-Tu ne retournes pas au Chaudron Baveur aujourd'hui ?

- Çà t'amuse, n'est-ce-pas ?

- Je ne vois pas de quoi tu parles…

Sirius suivait l'échange des deux jeunes femmes d'un œil amusé, dissimulé peu discrètement par le journal qu'il tenait à hauteur de ses yeux…

- Au contraire, depuis que je t'ai dit que Tom en pinçait pour moi, tu trouves à chaque fois une nouvelle apparence à me faire prendre. Note bien que je n'ai rien contre les vieilles sorcières, les vampires, voir mêmes les « personnes de petites tailles », pour parler poliment… mais le coup de la harpie, çà c'était vraiment de trop !

- Mais comment çà ? Tu n'aimes pas le foie cru ?

- N'exagère pas, je pourrais avoir envie de tester ma nouvelle baguette !

- Tsss Tsss, pas si neuve que cela, elle a quand même plusieurs centaines d'années…

Bien sûr, Elena, qui ne cachait (presque) rien à son amie, lui avait révélé l'origine de sa dernière acquisition, mais sans en mentionner le prix.

Comme Sirius, Morrigane avait trouvé cela assez surprenant. Mais elle n'y avait pas vu, comme Elena, le moindre signe de rapprochement avec les forces du mal, ou du moins n'en avait-elle rien dit.

La jeune sorcière se demandait de plus en plus souvent comment aborder le sujet du serment inviolable avec Sirius… Et il lui restait une immense crainte : qu'il confirme ce qu'elle soupçonnait. Mais ne valait-il pas mieux savoir que de rester dans l'incertitude ?

De plus, Black n'avait pas un caractère facile et l'attaquer de front sur la question n'était, à coup sûr, pas la meilleure façon d'obtenir une réponse. Depuis un peu plus de deux semaines qu'il vivait avec elles, il cherchait toutes les occasions de les provoquer. Surtout depuis qu'Elena avait refusé de lui procurer une baguette.

Il se montrait plus conciliant avec Morrigane et lui avait même fait un numéro de charme pour qu'elle transforme également son apparence. Espérant sans doute pouvoir ainsi approcher d'Harry ou plus certainement de Ron...et de son rat.

Morrigane n'avait pas été dupe. Elle semblait pourtant beaucoup apprécier Black, qui une fois un peu remplumé, dégageait un certain attrait. Un mélange d'homme mûr et d'éternel adolescent…,souvent boudeur.

Mais le risque était trop grand pour lui. Au contraire d'Elena que personne ne recherchait et qui avait de toute façon pris ses précautions. Sirius, lui, avait une horde de Détraqueurs à ses trousses, qui ne se laisseraient pas abuser par quelques artifices.

Ces horreurs étaient partout, y compris dans les lieux fréquentés seulement par les moldus. Rendus fous de rage par l'évasion, ils répandaient autour d'eux la froideur morbide de leurs auras. Les personnes qui les croisaient, sorciers ou moldus, voyaient ressurgir en eux leurs pires angoisses. La seule différence était que ceux sans pouvoir magique ne les voyaient pas. Les sorciers n'avaient pas cette chance.

Potter et les autres élèves de Poudlard seraient demain dans le train qui les mènerait à l'école. Au petit déjeuner, Sirius avait essayé de les convaincre une dernière fois de se rendre à King Cross pour assister au départ.

Sous sa forme d'Animagus, il pensait pouvoir échapper à tout contrôle. Les deux sorcières avaient passé une partie de la matinée à le convaincre que c'était une mauvaise idée et bien qu'il se soit rendu à leurs arguments cette fois-ci, elles savaient qu'il ne mettrait pas longtemps avant de revenir à la charge.

Il ne suffisait pourtant plus que de quelques heures pour que le plan inspiré par Elena et mis au point ensemble puisse être mis en pratique. Mais Sirius bouillonnait d'impatience.

- Vous ne m'écoutez pas Monsieur le Ministre. Poster des Détraqueurs devant les portes de Poudlard ne changera rien. Si Black à réussi à passer sous leur nez en s'enfuyant d'Azkaban. Il pourra tout aussi bien employer la même tactique pour s'introduire dans l'école.

La meilleure défense de Poudlard, c'est Poudlard elle même !

Dans son bureau, en cette veille de rentrée, Albus Dumbledore recevait pour la énième fois la visite de Cornélius Fudge. Le petit bonhomme au chapeau rond gardait la tête obstinément baissée.

- De plus cela va inutilement effrayer les enfants.

- Les Détraqueurs sont là pour les protéger.

- Vous faites une grossière erreur Cornélius, ils ne servent que leurs vils intérêts.

- Ils sont nos alliés et obéissent au ministère ! Argumenta Fudge.

-Les Détraqueurs n'obéissent à personne, vous vous en rendrez compte, espérons que cela ne sera pas trop tard… En attendant il est hors de question qu'ils franchissent l'enceinte du parc, j'y veillerai, soyez en sûr !

- Je pourrai faire appel au conseil…

- Tant qu'il y aura un directeur à Poudlard, ce n'est pas le ministère qui décidera pour l'école.

- Il arrivera un jour où…

- …et bien nous en reparlerons à ce moment là !

Furieux, mais vaincu, le ministre de la Magie jeta une poignée de poudre de cheminette dans le foyer et disparu du bureau de Dumbledore sans un adieu.

Albus resta un moment les yeux fixes, inquiet et songeur, il murmura :

- Il prend des décisions de plus en plus inconsidérées, cela finira mal.

Saphir pressentait un changement.

L'homme en noir était en train de rassembler quelques unes de ses affaires et les jetait pêle-mêle dans une grande valise. Quelques braises rougeoyaient dans l'âtre. Le feu mal alimenté ne parvenait de toute façon jamais à réchauffer cette maison, perpétuellement humide.

Heureusement, tout au long de l'été, le félin avait eu quartier libre. Et il avait profité de ses instants de liberté pour de voluptueuses siestes au soleil, sur la toiture peu pentue de son nouveau logis.

Ce sorcier était peu démonstratif, mais la communication non verbale était une spécialité du siamois. Même s'il peinait sérieusement à faire comprendre tous ses désirs à son nouvel « ami ».

Pourtant, lui, percevait le moindre changement d'humeur de son compagnon humain. Et certains soirs, quand il sentait qu'un accès de mélancolie tombait sur les épaules de Severus, il venait se lover sur ses genoux. Il accordait alors son ron-ron à la respiration du sorcier, et les deux acolytes partageaient un moment de complicité. Il avait, parfois, même droit à un délicieux gratouillis du menton. Mais les familiarités n'allaient jamais plus loin.

Cet humain ne connaissait apparemment pas les vertus des jeux ou des courses poursuites. Pour cela, Saphir se rabattait sur les souris qui, bien sûr, finissaient toujours par perdre.

Enfin, apparemment, le séjour dans cette bicoque touchait à sa fin. Le félin espérait qu'ils retourneraient dans cette immense maison. Là-bas, en plus d'innombrables souris, mais également de tas d'enfants, il y a avait surtout… sa vraie maîtresse.

Ses mains douces lui manquaient, elle avait un don remarquable pour trouver l'endroit précis, là, juste derrière son oreille gauche qui le faisait ronronner encore plus fort.

Et cette fois-ci c'était décidé ! Il garderait sa place dans le lit, quoiqu'en dise l'homme en noir ! Rogue se tourna vers le chat qui l'observait de nouveau.

- Retour au bercail, sac à puces !

Lui ? Des puces ? Et puis quoi encore, il savait se tenir !