Warning : Un vampire est un être qui n'est pas assujetti à la morale. Ferid n'a que faire des règles de bienséance, de convenance. Ses actes ne sont guidés que par son instinct.


Lorsque l'on joue avec le loup, il est important de connaître le jeu et son déroulement. Car s'il n'est aucun doute sur la fin, le chemin qui y mène peut être à la fois effrayant, inquiétant et suave.


La règle du jeu

Le corps de Ferid Bathory était agité de tremblements. Un frisson délicieux parcourait sa peau. Il coulait sous l'épiderme, se répandant de son échine à la pointe de ses pieds. C'était si délectable. Il serra un peu plus Mikaela se débattant contre lui. Oh, non ! Il ne le laisserait pas filer celui-là. C'était si bon de jouer avec lui.


L'anticipation

Comme il aimait la peur qui s'insinuait, troublant l'eau pure de ses yeux bleus, ses lèvres d'un rose si délicat qui s'ouvraient sur ce cri muet. Tout cela annonçait le plus beau des spectacles : la carotide se mettant à pulser là, juste sous l'oreille, au milieu des boucles blondes comme un trésor au creux de son nid protecteur.


Les prémices

Le rouge monta aux joues de la victime quand elle essaya une dernière fois de s'échapper en battant l'air de ses bras. Tant d'énergie gaspillée… Mais ce n'était pas en vain. Plus le nectar rouge était difficile à obtenir, plus il en devenait exquis. Tout combat a son trophée. Et la récompense de Ferid se trouvait là. Juste sous la peau qu'il caressait de l'ongle. Il huma encore l'odeur de ce sang bouillonnant, scellé sous le teint diaphane. La griffe perça doucement l'épiderme, libérant une goutte de sang. Un cri de terreur retentit enfin à cette piqûre. Un murmure courut sur la nuque palpitante : « Crie donc, créature innocente. Offre-moi ta peur. »

La langue de Ferid passa sur la perle sanglante. Les papilles gustatives du vampire vibraient, décodaient les goûts. Le fer, le sel, la pointe de saveur sucrée. Et surtout l'exquise adrénaline qui lui monta directement au cerveau. Il lécha à nouveau la légère plaie, délicatement, presque tendrement. Ne pas se précipiter, doser l'ivresse de l'acte, le savourer totalement.


La dévoration (1)

Les boucles dorées frôlaient sa joue. Leur caresse et la promesse de l'écarlate perle tendirent le corps du vampire. Sa main se fit plus imposante dans le dos de la proie. L'attente… Ce délai nécessaire à l'exaltation totale prit subitement fin quand des canines surdimensionnées tranchèrent le rempart de chair. L'ivoire rencontra ce qu'il recherchait : le fluide rouge et porteur de vie.

Le corps chaud de Mikaela s'enflamma, se sublima. Sa main se leva en ultime effort, griffant à son tour le vampire. Le grognement de Ferid à cette agression ressembla à un feulement. La prise s'affirma encore, la peur, l'adrénaline glissèrent d'un corps à l'autre. Un soupir : « Débats-toi encore ! »

La vie du blond se dévidait au fur et à mesure que son sang le quittait, entraînant avec lui les souvenirs. La peur de cette nuit où Mikaela n'a pu que comprendre qu'ils étaient devenus du bétail, le regret de la lumière, les bravades de Yûichirô, les rires des autres enfants, la chaleur d'une main sur la sienne, le nœud sur le bois de la table où était posé le bol…. Tout s'enchaîna, se mêla, traçant son chemin dans les synapses de Ferid. Chaque nouvelle pensée augmenta un peu plus son sentiment de récompense. Il vibrait au rythme d'une vie qui n'était pas la sienne. Dévorer, absorber tout. Parce que la bête réclame toujours plus que le sang dont elle s'abreuve. Parce que le monstre veut tout. Parce que sa faim est insatiable.


L'extase

Ferid eut un soubresaut, submergé par les instants de vie volés, le nectar nourricier. Il ferma les yeux tandis que le plaisir se répandait en lui, déchirait sa chair, crucifiait ce qui lui restait d'âme. Ce moment de flottement où son corps dérivait, où il pouvait tendre la main vers la lumière. « Encore ! Encore ! » Cet instant qu'il essayait de retenir, qu'il effleurait du bout des doigts et qui finissait par se dérober.


Le champ de bataille

Le sang ne palpitait plus autant. La saveur de la peur quitta doucement les lèvres de la plaie. Le bras de Mikaela retomba, inerte.

A genoux sur le sol, Ferid sentit impuissant les dernières bribes de plaisir s'estomper. Fini… Il avait été si proche. Il releva la tête. Des gouttes de sang s'unirent aux commissures de ses lèvres, cascadèrent jusque sur son menton. Son regard se tourna vers sa proie vaincue et évanouie. Le temps d'une caresse sur une joue, un remerciement tacite flotta dans les prunelles rouges.

Le sang coulait sur son jabot, traçait des sillons sur sa veste. Le soupir de la déception céda la place à la volonté dévorante, à la soif sans fin.

« Toi. Toi, si délectable. J'attendrai. J'attendrai encore. Et je reviendrai. »

Il posa doucement Mikaela sur le sol. Il s'attarda à remettre les boucles dorées en ordre, souriant à ce geste innocent. Une dernière caresse, un frôlement de doigts sur la plaie béante aux lèvres écarlates. Le vampire se releva. Le bruit des bottes résonna sur le marbre clair.

« Chercher ce qui est mien. »

Sa langue lécha avidement ses doigts, glissant sur entre en eux, s'y enroulant, anneau de chair scellant une promesse.


(1) Action de dévorer. Terme emprunté au bas latin devoratio « action de dévorer ». Ce terme est attesté en français en 1393 dans "vexation et dévoration des oiseaux", au sens de "action de dévorer".