Arrivée à King Cross, Elena quitta discrètement la voie 9.3/4 pour rejoindre une petite ruelle déserte de laquelle elle transplana vers la forêt de la Sainte Beaume.

Son amie, Morrigane, habitait un joli mas, à proximité d'un village perché en altitude, accessible par une unique petite route.

Ecartant les feuillages des jeunes chênes qui longeaient le chemin escarpé menant au mas, Elena progressait à travers la forêt. Le vent s'engouffrait dans sa cape et la brise fraiche lui caressait le visage.

Par intermittence, un rayon de soleil se frayait un chemin à travers la canopée vert sombre.

Son bagage allégé, par un sortilège de 'Poids-Plume', lui permettait d'avancer facilement. Saphir la suivait, truffe au vent, humant le tourbillon d'odeurs qui les enveloppait. Elena profitait des dernières lueurs du jour qui donnaient un aspect rougeoyant aux pierres.

Arrivée à destination, elle fut, comme d'habitude, émerveillée par le point de vue qui s'offrait à elle.

La bâtisse, nichée à fleur de falaise, semblait prête à tout moment de sombrer. Au loin, les petits villages provençaux se nichaient dans la vallée.

Morrigane, une très belle femme blonde aux yeux verts, l'attendait au seuil de la maison, un sixième sens développé l'avait avertie de son arrivée.

- Tu aurais pu transplaner plus près !

- Je tenais à profiter du magnifique parcours qui mène jusqu'à chez toi.

- Toujours aussi rêveuse.

- Je ne vois aucune raison de changer, répondit Elena en riant.

- Entre vite, la chaleur disparaît rapidement avec les derniers rayons de soleil, j'ai allumé le feu, nous serons bien mieux à l'abri.

L'intérieur n'avait pas changé depuis sa dernière visite, un sentiment d'intemporalité l'envahissait à chaque fois.

Chaque chose était à sa place, de manière rassurante et éternelle.

Les meubles et bibelots disséminés dans la pièce aux murs de pierres naturelles, la cheminée avec son chaudron bouillonnant de la dernière mixture inventée par la propriétaire, donnaient au lieu un aspect chamarré.

Les odeurs d'herbes et de fleurs séchées envahissaient l'atmosphère au point d'étourdir la jeune professeure.

Le sol pavé à l'ancienne était typique des anciennes demeures provençales et finissait de donner du cachet à la maison.

Elena se sentait comme chez elle, même mieux, la jeune femme n'ayant jamais vraiment eu au cours de ses voyages, la possibilité de s'attacher à un endroit.

Sa charmante hôtesse s'adressa de nouveau à elle :

- Pose tes affaires et assis toi, j'ai préparé de quoi grignoter. Tu dois être affamée après ce voyage en train.

- Ne t'inquiète pas, les élèves ont tenu à me faire profiter de leurs confiseries, je ne pourrai plus jamais avaler une chocogrenouille de toute ma vie, soupira-t-elle.

Une immense banquette faisait face à l'âtre, elle ne se fit pas prier pour rejoindre Saphir qui s'y était déjà blotti.

Morrigane revint les bras chargés de nourriture et de boissons.

- Tu as prévu de quoi soutenir un siège !

- J'ai cru comprendre dans ta dernière lettre que tu avais besoin d'énergie.

- C'est vrai que la vie à Poudlard n'est pas de tout repos. Disons que j'aurais dû me méfier un peu plus quand Dumbledore m'a engagée.

- Déjà à la fin de l'année dernière, avec cette histoire de mage noir revenu d'entre les morts et vampirisant le corps d'un professeur…

- Ce n'est rien à coté de ce qui se passe depuis le début de l'année, mais je t'ai déjà tout expliqué par lettres.

Son amie prit place en face d'elle et d'un air soucieux dit :

- Ce qui m'étonne c'est que le ministère n'ait pas déjà fait fermer l'école.

- Le Directeur à une certaine autorité sur le ministre et aucune des attaques n'a eu d'effets irréversibles.

- Il ne pourra pas éternellement le tenir à distance.

- Il en est bien conscient, c'est pourquoi il souhaite que je trouve cette damnée chambres des secrets le plus vite possible et surtout le monstre qu'elle renferme.

- Tu ne trouves pas bizarre qu'il t'ait chargée de cette mission ? Sans vouloir mettre en doute tes compétences, il y a tout de même à Poudlard d'autres professeurs plus anciens et plus proches de lui, d'après ce que tu m'en as dit.

- Je ne pense pas être la seule sur laquelle il se repose, mais il a l'art de compartimenter les informations. Il est inutile pour moi de chercher plus loin que ce qu'il me demande de faire.

- Tu n'es pas curieuse ?

- Disons que je comprends sa démarche.

- Tu sembles avoir une certaine empathie pour ce vieil homme remarqua Morrigane, un peu étonnée.

- J'ai mes raisons…

- Des secrets ? Avec moi ? Tu oublies un peu vite que c'est moi qui t'ai enseigné la legilimancie.

- Ce que je n'oublie pas c'est que tu m'as également enseigné le respect dans la pratique de cette magie.

Morrigane eut l'air contrarié :

- Tu ne me diras donc rien de plus ? Tu ressembles de plus en plus à Persine.

- Je trouve déloyal de ta part d'utiliser ma mère pour parvenir à tes fins !

- Je constate simplement que, comme elle, tu crois pouvoir te débrouiller seule, alors qu'il est si facile d'accepter l'aide de ceux qui te la proposent.

- Il y a parfois des choses qu'on doit faire seule.

Son amie insista :

- Comme quoi ?

- Tu n'abandonneras pas ? N'est-ce-pas ?

- Tu as bien compris !

Elena sembla hésiter puis murmura :

- Comme retrouver son père…

- J'ai peur de bien comprendre. Je pensais que tu t'étais fait une raison. Je ne pensais pas que tu le cherchais encore.

- Et bien, tu vois, finalement tu ne devines pas tout.

Un sourire ironique étira les lèvres de Morrigane :

- Surtout ne le répète pas ou je perdrais tous mes clients !

- Toujours le mot pour rire.

- J'essaie de détendre l'atmosphère que tu as rendue terriblement pesante avec ta révélation. Tu crois donc que Dumbledore est ton père ?

- J'en suis quasiment sûre.

- Et qu'est ce qui t'a amenée à cette conclusion ?

- Tu te souviens de la cassette que trainé ma mère partout ?

- La boîte rouge incrustée de nacre ? Oui très bien, elle ne s'en séparait jamais.

- J'ai toujours été curieuse de savoir ce qu'elle contenait, mais je n'avais jamais eu l'occasion de m'en approcher, Maman la gardait trop précieusement.

- Et ?

- Et bien, à sa mort il y a deux ans, je ne l'ai pas retrouvée dans ses affaires. Je n'y ai plus pensé jusqu'à ce que je découvre dans ses papiers qu'elle possédait un coffre à Gringotts, la banque des sorciers à Londres.

- La cassette y était ?

- Oui, je l'ai récupérée quand je suis allée faire passer les examens aux élèves de Poudlard. La cassette était close par un charme très difficile à briser, cela m'a pris une bonne partie de l'été.

- Te connaissant tu y es quand même arrivée, tu as toujours eu un don en sortilèges et maléfices.

- Celui qui a ensorcelé la cassette n'était pas mauvais non plus, il m'a fallu combiner quatre sorts différents dont 'Cistem Aperio' et 'Alohomora' pour que cette satanée boîte s'ouvre.

- Tu aimes entretenir le suspense ! Dis-moi vite ce qu'elle contenait…

- Des lettres.

- Tout çà pour des lettres !

- Des lettres et un parchemin reprenant les termes d'un serment inviolable*

- J'ai toujours considéré qu'il fallait être fou pour utiliser ce genre de sortilège, dit Morrigane d'un air désabusé.

- Tu dois donc considérer que ma mère était folle, car son nom apparaissait sur le parchemin.

- Et la deuxième personne ?

- Tu ne devines pas ?

- Dumbledore ?

- Exactement, mais là Severus ne te contredirait pas si tu traitais notre cher directeur de fou.

Les yeux de jade de son amie pétillèrent de curiosité :

- Qui est Severus ?

- Euh... Çà n'a pas d'importance pour l'instant.

Sa mine coupable alerta Morrigane.

- Ton hésitation suggère le contraire.

- Pourrais-tu mettre ton don de voyance en sourdine pendant encore un moment ?

- A l'impossible nul n'est tenu !

- La prochaine fois je te laisserai envahir mon esprit, ce sera plus simple.

- C'est ce que je me tue à te faire comprendre !

- Mouais, je ne voudrais pas que tu te vexes en découvrant ce que je pense de toi en ce moment !

- Pour çà je n'ai pas besoin de mon don de clairvoyance !

- Si on en revenait au parchemin ?

- Je t'en prie, je suis tout ouïe.

Elena leva les yeux au ciel, puis repris :- Je disais donc que le parchemin expliquait l'existence d'un serment inviolable fait entre ma mère, Persine Dandrane Marcy Graves et Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore.

- Quel était l'objet du serment ?

- La naissance d'un enfant.

- Et tu penses que cet enfant c'est toi.

- Tout juste.

- Mais tu n'as aucun moyen d'en être en totalement sûre…

- Ce n'est qu'une question de temps. Je finirai bien par découvrir la vérité !

Morrigane l'interrogea de nouveau :

- Est-il fait mention de l'enchaîneur du Serment sur le parchemin ?

- Oui c'était Sirius.

- Sirius… Sirius Black ? N'est-ce pas ce jeune homme que Persine recevait régulièrement quand tu étais petite ?

- Tu as une bonne mémoire, c'est bien lui. Il avait seize ans et moi seulement six, c'était comme avoir un grand frère.

- Je me demande ce qu'il est devenu…

- Oh çà, je peux te le dire. Il est en prison à Azkaban.

- Tu sais quoi ?

- Laisse-moi deviner…

- Très drôle ! Je voulais simplement dire, ce déluge d'informations m'a épuisée, je pense que ce serait une bonne idée de continuer cette conversation demain, à tête reposée.

- C'est une merveilleuse idée. Je meurs de fatigue.

* Sort qui permet de lier plusieurs personnes par un serment. Il faut également une personne pour enchaîner les personnes concernées par le Serment. Rompre ce serment entraîne alors la mort de celui ou celle qui ne l'a pas respecté. (Wikipédia)