La nuit venait de tomber lorsqu'Elena atteint les grilles du château. Des sentiments partagés vinrent l'assaillir, la joie de revenir enseigner alliée aux responsabilités qui pesaient de nouveau sur ses épaules.

Haussant les épaules, elle chassa les doutes et d'un pas ferme s'engagea dans le parc, Saphir trottinant à ses cotés.

Alors qu'elle traversait le hall en direction de l'escalier, elle croisa l'infirmière Pomfresh.

- Elena ! Vous voilà de retour ? Vos vacances ont été agréables ?

- Oui, très, merci de demander. Et vous Poppy, pas de soucis particuliers durant cette période ? Comment vont vos patients ?

- Pas de changement, toujours statufiés, j'attends avec impatience le filtre de mandragore que préparera le professeur Rogue.

- Je vous comprends !

- Vous avez su pour la petite Granger ?

Une crispation apparut sur le visage d'Elena.

- Ne me dites pas que…

- Non, non, rien d'aussi grave, bien que ce ne soit pas joli à voir. Elle est à l'infirmerie, je pense que vous devriez y aller, je crois savoir qu'elle vous aime bien.

- Je pose mes affaires et j'y vais aussitôt!

- Restez discrète, je ne voudrais pas que cela s'ébruite.

Sur un signe d'assentiment, Elena s'éloigna.

Au fond de l'infirmerie, derrière de grands rideaux, Hermione était allongée sur un des lits de repos, un livre à la main.

La jeune femme étouffa une exclamation lorsqu'elle vit le visage de la petite Gryffondor, enfin ce qui y ressemblait, agrémenté d'oreilles de chat et de fourrure.

- Bonjour Miss Granger, je n'aurai jamais imaginé que vous vous tromperiez dans une potion !

L'air contrit, Hermione répondit :

- La potion était très bien exécutée et a très bien fonctionné… sauf pour moi.

- Difficile de ne pas le constater ironisa gentiment Elena, que s'est-il passé ?

- Ce n'était pas un cheveu que j'ai ajouté à ma dose de Polynectar, mais, par erreur, un poil de chat.

- D'où ce magnifique pelage noir que vous arborez. Les effets vont se dissiper, mais cela va prendre du temps.

- C'est ce que m'a dit Madame Pomfresh.

- Je crois qu'elle a assez prouvé qu'on pouvait faire confiance à son jugement. Avez-vous quand même eu l'opportunité de faire ce que vous vouliez ?

- Harry et Ron s'en sont chargés. Malefoy n'est pas l'héritier, mais il le regrette.

Son père en sait plus que lui, mais ne veut pas que son fils se mêle de tout çà.

- Ce qui nous fait tout de même une certitude et un suspect de moins.

L'air angoissé d'Hermione précisa :

- Mais on ne sait toujours pas qui attaque…

- Jeune fille, pour l'instant votre priorité, c'est de guérir et de ne pas prendre de retard dans vos cours. Je suis passée sur le fait que vous utilisiez une potion non autorisée à un élève de votre âge, mais vu le résultat, je vous conseillerai de faire preuve de plus de prudence à l'avenir.

Et ce conseil est valable pour vos amis également, dit Elena en détachant distinctement les mots.

- Nous ferons attention, Miss Graves.

- Je ne peux que l'espérer. En attendant je vous amènerai une brosse pour cette magnifique fourrure, elle va demander de l'entretien.

Et sur un dernier clin d'œil, elle laissa Hermione reprendre la lecture qu'elle avait interrompue.

Le dîner avait déjà commencé lorsqu'elle fit son entrée dans la grande salle. Tous les élèves étaient revenus, un brouhaha général se répercutait, chacun exposant ses activités de vacances.

Parmi les plus silencieux se tenaient Harry et Ron, certainement encore inquiets pour leur amie.

Le regard froid de Rogue accueillit Elena alors qu'elle prenait place à côté de lui.

- Bonsoir Severus.

Un léger murmure lui répondit.

- Veuillez m'excuser, j'ai mal entendu…

- J'ai dit : Bonsoir Miss Graves, répéta Severus d'un ton peu aimable.

- Nous sommes donc revenus aux anciennes formalités ?

- Je ne vois pas ce qui pourrait l'empêcher, lança-t-il, assassin.

- J'avais espéré que cette courte période de repos aurait apaisé votre humeur et amélioré nos perspectives

- Nos perspectives ? Je ne vois pas ce que vous sous-entendez par là. Et mon humeur est ce qu'elle est, à prendre ou à laisser.

- Est-ce que vous jouez à l'idiot sciemment ? Ou bien êtes vous aigri naturellement ?

Il lui jeta un regard torve auquel elle répondit par un sourire éblouissant.

- Si vous saviez comme vous m'avez manqué, je n'ai cessé de penser à vous murmura-t-elle en se penchant un peu plus vers lui.

Le visage de Rogue se crispa légèrement. Il se leva brusquement.

- Je n'aime pas que l'on se moque de moi ! dit-il durement.

Se drapant dans sa cape, il quitta la table.

Dans un léger soupir, Elena pensa : « Il n'a pas été aussi désagréable que m'y attendais, finalement... »

« Cette femme était décidemment la plus agaçante qu'il ait jamais rencontrée.

Après l'avoir séduit avec ses airs de sainte-nitouche, puis l'avoir ignoré, elle tentait à nouveau de l'emberlificoter par des provocations et de captieuses paroles. Mais il avait décidé qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec elle ! »

De l'art d'essayer de se tromper soi-même…

A partir de ce moment là et durant tout le mois de Janvier, Elena n'eut de cesse de réunir toutes les occasions pour se retrouver en présence du Professeur Rogue.

Sa tactique reprenait point par point celle qui consiste à épuiser l'adversaire par d'incessantes attaques.

Aucun espace de Poudlard n'était plus à l'abri des ses différentes manœuvres.

Avec un Serpentard, il fallait agir en Serpentard et puisque le Choixpeau magique n'était lui-même pas très sûr de sa possible répartition, cela signifiait certainement qu'elle était capable de s'adapter à toutes les situations, y compris celles qui la mettaient en rapport avec un certain professeur de potions.

Elle était déjà dans la salle des professeurs quand Severus y entrait, prenait systématiquement la chaise à côté de lui au repas, s'arrangeait pour fréquenter le parc aux mêmes heures que lui. Elle avait même poussé l'audace jusqu'à venir plusieurs fois emprunter des ouvrages sur les potions, que seul Rogue détenait, sous prétexte de préparation des cours communs.

De mauvaise grâce, il ouvrait sa porte, mais ne pouvait lui refuser ce qui concernait un sujet purement professionnel.

Dans ces moments là, le ton des conversations restait neutre et impersonnel.

La situation très calme, à Poudlard, durant cette période, favorisait ses différentes petites actions.

Maintenant que les tours de gardes se faisaient à deux, l'ensemble des professeurs pensaient la menace écartée et une ambiance plus positive en résultait.

Elena avait mis en place un autre sort d'alerte près de la cabane d'Hagrid, mais les jours passaient et aucun autre coq n'avait vu son existence abrégée brutalement.

Il flottait dans l'air comme une atmosphère d'attente qui trouvait en elle un exutoire dans ses tentatives de rapprochement vers Severus.

Son esprit, perpétuellement en mouvement, avait trouvé un dérivatif amusant dans la gestion des réactions du pauvre professeur des cachots.

Celui-ci, en contrepartie, aiguisait son art déjà très poussé, de la disparition soudaine. Sa grande capacité à la dissimulation était également mise à l'épreuve.

Alors qu'Elena cherchait à provoquer une réaction chez Severus, celui-ci mettait tout en œuvre pour mettre le plus de distance entre eux. La jeune femme voyait souvent disparaître vivement, un bout de cape noire au coin d'un couloir et entendait des bruits de pas, glissant dans la direction opposée.

La mine de plus en plus pâle et crispée du maître des potions disait aisément qu'il ne goûtait pas l'ironie de ces petites manipulations.

Au jeu du chat et de la souris, ce nouveau duel, ne pouvait trouver sa conclusion que dans la défaite de l'un ou de l'autre.

Elena avait toujours en mémoire la flèche traitresse de Severus et pouvait tout les matins, admirer la légère cicatrice qui en était l'amer souvenir. Entaille, qu'elle s'était bien gardée de faire disparaître par la magie, ce qui pourtant n'aurait été qu'une simple formalité.

Les cours communs du mardi, toujours alternés sur quinze jours, étaient devenus pour Rogue un véritable pensum.

Voir Elena évoluer dans la même pièce que lui, sous le regard admiratif des élèves, le mettait régulièrement dans une rage folle.

Alors qu'à leur première dispute, ils avaient consciencieusement pris l'habitude de choisir le coin opposé de la salle, il semblait maintenant que la pièce était devenue trop petite pour les contenir tout deux.

Severus devait parfois brusquement changer de direction sous peine de se retrouver nez-à-nez avec sa collègue.

Et il ne pouvait que constater que cela amenait sur le visage d'Elena un léger sourire de satisfaction qui l'agaçait au plus haut point.

Sans parler des œillades enflammées lancées par la jeune femme quand elle pensait qu'il pensait qu'elle pensait qu'il ne la voyait pas.

Une confrontation directe était inévitable.

Au début du mois de Février, les grands froids de l'hiver s'effaçaient peu à peu laissant place à une douceur presque printanière.

Un nouveau week-end à Pré au lard était impatiemment attendu par les élèves y étant autorisés.

Hermione était enfin sortie de l'infirmerie. Les rumeurs concernant le fait qu'elle aussi avait été pétrifiée avaient cessé aussitôt.

Elena avait cherché, maintes fois, l'occasion de parler à Harry, mais celui-ci semblait esquiver ses approches et elle ne savait pas où il en était de ses recherches concernant l'héritier.

Elle commençait à penser qu'il lui cachait quelque chose mais rechignait à faire appel à ses pouvoirs de Legilimens. Après tout ses relations avec ce garçon avaient toujours été basées sur la confiance.

Alors qu'il ne restait que quelques jours avant la Saint-Valentin, commencèrent à flotter dans les couloirs les prémices du déchainement d'hormones adolescentes liées à cette fête.

Les gloussements intempestifs de certaines jeunes filles faisaient échos aux sourires gênés des garçons. La difficulté première pour ces derniers étant d'arriver à inviter l'élue de leur cœur de la manière la plus discrète possible.

Les professeurs n'en finissaient pas de confisquer les missives volantes durant les cours et certains avaient même eu recours à des sortilèges de mutisme pour tempérer les déclarations intempestives de quelques élèves.

Le trophée de l'idée la plus originale aurait pu être gagné par une élève de Serdaigle, si celle-ci ne l'avait malheureusement pas formulée en plein cours communs de potions et Dfcm.

Lorsque Rogue entendit les mots « Philtre d'amour » franchir, dans un murmure, les lèvres de la jeune Lisa Turpin, il émit un son étranglé qui ne laissa aucun doute sur le degré son mécontentement.

Alors qu'Elena essayait désespérément de garder son sérieux et que les regards furibonds de Severus laissaient présager une fin rapide à l'avenir prometteur de la jeune Serdaigle, elle décida de jouer l'apaisement.

Se composant un visage ferme et serein, elle coupa l'herbe sous les pieds de Rogue en disant :

- Bien que l'apprentissage des potions puisse inclure un chapitre sur les philtres influant sur les sentiments amoureux, il est bien sur hors de question pour nous de vous enseigner une préparation ou un sortilège qui ne soit pas au programme. Nous ne saurions donc trop vous conseiller de garder pour vos soirées en salle commune ce genre de conversation et de reporter toute votre attention sur la mixture actuellement dans vos chaudrons, qui elle, est soumise à notation !

Trop heureuse d'échapper à la fureur du professeur des potions, la petite Lisa baissa promptement le nez vers son manuel et s'absorba jusqu'à la fin du cours dans sa préparation, imitée par le reste de la classe.

L'intervention d'Elena n'avait pourtant pas calmé Severus.

Alors que le dernier élève franchissait la porte du cachot et que la jeune femme s'apprêtait à faire de même, elle sentit sur son épaule s'abattre la main de Rogue.

La retournant sans ménagement, il lui asséna froidement :

- Je vous interdis de défier mon autorité !

Abasourdie et légèrement déséquilibrée, Elena mit quelques secondes à répondre :

- Je ne vois pas en quoi j'ai défié votre autorité, dois-je vous rappeler que je ne suis pas une de vos élèves ?

Le visage de Severus s'avança encore un peu plus vers elle, menaçant :

- Cette gamine méritait une punition mais vous vous en êtes mêlée et elle s'en est sortie tranquillement !

Elena était frémissante d'indignation :

- Mais vous vous écoutez parler, à chaque fois qu'un élève ouvre la bouche dans votre cours, vous leur enlevez des points et les rendez mal à l'aise avec vos réflexions. C'est quoi votre but, en faire de petites créatures qui tremblent à la vue de votre ombre !

- Je ne vous permets pas de juger mes méthodes d'enseignements !

- Mais c'est pourtant bien ce que vous faites avec les miennes !

- Vous n'avez aucune méthode, vous vous contentez de charmer les élèves avec vos belles paroles !

- C'est donc cela qui vous dérange, que les enfants me trouvent agréable ? Je ne peux cependant pas être taxée de laxisme, le niveau des classes n'a jamais était aussi élevé en DFCM !

Un rire sardonique lui répondit :

- Vous distribuez les points comme des bonbons !

- Mais à la fin, que me reprochez-vous ? De ne pas enseigner comme vous ? Merlin m'en garde ! Un seul suffit ! Plus aucun élève ne viendrait à Poudlard avec des professeurs aussi rébarbatifs que vous !

Le regard froid de Severus se fit plus perçant :

- Il fut un temps où vous ne me trouviez pas aussi rébarbatif.

- Comme quoi l'erreur est humaine et je dois être plus humaine que sorcière !

Et je ne vois pas pourquoi vous mettez çà sur le tapis, il me semble que vous avez fait votre choix ! Rajouta-t-elle moqueuse.

- Mon choix ? Vous ne m'en avait laissé aucun en partant comme une voleuse aux vacances de Noël !

- Il semble que vous soyez le seul professeur de Poudlard à n'avoir pas su comment me joindre durant cette période ! Et le seul à ne pas avoir daigné m'envoyer une simple carte !

- Nous y voilà, vous êtes vexée parce que je ne vous ais pas contactée !

- Ne jouez pas au plus fin et n'essayez pas de retourner la situation, comme à votre habitude ! Vous me reprochez d'être partie, mais quand je vous ai avoué que vous m'aviez manqué vous m'avez superbement ignorée !

L'esprit tortueux de Rogue ne put s'empêcher de répliquer :

- Je peux difficilement croire quelqu'un qui change d'avis avec autant de facilité que vous.

- J'aimerais bien comprendre comment vous avez pu croire que j'ai changé d'avis à un quelconque moment, ce n'est pas moi qui ai failli vous tuer pendant un duel !

- Une simple petite cicatrice, une plaisanterie… Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi vous ne l'effacez pas ?

- C'est parce qu'ainsi j'ai le souvenir de votre parfaite propension à exagérer chacun de vos actes à mon égard ! Martela-t-elle

- Vous trouvez que je suis excessif envers vous, vraiment ?

- Cette conversation en est bien la preuve !

- Je m'en voudrais qu'on puisse croire que vous m'inspirez de tels sentiments.

- C'est donc que vous n'en éprouvez pas et cela règle définitivement la question.

- Je n'aurai pas pu mieux dire. Aucun sentiment !

- Nous voilà enfin d'accord ! Puis-je partir maintenant, je ne voudrais pas que ma présence vous indispose plus que nécessaire.

- Je ne vous retiens pas.

- Vous êtes insupportable ! Une goule est plus fréquentable que vous !

- Trêve d'amabilité, vous alliez partir, il me semble.

- Oh… Sur le champ, j'ai besoin d'air, on respire vraiment mal dans vos cachots !

« Quelle impudence ! Lui dire comment traiter ces petits cornichons d'élèves et lui reprocher de ne pas lui avoir écrit pour Noël ! Mais que croyait-elle ? Qu'il se pâmait d'amour pour elle et qu'il allait lui courir après comme un adolescent ? Et garder cette stupide cicatrice, que les femmes étaient donc rancunières et étroites d'esprit ! Il avait finalement eu raison d'en rester éloigné jusque là… »

Les pensées de Severus à la conclusion de cette dernière conversation étaient désespérément amères… et faussées.

Plein de rancœur, agacé par le comportement de la jeune femme qui avait pourtant, il y a quelques mois, éveillé en lui un certain désir, il était incapable d'analyser rationnellement la situation.

Lui, pourtant si froid et détaché dans l'analyse courante des actions d'autrui, perdait régulièrement son calme légendaire face à cette femme.

Chacune de leurs confrontations finissait invariablement par le mettre dans une fureur, qu'il parvenait difficilement à contrôler et l'amenait à être de plus en plus cinglant envers Elena.

Les dernières tentatives de la jeune femme avaient été un échec complet. Elle se rendait compte, après coup, que pousser Severus dans ses retranchements n'avait pas été l'idée la plus lumineuse. Le fiasco de leur dernier face-à-face avait pourtant été révélateur.

Rogue avait été très clair, il ne ressentait rien pour elle.

Arpentant sans but précis les couloirs froids de Poudlard, Elena fut saisie d'une douleur aux souvenirs de leurs baisers échangés, un manque, qu'elle aurait bien du mal à oublier. Quel gâchis ! Quelle idiote d'avoir pensé que Severus était capable d'un quelconque sentiment positif !

Et dire qu'il lui faudrait côtoyer encore de long mois, le professeur de potions. La fin d'année allait être interminable…