Quand elle se réveilla, le lendemain matin, il était parti. A sa place encore chaude, trônait Saphir, impatient que sa maîtresse s'occupe enfin de lui.

La vie reprenait son cours, après ce qu'Elena espérait de pas être simplement une parenthèse enchantée.

Au grand regret de la jeune femme, Severus n'apparut pas au petit-déjeuner.

Cependant, alors qu'elle grignotait du bout des dents en se demandant si cela avait une quelconque signification négative, son attention fut attirée par le trio.

Harry semblait particulièrement excité et jetait de fréquents coups d'œil vers la table des enseignants, plus particulièrement vers Hagrid.

Se rendant compte que son manège avait été repéré par la professeure de DFCM, il stoppa instantanément et les trois compères ne tardèrent pas à quitter la Grande salle.

Curieuse de connaître la nature de leurs échanges, Elena décida d'aider un peu le destin. Elle restait persuadée qu'Harry lui cachait quelque chose d'important. Sans aller jusqu'à fouiller son cerveau, elle avait d'autres moyens à sa disposition pour découvrir ce qu'il voulait lui taire.

C'est pourquoi elle convoqua Peeves.

- N'aurais-tu pas oublié de me faire ton rapport dernièrement ?

La voix horripilante de l'esprit frappeur s'éleva pour lui répondre :

- Peeves n'a rien vu qui soit en rapport avec ce que vous cherchez.

- Comment peux-tu juger de ce qui peut être intéressant pour moi, je ne t'ai pas demandé de penser ! As-tu croisé Harry ces derniers jours ?

- Ce petit être agaçant ?

- C'est Saint-Mangouste qui se fout de la charité, ironisa Elena

Peeves prit un air bougon mais répondit toutefois :

- Hier, il était avec son petit pote Weasley, ils ont failli se battre avec le jeune Malefoy.

- Vraiment ? Et à quel sujet ?

L'air sournois, le fantôme essaya de tirer partie de son avantage :

- L'information vaut certainement une récompense.

Plissant les yeux, la jeune femme lui lança menaçante :

- Tu sais ce qu'il va t'en coûter si tu continues à marchander…

- Peeves ne pourra pas être éternellement sous vos ordres !

- Pour l'instant nous en sommes simplement à l'échange de bons procédés, n'use pas trop de ma patience !

La voix sifflante de rage le mauvais esprit finit par lâcher :

- Devant la salle de Sortilèges, Potter a déchiré son sac de cours, Malefoy en a profité pour essayer de lui prendre un petit livre noir…

- Et ?

- Le Gryffondor semblait beaucoup y tenir, il a usé d'un ' Expelliarmus ' pour le lui reprendre.

- Et Malefoy ne s'est pas vengé ?

- Il n'en a pas eu l'occasion, le Préfet Percy s'en est mêlé.

- Bien ! Je te rappellerai si j'ai encore besoin de toi, reste vigilant surtout.

Peeves, effectuant une révérence bâclée, disparut.

Elena, pensive répéta pour elle-même : un petit livre noir…

L'après-midi touchait à sa fin quand la jeune femme décida d'aller faire une petite visite au Garde-chasse.

S'il y avait la moindre possibilité que lui sache ce qui éveillait autant d'intérêt chez Harry, elle ne devait pas négliger cet aspect.

Alors qu'elle passait devant le Saule cogneur, une plainte lugubre s'éleva au loin, figeant même le frémissant des feuilles.

Tandis qu'Elena s'approchait de la cabane d'Hagrid, elle vit celui-ci sortir de la Forêt Interdite, tenant un animal dans ses grandes mains.

Persuadée qu'il s'agissait de nouveau d'un coq mort, elle accéléra le pas, se maudissant de ne pas avoir été assez prévoyante pour contrer une autre attaque de volatile et ainsi attraper l'héritier de Serpentard.

Ce n'est qu'arrivée à hauteur du grand homme que la jeune femme remarqua les plumes vertes de l'oiseau en question.

Il ne s'agissait pas d'un gallinacé, mais d'un Augurey.

Sa tête, déplumée, pendait tristement sur le bras d'Hagrid qui, le regard humide partagea sa peine avec Elena.

- C'est une femelle, je l'ai trouvée dans un pin, en lisière de la clairière.

Elle n'a pas du réussir à atteindre la zone de nidification, elle devait être trop affaiblie…

- Au moins elle ne sera pas mangée par les prédateurs grâce à vous, le réconforta la jeune femme en posant sa main sur son poignet.

- Oui, répondit le Garde-chasse. Puis sortant de sa poche un œuf d'une délicate teinte turquoise, il acheva : elle a tout juste eu le temps de pondre celui-là !

- Eh bien vous voilà avec une nouvelle responsabilité, vous croyez pouvoir le faire éclore ?

- C'est-à-dire que…Je pensais vous le confier…

- A moi ?

- Oui, avec ce monstre qui en a après les oiseaux, je ne crois pas que ce soit une bonne idée que je le garde ici, vous voyez

- …

La mine implorante d'Hagrid rendait impossible tout protestation.

Elena venait d'hériter d'un nouvel animal.

- Il ne me reste plus qu'à me documenter sur le sujet, en attendant je suppose qu'il faut simplement le tenir au chaud.

- J'ai tout ce qu'il faut dans ma cabane, nous allons lui faire un petit nid douillet ! Un grand sourire s'étalait sur le visage du demi-géant, soulagé.

Vaincue, la jeune femme lui emboita le pas.

Alors qu'Hagrid s'affairait dans l'unique pièce de son habitation, Elena tenant précautionneusement l'œuf, réfléchissait aux questions qu'elle voulait poser.

- Hagrid, vous avez une grande expérience des animaux magiques n'est-ce-pas ?

- J'en ai soigné beaucoup, je ne connais pas tout. Mon rêve ce serait de pouvoir élever un dragon !

- Un dragon, vraiment ? Une espèce en particulier ?

- Ils sont tous si magnifiques, je ne serais pas difficile si l'occasion se présente !

J'ai failli avoir un Norvégien à crête un jour, mais j'ai dû m'en séparer…

- Un dragon c'est un peu comme un gros serpent, vous avez déjà eu des serpents ?

Le soigneur continuait à s'agiter au fond de la salle pour trouver un panier adapté pour le futur poussin.

- Non, non, ca ne m'attire pas vraiment, et puis je ne pense pas que ce serait du goût d'Arag…, il ne termina pas sa phrase et se figea comme s'il venait d'éviter de dire une bêtise.

- De qui ?

- Rien, rien, je pensais juste qu'avoir des serpents ici, ce n'est pas possible avec tous les élèves. Dumbledore ne serait pas content.

- Hum, vous avez certainement raison, aucun animal dangereux ne devrait rester à proximité de l'école, un accident est si vite arrivé !

Le Garde-chasse se dandinait légèrement sur ses pieds, l'air gêné.

- Voilà, je crois que cela conviendra parfaitement, dit-il en lui tendant une corbeille en osier garnie de fourrures.

Ayant délicatement déposé l'œuf dans son nouveau nid, Elena fut un peu moins doucement poussée vers la sortie par le soigneur qui semblait soudain pressé de se débarrasser d'elle.

Alors qu'elle traversait le parc en direction du château, le panier contenant son nouveau compagnon sous le bras, Elena se fit la réflexion suivante, dénuée d'ailleurs de tout jugement : « Décidément tout le monde ment dans cette école ! »