Il le faut avouer, l'amour est un grand maître :
Ce qu'on ne fut jamais il nous enseigne à l'être
Et souvent de nos mœurs l'absolu changement
Devient, par ses leçons, l'ouvrage d'un moment
De la nature, en nous, il force les obstacles,
Et ses effets soudains ont de l'air des miracles. ( Molière)
- Comment un être aussi primaire a-t-il réussi à vous forcer la main ?
La moue sarcastique, que Rogue affichait depuis quelques minutes, commençait à faire bouillir les sens d'Elena.
Elle avait croisé Severus au seuil de sa porte, tapotant impatiemment du pied.
Ce n'était décidément pas le genre d'homme qu'il fallait faire attendre.
Encore aurait-il fallu qu'elle sût qu'il allait l'honorer de sa présence !
Ils étaient maintenant penchés au dessus du nid provisoire du futur Augurey.
Elena avait à la main un Manuel de soins aux créatures magiques et l'indispensable : Vie et habitat des animaux fantastiques.
Essayant de trouver par quels moyens elle pourrait mener l'éclosion à son terme, tandis que Rogue se contentait de commenter.
- Vous ne m'êtes pas d'une grande aide !
- Je surveille votre chat, c'est déjà beaucoup !
Saphir, effectivement très intéressé par ce nouvel objet introduit dans son territoire, lorgné dessus d'un air canaille.
Elena sentait poindre les complications, tout cela allait finir en omelette !
- Aucun des ouvrages ne dit comment remplacer la mère pour la couvaison… Il faut une chaleur douce, continue et surtout ne pas retourner l'œuf trop souvent. Et tout cela pendant un mois, il est donc impossible de l'amener en cours !
- Emprunter une poule à Hagrid, proposa Rogue l'air goguenard.
- Vous ne pouvez vous empêcher de vous moquer, n'est-ce-pas ?
- Avouer que la situation s'y prête…Vous voila à la recherche du meilleur moyen de couver !
Malgré la nouvelle contrainte imposée, Elena dut se ranger à l'opinion du professeur de potions. Avec un soupir las, mais le sourire aux lèvres, elle replaça les deux livres sur le manteau de la cheminée.
- Je pense qu'en sortilège de 'Flammes bleues ' conviendra tout à fait, je ne vois rien de mieux à faire…
- Maintenant que cette affaire est réglée, provisoirement du moins, nous pourrions en venir à ce qui m'amène.
Tout en parlant, il s'était approché d'elle, les yeux étincelants.
- Qu'ai-je donc encore fait ? Demanda Elena sentant poindre une nouvelle confrontation.
Le ton de Severus se fit plus sec :
- A vous de me le dire !
- J'ai toujours admiré votre façon de manipuler votre entourage, mais le fait que cela ne fonctionne pas avec moi n'a pas du vous échapper. Alors si vous en veniez directement aux faits, nous gagnerions du temps !
- Vous continuer de me cacher des choses.
- Vous êtes réellement amusant, bien sûr que je ne vous dis pas tout, et je pense que vous faites de même. Ce qui équilibre la balance. Allez-vous enfin cessez de tourner autour du chaudron ?
- Votre humeur est changeante, vous sembliez plus conciliante hier.
- En terme de revirement d'attitude, je n'ai rien à vous envier. Vous soufflez le chaud et le froid à un rythme insoutenable.
- Dumbledore est passé me voir en début de soirée…
- Et ce qu'il vous a dit vous a conduit à venir faire les cent pas devant chez moi, pour quelles raisons ?
- Il m'a suggéré de renouer une collaboration plus amicale avec vous.
- Comme c'est amusant.
- N'est-ce-pas ? Appuya le professeur de potions d'un ton suspicieux. Serait-il possible que quelqu'un lui en ai donné l'idée ?
- Si c'est le cas, cela ne vient pas de moi… Et que lui avez-vous répondu ?
- Que je ne mêlais aucun sentiment à mon travail.
- Je suis ravie de l'apprendre.
- Petite sotte, ne comprenez-vous donc pas qu'il se doute de quelque chose ?
- Je vais faire abstraction de votre charmant vocabulaire et vous poser une simple question : En quoi cela peut-il nous affecter ?
- Vous n'avez pas oublié que les relations entre professeurs sont interdites !
- Je me souviens vous avoir entendu le mentionner. Il me semble toutefois que cela relève plus d'une simple pratique que d'une règle établie. Je ne vois pas en quoi cela affecte notre professionnalisme. J'ai une autre théorie sur vos réticences, vous n'assumez pas vos actes, c'est tout ce que j'en déduis.
- Vous n'avez toujours pas compris dans quoi vous vous engagiez !
- Mais au contraire de vous, j'assume mes choix, quelques soient leurs conséquences.
- Ne me parlez pas de conséquences, j'en ai vécu de bien plus terribles que vous ne pouvez imaginer.
- Vos propos ne sont pas clairs, vous continuer à entretenir le flou.
- Et çà, cria-t-il presque, en relevant la manche gauche de sa veste. Ne voyez-vous pas que c'est la mort qui est là, tatouée sur ma peau ?
Le regard posé sur la marque en forme de serpent, incrustée dans la chair de Rogue, Elena ne sourcilla pas.
Attrapant son poignet, elle reprit d'une voie douce :
- Pensez-vous réellement que j'ai pu passer une nuit entière à vos côtés sans la voir ? Me suis-je enfuie pour autant ?
- Vous êtes une inconsciente ! Vous ne savez pas ce qu'elle représente.
- La marque des ténèbres, le signe de votre appartenance aux Mangemorts.
- Elle signifie la honte, la tromperie et le meurtre !
- Et pourtant vous êtes encore là et pas en prison ! Peut-être est-ce cela que vous devriez m'expliquer…
- Vous devriez avoir peur.
- Peur ? D'un professeur d'une des plus prestigieuses écoles de sorcellerie ? D'un homme qui a la confiance de Dumbledore ? Pourquoi devrais-je avoir peur de vous Severus, alors que je me sens si bien dans vos bras ?
Sa tête se relevant lentement en concluant par cette dernière question, elle posa doucement ses lèvres sur la bouche du professeur de potions.
Un moment interdit pas la véhémence de la jeune femme, Rogue mit quelques secondes à réaliser.
Ce fut alors un déferlement de passion.
Toute la frustration, les interdictions que s'imposait continuellement cet homme s'envolaient au doux contact de sa compagne.
Soulevant Elena, il la porta jusqu'au fauteuil, la jeune femme posant sa tête sur son épaule, de nouveau souriante.
- Vous gagnez toujours n'est-ce-pas ? Demanda-t-il dans un petit rire ironique.
- Je préfère partager mes victoires, souffla-t-elle en caressant le visage se son amant.
La lueur de colère dans les yeux du professeur de potions était maintenant remplacée par celle du désir. Ne pas y céder lui était totalement impossible.
Toute guerre intérieure a besoin de trêve et tout guerrier a besoin de repos.
Le professeur de potions avait peut-être enfin trouvé un havre de paix en Elena.
Elle n'était pas contre baisser également sa garde et se laisser aller enfin.
Se cambrant sous les caresses et les baisers de plus en plus hardis de Severus, la jeune femme s'abandonna à cette douce torture.
