Se cacher était la seule solution, les Détraqueurs, dépourvus d'yeux, ne pouvaient la voir mais ils pourraient sentir les palpitations de son cœur, même sous sa forme animale.

Se cacher et rester calme, surtout, rester calme.

Il fallait endormir leurs vigilances, elle aurait toutes les chances de pouvoir regagner la sortie après cela.

Se faufilant vers le fond du couloir qu'elle venait d'atteindre, elle passa devant une énième cellule. Aucun Détraqueur en vue, ils cherchaient certainement à l'étage au-dessus ce qui les avait intrigués.

Son instinct de chat détecta cependant une présence différente.

Quelque chose qui affolait ses capteurs sensoriels, un mélange de souvenirs et d'odeur de poils mouillés.

Il y avait quelqu'un derrière cette porte. Une personne qu'elle connaissait, comment était-ce possible ?

Et soudain elle sut : Sirius !

Elle s'était pourtant jurée, avant de venir, de ne pas chercher à le voir.

Elle avait mis de côté le plus cher de ses désirs pour se consacrer à la capture du Basilic et à la protection des élèves de Poudlard.

Mais comment pouvait-elle résister alors que les réponses à tant de questions se trouvaient certainement derrière ces quelques planches de bois ?

La prudence n'était plus de mise, n'en déplaise à Severus !

L'enjeu était bien trop important pour elle et l'occasion ne se représenterait peut-être jamais plus !

Un grognement inhumain retentit derrière la porte. Si c'était bien Sirius qui se trouvait dans cette geôle, toutes ces années passées à Azkaban n'avaient pas du arranger son esprit déjà perturbé. Après tout c'était un meurtrier !

Lorsque le félin, après une légère hésitation, s'immisça dans l'antre du criminel, une pensée particulière l'obsédait. Elle avait échappé pour l'instant au Détraqueurs pour se jeter dans la gueule du loup !

Mais ce n'était pas un loup qui l'attendait, ses yeux rouges luisant dans le noir. C'était le Sinistros !

Aucun humain n'habitait plus depuis longtemps les lieux.

Seul un gros chien noir, à l'allure décharnée mais cependant dangereuse lui faisait face.

Le chat, par réflexe, s'aplatit au sol, près à bondir pour défendre chèrement sa vie.

Le molosse découvrit des babines impressionnantes, ses dents abimées accentuaient l'impression de puissance destructrice des mâchoires.

Immobile et grondant il observait ce qui pourrait être son prochain diner.

Il semblait ricaner comme un démon.

Un flash-back vint à l'esprit du chat alors qu'il guettait les réactions du chien.

La taverne, la sorcière albinos et ces mots : «…Votre quête verra l'arrivée du Sinistros et de grands événements en découleront. Vous devez vous y préparer.Je vous ai vu seule, fiévreuse, pendant que l'énorme chien fondait sur vous… »

C'était donc ainsi que cela devait se passer. Elle ne pourrait y échapper.

A l'instant même ou cette pensée traversait son esprit, la masse énorme de la bête se jeta furieusement sur elle.

Mais elle était prête. D'un bond agile, digne de sa race, elle esquiva l'attaque en sautant au-dessus de son adversaire.

Le chien continua sa course et s'écrasa contre le mur, son énorme tête produisit un craquement sonore.

L'animal rendu fou pas son échec se retourna pour renouveler l'assaut. Il n'en eu pas l'occasion.

Le chat avait disparu, devant lui se tenait une femme aux cheveux noirs, au regard bleu et froid, l'air déterminé.

Ce n'était d'ailleurs pas simplement une femme, mais une sorcière, au vu de la baguette qu'elle brandissait fermement dans sa direction.

Son dîner venait de s'envoler !

Une idée folle tourbillonnait dans la tête d'Elena… « Le chien, c'est la clé » avait dit la vielle femme.

Et si… ?

'Hominum Revelio' lança-t-elle.

Derrière l'animal qui lui faisait face s'agrandit l'ombre de l'homme qu'elle avait bien connu autrefois. Ses doutes étaient fondés. Comme elle, Sirius était un animagus, c'était bien sa présence qu'elle avait perçu à travers la porte.

Le gros chien noir, le Sinistros, c'était Sirius Black !

- Vous pouvez arrêter de vous cacher, je sais qui vous êtes !

Dans un grondement continu le corps du chien commença à se métamorphoser. Le processus qui ne devait pas être souvent effectué paraissait presque douloureux.

Les traits crispés par la colère, le visage de Sirius apparu enfin.

Mais ce n'était plus le jeune homme fringant qu'elle avait connu.

Tout en lui criait la souffrance, physique et morale. De ses yeux aux orbites creusés, aux veines bien trop apparentes qui striaient ses mains et son cou.

Un rictus contractait ses lèvres mais il avait toujours l'usage de la parole :

- Qui êtes vous et que venez vous faire a Azkaban, dans ma cellule ? Demanda-t-il d'une voix rauque.

- Tu ne me reconnais pas Sirius ? Dit-t-elle d'une voix douce.

- La baguette avec laquelle vous me menacez m'empêche de réfléchir.

- Je vais t'aider un peu, je suis la fille de Persine.

- Elena ? Oui, c'est bien toi, tu as changé, mais c'est bien toi. C'était il y a longtemps, dans une autre vie, avant tout ce gâchis, tous ces morts…

- Que s'est-il passait Sirius, pourquoi avoir tué tous ces moldus… et ton ami Peter !

Un grognement de rage s'étouffa dans la gorge du condamné.

- Alors toi aussi tu as cru à toutes ces inepties.

- Tu as été envoyé ici !

- Sans jugement, sans preuve. Nous étions si proche Elena, tu étais comme ma petite sœur, me crois-tu vraiment capable de ces atrocités ?!

- Pourquoi tu ne t'es pas défendu ?

- Personne ne voulait m'écouter et ils m'ont enfermé ici, avec ses horribles choses qui rodent dans les couloirs, expliqua-t-il avec un frisson de dégout.

Après la mort de Lily et de James, plus rien n'a été pareil. Albus ne me faisait plus confiance, il n'a même pas voulu me confier Harry. Alors je suis allé trouver Pettigrow et j'ai voulu lui faire payer sa trahison !

- Je ne comprends pas ce que tu racontes Sirius.

- Mais c'est pourtant clair ! Le sortilège qui gardait la maison de James était un 'Fidelitas' et c'était Peter le gardien du secret. Riche idée que j'ai eue là ! Il est allé directement vendre la mèche à Voldemort qui n'a eu aucun mal à les trouver et à les abattre comme du bétail ! Pauvre James, tellement confiant il n'avait pas pris la peine de garder sa baguette à porté de main…

- Tu veux dire que c'est Pettigrow qui a trahi les Potter ?

- Oui, confirma Sirius. Peter m'a ensuite piégé, quand je l'ai coincé à Londres.

Il a fait exploser la rue entière et s'est échappé.

Et je me suis retrouvé ici, sans procès. La justice était assez expéditive à l'époque, Barty Croupton ne faisait pas dans la dentelle, surtout après les meurtres perpétrés par son propre fils.

- Je me souviens de ça, il a voulu se montrer exemplaire dans sa tâche, lever la honte qui s'était abattue sur sa famille.

- Il est allé trop loin ! Il ne cherchait plus la justice, mais des coupables !

L'écho de cette phrase, qu'elle avait elle-même prononcée, peu de temps auparavant, arracha à Elena la conviction que Sirius était sincère.

Etouffant un gémissement de pitié, elle s'avança vers lui pour le prendre dans ses bras. Il frémit sous l'embrassade.

- Je suis désolée d'avoir douté de toi, murmura Elena.

- Tu n'étais qu'une adolescente, tu n'aurais rien pu faire de toutes façons dit-il en se reculant.

- J'aurais du croire en toi !

- Cela n'aurait rien changé.

- Mais cela peut tout changer maintenant ! Il faut qu'on te fasse sortir d'ici !

- Tu rêve éveillée, jamais les Détraqueurs ne me laisseront partir.

- Je suis bien entrée !

Une lueur d'espoir s'agita au fond des yeux du prisonnier.

- Ils ne savent pas que tu es là ?

- Bien sur que non, je suis entrée en tant qu'animagus.

- Tu es folle, s'ils te trouvent, tu auras droit à leur baiser, sans autre forme de procès !

- Je n'ai pas prévu qu'ils m'attrapent !

- Je ne suis pas comme toi, un chat se dissimule plus facilement qu'un chien. Je ne pourrai jamais sortir à la barbe de mes geôliers !

- Tu vas devoir me faire confiance sur ce coup là !

- Je te répète que c'est impossible, sauve toi, s'ils ne t'ont pas encore repérée c'est que nos pensées actuelles ne sont pas très joyeuses. J'ai appris à endormir leur méfiance en me métamorphosant régulièrement.

Ils pensent que mon esprit est brisé, car quand je suis un chien, mes pensées sont proches de celles d'un fou.

Mais ta présence va les attirer, ce n'est qu'une question de minutes.

- Je sais, je leur ai déjà échappé une fois à l'étage supérieur.

- Alors, il est temps pour toi de partir, ne traine pas, bientôt il sera trop tard !

- Calme-toi ! C'est toi qui va les attirer si tu continues !

Un rire étranglé agita Sirius :

- Tu n'as pas changé, tu es toujours aussi têtue !

- Plus que tu ne le penses ! Mais je crois que tu as raison, je n'arriverai pas à te sortir de cette enfer tout de suite, j'ai besoin d'un minimum de préparation.

- Tu as un plan ?

- Oui, auras-tu la patience de m'attendre quelques semaines ?

- Tout espoir est vain, je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi !

- Ne t'inquiètes pas, ce n'est pas mon intention.

Elle lui serra une dernière fois les mains, il fallait qu'elle parte.

- Je reviendrai !

- Tu es aussi folle que moi !

- C'est ce qu'on verra. A bientôt Sirius !

Se transformant de nouveau en chat, elle se faufila à l'extérieur de la cellule, non sans se retourner une dernière fois vers Black. Celui-ci avait également repris sa forme animale. Les Détraqueurs ne pourraient ainsi pas lui faire de mal, elle était rassurée.

Il ne lui restait plus qu'à sortir de là en vie.

Elle venait de faire la promesse de revenir le chercher, il n'était pas question de ne pas la tenir.

Sa conversation avec Sirius n'avait duré que quelques minutes. Juste assez longtemps pour les Détraqueurs d'inspecter l'étage supérieur, où se trouvait la cellule d'Hagrid.

En remontant l'escalier, le chat réalisa soudain que les gardiens de cet enfer, affamés, n'avaient pas abandonné leurs recherches.

En fait il en fut certain quand il tomba nez-à-nez avec l'un d'entre eux.

Ou plutôt truffe à…rien, il n'y avait rien constata-t-il, horrifié.

Là, où tout être normalement constitué possédait un visage, il n'y avait qu'un trou béant.

Jamais il n'avait vu quelque chose d'aussi monstrueux, l'aura diabolique que dégageait cette chose lui glaça les sangs.

Dans la peau d'un chat, elle se savait pourtant insignifiante.

Quantité négligeable d'émotion pour ces monstres, attirés par leur désir de déposséder chaque être humain de leurs moindres parcelles de sentiments heureux.

Risquant le tout pour le tout, le félin continua de marcher, frôlant la chose immonde dépourvue de jambes qui le survola donc.

Les pattes raides, la tête dans les épaules, il continua de remonter les escaliers vers la sortie, vers le salut, sans un regard en arrière.

La porte de la cellule du gardien des clés était ouverte. Une autre silhouette noire en barrait l'entrée.

Mais en passant devant, l'animal entendit de gros sanglots provenant du fond de la geôle.

La colère fit gronder le chat, il se sentait responsable de la présence des gardiens dans la cellule d'Hagrid.

Son petit cœur se serra de peine, ce léger instant d'émotion suffit au Détraqueur pour percevoir sa présence.

Dans un tourbillon de vapeurs obscures, la chose se retourna et s'abaissa à son niveau. Un bruit de succion sortait de l'endroit où aurait du être sa bouche. Le chat pouvait sentir la cape visqueuse et l'odeur de pourriture qui l'enveloppaient inéluctablement.

Serait-ce la fin ?

Allait-elle mourir là, sous sa forme d'animagus ?

Un miaulement profond sortit de sa gorge, comme un appel au secours.

Et l'aide vint.

Une boule de feu déboula dans le couloir, projetant une chaleur bienfaisante en repoussant l'ombre noire.

Fumseck ! C'était le Phénix de Dumbledore, inquiet de ne pas voir le chat ressortir de la forteresse et entendant son feulement qui venait à la rescousse !

Il agrippa le félin entre ses serres et dans une explosion sonore les fit tous deux disparaître.