d'un air moqueur.
- Whisky ?
- Très bien.
Quand elle lui glissa un verre dans la main, leurs doigts se frôlèrent et Severus nota la chaleur qui émanait de la jeune femme.
Depuis la soirée d'halloween, où ses pensées s'étaient quelques peu égarées, il n'avait pas vraiment repensé à Elena.
La menace qui pesait sur Poudlard focalisait ses forces sur tout autre chose.
Et à vrai dire il n'était pas le genre d'homme qui s'éternisait sur une vision troublante.
Maintenant qu'il était de nouveau en face d'elle, il pouvait observer la grâce de ses mouvements et la chaleur de sa voix alors qu'elle exposait avec une certaine passion son projet de cours.
L'homme solitaire, qu'il était depuis toujours, se surprenait presque à apprécier ce moment simple et agréable de causerie au coin du feu, d'échanges d'idées partagées ou pas.
- Vous ne m'écoutez plus …
Un petit instant s'écoula avant que Severus ne se rende compte qu'il observait Elena tandis que celle-ci souriante attendait qu'il émerge de son mutisme.
- C'est exact !
- Et bien au moins on ne pourra jamais vous reprocher de ne pas être franc, ironisa-t-elle.
Elle était souvent caustique avec lui, il devait bien reconnaître que rares étaient les personnes qui parvenaient à assurer un minimum de répondant face à lui. Il avait développé une facilité déconcertante, aux cours des années, pour éloigner la plupart des gens qui tentaient une approche.
Seul Albus et parfois MacGonagall, dans un registre différent, arrivaient à lui parler sans trop de difficultés.
Au demeurant il n'avait pas encore découvert ce que cachait la jeune femme…c'était peut-être l'occasion ou jamais …
- C'est que … je me demandais d'où vous venait cette aptitude pour la défense contre les forces du mal. Vos propositions concernant les prochains cours vont bien au delà de ce que les autres professeurs ont pu enseigner jusqu'ici.
- Je suppose que je ne fais qu'appliquer ce qu'on m'a appris, j'ai eu de très bons professeurs.
- En France ?
- Pas seulement, j'ai beaucoup voyagé, je n'ai pas eu une scolarité normale, j'ai reçu des cours particuliers.
- C'est intéressant…tenta-il en espérant qu'elle poursuivrait.
Ce qu'elle fit : - Au début de ma dixième année, nous avons quitté l'Angleterre.
Ma mère avait énormément de mal à rester longtemps au même endroit elle a jugé bon de me fournir les meilleurs professeurs de chaque pays où nous avons atterris.
Il n'y a que pour les examens, que j'ai été obligée de passer dans un collège, en candidate libre, que nous nous sommes réellement arrêtées de bouger.
J'ai passé mes Aspics à l'Académie de Magie Beauxbâtons, c'est d'ailleurs là que j'ai rencontré le professeur Dumbledore la première fois, il était mon examinateur en potion et en DFCM.
Et c'est également à ce moment que Mme Maxime m'a proposé un poste.
- Mais vous n'aviez que 17 ans !
- C'est exactement ce que je lui ai répondu, s'amusa-t-elle
- Et donc ?
- Votre curiosité est insatiable… un autre verre ?
- Oui… enfin… je veux dire volontiers pour le verre, bafouilla Rogue.
Ainsi c'était vraiment une surdouée, jamais la directrice de l'Académie n'aurait misé sur une quelqu'un d'aussi jeune dans le cas contraire.
Elena venait de s'asseoir à nouveau. - Pour terminer : j'ai bien sûr refusé le poste, je suis allée à l'université de Salem pendant 2 ans, puis j'ai voyagé. Et quand l'envie de revenir en Europe a été trop forte, je suis repassée voir Mme Maxime avec qui j'étais resté en contact.
Et voilà ! Satisfait ?
- Vous n'avez pas mentionné votre père…
- Je ne l'ai pas connu, il est mort à ma naissance, répondit-elle d'un ton froid.
Même quelqu'un d'aussi insensible que Severus se serait aperçu que cela venait de clore le chapitre intime de la conversation
Se mordant presque les doigts de sa stupidité, il venait de perdre toutes chances d'en apprendre plus, il essaya quand même : Si votre niveau en potions est équivalent à celui de DCFM, peut-être pourriez-vous m'assister pour une prochaine potion.
- Je n'ai jamais compris pourquoi les élèves vous comparaient à une chauve- souris, vous me faites plutôt penser à un renard !
- Je ne suis pas sûr que ce soit un compliment ! Une chauve-souris, vraiment ? Et peut-on savoir qui..?
- Severus, il se fait tard, nous réglerons les détails de cours une autre fois…
Je voulais également savoir si vous étiez toujours d'accord pour le club de duel.
Je pense pouvoir convaincre Dumbledore d'organiser cela un peu avant Noël
Rogue n'eut d'autre possibilité que d'acquiescer pour rattraper la bourde monumentale qu'il venait de commettre. Le ton d'Elena laissait percer l'agacement.
Les meilleurs stratèges savent qu'il faut parfois battre en retraite et c'est ce qu'il fit.
Le raccompagnant à la porte, Elena la referma derrière lui. S'y adossant, elle leva les yeux au ciel.
Son regard tomba ensuite sur les verres vides et sur son chat, Saphir.
- Pourquoi a-t-il fallu qu'il parle de mon père ?!
Un clignement d'œil complice du chat fut la seule réponse.
