Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer
Près de moi, dans un bruissement d'ailes,
Comme tombé du ciel
L'oiseau vint se poser.

Il avait les yeux couleur rubis
Et des plumes couleur de la nuit
À son front, brillant de mille feux,
L'oiseau roi couronné
Portait un diamant bleu.

De son bec, il a touché ma joue
Dans ma main, il a glissé son cou
C'est alors que je l'ai reconnu
Surgissant du passé
Il m'était revenu.

Dis l'oiseau, o dis, emmène-moi
Retournons au pays d'autrefois
Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.

Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Être faiseur de pluie
Et faire des merveilles.(Barbara)

Les jours qui suivirent amenèrent une autre surprise à la jeune femme.

Alors qu'elle commençait, avec une certaine inquiétude, à considérer la possibilité que l'œuf d'Augurey ne finirait jamais par éclore, elle fut interpellée, un soir, par le comportement étrange de son chat.

Celui-ci avait développé une fascination pour l'objet inanimé qui trônait au- dessus du manteau de la cheminée. Il ne le quittait pas des yeux depuis plusieurs semaines et en avait même délaissé ses maraudages.

Une journée agréable venait de s'achever par une conversation âpre mais passionnante avec Rogue sur les particularités des potions de métamorphoses et s'était ensuite prolongée sur le sort Homomorphus, sujets de leur prochain cours commun.

Devisant dans le parc, ils n'avaient pas vu le temps passer.

Elena avait difficilement réprimé un sourire quand Severus lui avait fait part de la disparition de certains ingrédients, nécessaires à la préparation de Polynectar, dans sa réserve personnelle.

Les soupçons du maître de potions étaient clairement dirigés vers les Gryffondors.

Elle s'était retenue de relever une nouvelle fois que ses sentiments négatifs faussaient son jugement, car pour une fois, il n'avait pas tort.

C'est donc avec un certain soulagement de ne plus avoir à cacher ses pensées, face à un Rogue plus que clairvoyant, qu'elle avait prétexté la fatigue pour regagner ses quartiers.

C'est ainsi qu'elle trouva Saphir arpentant le salon tel un lion en cage.

Un bruit, semblable au tapotement irrégulier de la pluie sur une vitre semblait être à l'origine de son comportement. Pourtant il ne pleuvait pas.

Ce n'est qu'en levant les yeux vers l'œuf qu'elle comprit.

Un minuscule bec tentait de se frayer un chemin vers la sortie.

- Bien vu, Saphir, notre nouveau colocataire essaye de quitter sa première maison !

Elle prit doucement le panier pour le poser sur la table, facilitant au chat l'examen du phénomène. Méfiant, il s'approcha pour mieux observer.

Après plusieurs minutes d'efforts, le haut de la coquille se brisa complètement. Emergea enfin la tête d'une sorte de petit vautour, ses deux yeux énormes, couleurs rubis, clignaient frénétiquement.

Tandis qu'Elena, fascinée, songeait à aider le poussin à s'extraire définitivement de son carcan, Saphir bondit sur l'oisillon encore prisonnier.

Alors qu'un cri d'horreur commençait à sortir de la bouche de la jeune femme, il fut remplacé par un rire.

Saphir avait devancé l'idée de sa maîtresse et venait, d'un coup de dent efficace, de libérer le petit Augurey.

Considérant que sa mission n'était pas terminée, il se mit à lécher consciencieusement le plumage encore humide du jeune oiseau.

Celui-ci, calé entre les pattes du chat, appréciait l'attention, ne se doutant pas un seul instant qu'il aurait pu finir en casse-croûte.

Levant les yeux au ciel devant la situation particulièrement incroyable, Elena ne put que commenter une dernière fois :

- Me voila bien, j'ai trouvé ma nounou.

Une caresse au chat, imperturbable et concentré sur sa tâche, vint clore ce magnifique évènement.

Tout aux longs des jours suivants, se développa entre l'Augurey, baptisé inévitablement Rubis, et son père d'adoption, Saphir, une complicité qui fit la joie et l'étonnement éternellement renouvelé d'Elena.

Qui pouvait encore nier que dans le monde magique, les choses les plus improbables devenaient réalité.

Alors que la douceur printanière s'installait enfin et que l'oiseau prenait en taille et en force, Elena pensait avec un peu de tristesse que l'Augurey choisirait peut-être un jour de retrouver ses congénères et de s'envoler vers d'autres cieux.

C'était sans compter sur les liens indéfectibles que créent les animaux avec leurs maîtres sorciers.

Ce n'est qu'en lisant un ouvrage 'Pourquoi je ne suis pas mort le jour où a chanté l'Augurey', que lui avait offert Dumbledore, soucieux de mettre fin à ses préoccupations, qu'elle découvrit ce dont elle avait vraiment hérité.

Ecrit par le sorcier Gulliver Pokeby, né au milieu du dix-huitième siècle et expert en oiseaux magiques, le livre détaillait l'importance de la connexion avec un Augurey ainsi que la signification de son chant.

Elena sut alors, que le phénix Irlandais, bien qu'alliant un tempérament indépendant et solitaire ne la quitterait jamais.

Observant parfois son siamois et l'Augurey, elle se disait que certaines relations existent naturellement et sans complications, malgré les caractères opposés des protagonistes.

Et que parfois aussi, ce n'était pas le cas.

Elena avait souvent du mal à supporter l'ironie latente que contenait la plupart des propos du maître des potions.

Il lui arrivait régulièrement de grincer des dents face à la mauvaise foi de celui-ci.

Bien qu'Elena se rende compte que son comportement avait évolué en sa compagnie, il ne faisait aucun effort pour paraître moins odieux aux yeux des élèves ou de certains de leurs confrères.

Sa morgue, ses paroles assassines continuaient à parfaire son horrible réputation.

Jour après jour, Elena se demandait continuellement si c'était bien le même homme qui l'enlaçait dans les profondeurs obscures des cachots.

Ce soir là, alors que perdue dans ses nombreuses réflexions, elle longeait les berges du lac, une ombre cacha pendant un court instant les derniers rayons de soleil.

Levant les yeux, elle vit fondre sur elle la masse désormais imposante de l'Augurey.

Celui-ci avait enfin pris son envol et était parti derechef retrouver sa maîtresse.

Descendant en circonvolutions pas tout à fait encore maitrisées, il atterrit lourdement sur l'épaule de la jeune femme.

D'un cri mélodique mais lugubre, caractéristique de son espèce il la salua, satisfait de son entrée.

Caressant doucement son bec crochu, elle le félicita.

- Vous voilà avec un nouvel animal à nourrir !

La voix de Severus venait de s'élever derrière elle. Comme de nombreuses fois au cours des dernières semaines, il la surprenait sans s'annoncer.

- Je pense qu'il trouvera assez facilement sa pitance par lui-même dit-elle en se retournant. La forêt interdite n'est pas loin, il saura se débrouiller.

Les serres de l'oiseau se crispèrent légèrement lorsque Rogue s'avança.

- Dois-je garder mes distances ? Reprit le maître des potions en levant un sourcil interrogateur.

- Il semble qu'il soit assez protecteur, effectivement, répondit-elle en souriant.

- J'aime à penser que je ne suis pas une menace pour vous.

- Vous m'avez pourtant assez répété que cela n'était pas prudent de vous fréquenter.

- N'ai-je pas prouvé que vous n'aviez rien à craindre de moi ?

- Dommage que votre mansuétude ne s'élargisse pas jusqu'aux autres humains.

- Un reproche ? J'étais pourtant persuadé que vous aviez compris ma façon d'être.

- La comprendre n'est pas l'accepter. Je reste toujours étonnée que vous gardiez ce masque de mépris face aux autres.

- La plupart le mérite de toute façon. L'essentiel n'est-il pas que nous nous accordions ?

- A court terme, bien sûr. Mais vous ne m'ôterez pas l'idée que la vie est plus agréable quand on entretient de bonnes relations avec son entourage.

- Les autres m'importent peu.

- C'est ce que j'avais crû remarquer. Votre ami Malefoy doit certainement avoir la même opinion que vous sur le sujet.

- Lucius gère ses intérêts à sa façon, je ne suis pas là pour le juger, je souhaite simplement prendre soin de mon filleul, si besoin est.

- Vous continuez à avantager votre maison.

- Tous les professeurs le font, mais au contraire des autres, je ne m'en cache pas ! N'avons-nous pas déjà eu cette discussion ?

- C'est possible, puis dans un soupir : vous avez raison, il ne sert à rien d'y revenir.

- Je suis ravi que vous en conveniez conclu-t-il ironiquement.

Elena se recula et imprimant une légère poussé à l'Augurey l'invita à s'envoler :

- Va chercher ton diner !

Puis, passablement énervée et sans attendre Severus elle se dirigea vers le château pour rejoindre la grande salle où le souper allait commencer.

De nouveau, une simple conversation avait failli tourner au vinaigre.

Et une nouvelle fois, c'était la jeune femme qui avait pris sur elle pour ne pas que la situation s'envenime.

Elle n'était pas bien sûr de pouvoir éternellement garder son calme, comme le disait les anciens, elle allait devoir « prendre le poney de Catogan »*

Severus la regardait s'éloigner. Il avait parlé plus sèchement qu'il ne le voulait.

Mais elle avait toujours le don de l'agacer sur certains sujets. Il était conscient qu'une relation cachée n'était pas l'idéal, mais il n'y avait pas d'autre possibilité. Et, comme à son habitude, il n'était pas prêt d'admettre que son propre comportement n'arrangeait rien.

* certains vieux sorciers et sorcières emploient l'expression « prendre le poney de Catogan » pour dire « tirer le meilleur parti d'une situation mal engagée ». Référence à HP 3