Pendant ce temps là….

Il y avait de nombreux avantages à être un chat.

Le principal était que sa petite taille lui permettait de se faufiler partout plutôt discrètement.

L'inconvénient résidait toutefois dans l'ouverture des portes.

Les humains avaient la manie récurrente de lui claquer l'huis au museau.

Il n'avait donc parfois d'autre choix que de piquer un petit sprint pour se glisser au travers de leurs jambes.

Ce qui parfois en faisait trébucher quelques uns… un moindre mal.

Sa moustache frémissante, il répondait d'un air dédaigneux aux récriminations du maladroit…et continuer son chemin.

Quatre pattes, s'étaient toujours plus stable que deux, ils n'avaient qu'à faire attention !

Malheureusement, il faisait maintenant nuit. Les élèves étaient confinés dans leurs dortoirs, hormis ceux qui avaient déjà écopé de punitions et qui étaient en retenue avec Rogue ou Rusard. Ce qui ne l'aidait pas beaucoup à franchir les obstacles, mais qui lui garantissait une coupable liberté !

Ah ce cher Professeur ! Comme chaque début d'année, il avait mis un point d'honneur à confirmer sa réputation en abattant ses ailes de chauve-souris sur les premières années.

Une méthode efficace pour dissuader les élèves les plus récalcitrants de ne pas déroger aux règles établies. Et étouffer ainsi dans l'œuf les velléités des petits nouveaux les plus imaginatifs.

Dumbledore aurait beaucoup de mal à contenir son professeur de potions, qui semblait encore plus rêche que l'année précédente, si cela était possible…

Tandis que le chat vaquait à ses occupations, son nouveau maître soupirait devant la copie, qu'il jugeait d'une insondable bêtise, de l'élève de première année transi de peur devant lui.

Bien sûr, ce n'était pas un Serpentard. Bien que les élèves de sa maison n'aient pas toujours un excellent niveau, ils apprenaient très vite à éviter les punitions et retenues dont leur cher professeur n'était pas avare.

S'il y avait au moins une qualité pérenne chez les verts et argent, c'était bien la roublardise. Au contraire de ce pitoyable Gryffondor qui n'avait rien trouvé de mieux, en plein interrogation, que de lâcher une bombabouse.

Digne héritier de la lignée des Potter ou autres Weasley !

Le maître de potions n'en avait pas pour autant arrêté le cours, décevant ainsi l'espoir des autres élèves.

Il avait simplement bu une potion qui annihilait, pour lui, les effets de la boule puante et avait regardé d'un air impassible les petits Gryffondors suffoquer sur leurs copies jusqu'à la fin de l'heure.

Il était ainsi persuadé qu'un tel évènement ne se reproduirait plus.

Bien sûr, ces méthodes étaient rarement appréciées, mais efficaces !

Et Elena n'était plus là pour pondérer ses actes.

Un tic d'agacement vint déformer ses traits, il venait, une nouvelle fois, de penser à la jeune sorcière…

L'élève, en face de lui, se tassa un peu plus sur lui-même, persuadé d'être l'objet de la contrariété du professeur.

Soupirant, Severus jeta au pied du garçon la copie en question et méprisant lui dit :

- Vous pourriez refaire ceci une dizaine de fois que vous ne seriez pas plus avancé ! Vous faire remarquer par vos petits camarades ne vous mènera pas bien loin. Il y a déjà trop de vedettes chez les Gryffondors, la concurrence est rude. L'art des potions demande un travail qu'aucun d'entre vous n'est capable de fournir, mis à part cette Miss je-sais-tout Granger !

Si votre seul but est de prendre exemple sur les plus minables, vous êtes sur la bonne voie. Retourner à votre tour et mettez aussitôt votre nez dans le livre de potions. Vous serez, jusqu'à nouvel ordre, interrogé à chaque début de cours. Cela vous fera passer l'envie de faignanter et de jouer les marioles ! Déguerpissez maintenant !

Inutile de préciser que le première année ne se le fit pas dire deux fois et fila aussitôt.

Rogue, enfin libéré de la corvée de punitions, se dirigea vers ses appartements, situés derrière la réserve de sa salle de cours.

La lumière tremblotante des torches accrochées aux murs du couloir faisaient danser les ombres.

Alors qu'il atteignait le portrait qui condamnait l'entrée de son salon, il distingua la silhouette fugitive de Saphir qui y pénétrait.

Le chat revenait sans doute d'une de ses nombreuses explorations.

Depuis le début de l'année, Severus supportait stoïquement les allées-venues du félin. Il aimait son indépendance et Saphir semblait respecter le quotidien de son nouveau maître. Ne restant que quelques heures en soirée pour lui tenir compagnie et disparaissant discrètement lorsque l'état de fatigue de Rogue obligeait celui-ci à s'accorder quelques heures de sommeil.

Severus retrouvait, au petit matin, le chat blotti sur un fauteuil près de l'âtre. Epuisé par ses virées nocturnes, il ne prêtait pas ou peu attention aux préparatifs matinaux du professeur.

Certains soirs, lorsque le maître des potions était dans son laboratoire, le chat s'asseyait au bout de la table surchargée de fioles et le bout de la queue bien rangée autour de ses pattes, battait la mesure comme un métronome. Semblant minuter le temps de chaque préparation, il observait chaque geste, le regard à demi voilé sous ses paupières.

Mais il arrivait également qu'aux dernières lueurs du jour, pris d'une envie commune d'air pur, les deux acolytes traversent le parc et s'enfoncent dans la Forêt interdite.

La baguette de Rogue, illuminait d'un simple Lumos un cercle autour du professeur, tandis que le chat, s'accoutumant à la pénombre des arbres, le précédait. Parfois, ils tombaient nez-à-nez avec l'un des multiples habitants des bois fées, licornes ou botrucs.

Le félin ne s'étonnait plus de rien, mais sa nature le poussait parfois à pourchasser certaines des petites créatures, jusqu'à ce qu'il soit rappeler à une tenue plus séante par le maître des potions, légèrement amusé.

Ce soir là pourtant ne serait pas consacré à une petite vadrouille en forêt. Rogue avait du pain sur la planche ! Ou plutôt une marmite sur le feu…

- Quand est-ce-que cette satanée infirmière se décidera à ne pas faire des commandes de dernières minutes ? Bougonna-t-il.

Pomfresh attend toujours d'avoir entamer les derniers flacons de potions pour se décider à en redemander ! Au-cu-ne organisation !

Le chat, maintenant installé sur l'accoudoir d'un des fauteuils en cuir, cligna des yeux, comme pour acquiescer aux malheurs du maître des potions.

- J'en ai pour la moitié de la nuit, soupira Severus.

- Je suis la fille de Tom Jedusor.

Elena avait, pour le coup, trouvé impossible de prononcer Voldemort. Comme si utiliser le nom de naissance du Seigneur des Ténèbres pouvait minimiser l'impact de l'horrible vérité.

Un léger tressaillement dans le visage de Severus, que seul Elena, le connaissant bien, pouvait percevoir, accueillit la nouvelle.

- Et comment as-tu découvert cette improbable nouvelle ?

- Cette nuit-là, dans la Chambre des secrets, la nuit où j'ai disparu, soupira-t-elle.

- Peux-tu être plus précise ? Demanda-t-il les lèvres pincées et l'air agacé.

- Tous les sorts que j'ai jeté à Vol… Jedusor ont rebondi. Mes charmes se sont révélés totalement inefficaces !

- Et cela te parait suffisant pour affirmer que tu es sa progéniture ? Ironisa-t-il. Cela ne te semble pas un peu léger comme argument !

- Il n'y a pas que cela, Dumbledore me cache quelque chose. C'est lié à ma mère. Il a contracté un serment inviolable avec elle, un serment qui me concerne. Connaissant les relations que ma chère maman entretenait avec les hommes, je suis absolument certaine que cela a également un rapport avec l'engouement qu'elle a eu plus jeune pour l'étudiant qu'était Tom ! Elle a toujours jeté son dévolu sur des mages possédant de grandes capacités.

- As-tu une preuve qu'elle ait fréquentée Le Seigneur des Ténèbres ?

- Pas Le Seigneur des Ténèbres, mais Tom, oui. J'ai trouvé des correspondances sur des sujets variés, rien de personnel. Mais ma mère n'aurait jamais gardé des éléments qui auraient pu la compromettre…ou me rapprocher de la vérité qu'elle souhaitait me dissimuler. Après la chute de Voldemort, il y a eu, littéralement, une chasse aux sorcières, pour tous ceux qui gravitaient autour du mage noir. Elle n'aurait jamais été aussi imprudente.

- Et c'est tout ? Voilà tous tes indices, cela me semble bien maigre…

- Je parle Fourchelang !

- Ce qui est également mon cas, et pourtant je ne suis pas…

- …le fils de Voldemort, Merlin en soit remercié, il ne manquerait plus qu'un inceste !

Un fugitif sourire étira les lèvres de Rogue. Un Elfe passa… Certains souvenirs revinrent en mémoire…

Une légère rougeur empourpra le visage d'Elena.

Dans un éclat de rire rauque et dénué de joie Severus enchaîna :

- Nous parlerons de cela ultérieurement, je n'en ai pas fini avec toi !

- Crois-tu m'effrayer ? Ce que je viens de te révéler est en soi bien plus terrorisant que tout ce que tu pourrais inventer.

- En es-tu réellement persuadée ? Tu sous-estimes mes capacités… Son ton de voix était glaçant.

- J'ai conscience d'avoir pu te blesser et je …

- Me blesser ? Vraiment ? Je dois certainement t'être reconnaissant d'essayer d'imaginer ce que j'ai pu ressentir. Mais après tout, j'ai eu un lot de consolation, je ne peux pas me plaindre.

- Tu parles de …

- Du chat bien sûr ! Saphir est un très agréable compagnon, bien moins fourbe que sa maîtresse !

Quoiqu'il ne soit pas tout à fait étranger à la manière dont tu t'es introduit dans mes appartements.

Le rouge de la honte revint aux joues d'Elena quand elle se remémora ce début de soirée :

Son entrée à Poudlard, quasiment par la grande porte, dissimulée sous les traits de son familier que tous, à l'école, avaient désormais pris l'habitude de voir évoluer dans l'enceinte.

Sa descente vers les cachots, dans l'antre de Rogue.

Elle avait pris un gros risque, simplement pour le voir, une vraie écervelée… mais comment résister, alors que son objectif premier ne tendait que vers la protection de Harry.

- Tu croyais vraiment pouvoir me tromper ? La voix de Rogue résonna de nouveau comme une menace.

« Oh oh, ca sent le roussi ! » : Cela avait était sa première réaction quand elle avait vu Severus, alors tranquillement en train de préparer ses potions, se poster dos à la porte de son appartement et lui faire face en dégainant sa baguette.

- Je ne suis pas excessivement calé en anatomie animale, mais il me semble que tu as oublié d'ajouter ce qui différencie un matou d'une minette ! S'était-il exclamé d'un ton sarcastique.

L'an dernier je n'étais pas très attentif à ce genre de chose, mais tu oublies que je viens de passer trois mois avec ton familier…

« Tu te rends compte que tu parles à un chat là, hein, Severus ? »

Les pensées d'Elena étaient devenues, à cet instant, un peu embrouillées.

Elle n'avait pas tout de suite percuté que sa couverture venait d'être éventé et que son petit manège était tombé à l'eau.

Elle pensait encore pouvoir s'en sortir. L'espoir est une chose si ancrée dans notre esprit, que même au pied du mur, nous en trouvons toujours une étincelle qui nous fait parfois croire que…Mais Elena aurait dû voir dans les yeux de Rogue que cette pensée était vaine.

Severus, même absorbé par ses décoctions, avait noté une infime différence dans le comportement du félin.

Lorsque dans un geste, il avait jeté un morceau de foie cru au chat, celui-ci avait, au début, dédaigné l'offrande. Puis se ravisant, était mollement descendu de son poste d'observation, l'accoudoir du fauteuil, pour renifler le mets.

C'est à ce moment-là que le Maître des Potions avait pu confirmer la théorie qui s'était insinuait dans son esprit depuis qu'il était entré dans son salon. A savoir que le chat ici présent n'était pas celui qu'il côtoyait depuis plusieurs mois, mais sa maîtresse, qui en avait pris l'apparence… Hormis, forcément, certains petits détails…