Avec le départ de Dumbledore, la situation pouvait difficilement être pire pensait la jeune femme.

Elle était repartie de la cabane en suivant le même chemin.

Il lui semblait inutile de faire savoir aux enfants qu'elle était au courant de leur petit manège.

Les derniers mots de Dumbledore concernant l'aide qui serait toujours apportée à ceux qui en aurait besoin malgré son absence la rassurait un peu.

Toutefois pas assez pour dévoiler ses atouts.

Elle ne savait pas exactement où en étaient les garçons de leurs recherches, mais elle savait que l'attaque sur Hermione n'était pas un hasard.

La gamine était très intelligente. Lorsqu'Elena avait arpenté les couloirs de Poudlard après son agression, elle s'était rendue en premier lieu à la bibliothèque.

Elle n'avait eu aucun mal à trouver le dernier livre consulté par la jeune fille. Un simple 'Revelo' lui avait fait comprendre qu'Hermione avait découvert l'identité du monstre. Il ne faudrait guère de temps pour que les deux garçons identifient également le Basilic.

Et qu'ils se mettent réellement à sa recherche...

Il était inutile de compter sur le bon sens d'un Gryffondor, L'absence forcée d'Hermione enlevait le peu de prudence existant dans le trio ! Ou duo, en l'occurrence.

Arrivée au château, elle buta sur un autre problème : Severus !

- Vous êtes déjà au courant je suppose ? Dit-elle en le croisant dans le hall.

- Albus vient de m'envoyer un hibou express.

- MacGonagall va certainement assurer l'intérim. Il reste plus que jamais d'actualité d'assurer la sécurité des élèves. Votre ami Malefoy a, de nouveau, fait des siennes !

- Dois-je vous rappeler que le conseil entier a voté la suspension de Dumbledore ?

- Je ne connais pas leurs motivations… ou leurs peurs, mais vous ne pouvez tout de même pas cautionner les manipulations du père de Draco !

- Les sorciers faibles n'ont rien à faire à des postes à responsabilités.

Si vous les pensez aussi influençables, peut être devriez vous également considérer le fait qu'Albus à un peu trop tendance à penser que tout va de soit. S'il partageait un peu plus ses informations, nous n'en serions pas là !

Il est persuadé de l'innocence d'Hagrid, mais ne nous a rien révélé qui puisse la prouver !

- Sa conviction me suffit.

- Vous êtes bien naïve, tout le monde sait que ce maudit garde-chasse à une passion pour les animaux dangereux.

- Hagrid ne ferait pas de mal à une mouche, vous vous fourvoyez !

- En attendant le résultat est là. Dumbledore est parti et nous laisse faire le boulot à sa place.

- Je ne m'inquiéterais pas plus que ça si j'étais vous, aucun de vos élèves ne risque quoi que ce soit ! Ils sont tous de sang-pur!

Et vous êtes bien le seul à n'avoir pas remarqué qu'aucun des enfants attaqués n'appartient à la maison Serpentard.

- Que voulez- vous insinuer ?

- Rien, je constate, c'est tout !

- Vous dépassez les bornes, gronda-t-il, menaçant.

- Comme toujours, il semblerait que le fait de ne pas adhérer à votre façon de penser soit considéré comme une faute.

Albus n'est apparemment pas le seul à penser que tout est acquis !

- Votre entêtement ne vous mènera à rien, laissez faire la justice.

- Elle est belle la justice ! Un innocent en prison et un Directeur remercié ! Avez-vous d'autres brillantes propositions ? Non ? Bien ! Car je m'apprête à faire exactement l'inverse de ce que vous dites et je ne voudrais pas vous offusquer en vous proposant de participer !

Les yeux brillants de colère, elle toisait Rogue, espérant presque qu'il l'empêche une nouvelle fois de passer.

Rubis n'était pas là, cette fois ci, pour la protéger, mais elle n'aurait eu aucun scrupule à faire usage de sa baguette !

Severus sentit que la situation frôlait le mode irréversible. En bon Serpentard, il décida d'éviter l'affrontement direct.

Il serait toujours temps de prouver à la demoiselle qu'elle faisait fausse route.

Malgré le respect qu'il portait au Directeur, prendre toutes les paroles d'Albus pour gallions comptants ne lui amènerait que désillusions, il était bien placé pour le savoir !

Il reprit d'une voix plus douce :

- Quoique vous décidiez de faire, soyez prudente.

Surprise par le changement d'attitude, Elena répondit cependant :

- Je vous laisse la prudence pour surveiller convenablement les élèves, quelle que soit leur maison. Il me faut pour ma part choisir une autre voie !

Et sur ses mots elle se dirigea vers le premier étage, il était temps de découvrir ce qu'Hagrid avait voulu dire concernant les araignées et pourquoi on l'accusait. Le moyen le plus rapide était d'aller le lui demander !

Elle regrettait simplement de ne plus avoir de pelage d'hiver, sa prochaine destination allait être glaciale !

- Fumseck… ? murmura-t-elle en s'introduisant dans le bureau de Dumbledore.

Un doux roucoulement lui répondit.

Elle avança jusqu'au perchoir, caché derrière un rideau dans le coin de la pièce.

- J'espérais que tu ne sois pas parti, je vais avoir besoin de ton aide.

Elle tendit la main et le Phénix posa sa tête au creux de sa paume, les yeux brillants.

- J'aurais pu demander à Rubis, mais il est encore un peu jeune et tu sauras faire preuve de plus de discrétion je pense…

Elle se mordit les lèvres et continua : - Je dois aller à Azkaban, crois-tu possible de m'y emmener, sous la forme d'animagus ?

L'oiseau sembla réfléchir à la question puis ses paupières clignèrent en signe d'assentiment.

D'un léger coup d'ailes il s'éleva vers le plafond, Elena se métamorphosa et leva le regard vers le Phénix.

Celui-ci redescendit pour l'emprisonner dans ses serres.

Une explosion, le chat se sentit aspirer dans un vortex.

Quelques minutes plus tard, c'est un minou frigorifié qui luttait sur les rochers entourant la forteresse maudite d'Azkaban pour atteindre son objectif. La lune luisait faiblement.

Les pierres, rendues glissantes par les embruns glacés de la mer du Nord, compliquaient la progression, déjà difficile.

Les griffes du félin n'étaient pas inutiles pour rester accroché aux aspérités. Le vent, irascible, semblait vouloir arracher le petit animal pour le projeter à l'eau ou contre les murs noirs de la prison.

Transi, mais volontaire, le chat se fraya un passage jusqu'au pied des remparts.

Frôlant le mur, il cherchait une ouverture dans la muraille.

Un ronronnement de satisfaction sortit de sa gorge quand il trouva un éboulis dans la construction.

Il s'aplatit pour se faufiler entre deux moellons.

Ses yeux s'adaptèrent naturellement à l'obscurité du couloir dans lequel il venait de déboucher.

Malgré l'épaisseur des murs, il faisait aussi froid à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Mais ce n'était pas le même froid, celui-ci était malsain et faisait presque regretter au félin l'hostilité naturelle de la météo.

S'ébrouant, il prit son courage à quatre pattes pour continuer à avancer.

Les cachots devaient se trouver dans les bas étages, il faudrait faire preuve de subtilité pour trouver Hagrid sans se faire repérer par les Détraqueurs.

Avant de se transformer, Elena s'était dit que sa forme animale était la meilleure option pour passer inaperçue. Le désavantage étant que, si elle avait tord, elle n'aurait pas le temps de se retransformer en sorcière pour produire un Patronus.

Elle serait morte avant, les gardiens n'étant certainement pas très tendres envers les intrus !

La première volée d'escaliers descendante ne posa pas problème, un rapide coup d'œil montra que la voie était libre.

Le chat ne put cependant pas s'empêcher de frissonner en voyant les murs humides, une atmosphère sombre et pesante suintait de partout, hérissant son poil.

En atteignant le palier suivant, l'animal vit apparaître un long couloir. Une multitude de portes closes, aux lourds battants de bois, s'y alignaient.

Le chat faisait confiance à son odorat pour trouver la cellule qui l'intéressait.

Mais des senteurs désagréables flottaient, mélanges de sueurs et de d'angoisses.

Rampant plus qu'il ne marchait, le félin faisait fi des immondices couvrant le sol et s'arrêtait à chaque porche, cherchant le parfum de bois et de feuilles si reconnaissable du garde-chasse.

Les interstices entre les planches de bois, rongés par la moiteur ambiante, lui permettaient parfois de voir des formes humaines gémissantes, allongées à même le sol.

La pitié n'était pourtant pas de mise dans ces lieux, où tant d'assassins purgeaient une peine méritée.

Mais combien d'innocents comme Hagrid n'y étaient pas retenus également… Nul ne le savait.

Ce ne fut qu'à la sixième porte que le chat trouva enfin ce qu'il était venu chercher.

Pesant de tout son poids sur le battant en chêne il réussi à créer un passage assez large pour s'introduire dans la cellule obscure. Une lumière ténue filtrait par une meurtrière.

Le chat loua Morgane que les Détraqueurs ne ferment pas les geôles à clé, considérant que leurs seules présences suffisaient à interdire toutes tentatives de fuites.

Il aurait été impossible pour elle, sous sa forme d'Animagus d'aller plus avant...

Rubeus n'avait pas remarqué sa présence.

Le géant, assis sur le rebord de sa couchette, seule commodité qui lui avait été accordée, se tenait la tête entre les mains, les bras posés sur les genoux. Un râle continu sortait de sa bouche.

Le félin s'approcha du garde chasse et s'étirant verticalement posa les deux pattes avant sur une de ses cuisses.

Puis devant le manque de réaction d'Hagrid, il y ajouta quelques griffes, le faisant sursauter.

- Mais que fais-tu là toi ? Ce n'est pas un endroit pour un animal, sauve-toi vite !

Un air de reproche sur la frimousse du chat le fit taire.

Ce n'était vraiment pas le moment que la grosse voix du prisonnier alerte les Détraqueurs ! La situation était déjà assez risquée sans cela.

Se rendant compte qu'il n'aurait de toute façon que quelques minutes de tranquillité, le chat reprit son apparence humaine.

Et c'est un Hagrid, abasourdi qui vit apparaître, devant lui, Elena.

- Serait-ce trop vous demander de faire preuve de discrétion ? Je ne tiens pas à ce que nos amis à cape noire détectent trop vite ma présence !

- Mais que faites-vous là ?! Demanda le garde-chasse.

- Je suis venue vous parler, il faut que vous me disiez pourquoi on vous soupçonne et quel est le rapport entre les attaques et les araignées.

- Je n'y suis pour rien et les araignées non plus !

- Je sais, je veux juste que vous me disiez ce que vous savez !

- Vous ne lui ferez pas de mal ?

- A qui ?

- Aragog.

-Si vous commenciez par le début, Hagrid, nous n'avons pas beaucoup de temps !

L'air un peu groggy, mais cependant confiant, le garde chasse commença son récit :

Comment adolescent, à Poudlard, il avait obtenu un œuf d'accromentule d'un voyageur de passage.

Comment il avait commencé à l'élever dans l'enceinte même du château, en le cachant dans une des pièces des cachots.

Comment la bête, ayant déjà atteint l'adolescence, avait été découverte par Tom Jedusor.

Et comment, enfin, il avait été renvoyé de Poudlard, le directeur de l'époque croyant Jedusor lorsque celui-ci avait dénoncé Hagrid et Aragog comme les responsables de la mort de Mimi.

Il n'avait eu que la chance d'avoir le soutien de Dumbledore, alors simple professeur à Poudlard, pour ne pas aller à l'orphelinat. Il était devenu, grâce à lui, l'apprenti du gardien des clefs de l'époque. Aragog s'était enfui.

- Ou est Aragog maintenant ?

- Dans la Forêt interdite, avec sa famille.

- Sa famille ? Demanda Elena quelque peu horrifiée.

- Oui j'ai eu la chance de lui trouver une femelle et ils ont fait des petits…

- Je vois, famille nombreuse je présume, ironisa-t-elle malgré les circonstances.

- La forêt est grande, ils ne dérangent personne.

- Par la barbe de Merlin, Hagrid, vous êtes incroyable !

- Je n'ai rien fait de mal, je n'ai jamais ouvert la chambre des secrets, ni à l'époque ni maintenant, s'indigna-t-il d'une voix forte

- Plus bas Hagrid ! Vous voulez ma mort ? Tenez, prenez un peu de chocolat, çà vous remettra… (Et puis la bouche pleine vous ferez moins de bruit pensa-t-elle.). Elle avait eu la bonne idée de prendre quelques chocogrenouilles sur le bureau de Dumbledore avant de partir.

Elena comprenait mieux le jeu qu'avait joué Jedusor à l'époque.

Ouvrir la chambre des secrets et faire porter le chapeau à Hagrid quand les choses risquaient de tourner à son désavantage.

Laisser une trace écrite derrière lui afin que dans d'autres temps la chambre soit ré ouverte et qu'avec elle recommencent les horreurs. Certainement ce petit livre noir.

Ne lui restait plus qu'à découvrir en quelles circonstances Potter était rentré en sa possession et pourquoi les attaques avaient repris.

Elle se refusait à penser que le jeune garçon était responsable de quoique ce soit.

Mais il fallait éclaircir ce point sans tarder.

Une soudaine sensation, désagréable, glaciale, la tira de ses réflexions.

Le regard soudain affolé du garde-chasse confirma ses soupçons.

Elle était restée trop longtemps sous sa forme humaine.

La sensibilité des gardiens d'Azkaban aux émotions avait été alertée, ils se dirigeaient vers eux. Elle pouvait le sentir au plus profond de son âme.

Sans prendre le temps de dire au revoir à Hagrid, elle reprit sa forme d'animagus et se précipita dans le couloir.

Trop tard ! Les ombres fantomatiques, tous droits sortis du pire de ses cauchemars glissaient dans sa direction.

Le chemin de la sortie était barré !

Faisant volte-face, le félin pris ses pattes à son cou et amorça un virage à angle droit pour échapper à ses poursuivants. Se faisant il n'eut d'autre choix que de descendre vers le palier inférieur.

Cette horrible prison ne semblait décidément pas avoir de fond !