Severus foula du pied le journal qu'il avait rageusement jetait en travers de la pièce quelques minutes plus tôt.
A travers les carreaux des fenêtres sales, une lumière timide tentait de percer.
Le salon où il se trouvait, envahi de livres et de poussière ne ressemblait en rien à ses quartiers de l'école de Poudlard, si ordonnés.
Ici, tout transpirait la misère et la tristesse.
C'était la maison héritée des ses parents, bâtie au fond de l'impasse du tisseur, une sombre ruelle d'un quartier pauvre d'une petite ville Anglaise.
Son brusque accès de colère tendait encore ses muscles.
A vrai dire, ces derniers temps, tout le mettait en fureur. Sa vie était un véritable cauchemar !
Et maintenant cette évasion, en gros titre a la une de LA GAZETTE DU SORCIER.
La photo de son meilleur ennemi en gros plan : Sirius Black s'était échappé d'Azkaban.
L'incompétence du ministère en matière de sécurité éclatait une nouvelle fois au grand jour.
Quelque soit l'époque et le Ministre de la magie en poste, les dirigeants du monde sorcier était une bande d'incapables.
Trop préoccupés par leur propre petit confort, ils ne voyaient même plus ce qui se passait sous leur propre nez, ou bien avez trop peur de prendre des décisions qui risquaient de leur faire perdre leurs postes.
Une évasion ! Et tout cela malgré la surveillance des Détraqueurs.
L'inaction ! Il ne supportait plus l'inaction !
La fin de l'année scolaire s'était déroulée comme dans un brouillard.
Il n'avait même pas pu se réjouir de voir son philtre de mandragore fonctionner à merveille. Permettant le réveil des élèves pétrifiés par le Basilic.
Son cerveau était obscurci pas la disparition d'Elena.
Il se crispait à chaque fois qu'il entendait parler d'elle.
Élèves et professeurs s'étaient rassemblés une dernière fois dans la cour de l'école pour un hommage, devant la seul chose qui restait encore d'elle : sa baguette.
Certains avaient dit un mot, mais la plupart était resté silencieux, étouffés par leur chagrin.
Severus s'était bien gardé de rester au milieu de l'assistance. Il se trouvait en lisière de La Forêt Interdite, observant de loin la mascarade.
Oui ! Une mascarade ! Il se refusait à croire la mort de la jeune femme.
Comment aurait-elle pu mourir et en même temps être dans ses bras cette nuit là.
Face aux certitudes du Directeur et de ses collègues, il n'avait même pas essayé de lutter.
Mais il avait cherché…
Dans la chambre de la jeune femme tout était resté intact, figé.
Il n'y avait découvert que Saphir errant comme une âme en peine, mais curieusement pas de trace du Phénix n'y du quelconque passage d'un humain. Ce qui ne prouvait aucune de ses théories.
Le félin lui avait emboité le pas quand il avait quitté les appartements d'Elena.
En voyant le chat, il avait cru un instant que c'était la sorcière sous sa forme d'Animagus., mais ce n'était malheureusement pas le cas.
La fin des cours était arrivée.
Poudlard s'était vidé peu à peu, les élèves étaient repartis par l'express, les professeurs avaient transplané pour rentrer chez eux ou partir en vacances à l'étranger.
Il était revenu dans sa maison familiale et y avait emmené Saphir.
Depuis, celui-ci avait colonisé les lieux, mettant en fuite les souris.
Son regard bleu lui rappelait à chaque instant celui de la jeune sorcière. La seule femme à avoir réveillé en lui ce qu'il croyait éteint à tout jamais.
Il avait usé de tous les charmes qu'il connaissait pour obliger Elena à réapparaitre devant lui.
Se servant même du pauvre félin comme cobaye.
Après avoir subis plusieurs griffures, il avait du se rendre à l'évidence.
Soit la jeune femme était extrêmement bien cachée, protéger par des anti-sorts très efficace. Soit elle était effectivement morte et donc réellement hors d'atteintes de tout mortel.
Ainsi pendant cinq longues semaines, il s'était épuisé en pure perte.
Ses talents magiques et ses connaissances en potions n'allaient pas jusqu'à ramener les morts à la vie. Pas même à invoquer leurs âmes.
Vaincu, il tentait ce matin là de se faire une raison quand le hibou avait livré le quotidien.
Depuis, il ne décolérait pas. Ses va-et-vient sur les tapis élimés du salon faisaient l'objet d'une intense observation de la part du félin qui n'attendait qu'une chose : sa gamelle. Le régime souris avait ses limites.
De plus Severus avait eu à subir la visite de Lucius Malefoy, qui malgré son coup manqué à Poudlard et la perte d'un serviteur, pavoisait à l'envie sur le trépas de la professeure de DFCM.
Il avait même suggéré à Severus de postuler au poste pour la remplacer.
Les traits du visage indifférents mais les phalanges blanchies de crispation à force de se contenir, Severus avait été à deux doigts de jeter Malefoy dehors.
La pensé de la réaction de Dumbledore l'en avait dissuadé.
Le comportement du Directeur face à la disparition d'Elena l'avait d'ailleurs beaucoup intrigué, voir déçu. Lui si suspicieux et retords par nature avait sans sourcillé accrédité la thèse du meurtre de la jeune femme par Jedusor et l'absence corps n'avait soulevé en lui aucun doute…
C'est dans ces moments là que la lointaine promesse faite à Albus pesait de tout son joug.
Par Merlin, devrait-il jusqu'à la fin de sa vie subir les tourments liés à ses fautes passées. Ne pourrait-il jamais ressentir et exprimer librement ses pensées et ses envies !?
Après cette dernière tentative de Voldemort de revenir à la vie, il se doutait bien que ses problèmes étaient loin d'être finis. Harry Potter attirait les maléfices comme un aimant.
Et finalement, un autre point commun entre Lily et Elena, elles avaient toutes deux perdus la vie, en protégeant cette calamité !
Cette dernière pensée allait alimenter sa rage pour le reste de la journée.
Saphir, fin récepteur des ondes négatives, abandonna son poste d'observation. Mieux vaut tenir que courir, en fin de compte, une petite souris le calerait avantageusement jusqu'à ce que son nouveau maître retrouve une humeur moins morose !
