Ce ne fût que revenue au Château, dans le confort douillet de son salon, qu'Elena réalisa à quel point elle avait eu de la chance.

Son plan brillant de dissimulation en Animagus avait été à deux doigts (ou deux griffes) de l'envoyer directement à une mort particulièrement horrible !

Sans l'intervention de Fumseck, elle aurait probablement subi le « baiser » du Détraqueur.

Se promettant une plus grande prudence dans ses actions futures, elle analysa ce qu'elle venait d'apprendre.

Concernant l'innocence d'Hagrid, qui ne faisait aucun doute, subsistait tout de même un point obscur.

Son « amitié » pour l'Accromentule nommé tendrement Aragog ne lui disait absolument rien qui vaille.

En particulier quand elle repensait au dernier conseil du garde-chasse, destiné aux enfants, qui était de « suivre les araignées ».

Pas besoin d'être sorcière pour deviner que, par amitié, les garçons allaient encore se fourrer dans une situation dangereuse.

Elle ne voulait pas être celle qui annoncerait à Dumbledore que son élève préféré avait fini en bouillie pour arachnide.

Elle allait devoir surveiller minutieusement les aller-venues des deux jeunes sorciers. Et le fait qu'ils possèdent une cape d'invisibilité n'allait pas lui faciliter la tâche !

Pour Sirius, c'était déjà plus simple, du moins avait-elle déjà une idée pour s'introduire encore à Azkaban. La difficulté serait d'en ressortir vivante une deuxième fois. Elle ne pourrait prendre le risque de demander l'aide du Phénix de Dumbledore sans mettre celui-ci dans la confidence.

Elle doutait fortement que le Directeur accepte, sans sourciller, le fait qu'elle fasse échapper un meurtrier.

Même si elle était maintenant persuadée que Sirius avait bel et bien était piégé, elle aurait bien du mal à convaincre qui que ce soit d'autre !

Elena commençait à se demander comment elle avait pu, en moins d'une année, cumuler autant de problèmes.

Le whisky pur-feu qu'elle venait de se servir, tout en réfléchissant, l'aiderait peut-être à détendre un peu ses nerfs.

Elle faisait négligemment tourner les glaçons dans le verre, essayant de trouver une logique à cet enchainement d'évènements, quand une lueur verte apparue dans la cheminée.

Le visage parcheminé de Dumbledore suivit de près.

- Elena, vous êtes là ?

- Oui Professeur, que se passe-t-il ?

- Je vois que Fumseck a bien rempli son rôle, vous êtes saine et sauve ! Dit-il en souriant.

- Il a été parfait. Je n'aurais rien pu faire sans lui.

- Verriez-vous un inconvénient à me rejoindre ? Nous serions plus au calme pour parler. Je ne tiens pas à ce que le ministère sache que j'ai encore mes entrées à Poudlard. De plus mes genoux n'apprécient pas particulièrement la position nécessaire à une conversation par poudre de cheminette !

- Donnez-moi l'adresse, le temps de me rafraîchir et j'arrive.

- Maison de la famille Dumbledore. Godric's Hollow. A tout de suite !

Et son visage disparut de l'âtre.

Elena resta quelques secondes à se demander ce que pouvait bien lui vouloir le Directeur. Puis se décidant enfin elle se tourna vers Saphir qui était resté calmement à ses côtés.

- Il va falloir que tu m'aides sur ce coup là ! Je vais essayer de ne pas être absente trop longtemps, mais on ne sait jamais.

Tu vas surveiller Harry, je crois que tu as déjà fait ami-ami avec le chat de Parvati, cela te facilitera l'entrée dans la Tour Gryffondor.

Si jamais il se passe quoi que ce soit, tu as l'autorisation de te servir de tes griffes pour l'empêcher de sortir !

Avec un petit sourire contraint, elle se pencha vers le chat, qui l'observait avec attention.

- J'espère pour lui que tu n'auras pas à en arriver là…

Il lui sembla que le félin lui souriait en retour, puis il sortit pour accomplir sa mission.

La journée n'était pas finie ! Après s'être changée et avoir bu une potion réconfortante, Elena était prête à rejoindre Dumbledore.

Jetant une poignée de poudre de cheminette dans la cheminée, elle énonça distinctement l'adresse donnée par le Directeur.

Elle se sentit aspirer dans le conduit, son corps tournoyant au rythme des changements de direction. Essayant de garder les yeux ouverts, elle vit défiler plusieurs foyers avant d'atteindre finalement sa destination finale.

Un peu désorientée, elle rétablit son équilibre tout en époussetant sa robe.

Cette façon de voyager n'était décidément pas sa préférée, trop salissante à son goût !

La pièce dans laquelle elle avait atterri était une bibliothèque et malgré ce que lui avait dit Dumbledore devant le miroir du Rised, il était évident qu'il n'avait pas besoin de rayonnages supplémentaires !

De hauts candélabres dorés illuminaient le lieu, faisant danser les ombres.

Une porte s'ouvrit, laissant passer le propriétaire des lieux

- Bienvenue Miss Graves, je suis désolé de devoir vous accueillir à une heure aussi tardive.

- Je crois que de toute façon je n'aurai pas pu dormir…

- Je suppose que vous n'avez même pas pris le temps de manger quelque chose.

- Les prisons et en particulier Azkaban ont tendance à me couper un peu l'appétit.

- Vous prendrez bien une part de tarte à la framboise, elle est excellente…

- Pourquoi pas après tout.

Alors que le professeur Dumbledore faisait apparaître la tarte en question ainsi que du thé pour l'accompagner, Elena continuait à se demander à quoi rimait cette convocation en plein milieu de la nuit.

Elle n'était pas au bout de ses surprises.

L'entremets était effectivement succulent.

Dumbledore observait la jeune femme en sirotant tranquillement son thé.

- Avez-vous réussi à rassembler de nouveaux éléments intéressants durant votre passage à Azkaban ? Demanda-t-il.

- Quelques-uns effectivement, répondit calmement Elena essayant de ne pas faire remonter de sa mémoire sa rencontre avec Sirius.

Elle était intimement persuadée que Dumbledore était également Legilimens.

Mais je suppose que vous êtes déjà informé de l'amitié particulière que partage Hagrid avec…

- …l'accromentule Aragog. Oui, en effet, je le sais depuis les petits ennuis qu'il a eus durant sa scolarité à Poudlard.

- Petits ennuis, c'est comme cela que vous définissez un renvoi ? Il aurait été plus simple de m'expliquer vous-même cette partie de l'histoire !

- Il y a parfois des choses qu'il faut découvrir seul…

- Apprentissage par l'expérience, je connais ! Puis-je vous faire remarquer que je ne suis pas une de vos élèves et que nous sommes à la recherche d'un monstre qui opère dans l'école.

- J'espère que vous ne pensez pas que je mets sciemment la vie de mes élèves en danger.

- Apprentissage par l'expérience… répéta Elena.

- L'école est bien protégée, rien d'irréversible n'est arrivé.

- Mais vous n'êtes plus à Poudlard désormais !

- Plus physiquement je vous l'accorde, mais croyez bien que j'ai bien plus de ressources que ne le pense le Ministère.

- Je n'en doute pas. L'accromentule n'est pas la bête que nous recherchons, mais cela n'empêche qu'Hagrid a lancé Potter sur cette piste avec ces dernières paroles. Il existe un risque que le garçon se fourre dans un autre guêpier.

- Je pense que vous avez déjà pris vos précautions.

- C'est exact, mais aucun plan n'est infaillible. Je ne comprends pas que vous me fassiez encore confiance. J'ai pourtant lamentablement échoué à m'opposer aux attaques du Basilic.

- Ce n'est qu'une question de temps.

- Je ne comprends pas d'où vous vient cette assurance !

- En es-tu sûr Elena ? demanda-t-il doucement en plongeant son regard dans celui de la jeune femme.

La brusque utilisation de son prénom, allié au tutoiement, figea instantanément la sorcière.

- Où voulez-vous en venir ?

- Il serait peut-être temps que nous soyons tout à fait honnêtes l'un envers l'autre…

Elle avait eut raison d'avoir des doutes concernant l'invitation de Dumbledore. Son cœur battait à tout rompre alors qu'elle observait le Directeur, ne sachant quoi répondre.

- Tu souhaites que je commence, ce sera certainement plus facile.

Elle acquiesça faiblement.

Se renfonçant dans son siège, il posa ses coudes sur les accoudoirs du fauteuil et joignit ses longs doigts. Son regard fixait sur l'âtre.

- C'est une longue histoire, mais je me souviens de chaque moment.

Je pourrai te montrer tout cela dans une Pensine, mais il y a des événements qui ne me concernent pas seul et je ne puis les révéler.

Il y a de cela plusieurs années quand j'étais encore un jeune homme j'avais pris l'habitude de correspondre avec des sorciers de tous horizons, qui partageaient comme moi la passion de la recherche sur la magie.

J'ai lié de solides amitiés mais également engendré des rancunes tenaces de la part de ceux qui ne partageaient pas mes idées.

Certaines de ces relations ont eut des conséquences désastreuses, d'autres, au contraire connurent des issues agréables, très agréables mêmes.

Un petit sourire flottait sur ses lèvres, alors qu'il se remémorait ses souvenirs, puis il reprit :

Mon goût pour les expériences s'est atténué lorsque je suis devenu professeur de Métamorphose à Poudlard. J'approchais de la soixantaine et avais vu déjà bien des choses.

Je pense avoir été un bon professeur, mais je suis toujours resté concerné par la communauté magique, ainsi que son influence sur le monde des Moldus. C'est pourquoi j'ai accepté des postes au Magenmagot et à la Confédération internationale des sorciers.

Cela me permettait de voyager et de rencontrer régulièrement les sorciers… ou sorcières avec lesquels j'avais correspondu auparavant.

Ta mère en faisait partie. J'avais toujours apprécié ses idées. Elle avait une capacité d'analyse étonnante, un peu comme toi, précisa-t-il en souriant.

Très douée en arithmancie également, matière qui m'a toujours fait un peu défaut.

- Vous avez donc bien connu ma mère ?

- Cela ne fait aucun doute, répondit-il fermement

- Serait-ce indiscret si je vous demandais à quel point ?

- Nous avons été amants. Mais tu dois déjà t'en douter.

- ….

- Ta mère était une très belle femme, très intelligente et... très indépendante ! J'étais très pris par mon travail de professeur ainsi que mes autres activités. Il n'a jamais été question de mariage entre nous, pour différentes raisons, mais un sentiment très tendre nous liait. C'est la seule femme avec qui j'ai eu ce genre de relation.

Une expression énigmatique flottait sur son visage.

- Ma mère ne m'a jamais parlé de vous.

- Nous avions décidé de ne pas ébruiter notre relation.

- Je vous ai demandé le jour de la Saint-Valentin si vous aviez connu un amour contrarié. Vous m'avez répondu positivement. Etait-ce de Persine qu'il s'agissait ?

- S'il y a bien une femme que j'aurais pu épouser, cela aurait certainement été ta mère. Disons simplement que mes penchants n'ont jamais vraiment été du coté de la gente féminine.

- Oh… Je comprends mieux.

- Cela n'entache en aucune façon les moments que j'ai pu partager avec elle, c'était une femme merveilleuse, elle a très vite compris qu'il y avait des choses contre lequel elle ne pouvait lutter, nous sommes restés amis par la suite.

J'ai continué à correspondre avec ta mère, et nous nous somme vus assez régulièrement, malgré le fait qu'elle voyageait énormément, changeant constamment de lieu de résidence...

Toujours est-il que j'ai pris un grand plaisir à suivre ton évolution et tes progrès en magie.

Persine m'envoyait régulièrement de vos nouvelles, j'ai pu voir à quel point tu t'es mise à lui ressembler.

C'est pourquoi je n'ai pu, à l'époque, m'empêcher de prendre part à tes ASPICS.

C'est ainsi que j'ai été ton examinateur, comme tu t'en souviens sûrement.

Tu te demandais pourquoi j'avais une telle confiance en toi ? Je pense simplement qu'avant même ta venue à Poudlard, je te connaissais bien plus que tu ne pouvais imaginer.

Abasourdie, la jeune femme se remettait doucement de se déluge d'informations.

Mais la question fatidique brulait les lèvres d'Elena :

- Savez-vous qui est mon père ?

- C'est malheureusement quelque chose que je ne peux te révéler, tu te doutes bien pourquoi.

- Le serment inviolable ?

- En effet. J'ai toujours apprécié ta perspicacité. Je sais qu'une curiosité bien légitime t'a poussée à entreprendre des recherches mais je souhaiterais que tu y mettes fin, du moins temporairement.

- Mais ne m'avez-vous pas déjà révélé une partie du secret ?

- Il me semble que si c'était le cas je serais tombé raide mort à l'instant. Je me sens cependant bien vivant. L'amitié qui me liait à Persine nous a conduits à faire ce serment, c'est une chose que je ne regrette pas. Cependant si tu t'obstinais à rechercher la vérité, cela pourrait avoir des conséquences désastreuses. En mémoire de ta mère je te demande de respecter, pour un temps encore, sa volonté.

- Je n'ai apparemment guère le choix.

- Tu n'es pas obligée de me faire confiance, tu peux agir comme tu l'entends. Mais je pense te connaître assez, maintenant, pour savoir que ta décision sera la bonne.

Les idées avaient du mal à se mettre en place dans le cerveau d'Elena, Toutes les questions qu'elle se posait et en particulier celle qui devait apparemment rester sans réponse pour un temps encore indéfini, défilaient.

- Quand ?

- Je ne peux répondre, cela ne dépend pas de moi.

- De quoi alors ?

- D'évènements futurs…

La jeune femme sentait la colère montait en elle :

- Comment pouvez-vous m'imposer cela, savez-vous ce que c'est de vivre sans père ? Demanda-t-elle sourdement.

Dumbledore serrait maintenant nerveusement ses mains.

- Non je ne sais pas, bien que le mien ait été emprisonné à Azkaban alors que je n'étais qu'un adolescent.

- Vous saviez qui il était !

- Elena, je t'en prie.

La voix de Dumbledore s'était presque faite suppliante.

La jeune femme se leva brusquement.

- J'aurai préféré que vous ne me disiez rien !

- Tu aurais continué tes recherches et cela aurait pu être dangereux…

- Vous êtes un manipulateur ! Vous jouez avec les gens comme avec les pièces d'un échiquier ! Un jour cela se retournera contre vous !

- Peut-être est-ce déjà le cas, dit-il tristement. Mais je ne cherche qu'à protéger les gens qui m'entourent.

- Et si vous les laissiez décider par eux-mêmes ?!

- Tu ne sais pas ce qui est en jeu.

- Alors expliquez-moi !

- Je ne peux pas… Pas encore.

- Alors, nous n'avons plus rien à nous dire !

Nerveusement elle s'approcha de la cheminée, l'endroit était devenu suffoquant.

Alors qu'elle prenait une poignée de poudre de cheminette pour repartir au plus vite en elle entendit derrière elle le professeur Dumbledore dire un dernier mot :

- Harry… ?

De rage elle se retourna une dernière fois :

- Oh, ne vous en faites pas, je ne laisserai pas tomber votre petit protégé !

Vu comme vous utilisez les personnes autour de vous, je pense qu'il va effectivement avoir besoin de toute l'aide possible pour ne pas succomber à vos manœuvres…

La seconde d'après, elle avait disparu.

Dumbledore, les yeux dans le vague, murmura faiblement : Elle finira par comprendre et par accepter…