Une nuit froide et clairsemée d'étoile entourait le château. Elena venait de finir une interminable ronde en compagnie du professeur Trelawney. Celle-ci n'avait cessé de jacasser durant de longues minutes sur les avantages des boules de cristal.

Pour une jeune femme à l'esprit pragmatique, entendre autant d'inepties avait été une quasi torture.

C'est soulagée d'en être enfin débarrassée qu'elle arriva à ses quartiers.

Elle n'eut pas même le temps de se défaire de sa cape qu'on toqua à la porte.

Persuadée que Sibylle avait oublié de lui confier une des ses pensées, elle ouvrit vivement la porte pour l'éconduire promptement et… tomba nez-à-nez avec Rogue !

- Me permettez-vous d'entrer ?

Le ton inhabituellement doux du professeur de potions ne manqua pas de la surprendre. Perplexe, elle fit un pas de côté pour lui laisser le passage.

- Qu'est-ce-qui vous amène ? Je pensais ne plus jamais vous voir franchir cette porte.

- Ne soyez pas agressive, je ne suis pas venu pour me battre, bien au contraire.

- Ça tombe bien, je n'en ai pas la force, la soirée a été épuisante.

- Voulez-vous que j'aille chercher une potion réconfortante ?

Elena resta une fraction de seconde la bouche ouverte.

- Ce ne sera pas nécessaire, une bonne nuit de sommeil devrait suffire.

En observant plus attentivement Severus, la jeune femme le trouvait légèrement différent, comme fiévreux.

-Allez-vous me dire l'objet de votre visite où dois-je le deviner par moi-même ?

Un silence s'installa avant que Rogue ne réponde :

- J'ai réfléchi à notre dernière dispute (Je ne regrette absolument pas ce que j'ai dit mais il va falloir que je la convaincs du contraire)

La jeune femme soupira.

- Je ne souhaite pas revenir sur le sujet, cela n'apportera rien de plus, vous avez exprimé votre point de vue (Je ne sais pas où il veut en venir, mais il joue très bien la comédie)

L'air contrarié, Severus argumenta :

- Je me suis laissé emporter par mon mauvais caractère, vous n'étiez pas du tout en faute (Faut-il qu'elle soit idiote si elle gobe çà)

- J'apprécie que vous vous soyez déplacé pour me le dire (Jusqu'où va-t-il oser aller ?)

- J'aimerais que nous reprenions tout à zéro, osa-t-il. (Je vous ferai regretter votre tentative d'empoisonnement)

- Je ne suis pas sûre que cela soit possible dit-elle en lui tournant le dos. (Tu ne crois tout de même pas que je vais te faciliter la tâche)

S'avançant vers elle en prenant une mine encore plus affligée il ajouta :

- Pourtant j'avais espéré que vous feriez preuve de compréhension (Tu céderas, je te le garantie)

- Vous avez été cruel et injuste, vous m'avez fait beaucoup de peine (Là, tu vas avoir du mal à t'en sortir)

- De la tristesse peut parfois surgir le bonheur. (Très bien çà mais pas trop vite, ou je vais l'effrayer)

- Qu'entendez-vous par là ? Dit-elle en se retournant (Si ca continue dans trois heures, on y est encore…)

- J'ai peur que vous trouviez ma proposition trop cavalière. (Jouons celui qui aime bien être rassuré, ca plait toujours !)

Il s'approcha encore un peu plus d'elle et lui prit délicatement la main cherchant à capter son regard.

- Laissez-moi en juger… (Nous y voila !)

- Pensez-vous qu'il serait possible de… disons que j'aimerais… retenter l'expérience. (Juste ce qu'il fallait d'hésitation, si avec çà…)

- Vous voulez dire : Vous et moi…Tous les deux ? (Faire l'idiote)

- Oui. Qu'en pensez-vous ? (Va pas falloir que ca dure trop longtemps quand même, je vais finir par manquer de patience.)

- Je ne m'attendais pas du tout à çà. (Continue à courir, je m'amuse)

- Mais l'idée ne vous déplait pas, n'est-ce-pas ? (Prendre l'air désespéré)

- Nous sommes si différents (Il est bon pour les mimiques aussi, je dois l'avouer)

- Mais tellement complémentaires ! Je ne peux oublier nos moments d'intimité… (Petit rappel du passé, cela ne peut que faire effet)

- Je… oui, c'était bien (Ne pas le laisser gagner trop de terrain !)

- Je me souviens de votre peau sous mes caresses, de la tendresse de nos baisers… (C'est vrai que c'était agréable...)

- Nous ne sommes jamais allés bien loin (Tu avais toujours une bonne raison de casser l'ambiance)

- Comme je le regrette (Bon ça oui… effectivement)

- Pensez-vous que les choses pourraient être différente, cette fois-ci (Y a intérêt mon cher, sinon tu n'aura pas d'autre chance)

- J'en suis persuadé, je ne ferai plus les mêmes erreurs (Ce qu'il ne faut pas raconter !)

- Vous semblez si sincère (Il me prend vraiment pour une oie blanche)

- Je ne pourrais l'être plus (En fait si, mais elle est tellement exaspérante et pourtant si sensuelle en même temps…)

- Alors dans ce cas, peut-être dit-elle en plongeant ses prunelles dans celles du sorcier (Pourquoi donc doit-il être si tortueux ? Je suis tellement bien dans ses bras)

- Nous pourrions sceller notre accord par un baiser. (Quand elle me regarde comme çà, ce n'est pas seulement d'un baiser dont j'ai envie)

Semblant vaincue par l'argumentaire de Severus, Elena ferma doucement les paupières.

Le sorcier, conquérant, l'enlaça et s'empara de ses lèvres.

Aucun des deux ne sut jamais vraiment ce qui se passa à cet instant.

Leur désir si longtemps contenu et contrarié s'empara de leurs corps.

L'alchimie dont ils avaient découvert les prémices au début de leur relation fut totalement révélée.

Un gémissement surgit de la gorge de Severus en sentant le corps brûlant d'Elena se coller contre lui.

Le jeu qu'il jouait quelques minutes plus tôt éclata comme des quilles de bowling.

Sentir de nouveau la passion de la jeune femme, alors qu'elle se laissait guider vers le lit, le troublait énormément, plus qu'il n'aurait jamais cru.

Les doigts d'Elena cherchaient fiévreusement les boutons de son gilet.

Il n'était pas moins empressé à défaire la cordelette fermant sa robe dans le dos.

Chaque frôlement de ses mains sur la colonne vertébrale de la jeune femme la faisait se plaquer un peu plus contre lui.

Il s'écarta un peu d'elle pour tirer doucement sur la robe qui tomba comme une flaque de soie au pied d'Elena.

Le regard appréciateur de Severus sur la lingerie et ce qu'elle contenait encore fit sourire la jeune femme.

- Ce n'est pas équitable, vous êtes encore bien trop vêtu dit-elle d'un air coquin.

- Ce n'est pas ma faute si vous déclarez forfait face à quelques boutons.

La remarque, dite sur un ton amusé n'était toutefois pas du goût de sa partenaire. Il s'en rendit compte quand, passant la main de haut en bas sur son habit, la jeune femme fit sauter toutes les attaches d'un geste de magie sans baguette.

Elena en profita aussitôt pour passer les mains sous la chemise et caresser le torse de son amant qui oublia ainsi très vite la dégradation de ses vêtements.

La bouche d'Elena suivait minutieusement le tracé que lui montraient ses mains.

La respiration saccadée de Severus disait assez qu'il appréciait la manœuvre.

Mais il n'était pas homme à s'abandonner sans combattre.

Dans un geste digne de sa réputation de Serpentard, il réussit à faire tomber la jeune femme sur le lit.

Lorsqu'il la rejoignit, il n'y avait plus beaucoup d'étoffes pour les séparer, ce qui convenait tout à fait à Elena.

Dominant sa partenaire, il s'extasia de nouveau sur les formes pleines et féminines de celle-ci.

Sa main se posa sur la hanche de la jeune femme, remontant lentement vers son ventre. Les yeux dans les yeux, il était attentif à chaque réaction d'Elena.

Une muette approbation l'incita à poursuivre son exploration.

La peau d'Elena frémissait sous ses caresses, il pouvait maintenant sentir son cœur palpiter sous ses doigts alors qu'il emprisonnait son sein.

Un gémissement lui confirma qu'elle aimait son audace.

D'une voix faible, la jeune femme quémanda un baiser. Approchant de ses lèvres, il les effleura délicatement, intensifiant l'envie de sa compagne d'une étreinte plus intime.

Nouant une de ses jambes autour de lui, elle l'emprisonna contre elle. Ses bras autour de son cou, elle l'entraina dans un long baiser passionné.

Incapable de résister, le sorcier répondit avec ardeur à l'invitation et se laissa aller totalement sur elle, ses formes épousant exactement les courbes de son amante.

Elena pouvait sentir son désir à travers le frottement du tissu. Ses ongles s'enfoncèrent dans l'épaule de son compagnon lorsque celui-ci abandonna sa bouche pour longer la veine qui battait à son cou.

- Il va falloir prendre une décision, murmura-t-il, en descendant un peu plus bas.

- De quoi parlez-vous ? fit-elle surprise.

- Allons-nous faire disparaître le reste de ces maudits vêtements ?

Cédant à la tentation d'émettre un léger gloussement, provocante, elle répliqua : - Pour un sorcier de votre compétence, je ne comprends d'ailleurs pas que cela ne soit pas encore… !

Elle n'eut pas le temps de terminer.

La sensation de lèvres ardentes sur sa poitrine lui fit comprendre que sa lingerie s'était évanouie avant même la fin de sa phrase…

La dernière barrière matérielle venait de tomber et avec elle, leurs volontés.

Un peu plus tard dans la nuit, Elena se concentrait sur le souffre régulier de l'homme allongé à ses côtés.

Il n'était pas endormi, elle pouvait sentir l'agitation des pensées qui traversaient son cerveau.

Elle mourait d'envie de savoir ce qu'il pensait, mais n'osait utiliser son don, sachant trop bien quelles conséquences en découleraient.

La nervosité la gagnait peu à peu, ce silence suivant l'acte, paralysait ses propres réflexions.

Lequel des deux oserait briser le silence ?

- Je n'ai pas bu la potion…

- Je sais…

Attente interminable.

- Vous saviez ?

- Oui

Il se tourna vers elle, guettant son regard dans la pénombre

- Allez-vous m'expliquer ?

- Je ne suis pas certaine que cela va vous plaire.

La main de Severus se posa sur son ventre, la faisant frissonner.

- Vous continuez les cachotteries… après ce qui vient de se passer ?

- Je n'avais pas prévu que cela irait aussi loin.

Severus prit un moment pour analyser la situation, ses doigts traçaient machinalement des cercles sur le corps de la jeune femme.

- Vous regrettez ?

- Ce n'est pas ce que j'ai dit.

Elle poussa un soupir, tentant maladroitement de gagner quelques précieuses minutes pour remettre ses idées en ordre.

- Pourquoi être venu ce soir si vous n'aviez pas bu le filtre et pourquoi m'avoir joué cette comédie ?

- Les femmes et leurs éternelles questions…

- Vous esquivez.

- Pas plus que vous.

Severus s'approcha un peu plus et délaissant le corps d'Elena, caressa délicatement l'ovale de son visage.

- J'étais venu me venger.

- Avez-vous accompli votre vengeance ?

- En quelque sorte, mais comme vous je ne m'attendais pas à ce dénouement.

Et pour anticiper votre prochaine question : Non, je ne regrette pas.

- …

Elena attrapa le poignet de Rogue et portant sa paume à ses lèvres y déposa un baiser.

- Je suis un animagus.

Un rire incontrôlable s'échappa alors de la bouche de Severus. Pour Elena s'était comme une libération.

Reprenant son sérieux il demanda :

- Dans la forêt avant Noël ?

- Une façon de vous avoir une dernière fois contre moi avant de partir.

- Dans les couloirs pendant mes rondes ?

- J'avais peur pour vous, je voulais m'assurer qu'il ne vous arrivait rien.

- Tout à l'heure dans mon appartement ?

- Bien sûr, je voulais vous faire croire que j'étais prête à vous faire boire un filtre d'amour. Et surtout vous amener à venir me voir.

- Vile manipulatrice. Comment saviez-vous que je ne le boirais pas ?

- Vous êtes maître en potions, ce serait un comble que vous ne reconnaissiez pas les effluves de l'Amortentia !

- C'était risqué.

- Risque calculé, au pire, j'aurais fait tomber le verre avant.

- Hum hum…

- Vous êtes fâché ?

- Très.

- Mais… !

- Chut ! Et il lui clôt les lèvres d'un baiser.

Quelques minutes plus tard :

- Severus ?

- Oui, Elena ?

- J'aime bien quand vous êtes fâché… et que vous m'appelez par mon prénom.

- Gardez la première partie de la phrase en mémoire pour la prochaine fois.

Elle ne put s'empêcher de sourire.