La Saint-Valentin tombait donc, cette année là, un Dimanche. Le professeur Dumbledore avait autorisé certains des élèves, en majorité des filles d'ailleurs, à décorer la Grande Salle pour l'occasion. Ce qui avait été une manière très efficace de canaliser leur attention et leur imagination durant la semaine.

Lorsqu'Elena descendit enfin le lendemain pour le petit-déjeuner, elle était affamée.

Son appétit faillit cependant s'envoler à la vue de la décoration mise en place.

L'adjectif dégoulinant était encore trop faible. Une débauche de roses, de cœurs et d'angelots garnissaient chaque coin et recoin de la pièce.

Lorsque Dumbledore avait donnée son aval, il n'avait certainement pas pensé que les élèves y mettraient autant d'enthousiasme.

Le ballet incessant des hiboux au dessus de leurs têtes semblait ravir la majorité des enfants. Les lettres de déclarations tombaient littéralement du ciel.

Les professeurs, quand à eux faisaient semblant de ne rien voir. A part quelques crispations de mâchoires qui, selon les caractères, pouvaient tout aussi bien refléter l'amusement ou l'agacement, ils y réussissaient fort bien.

Elena n'eut d'autre choix que de traverser précautionneusement la salle en évitant les atterrissages intempestifs de certains des rapaces.

Mais à peine arrivée à sa place, elle fut assaillie par un déluge de courriers, leurs couleurs acidulés ne laissaient aucun doute sur leurs contenus…

Elle aurait pu agir comme les autres et faire comme si de rien était. Mais, en relevant la tête, elle croisa le regard rieur de Dumbledore. Elle y répondit par un froncement de sourcils. Il était bien le seul à trouver tout cela à son goût. La jeune femme avait pour la énième fois la preuve de l'humour parfois limite de son Directeur.

Ce jour là, cependant, elle savait ne pas avoir la patience de le supporter. Attrapant au vol quelques toasts et une orange, elle s'éclipsa par la porte située derrière la table des professeurs.

Laissant, derrière elle, le courrier s'amonceler et un Dumbledore surpris de sa réaction. La jeune femme ne l'avait, jusque là, jamais désapprouvé.

Il soupçonnait qu'il y avait plus, derrière cette sortie précipitée, qu'un simple désaccord sur les festivités du jour.

La jeune femme semblait préoccupée depuis déjà quelques temps, une conversation s'imposait.

Alors qu'Elena avait trouvé refuge sur un banc, derrière un massif de bosquet du parc, elle vit sans surprise Dumbledore apparaître et s'asseoir à ses côtés.

- Je ne vous dérange pas ?

- Il est trop tard pour le demander.

- Aurais-je fait quelque chose qui ne vous convienne pas ?

Elena poussa un long soupir :

- Désolée, ce n'est pas vous. C'est cette journée.

- Il fait pourtant un temps magnifique pour un mois de Février.

- Je parle de la Saint-Valentin !

- Ah oui, bien sûr…J'ai pris la liberté de rassembler votre courrier lui dit-il en lui tendant un paquet.

Un sourire crispé s'étira sur les lèvres de la jeune femme :

- Cette situation vous amuse ?

- Je trouve plutôt flatteur pour vous d'en avoir reçu autant…

- Des lettres d'adolescents ! Pfff…

- Ce ne sont donc pas ces lettres qui vous ennuient, mais l'absence des autres. Ou plus surement d'une seule, précisa-t-il.

- Vous êtes perspicace, comme toujours.

- Disons qu'il m'est certainement arrivé d'en passer par là également.

- Vraiment ? Un amour contrarié ? demanda Elena, curieuse.

- Parfois l'objet de nos pensées est justement celui qui ne pense pas à nous.

- Et votre histoire s'est-elle bien terminée ?

- De la meilleure façon qu'il soit pour nous deux.

- Vous n'avez jamais été marié n'est-ce-pas ?

- Effectivement.

- Alors cela ne s'est pas si bien terminé…affirma-t-elle.

- Comme je le disais, de la meilleure façon…

- Il me reste bien des choses à découvrir, reprit la jeune femme, pensive.

- Sur moi ? Vous me flattez.

Elena esquissa un sourire :

- Sur la vie en général.

- Privilège de la jeunesse…

- Vous ne découvrez donc plus rien sur la vie ?

- En passant sur le fait que cela sous-entend que je ne suis plus jeune, je vous répondrais que mes élèves sont une source constante d'étonnement.

- Comme aujourd'hui ?

- Ah oui, la décoration ? Incroyable n'est-ce-pas ? Il aurait été difficile de faire plus…

- Rose ?

Cette fois le sourire fut partagé.

- Demain, tout sera revenu à la normal, la rassura-t-il.

- Si tant est qu'une journée puisse être normale à Poudlard.

- Ne vous l'avais-je pas promis ? dit Dumbledore sur un ton guilleret.

- Si fait, cela dépasse mes espérances !

- Puis-je en profiter pour savoir où en est votre enquête ? Reprit-il, plus sérieux.

- Au point mort, plus aucune attaque, comme vous l'avez constaté, mais ce n'est pas grâce à moi.

- J'ai bien peur que cela ne se termine pas aussi facilement.

- Je ne puis malheureusement qu'être d'accord avec vous, j'espère simplement qu'Harry ne fera rien d'inconsidéré.

- Mis à part utiliser du Polynectar, vous voulez dire ? S'amusa-t-il.

- Vous êtes aussi au courant de cela !

- La fourrure de Miss Granger était difficilement dissimulable.

- Petite erreur de manipulation, cela n'enlève rien à son talent, affirma Elena.

- Severus serait très fier d'elle s'il savait.

- Il vaut mieux pour ces jeunes Gryffondors qu'il ne le découvre jamais.

- Je suis persuadé que vous saurez garder ce secret, comme d'autres…

Sur ces mots, il se leva.

- Miss Graves, dit il d'un ton interrogatif.

- Oui ?

- La journée n'est pas terminée, tout est encore possible.

- Je vois ce que vous voulez dire, mais vous vous trompez.

- Vous auriez peut-être besoin d'un peu de potion d'Amortentia.

- Je ne pense pas que faire boire un philtre d'amour, pour arriver à ses fins, soit une bonne idée.

- Je ne vous conseille pas de vous en servir, seulement de vous en procurer…

Et sur un dernier clin d'œil, il s'éclipsa.

Encore surprise par les dernières paroles de Dumbledore, Elena partit rejoindre ses appartements.

Saphir avait une nouvelle fois déserté les lieux, courant encore certainement après les souris des cachots… L'avantage est qu'elle serait au calme.

Il lui restait plusieurs copies à corriger… Et de nombreuses lettres et paquets à ouvrir !

Elle se rendit vite compte que son attention n'arrivait pas à se focaliser sur les œuvres de ses élèves.

Les paroles de Dumbledore lui revenaient sans cesse en mémoire. Qui pouvait-être la femme que Dumbledore avait aimée et perdue, Etait-il possible que ce soit sa mère, Persine ? Et pourquoi lui avoir affirmé que tout s'était terminé au mieux ?

Désireuse de stopper ce tourbillon de questions sans réponses, Elena décida de se changer les idées en ouvrant ces fameux courriers de la Saint-Valentin.

Elle fut parfois émue et souvent amusée par les poèmes ou la prose de ses élèves.

Chacune de ces missives, parfois agrémentée de dessins ou de petits cadeaux fait mains, possédait son propre charme.

Les ayant toutes parcourues, la jeune femme acheva ses découvertes par un dernier petit paquet, joliment enrubanné.

Un mot y était joint : Au cas où ! M.

Morrigane bien sûr, qui n'avait pu s'empêcher de lui envoyer une de ses potions.

Celle-là même recommandée par Dumbledore, reconnaissable immédiatement à sa belle couleur nacrée : De l'Amortentia !

Les grands esprits se liguaient définitivement pour la pousser à agir !

Mais agir comment exactement ? Pour Albus, elle n'avait pas à faire boire le philtre, juste le posséder…

C'est alors que l'étincelle jaillit dans son cerveau.

Le Directeur était décidément le plus roublard des hommes !

Restait juste un problème de taille à régler : Où donc était passé ce maudit chat ?