Le lendemain soir… - Il est sain et sauf ? Sirius paraissait particulièrement inquiet. Elena n'eut pas le cœur de le tourmenter. - Oui, il va bien, le Ministre l'a installé au Chaudron Baveur. - Fudge ? Que vient-il faire dans cette histoire, j'ai vu Harry partir en Magicobus ! - Il semblerait qu'être poursuivi par un assassin du nom de Sirius Black donnent droit à certains avantages. Logement au frais du ministère, par exemple. - Ils pensent que je cherche à tuer Harry ? commenta Sirius, atterré. - Je n'ai pas tout entendu, il y avait deux Langues-de-Plombs qui surveillaient la taverne. Mais Fudge craint clairement que tu te sois échappé pour finir le travail ! Harry est sous protection. L'avantage est que si nous ne pouvons pas l'approcher, Peter aura également du mal à lui nuire. - Tu oublies que ce scélérat est toujours avec Ron. Au Chemin de Traverse, Harry ne craint peut-être rien, mais à Poudlard ce sera différent ! - Chaque chose en son temps… Tu dois être bien plus prudent pour ta propre sécurité Sirius ! Ta petite escapade surprise était réellement stupide ! Et je refuse que tu te serves de Rubis ainsi ! Que cherchais-tu donc ? - Je voulais voir Harry. J'étais simplement dans une ruelle en face de la maison de son oncle quand je l'ai vu partir trainant sa grosse valise. - Son oncle l'a chassé ? - Je crois plutôt qu'il s'est enfui. - Ce gamin est un cas désespéré ! Sirius ne put s'empêcher de sourire : - Il ressemble beaucoup à James… - Et tu trouves çà amusant ?! Espérons simplement que personne ne t'a remarqué ! - Il m'a vu. - Qui ? Harry ? - Oui, enfin, il a vu un grand chien noir, ne t'inquiètes pas ! Elena leva les yeux au ciel. Black était vraiment indécrottable. - Allons-nous coucher. Demain j'irai au Chemin de Traverse pour essayer d'en savoir plus. J'en profiterai pour passer chez Ollivander. Sirius lui lança un regard suppliant, genre chien battu, mimique qu'il maîtrisait admirablement. - Et non, définitivement, non, je n'en prendrai pas une pour toi ! Tu fais déjà bien assez de dégâts sans baguette ! La taverne était noire de monde, une faune bigarrée était attablée pour le petit déjeuner. Beaucoup de commentaires fusaient sur l'évasion de Sirius. Pendant que certains vantards y allaient de leurs conseils pour l'attraper et l'empêcher de nuire, d'autre plus prudents discuter seulement de sorts de protections pour mettre à l'abri leurs familles de ce fou. Traversant la salle bondée, Elena s'installa à l'angle du zinc. De là, elle pouvait voir Harry engloutir une énorme portion de cake à la citrouille accompagné d'un chocolat chaud. En voilà au moins un qui ne se laissait pas aller. Baissant son capuchon, elle fit signe à l'homme au comptoir. Tom, le tenancier s'approcha de la jolie rousse de l'autre coté du bar. - Je vous sers quoi, ma belle dame ? - Un café, des toasts et des œufs brouillés, s'il-vous-plait. - A votre service ! Versant, avec un clin d'œil appuyé, la boisson devant Elena, il parti ensuite en cuisine pour transmettre la commande à ses elfes. La jeune sorcière loua les talents de Morrigane en matière de potions de métamorphoses. Elle avait rencontré Tom l'an dernier en venant dîner à la taverne avec Rogue. Mais à quelques centimètres d'elle, l'aubergiste ne l'avait pas reconnue. Elle avait émis quelques doutes sur la chevelure flamboyante dont l'avait doté son amie. Mais qui aurait pu reconnaître la professeure de DFCM dans cette rouquine aux yeux verts et au petit nez retroussé ? Incognito et affamée, elle attaqua joyeusement son déjeuner, un sourire de gratitude pour Tom, qui repartit à son service des étoiles dans les yeux… Dans le coin opposé de la salle, Harry lisait le journal. Sirius était une nouvelle fois en première page. Elena avait encore du mal à associer la photo du prisonnier en tenue noire et blanche, aux cheveux sales, avec l'homme qui se cachait actuellement chez Morrigane. Bien sur le visage de Sirius accusait le coup de nombreuses années de prison, mais son regard était animé d'une nouvelle flamme que la jeune femme se souvenait avoir déjà vu dans sa jeunesse. Il ne serait plus jamais le jeune homme qu'elle avait vu si souvent venir chercher du réconfort chez sa mère, alors que sa propre famille lui faisait horreur. Mais il avait de nouveau un but. Si celui-ci était de commettre un meurtre et bien que Pettigrow mérite certainement ce qui risquait de lui arriver, Elena ne doutait pas que Sirius saurait surmonter sa colère et faire les bons choix. A condition qu'elle reste dans les parages. Harry n'apprécierait certainement pas que son « parrain » devienne réellement un meurtrier. Quand à elle, instinctivement elle tentait de repousser tout ce qui pourrait l'entrainer dans une spirale sanguinaire. Elle n'avait aucune envie de se découvrir d'autres points communs avec Voldemort que des cheveux noirs et un talent plus élevé que la moyenne pour la magie. Jetant un coup d'œil a son image qui se reflétait dans le miroir qui tapissé le mur du bar, elle secoua sa nouvelle crinière. Pas si mal finalement ! Rassuré sur le futur immédiat du jeune Potter, Elena régla les dix-huit mornilles du déjeuner et quittant le Chaudron Baveur, sortit sur le Chemin de traverse. Morrigane avait besoin de nouveaux ingrédients pour pouvoir continuer à préparer la potion de métamorphoses nécessaire à Elena et surtout, elle devait acheter une nouvelle baguette. La sienne étant restée dans la Chambre des Secrets. La boutique de l'apothicaire se trouvait un peu plus loin sur sa droite. Un carillon retentit quand elle en ouvrit la porte. Elle entendit des murmures provenant du fond du magasin, le propriétaire devait être occupé avec un client. Attendant patiemment son tour, elle commença à examiner les étagères. Certains produits basiques étant en libre-service, elle remplit quelques pochons. Un bruit de pas annonça la fin des négociations d'arrière-boutique. Quand elle se retourna pour dire bonjour, les sacs lui échappèrent des mains. Sevrus Rogue, son inimitable sourire méprisant aux lèvres, se tenait en face d'elle. - Vous allez bien Miss ? Lui demanda l'apothicaire. Vous êtes très pâle… - Un simple étourdissement répondit Elena reprenant rapidement ses esprits. - Les effluves de certaines herbes peuvent parfois incommoder commenta Rogue. - Oui…c'est certainement cela… . Pour reprendre contenance Elena se baissa pour ramasser ses sachets d'ingrédients. Severus se rapprocha d'elle et se pencha également, pour l'aider. Quand il lui tendit un des pochons, leurs doigts s'effleurèrent, tétanisant une nouvelle fois la jeune sorcière qui faillit reproduire la même maladresse. Rouge de confusion, elle sentit une chaleur inonder son visage et imagina ses toutes nouvelles taches de rousseur éclater sur son visage. Se mordillant les lèvres, elle remercia hâtivement le maître des potions et recula pour reprendre sa respiration. Indifférent à son malaise, Rogue se retourna, attrapa ses achats sur le comptoir et paya le boutiquier. Quelques secondes plus tard il passait la porte, sans un regard. - Vous désirez autre chose, Miss ? Fouillant maladroitement dans ses poches, Elena en sortit la liste que lui avait préparée Morrigane. Quand elle fut enfin seule dans la boutique, l'apothicaire retournant dans la réserve pour préparer la commande, elle se morigéna sur son manque total de sang-froid. Elle aurait dû se douter qu'elle risquait de le croiser et s'y préparer. Ses achats terminés, pas très fière d'elle, elle quitta les lieux pour sa prochaine étape. Le magasin d'Ollivander était l'un des plus anciens du Chemin de Traverse, son propriétaire, le plus étrange des boutiquiers de la rue. Son regard perçant semblait capter l'âme des clients qui venaient se procurer l'instrument indissociable de tout bon sorcier : une baguette. Elena n'avait jamais eu affaire à lui, sa baguette lui ayant été léguée par sa grand-mère. Ce n'est d'ailleurs pas sans un serrement au cœur qu'elle l'avait laissait à Poudlard pour accréditer le scénario de sa mort. Les plafonds immenses de la boutique semblaient soutenus par l'empilement de milliers de boites contenant les baguettes qui attendaient leurs futurs propriétaires. Les étagères débordaient, le choix était immense et pourtant Ollivander était connu et reconnu pour ne jamais se tromper dans ses choix. Comme il le disait lui-même : « C'était la baguette qui choisissait son sorcier » - Oh, bien, une nouvelle cliente. Entrez, entrez… La voix doucereuse du vendeur de baguette attira Elena vers le coin le plus obscure de la boutique. Tel un zébulon, Ollivander surgit de derrière un amoncellement de cartons. - Voyons voir, qu'allons-nous pouvoir faire pour vous ? - Il me faudrait…. - …une baguette bien sûr ! Mais pas n'importe laquelle… Abandonnant là Elena, il disparut dans l'infinité de rayonnages. Pour réapparaitre quelques secondes plus tard …à la gauche de la jeune femme. - Celle-ci peut-être ? Il lui tendait une boite ouverte ; sur fond de satin luisait le bois de rose d'une baguette. La prenant entre ses doigts, la jeune sorcière ressentit une faible chaleur parcourir son bras. - Non ! Pas celle-ci ! Il lui arracha la baguette de la main, s'enfuyant une nouvelle fois dans les profondeurs de la boutique. Son manège se répéta un long moment. Elena n'aurait jamais cru qu'il était si difficile de choisir une baguette, ou plutôt d'être choisie par elle… De lassitude elle avait fait apparaître un tabouret. Enfin, avec un air mystérieux, Ollivander se dirigea une dernière fois vers elle. Ses longs doigts fins caressaient une boite recouverte de feutrine noire. - Ce ne peut-être que celle-ci…aussi bizarre que cela me paraisse. - Pourquoi bizarre ? - Parce que cette baguette n'est pas neuve, elle à déjà appartenu à quelqu'un. - Ma précédente baguette était à ma grand-mère ! - Ce n'est pas la même chose quand l'objet est librement donné, surtout quand cela vient de quelqu'un de sa famille… - D'où vient cette baguette ? - Elle à été volée ! Laissa-t-il tomber abruptement. - Pardon ! J'ai du mal comprendre…je ne vais certainement pas… - Touchez-la et nous en reparlerons. Hypnotisée par le regard gris d'Ollivander, Elena avança la main vers la boite et souleva le couvercle. Un malaise soudain l'effleura de nouveau. Décidemment c'était une journée riche en émotion ! Heureusement elle était toujours assise. Sur son lit de velours, la baguette semblait frémir d'impatience. Noire, zébrée d'argent, elle luisait faiblement, malveillante. Du moins était-ce l'impression que ressentait la jeune sorcière à ce moment là. Pourtant, attirée, elle la prit dans la main. La baguette réagit aussitôt, projetant de longues trainées lumineuses qui éclairèrent totalement la boutique. - La dernière fois que j'ai vu cette baguette fonctionner, elle a failli complètement incendier ma boutique. Vous la maitrisez d'une manière beaucoup plus élégante ! s'exclama Ollivander. - A qui était-elle ? Et comment a-t-elle atterri dans votre boutique alors que vous me dites qu'elle a été volée ? - Elle appartenait à Morgana…. Elle a été dérobée par des pilleurs de tombes, dans sa propre sépulture. Un étranger me la revendue sous le manteau, je n'ai jamais pu me résoudre à la remettre à son ultime propriétaire. Et je vois bien maintenant qu'il y avait une raison à cet enchainement d'événements. La baguette accepte enfin une nouvelle maîtresse. La stupeur empêchait Elena de répondre. Elle tenait dans sa main la baguette de la pire des sorcières maléfiques. Celle vaincue par Merlin en des temps reculés. Et cet objet démoniaque l'avait choisie ! - Je ne peux pas l'accepter. - Je crains que vous n'ayez guère le choix. Aucune autre baguette ne vous conviendra aussi parfaitement. Si votre niveau de magie correspond à ce que je crois, ne pas la prendre pourrait se retourner contre vous un jour… - Mais Morgana était une magicienne noire. - Mais également une grande sorcière, ce n'est pas la baguette qui fait le sorcier, elle aide juste à son accomplissement. - Elle m'obéira ? - Sans faille… si vous êtes assez forte. - Sinon ? - Je la laisserai dans votre tombe… - C'est rassurant… - Je trouve aussi, ironisa-t-il - Combien ? Demanda Elena, signant ainsi son acceptation. - Je ne veux pas de gallions, juste un service… - Vraiment, et lequel ? Abasourdie, Elena reçut une réponse à laquelle elle ne s'attendait vraiment pas. Elle partie, la baguette soigneusement rangée dans la poche de sa blouse, sans avoir dépensé une Mornille.
