La soudaine tonne de devoirs que les professeurs s'étaient mis à donner chassa, au moins pour un temps, le souvenir de cette soirée plus qu'étrange. De ce… Non, ces regards insistants. Cole avait été assez chamboulé par cette nuit de Conseil. Le soudain changement d'attitude de son père à son égard n'était pas non plus pour le rassurer. Il avait préféré ne pas en parler, que ce soit à Andrew, Alek ou encore Maksym. Peut-être devenait-il paranoïaque, mais il avait sincèrement l'impression que quelque chose clochait. Que tout ceci cachait un truc plus gros que ce que les Anciens voulaient laisser paraître avec leurs réponses évasives. Le Wilkinson donnerait cher pour savoir ce qui pouvait bien passer par la tête de « la secte », ce qui motivait Uley et ses sbires, en quelque sorte. Mais l'idée de se mettre à jouer les Sherlock Holme ne le tentait pas plus que cela, et il se contentait donc de vivre comme il le faisait ordinairement. Le mont de travail en plus, s'entend. Même la curieuse disparition d'Embry Call auprès de Jacob Black et Quil Ateara ne lui sauta pas aux yeux. A moins qu'il ne souhaite tout simplement pas se poser de questions à ce propos.
Sa vie ne consistait qu'en un vague schéma répétitif depuis plusieurs jours maintenant. Lycée, manger, dormir, travailler, et ainsi de suite. Il pourrait probablement qualifier tout ceci de monotone, d'ennuyeux, si vivre dans ce cycle interminable ne l'arrangeait pas, dans le fond, pour fuir les évidences qui ne cessaient de lui sauter au visage comme un bac d'eau gelé.
Les choses commencèrent réellement à dégénérer lorsqu'il tomba malade.
C'était du moins ce que sa mère en avait conclu, lorsqu'il était rentré du lycée, un jour. En le frôlant, elle avait constaté l'incandescence de sa peau et avait quelque peu paniquée. Cole n'avait pas eu le temps de dire qu'il se sentait bien, qu'il n'était pas malade et que tout allait pour le mieux, qu'il s'était retrouvé au lit avec une bouillotte, un pot de soupe et des médicaments à ne plus savoir qu'en faire, pour son plus grand déplaisir, car il fallait bien avouer que les 90 % avaient un goût de pisse de chat. C'était à se demander ce qu'il pouvait bien mettre dedans pour obtenir un arôme aussi infect à la fin. Il aurait voulu ne jamais avoir l'idée de serrer sa mère dans ses bras, elle n'aurait pas constaté cette « fièvre » et ne l'aurait pas forcé à rester sous la couette. Mais les regards inquiets de sa génitrice avaient eu raison de lui. Cette dernière ne cessait d'ailleurs de le réprimander pour rester torse nu, étant donné son état, et il lui répondait toujours qu'il avait trop chaud. Etait-ce un symptôme de cette soudaine hausse de température ? Probablement. Dans tous les cas, il n'avait absolument pas froid et ne circulerait pas dans la maison avec une doudoune et quatre pulls comme semblait le vouloir la femme de la famille. Le père de Cole, quant à lui, ne semblait nullement s'en soucier. Les regards qu'il jetait à son fils étaient impénétrables, bien qu'il lui arrivait de demander à son fils s'il se sentait bien. Ce à quoi ce dernier répondait, encore et toujours, pas l'affirmative.
Il passa ainsi un week-end enfermé, à sa plus grande déception, tout comme à celle de ses trois amis, qui avaient projeté une sortie pour le samedi, et qui furent obligés d'annuler. La perspective de l'absence de leur camarade le lundi ne fut pas non plus pour les ravir. Cole avait été tenté de négocier avec sa mère, mais le simple fait de ne pas aller au lycée était tout de même une bonne occasion dont il se promis de profiter. Et il put le faire, au-delà de ses espérances, même, car Andrew décida de sécher les cours pour venir passer la journée avec son meilleur ami. Lors de leur accolade, il fronça néanmoins les sourcils.
«Tu es bouillant, mec. Ta mère a raison. T'es sûr que ça va ? »
Cole soupira. Il ne comprenait vraiment pas. Il se sentait parfaitement bien, si l'on oubliait les légères courbatures qui le tiraillaient depuis la veille, et un léger mal de crâne plutôt facile à ignorer si il ne se concentrait pas dessus constamment. Il ne pouvait cependant nier la température de son corps, puisque sortir dans le froid, le matin, pour aller chercher le courrier une fois sa mère partie au travail, lui faisait un bien fou, sans malgré tout le transformer en glaçon.
«Oui, je me sens bien. Je t'assure. Je compte bien revenir au lycée demain, hors de question d'être absent plus longtemps, je passerais plus de temps à rattraper les cours qu'autre chose, si je profite de cette drôle de fièvre. »
L'indien aux cheveux cuivrés avait lancé cette remarque sur le ton de la plaisanterie. Mais son compère le connaissait assez pour savoir qu'il était on ne peut plus sérieux. Ce dernier lança d'ailleurs d'un ton un peu plus sombre :
«Aaliyah sort avec ce crétin de Ylias. Tu étais au courant ? »
Cole se figea automatiquement à l'entente du prénom de la fille dont il était amoureux depuis la primaire, mais qui ne lui avait jamais prêté un intérêt plus qu'amical. Elle était très proche de lui, mais le jeune homme n'avait jamais osé lui avouer ce qu'il ressentait, de peur de franchir la « friend zone », et de tout gâcher. Il aurait voulu insulter le type qui osait poser ses sales pattes sur elle, tout son être lui criait de le faire, mais il devait bien admettre qu'Ylias était l'un des garçons les plus gentils qu'il connaissait.
«Non, je ne savais pas, mais tant mieux pour elle » murmura Cole d'un ton qui ne faisait que trahir sa déception.
Une désillusion d'autant plus grande car, dernièrement, il s'était fait tout un film dans sa tête sur le moment où il l'inviterait au bal, en fin d'année. Treize ans qu'il la connaissait. Dix qu'il était fou amoureux d'elle. Et il n'avait jamais eu le cran de faire quoi que ce soit, pas même le moindre câlin spontané, aussi amical fut-il. Andrew s'en voulut d'avoir abordé le sujet, et sortit de son sac deux boîtiers avec un sourire goguenard.
«Allume la console. Tu vas voir un peu la pâté que tu vas te prendre, mon pote ! Je vais gagner ce coup-ci. Bon, bouge toi de là, je ne vais pas rester sur le pas de la porte. Et je peux même pas dire de forcer le passage, t'es un monstre, c'est impossible de te pousser. ALLEZ, FIZZZ.»
Cole éclata de rire, et se décala pour laisser son meilleur ami entrer. Il était, comme à son habitude depuis trois jours, en jean et torse nu. C'est donc dans cette tenue plus que légère qu'il suivit Andrew jusqu'à sa chambre, souriant sur la promesse d'une bonne après midi.
Le retour au lycée fut plus compliqué qu'il ne l'aurait cru. Son mal de crâne avait augmenté, tout comme ses courbatures. L'un n'allait pas sans l'autre, visiblement. Il avait l'impression d'être une espèce d'éclopé incapable de se mouvoir sans grimacer. Il se sentait légèrement oppressé. Les symptômes du virus qu'il avait choppé dieu sait où ne se manifestait-il que maintenant, alors qu'il se décidait à se bouger un peu ? En plus de tout ceci, la première chose qu'il vit, en arrivant le matin, fut Aaliyah dans les bras de son grand dadais, ses lèvres collées aux siennes, son sourire lui étant destiné. Cole eut un horrible pincement au coeur, et ne cessa de les fixer que lorsque Maxym le traîna par le bras pour l'attirer dans les couloirs, jusqu'à leur salle de biologie. Un sourire se dessina sur le visage de l'Indien aux yeux bleus, se souvenant de sa partenaire dans cette matière depuis maintenant deux ans. Elle serait, en quelque sorte, « à lui », pour au moins une petite heure, et cette simple pensée le consolait un peu, alors qu'il chassait le souvenir du visage heureux de celle qu'il aimait dans les bras de celui pour lequel elle avait visiblement craqué.
Vissé sur sa chaise, il l'attendait patiemment, le regard braqué vers la porte. Et lorsqu'elle entra, elle lui adressa le plus beau sourire qu'il lui avait été donné de voir. Aaliyah était l'une des seules « visages pâles » du lycée. Ses parents avaient en effet décidé d'emménager à la Réserve alors qu'elle était encore toute petite, jugeant que cet endroit était encore plus calme que Forks. Cole la trouvait vraiment magnifique. Il ne put que lui rendre son sourire, alors qu'il la détaillait. Ses yeux coulèrent vers les cheveux roux de la belle, tombant en longues anglaises au creux de son dos, puis sur ses pommettes recouvertes d'adorables tâches de rousseur, sa bouche pulpeuse et rosée, tout comme son nez fin, furent passés en revue, pour finir par le meilleur : ses magnifiques yeux verts émeraudes. Il n'avait jamais vu de tels yeux, et ne souhaitait les croiser nulle part ailleurs dans les orbites d'Aaliyah. Il était niais. Romantique. Amoureux. Niais, romantique, et amoureux. Pathétique, aux yeux d'Andrew.
«Cole ! » lança-t-elle en s'asseyant sur le tabouret près de lui et en lui plantant un baiser sur la joue.
Elle semblait si heureuse de le voir que celui lui fit mal. Il ne parvenait pas à s'empêcher de se dire qu'il aurait pu avoir une chance avec cette flamboyante jeune femme s'il en avait eu le courage. Nouveau coup au coeur, plus puissant, cette fois. Et cela dû se lire sur son visage, car Aaliyah fronça les sourcils, une moue inquiète sur son joli visage.
«Tout va bien ? Tu ne m'as pas répondu, et t'as pas l'air en forme. »
Sa voix trahissait une véritable nervosité à l'idée qu'il puisse se sentir mal. Il sourit, et la pinça doucement et amicalement, avant de lui faire un clin d'oeil.
«Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Bon, on bosse ? »
Elle acquiesca, bien que toujours soucieuse, de toute évidence. Mais cela s'estompa au fil des minutes, principalement à partir du moment où, discrètement, elle sortit son portable. Cole eut le temps de voir le nom d'Ylias affiché, avant qu'elle ne le range, avec un sourire tendre étirant ses lèvres qui paraissaient si douces à Cole. Il se sentit extrêmement irrité.
«C'était ton charmaaaant petit ami ? » cracha-t-il d'un ton si sec et mauvais qu'Aaliyah sursauta, écartant son œil du microscope, le regardant, ahurie.
«Un problème ? » répondit-elle d'une voix amicale. Elle ne se doutait même pas qu'il puisse être jaloux.
«Non, aucun. »
Une horrible douleur lui vrilla soudainement le crâne, sa migraine atteignant un pic tel qu'il ne put retenir un gémissement, uniquement audible par sa voisine de table, heureusement, qui posa immédiatement la main sur celle de Cole, qui était maintenant posée sur sa tempe, comme si cela pouvait atténuer la souffrance.
«Cole, ça va ? Tu trembles comme une feuille. Cole ? »
Elle répéta plusieurs fois son prénom, alors qu'il ne répondait pas. Il serra plus fort sa tête entre ses mains, enfonçant ses doigts dans ses cheveux. La douleur devenait insupportable.
«J'ai… Trop… Chaud. » fut tout ce qu'il put lancer, alors que sa respiration se faisait plus saccadée.
Sa peau lui donnait l'impression d'être incandescente, il aurait voulu l'arracher, la jeter au loin, l'asperger d'eau pour apaiser le feu brûlant son épiderme. Dans un furieux réflexe venu des tréfonds de son esprit, le jeune Indien se leva en furie, courant vers la porte, abandonnant ses affaires sur la table, le cours, et tout ce qui allait avec, sous le regard choqué des élèves. Principalement ceux de Maksym et Aaliyah.
Et il courut. Encore et encore, sans jamais s'arrêter, traversant le parking du lycée sans même s'en apercevoir. Il eut encore plus chaud. Il n'aurait jamais cru que cela aurait pu empirer depuis son départ de la salle de classe, mais il se leurrait. Il finit toutefois par s'arrêter, lorsqu'il fut chez lui, titubant jusqu'au canapé, sous le regard horrifié de son père. Monsieur Wilkinson comprit immédiatement ce qu'il se passait, et se leva d'un mouvement précipité pour se jeter sur le téléphone. Cole n'entendit pas ce qu'il disait, s'installant dans une position que l'on pourrait définir comme foetale. Il ferma les yeux avec violence, serra les poings à s'en faire mal. Il ne sut combien de temps il resta ainsi. Il entendit à peine les paroles de son père, ainsi que le claquement d'une porte au loin.
La nouvelle voix qui se fit entendre, en revanche, fit sortir Cole de sa lourde torpeur. Pas lui.
Et voilà pour ce troisième chapitre. Les choses intéressantes commencent enfin, j'ai envie de vous dire. Je ne souhaitais pas faire traîner les banalités de la vie de Cole en longueur, histoire d'avancer un peu en vue de tous les événements à prendre en compte dans Tentation ! Cette fiction serait interminable, sinon. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce chapitre crucial, j'aimerais réellement avoir vos impressions, j'ai pris énormément de temps sur ce chapitre 3
xoxo
