C'est émotionnellement épuisée qu'Elena se retrouva de nouveau dans son salon.
L'enchainement des évènements de cette journée l'avait fortement éprouvée.
Elle n'avait échappé aux sombres tourments d'Azkaban que pour tomber dans ceux encore bien plus traîtres de la pseudo-bienveillance du Directeur de Poudlard !
Comment avait-elle pu lui faire confiance ! Depuis le début il connaissait la vérité sur ses origines. Son pressentiment était vérifié…
Il l'avait fait venir à l'école pour mieux la surveiller. Et quand il avait perçu qu'elle s'approchait trop près de la vérité, il avait décidé de jouer sur la corde sensible pour l'empêcher de continuer !
Croyait-il vraiment que son allégeance suffirait à la convaincre d'abandonner ?
Il lui devait la vérité !
Les jambes tremblantes, essayant péniblement de maîtriser les vagues de colère qui traversaient son corps et son esprit, elle tomba lourdement sur le sofa. La gorge serrée, des pleurs de tristesse et de rage commençaient à couler.
Saphir n'était pas revenu, ayant certainement pris très au sérieux sa mission, il devait encore espionner le jeune Potter.
Mais l'Augurey d'Elena, Rubis, était présent. La sensibilité de l'animal, renforcée par le lien qui l'unissait à sa maitresse le fit réagir.
Etirant son cou, d'un mouvement de tête curieux il observa la jeune femme.
Ses magnifiques yeux rouges, dans lequel se reflétait le feu de la cheminée, brillaient étrangement.
Puis d'un battement d'ailes, il fut près d'elle.
Perché sur le dossier du fauteuil, il caressa de ses plumes, la joue baignée de larmes de la jeune femme. Déployant son impressionnante envergure, il l'enveloppa totalement, tendrement, dans une douce étreinte.
Entamant alors un chant suave et déchirant, il opéra sur Elena un charme propre à son espèce.
Absorbant les ondes négatives, la peine et la colère de la sorcière, il les convertit en une brume électrique qui s'échappa par la fenêtre.
Une chaleur bienfaisante arrachait peu à peu la jeune femme à ses funestes pensées.
Elena eut l'impression qu'on enlevait enfin de ses épaules une cape trop lourde à porter.
Alors que dehors naissait spontanément un orage, la jeune sorcière se sentit enfin apaisée.
L'oiseau magique l'avait délivrée de ses angoisses.
Le doux bruit de la pluie qui tombait maintenant, arrosant le parc de Poudlard, paracheva le sortilège de l'Augurey.
La magie avait fonctionné.
- Merci Rubis, dit Elena dans un soupir, en caressant les plumes soyeuses du Phénix Irlandais.
Un trémolo grave lui répondit.
- Je n'aurais pas du me mettre dans ces états. Les Détraqueurs ont certainement eu plus d'impact sur moi que je ne le pensais, mais heureusement tu étais là.
- Il faut que je dorme, dit-elle en se dirigeant vers sa chambre.
Demain, il sera temps de décider ce que je dois faire…
Et c'est alors que l'aube pointait, qu'Elena termina enfin cette journée, riche d'émotions en tout genre.
Sa tête touchait à peine l'oreiller, qu'elle s'endormit profondément. Laissant derrière elle, le temps d'un sommeil réparateur, le cauchemar des Détraqueurs et des plans machiavéliques.
Il était consternant de constater à quel point une journée banale pouvait succéder aussi facilement aux heures sombres qu'Elena avait vécues précédemment.
Pas qu'elle s'en plaignait, loin de là…
Le siamois avait, une nouvelle fois, joué son rôle de réveil matin en la piétinant consciencieusement jusqu'à sa reddition totale.
Il avait toutefois eu la délicatesse de ne la réveiller qu'en fin de matinée.
Son retour avait confirmé que rien d'important n'était arrivé du coté de la pièce commune des Gryffondors.
Pom Pom n'aurait pas à soigner des griffures sanguinolentes, du moins pas dans l'immédiat...
Attablée à côté des autres professeurs, Elena profitait de ce calme relatif pour apprécier la joie simple de déguster son déjeuner.
Observant du coin de l'œil l'endroit où se tenaient Ron et Harry, elle tentait d'évaluer le temps qu'il faudrait aux deux garçons pour suivre leur instinct Gryffondorien.
Comportement qui les jetterait inévitablement dans le confort douteux d'une gigantesque toile d'araignée.
Levant les yeux au ciel en pensant à ses futures heures de « Harry-sitting », elle maudissait toujours Dumbledore de ne pas lui avoir fait les révélations qu'elle espérait.
Mais l'intervention de l'Augurey lui avait ôté toute hargne sur le sujet.
Elle avait pris conscience, en se réveillant, que s'opposer à Dumbledore n'était pas le meilleur moyen d'arriver à ses fins.
A l'affrontement direct, elle préférait une tactique plus douce.
Elle jouerait le jeu du Directeur pour un temps encore, il lui restait l'atout précieux qu'était Sirius. Le délivrer devenait une de ses priorités.
Elle ne pouvait définitivement pas le laisser végéter dans sa cellule. Et avec un petit sourire, elle pensait qu'il lui serait forcément assez reconnaissant pour lui révéler ce qu'elle désirait savoir.
Un juste échange de bons procédés, qui frôlait certes, les méthodes Serpentards, mais après tout, elle n'appartenait toujours pas à une maison bien définie !
En parlant de Serpentard, elle se demandait où était passé son homologue.
Leurs derniers échanges n'avaient pas été des plus amicaux. Elle soupçonnait Severus de lui battre froid de nouveau, d'où son absence au déjeuner.
Elle était, pour sa part, assez encline à enterrer la hache de guerre. Certainement un des nombreux effets du charme de l'Augurey…
Qu'il était bon de se sentir d'humeur aussi positive !
En cette fin d'après-midi, alors que son cours avec les cinquièmes années s'achevait, elle pensait toujours à Severus.
Son absence commençait à lui peser. Elle décida alors de ne pas attendre le dîner pour le revoir.
De plus, connaissant son habitude pour les rancunes tenaces, elle était presque certaine qu'il n'y serait, de toute façon, pas présent.
C'est d'un pas presque enjoué qu'elle se dirigea donc vers les cachots, son cours terminé.
Bien décidée à faire amende honorable auprès du maître des potions. Elle était consciente d'avoir été un peu trop dure avec lui à leur dernière entrevue.
Alors qu'elle s'apprêtait à taper à la porte des appartements de Rogue, elle suspendit son geste.
Le battant de bois était déjà entrouvert et deux voix masculines s'échappaient clairement des appartements du professeur.
L'une était celle de Severus et l'autre, celle de Dumbledore.
- Vous ne pouvez continuer à lui cacher la vérité disait Severus, le ton définitivement désagréable.
- Je lui en ai révélé assez, nul besoin pour elle d'en savoir plus pour l'instant. De toute façon je suis lié par le Serment.
Dois-je vous rappeler qu'une partie de ce que je cache vous concerne également, nous concerne tous en fait ? Je doute qu'elle apprécie ce genre de révélation.
Le passé ne vous a-t-il pas prouvé qu'une petite erreur peut avoir des conséquences funestes ?
- Si j'avais le bonheur de pouvoir oublier, vous seriez le premier à me le rappeler, je n'en doute pas, continua Severus sur un ton ironique.
- Ne vous méprenez pas Severus, je ne suis pas là pour remuer le couteau dans la plaie, répondit Albus.
- C'est pourtant ce que vous faites…
- Nous devons protéger Harry… et Elena.
- Je la pense très capable de se protéger elle-même et ce gamin suffisant ressemble par trop à son père, il cherche constamment à se mettre en avant !
- Vous ne voyez que ce qu'il vous arrange de voir, ce jeune homme est tout, sauf égocentrique. Concernant Elena, vous ne pouvez nier que vous êtes inquiet pour elle…
- Je suis surtout persuadé qu'elle est capable de tout pour découvrir ce que vous tenez tant à lui cacher et qu'elle fera ce qu'il faut pour atteindre son but. Quitte à se mettre en danger.
- Elle a certainement eu le temps de réfléchir depuis notre dernière conversation, je suis persuadé qu'elle saura faire preuve de patience.
Le serment inviolable sera un jour sans objet. D'ici là…
- D'ici là, sans en savoir plus, je ne vous serais pas d'une grande utilité.
- Ce que je ne peux lui révéler, ne peut l'être à quiconque, même à vous mon ami.
- Ce n'est pas ce que je vous demande, je m'en voudrais d'être à l'origine de votre disparition prématurée précisa Rogue d'un ton mordant.
- Nulle existence n'est éternelle. Surtout depuis que la pierre philosophale à été détruite.
- Bien que l'idée que vous nous quittiez un jour me cause un profond désarroi, vous ne m'en voudrez pas de garder une certaine dignité en contenant mes larmes.
- Mon cher Severus, votre usage de la langue pourrait être si brillamment utilisé dans d'autres circonstances…
- Vous seul savait l'appréciez à sa juste valeur…
- Et pas Elena ?
- …
Le petit rire de Dumbledore répondit à son silence.
- Je vous laisse Severus. Veillez sur Harry… et tenez-moi informé des recherches d'Elena.
- Humpf…
Un « Pop » retentit et le silence s'installa de nouveau.
Derrière la porte, les yeux agrandis de surprise, Elena reprenait peu à peu sa respiration.
La journée n'était finalement pas aussi banale qu'elle avait bien voulu le penser !
Renonçant à voir le professeur de potions, elle s'esquiva discrètement.
Elle ne se sentait pas capable de l'affronter immédiatement.
