Le Samedi arriva, permettant aux élèves les plus âgés et à certains professeurs de profiter des rues et des boutiques de Pré-au- Lard. Comme à chaque fois le magasin de douceurs Honeydukes avait été dévalisé, au plus grand bonheur de ses propriétaires, les Flume.

Fuyant le château et l'agitation du village, Elena se réfugia dans le pub le plus confidentiel du village. Située loin de la rue principale, l'auberge "La Tête de Sanglier" était l'endroit le moins fréquenté de Pré-au-Lard. L'enseigne en bois, suspendue au-dessus l'entrée, était une tête tranchée d'un sanglier posée sur un linge blanc taché de sang.

L'atmosphère de ses lieux s'harmonisait singulièrement à son humeur du jour.

Au regard morne du patron des lieux à son entrée, elle sut qu'elle ne serait pas dérangée. Le rendez-vous qu'elle avait programmé ne se serait pas accommodé d'un endroit moins discret.

Morrigane avait fini par la convaincre que cette rencontre était essentielle pour découvrir comment atteindre Sirius. Encore hésitante, elle plissa les yeux quand une très vieille femme albinos aux longs cheveux blancs, au visage creusé de rides, s'approcha d'elle. La vieille sorcière d'une taille exceptionnellement petite s'appuyait sur une canne noueuse et noire.

La description qu'en avait faite son amie l'avait heureusement préparée à cette rencontre. Elle ne pouvait cependant plus détacher son regard de celui de la femme, si singulier.

Sans un mot celle-ci se hissa sur le siège en face d'elle.

- Voulez-vous boire quelque chose ? demanda poliment Elena.

- Je ne serais pas contre un verre de vin.

La voix était grinçante, désagréable. Comme rouillée de ne pas servir assez.

Un simple geste au barman suffit. Elena put voir un éclat dans ses yeux

bleus quand il s'approcha pour les servir. Comme un avertissement.

Il lui sembla avoir déjà vu regard quelque part, sans pouvoir déterminer où.

Reportant son attention sur son invitée, elle la vit renifler avec circonspection

le breuvage, puis l'avaler d'un trait.

Un claquement de langue de satisfaction suivit.

Elena n'avait même pas porté son verre à ses lèvres que la vieille femme se resservait.

La voix éraillée s'éleva de nouveau, lugubre :

- Votre quête verra l'arrivée du Sinistros et de grands événements en découleront. Vous devez vous y préparer.Je vous ai vu seule, fiévreuse, pendant que l'énorme chien fondait sur vous. J'ai rêvé d'un loup qui hurlait sous la pluie, mais personne n'entendait son deuil.

- Le Sinistros est une légende, je ne crois pas qu'il soit annonciateur de malheurs.

- Pas seulement de malheurs, mais de la mort même, vous ne devriez pas traiter à la légère les présages. Morrigane ne vous a donc rien appris ?!

- Avoir un don de divination est une chose, faire référence aux croyances populaires en est une autre.

- Votre amie m'avait prévenue de votre scepticisme.

- Elle vous a recommandée pour vos rêves prophétiques, pas pour vos contes de vieilles femmes.

- J'ai vu que vous rencontreriez le grand chien noir, vous ne pouvez pas y échapper.

- Soit, mais en quoi cela m'est utile concernant mes affaires ?

- Le chien, c'est la clé.

- Je vais me contenter de çà. Voyez-vous autre chose ?

- Le chant du Phénix et de l'Augurey se mêleront pour vous sauver.J'ai rêvé d'un boucan si fort que ma tête allait éclater, j'ai cru entendre des cris et des pleurs. J'ai rêvé d'une fille rousse qui avait dans les cheveux des serpents aux crocs dégouttants de venin.

- Je vais finir par créer une véritable animalerie avec vos histoires ! Railla la jeune femme.

- Vous devriez monter plus de respect pour une vieille dame…

- Un autre verre ? Proposa Elena avec un sourire forcé.

- Volontiers.

- Me sauver de quoi d'ailleurs ? Je ne suis pas en danger.

- Pas pour l'instant, mais vous courez après et vous finirez par le rattraper.

- Je pensais recevoir des réponses claires à mes interrogations, vous y mettez encore plus de confusion.

- Tout s'éclaircira en temps utile, lui dit la vieille sorcière en lui prenant la main.

Sa peau était glacée, comme déjà morte. Un frisson parcourut Elena mais elle ne fit pas un geste de recul, de peur de vexer son interlocutrice.

- Vous ne devez pas avoir peur de l'ombre noire, elle

ne pourra jamais réellement vous faire de mal.

Elle sera à vos côtés très longtemps encore.

Je l'ai vu en songe, une ombre au cœur ardent et un cerf d'or.

J'ai rêvé d'un homme sans visage, sur son épaule était perché un rat. J'ai rêvé d'un lac sombre et d'une femme qui était un chat. Morte, elle dérivait, des larmes rouges au long des joues, mais, lorsque ses yeux s'ouvrirent, ah…, je me réveillai… Tout ça, je l'ai rêvé !

- Encore une énigme (ellipse) !

- Que vous finirez par résoudre (comprendre) dit la sorcière en se levant.

- Vous partez ?

- Je n'ai rien de plus à vous dire.

- Eh bien alors… Au revoir.

- Adieu !

En ramassant les verres, le barman commenta : Cela faisait une éternité que personne n'avait vu la vieille « HighHeart » ici. Curieux qu'elle ait accepté de boire avec vous…

- Curieux que vous l'ayez remarqué !

Un faible sourire étira les lèvres du barman :

- Je vois, je vais me mêler de mes affaires. Pas faute d'avoir essayé de vous prévenir.

- Je vous en remercie, mais je n'ai pas besoin de conseils !

- Qui sait ? Murmura Abelforth Dumbledore alors qu'Elena quittait la taverne.

Le soleil de fin d'après-midi accueillit la jeune femme quand elle rejoignit l'allée principale du village. Elle eut l'impression de retrouver la lumière et la chaleur perdues quelque part au milieu de la conversation avec la sorcière albinos.

Morrigane avait vraiment eu une drôle d'idée en la lui faisant rencontrer. Elle avait hâte de lui écrire pour lui raconter l'entretien, elle n'avait pas tout compris dans les prédictions de la vieille femme, son amie serait certainement plus apte à désembrouiller l'écheveau.

Cette pensée ne fit cependant pas s'éloigner la sensation de malaise qui persista jusqu'au soir.

Sensation qui fut remplacée par de la tristesse quand elle croisa Severus à la porte du château.

Le maître des potions ne lui consentit pas même un regard alors que sa cape frôlait la robe de la jeune femme.

Ecœurée, Elena ne se sentit pas la force de rejoindre ses collègues pour le dîner.

La combinaison de l'annonce de périls à venir et le mépris de Rogue avait réussi à entamer son éternel optimisme.

Elle n'aspirait qu'à la solitude de ses appartements et à la compagnie de son chat.