Seule dans les couloirs, elle savait que ce n'était pas prudent.
Mais ce soir elle s'était sentie incapable de supporter la présence du professeur Trelawney. Elle ne comprenait d'ailleurs pas la malchance qui la poursuivait, le hasard faisait que, bien trop souvent à son goût, ses tours de gardes tombaient en même temps que ceux de la professeure de divination.
Elle soupçonnait Severus d'avoir ensorcelé le Choixpeau magique dans ce sens !
Qui d'autre ? C'était le genre d'humour qu'il privilégiait !
Elle avait profité d'une énième jérémiade de Sibylle relatif à son état de santé pour s'en débarrasser en lui assurant qu'elle pouvait effectuer la ronde seule.
Après tout, Poudlard n'avait jamais été aussi calme.
Trelawney n'avait pas mis longtemps à se laisser convaincre.
Les portraits étaient tous assoupis, ou du moins semblaient l'être.
Elena ne savait que trop bien que rien au château n'était vraiment ce qu'il était sensé paraître.
Depuis le début de l'année, elle avait découvert maints passages secrets.
Certains permettaient de sortir de Poudlard, que ce soit vers Pré-au-Lard, en débouchant dans la confiserie Honeyduke ou vers la forêt interdite, derrière le champ de citrouilles d'Hagrid.
Il en existait également un au pied du saule cogneur. Mais cette découverte était à mettre au bénéfice de Saphir, grand chasseur de mulots et ratier à ses heures.
Plus récemment, elle avait découvert un passage vers les cuisines, un soir où absorbé par ses corrections, elle avait largement dépassé l'heure du dîner.
Ne souhaitant pas déranger les elfes de maisons, elle avait décidé d'aller se servir seule.
Mais à Poudlard, comme dans d'autres maisons, un elfe est toujours sur le pied de guerre, en attente de servir ses maîtres. Un peu mal à l'aise, elle était repartie les bras chargés de victuailles, offert plus qu'obligeamment pas le serviteur de garde.
Pour l'instant tout au moins, elle n'avait pas faim. C'était même plutôt le contraire.
Une certaine nervosité agissait sur son estomac et lui faisait regretter la dernière part de pudding avalée par gourmandise.
La fin d'année arrivait à grand pas et malgré ses efforts elle n'avait toujours pas trouvé la chambres des secrets, n'avait pas réussi à trouver un moyen sûr et discret d'approcher Sirius et pour ne rien arranger voyait sa relation avec Severus s'étioler doucement mais sûrement.
Il y a parfois des jours ou plutôt des soirs où l'on voit tout en noir… et où on se sent seul.
Le couloir du septième étage baignait dans la lumière diffuse que dispensaient les hautes fenêtres à meneaux. La lune était pleine, brillant d'une douce lueur argentée.
Elena, attentive aux moindres bruits, essayait de diriger son esprit vers des pensées plus positives.
Elle remarqua de nouveau une longue file de petites araignées, mais n'était plus étonnée depuis longtemps par leur manège.
Par acquit de conscience elle essaya toutefois de déterminer leur point de départ et fit plusieurs allers-retours d'un bout du couloir à l'autre.
Ce n'est qu'en se tournant une dernière fois vers le mur opposé aux fenêtres qu'elle découvrit, surprise, une porte qui n'était pas là quelques secondes avant !
Elle venait, sans le savoir, de déclencher l'apparition de la salle sur demande.
Après avoir posé la main sur la poignée de fer forgée, avec une légère hésitation, elle enclencha le pêne.
Grinçant sur des gonds rouillés, le panneau de bois s'ouvrit, découvrant une large salle.
Au milieu trônait un immense miroir doré, très ancien. Le même qu'elle avait vu précédemment, dans une autre pièce du château, le jour où Harry avait combattu le professeur Quirrell et Voldemort.
Sur les murs, d'immenses étagères étaient surchargées de bocaux renfermant différentes herbes.
Enfin quelques livres, traitant en particulier du pouvoir des plantes, étaient ouverts sur une table.
S'approchant du miroir, Elena put y relire l'inscription qui y était gravée et qui l'avait déjà intriguée auparavant. :
« Riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej »
En lisant à l'envers, elle put enfin comprendre :
: « Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir »
Quelque chose lui échappait. Le miroir était sensé lui montrer ce qu'elle désirait.
Et pourtant, seul son reflet, banal, était visible.
Il manquait peut-être une formule quelconque pour que les pouvoirs du miroir se révèlent ?
- 'Speculum Revelo' essaya-t-elle. Mais rien ne se passa…
Haussant légèrement les épaules tout en pensant que le miroir pouvait avoir perdu sa magie, elle se dirigea vers la table où se trouvaient les livres.
Le premier ouvrage, ouvert à la lettre « R » éveilla sa curiosité.
Elle comprit soudain ce qu'était la pièce dans laquelle elle se trouvait :
Elle existait pour donner des solutions à ses préoccupations.
La principale était ce satané serpent géant.
La page du livre traitait d'une plante capable de résister au souffle d'un Basilic.
Et cette plante était la Rue.
« L'herbe de grâce », elle venait enfin de trouver un moyen de se défendre contre la bête qui attaquait les élèves !
Tournant la tête vers les étagères, elle put confirmer cette révélation en observant, souriante, que plusieurs des bocaux contenaient cette substance.
Et en tant que professeur de DFCM, elle savait exactement comment rendre la plante le plus efficace possible !
Alors qu'elle feuilletait un second ouvrage, elle sentit une présence derrière elle.
Elle se retourna vivement, baguette à la main.
- Je ne pense pas que ce soit nécessaire pour l'instant, mais excellent réflexe, Miss Graves.
Dumbledore se tenait devant elle, souriant d'un air mi-figue mi-raisin.
- Je n'ai pas bien refermé la porte apparemment.
- Il semblerait. Bonsoir Elena.
- Bonsoir professeur, répondit-elle en baissant sa baguette.
- Je pensais avoir mieux caché ce miroir dit-il en se retournant vers l'objet. Une nouvelle fois j'ai sous-estimé les pouvoirs du château, il semble vouloir contrarier mes plans, parfois.
- Vous parlez de Poudlard comme d'une entité vivante…
- C'est exactement ce qu'il est, vivant. Il pense, il réfléchit et il agit. Cette pièce n'en est-elle pas un exemple criant.
- Peut-être, admit Elena. En tout cas elle est bien utile ! J'y ai trouvé des indications intéressantes. Ces livres sont parfaits.
- Et le miroir ?
- Bah, je ne sais pas, il ne fonctionne pas.
Elena crut percevoir sur le visage du Directeur un air étonné, rapidement maîtrisé.
Se reculant, il repassa devant le miroir et se figea. Pour la seconde fois, la jeune femme perçut une certaine incrédulité dans les traits de Dumbledore.
- Il ne fonctionne pas, répéta-t-il lentement.
L'ayant rejoint, Elena admira de nouveau son reflet, ainsi que celui du vieux sorcier.
- Comme vous pouvez le constater par vous-même !
- Savez-vous ce qu'est cet objet Miss Graves ?
- J'ai cru comprendre qu'il montre ce que désirons au plus profond de notre cœur, enfin, c'est ce qu'il faisait sans doute avant de tomber en panne…
- Tomber en panne ? Curieuse expression.
- C'est moldu, je voulais dire : perdre ses pouvoirs.
- Il y a juste un petit problème…
- Que voulez-vous dire ?
- Le charme n'est pas rompu, le miroir fonctionne avec moi.
Elena voyait le regard soucieux de Dumbledore dirigé vers elle, essayant d'évaluer l'ampleur du phénomène.
- Est-ce que cela est déjà arrivé ?
- Pas à ma connaissance.
- Et qu'est-ce que cela signifie ?
- C'est à vous de me le dire.
- Je n'en ai aucune idée. Peut-être que tous mes désirs se sont déjà réalisés.
- Vous n'êtes pas convaincue par vos propres paroles. L'être humain a toujours un désir enfoui.
- Quel est le vôtre ? Osa Elena, pourtant persuadée de ne pas recevoir de réponse.
- Une immense bibliothèque pour entreposer tous les livres que l'on m'offre.
- Je suis bien sûre de ne pas désirer ce genre de choses, dit-elle en riant. Nous pouvons donc peut-être considérer que je suis la personne la plus heureuse du monde.
- C'est possible après tout, admit-il.
- Cessons de nous torturer l'esprit.
- Oui, il est temps de prendre un peu de repos. Bonne nuit Elena.
- Bonne nuit professeur Dumbledore.
Et elle quitta la pièce en emportant un bocal de Rue.
Le Directeur resta derrière elle, méditatif.
Il était persuadé d'avoir convenablement caché le miroir et ne comprenait pas qu'il soit apparu à Elena dans la salle va-et-vient.
Encore une énigme à mettre sur le compte de cette étonnante jeune femme.
Mais était-ce bien un mystère pour lui, il commençait à entrevoir la solution…
Elena, malgré ses dénégations, l'avait quand à elle déjà trouvée.
Son désir le plus profond était de trouver son père, mais ne connaissant pas son visage, elle ne pouvait le voir dans le miroir.
C'est ce qui perturbait les pouvoirs de l'objet magique.
Comment aurait-il pu montrer ce qui n'existait pas !
