-Lui non, mais un autre que lui oui, il n'y a pas qu'Evan Rosier ou Lestrange ou Malfoy, Sarah, il y a plein d'autres garçons à Poudlard qui ne parlerait pas de toi lors des soirées mondaines comme du jouet que l'on se prête entre amis. Ouch, ça ça fait mal.
Il n'y avait rien d'autres à ajouter, Amelia me servait le même refrain depuis près de deux ans maintenant et c'était terriblement lassant sans compter que, dans la mesure où je n'avais pas le quotient intellectuel d'un troll, j'avais compris ce qu'elle me disait.
-Tu sais quoi, Nott, oublies ce que je viens de te dire sur Rabastan ou sur Rosier, fis-je avec agacement avant de me lever et de lui lancer, on se voit plus tard.
Je pris mes affaires que j'avais au préalable nonchalamment jetées sur la table en arrivant et je pris la direction de la sortie.
-Inutile d'être en colère contre moi, je suis de ton côté, murmura-t-elle d'une voix presque inaudible.
Bien sûre qu'elle était de mon côté mais parfois, et c'est une règle qui se vérifiait beaucoup ces derniers temps, il valait mieux ne rien dire du tout. Le silence c'est très bien aussi. En réalité, j'étais pleinement consciente de ma réputation, croyez-moi, je n'avais pas besoin que ma seule amie me le rappelle constamment.
Je sortis d'un pas rapide de la bibliothèque, ignorant le regard polis de la bibliothécaire dont j'ignorais le nom. Je poussais les battants des lourdes portes de bois avant de me retrouver dans un couloir bondé. Il devait être environ 17h00 et la plupart des élèves venaient de terminer leurs cours respectifs. Les uns se rendaient dans leur maison et les autres flânaient dans le labyrinthe qu'était le château de Poudlard.
Je pris une profonde inspiration, l'air était doux et je n'avais même pas revêtu ma cape pour aller en cours ce matin. J'avais besoin de m'aérer l'esprit, la journée avait été longue et éprouvante avec son lot de surprises et de frustrations.
Je pris la direction des sous-sols du château en priant Merlin pour que les protagonistes de ma maison, comprenez Rosier et Compagnie, ne soient pas là. La plupart des élèves profitaient de cette douceur presque printanière pour se rendre près du lac ou se regrouper dans les différentes cours du château. Pour ma part, j'avais besoin de libérer mon trop plein d'énergie et de colère et c'est tout naturellement que je décidais d'aller courir. C'était une activité que je pratiquais depuis que j'avais 7 ou 8 ans. Mon père avait été un joueur de quidditch professionnel, pour l'équipe des Pies de Montrose, avant que de graves problèmes physiques ainsi que sa passion pour le whiskey pur feu ne prennent le dessus sur lui. Bref, c'est lui qui m'avait initié au plaisir de parcourir des kilomètres en courant afin de me changer les esprits.
Comme je m'en doutais un peu, la salle commune était quasiment vide et la plupart des élèves de mon année se trouvaient sûrement entre eux, à discuter des agissements d'un Mage Noir très puissant qui recrutait son armée parmi la jeunesse des grandes familles Sang-Pur. Ces soldats, si on pouvait les appeler ainsi, se faisaient appeler des Mangemorts. Si votre question est de savoir si j'étais une partisane de ce Voldemort la réponse était non. Pour autant, est-ce que j'appréciais de voir des Moldus prendre leurs aises dans le monde sorcier ? Pas vraiment. Il s'agissait sûrement de mes propres frustrations quant à ma position dans la société mais j'étais désormais moins bien lotie que la plupart des sorciers nés-Moldus et c'était une chose qui aurait semblé impensable il y avait moins d'un demi-siècle. Je restais convaincue que la pureté du sang avait une réelle importance, pour autant, tuer des Moldus pour le sport ne faisait en rien partie de mes ambitions ou de mes projets.
Mais revenons-en à mes problèmes de sport et de cœur. Le temps d'enfiler un legging ainsi qu'un t-shirt et de me faire une queue de cheval, et je prenais la direction du pont couvert en courant pour une bonne heure de "footing".
Je pouvais facilement courir plus d'une heure avant de commencer à fatiguer. Machinalement, je pris la direction du lac avant de remonter vers les hauteurs de Poudlard. La nuit allait bientôt tomber et avec elle, les températures commençaient à descendre, rendant chaque respiration un peu plus douloureuse. J'aimais ces sensations: l'air frais sur ma peau, la respiration piquante, la luminosité déclinante. Contrairement à ce que beaucoup imaginaient, je n'étais pas spécialement coquette et je n'avais jamais vraiment vécu dans le grand luxe ou le confort et il était inutile de préciser que mon père n'était pas versé dans l'art de se mettre du fard à paupières et même si il l'était, je n'avais pas suffisamment de moyens pour renouveler sans cesse ma garde-robe ou m'acheter des tonnes de potions pour la peau ou les cheveux. Je restais le plus simple possible en évitant les fautes de goût.
Tandis que j'accélérais l'allure en remontant vers le grand pont de pierre, quelqu'un m'interpela.
-La gazelle de Poudlard en pleine action, je m'arrêtais nette en entendant la voix grave de Scabior.
Le jeune homme était appuyé contre l'un des murs qui entouraient le château, les bras croisé devant lui et son regard sombre fixé sur moi. Je le connaissais malheureusement depuis toute petite, mon père ayant l'habitude de faire "affaire" avec le sien. Plus jeune, je l'avais un peu considéré comme un frère mais avec le temps, ses ambitions avaient pris le dessus et il était devenu l'homme de mains de certains élèves de Serpentard comme Wilkes ou Mulciber.
-Scabior, fis-je froidement, que me vaut le plaisir? Ou pas.
-N'a-t-on pas le droit de saluer une vieille amie? Scabior parlait avec un accent détestable et son sourire n'avait rien d'amical.
-Malheureusement non, ça n'a rien d'illégal, lâchais-je tout en essayant de reprendre mon souffle.
-Je t'ai vu quitter le château en petites foulées, du coup je me suis dit que j'allais t'attendre ici. C'est marrant ce besoin que vous avez tous aujourd'hui de vouloir pourrir ma journée.
Je me penchais légèrement en avant, l'air devenait brûlant dans mes poumons. Je posais mes mains sur mes hanches pour me soutenir tandis que l'air frais au contact de ma peau humide commençait à me donner froid.
-C'est trop gentil à toi, mais tu n'as rien d'autre à faire que de poireauter là? le jeune homme me fixait avec son sourire malsain. Sérieusement, c'est quoi leur problème?!
-Mon père m'a chargé d'une mission, fit-il à voix basse.
-Une mission? Quel genre de mission? C'est marrant, j'ai le sentiment que ça ne va que moyennement me plaire.
-Pourrais-tu dire à ton père qu'il lui doit de l'argent et qu'il serait dommage de laisser la situation empirer? Voilà, je savais que ça n'allait pas me plaire!
Je me redressais et m'approchais de lui sans détacher mon regard du sien.
-Tu diras à ton père qu'il n'a qu'à le lui dire lui même, sifflais-je.
Scabior continuait à afficher son sourire moqueur et sûre de lui, une pâle copie de ce que pouvait cependant afficher un Rosier.
-Tu imagines bien qu'il le ferait lui-même, mais ton père est introuvable, Scabior écarta les bras de manière théâtrale pour indiquer son impuissance, ce serait dommage que ce petit malentendu gâche nos relations. C'est sûre que ce serait vraiment dommage.
-Je n'ai pas eu de contacts avec lui depuis la rentrée scolaire alors inutile de préciser que je ne suis pas la bonne personne pour servir d'intermédiaire à ton père, lui répondis-je avec agressivité.
-Écoutes ma jolie, je n'y suis pour rien si ton père ne s'acquitte pas de ses dettes, maintenant, si j'étais toi et dans ton intérêt je ferai passer le message rapidement, Scabior était désormais à quelques centimètres de moi, son sourire avait disparu.
-Dans mon intérêt? Tu comptes faire quoi, te plaindre à Dumbledore? Parce que je suis certaine qu'il sera très intéressé de connaître les activités parfaitement illégales de nos géniteurs respectifs.
En entendant ma remarque, Scabior éclata d'un rire cruel et ses joues virèrent dangereusement au pourpre.
-Tu es si naïve Meade, il serait peut-être temps de te réveiller, notre époque est en train de changer et mon père fait désormais affaire avec des gens très puissants, il serait dommage que quoique ce soit arrive à ta pauvre grand-mère ou même à toi parce que tu n'as pas été capable d'envoyer un hibou à ton misérable père, murmura-t-il avec véhémence. Ah, qu'elle est loin l'époque où l'on jouait ensemble dans l'allée des embrumes, un jour on partage une chocogrenouille et le lendemain on se menace mutuellement.
-Ne me dis pas que ce vieux Gero Scabior fait maintenant amis-amis avec les Mangemorts, dis-je sur un ton moqueur.
Scabior sortit sa baguette et la pointa dans ma direction d'une main tremblante. Note pour moi-même: toujours prendre ma baguette lorsque je vais courir.
-Tais-toi! Tu n'as aucune idée de quoi tu parles et ce n'est pas ton joli minois qui te tirera d'affaire si tu as affaire à eux! Son regard oscillait entre la peur et la folie, comme si me menaçait était à la fois grisant et terrifiant.
-Tu es pathétique Scabior, crachais-je en essayant de reculer mais le Serpentard de sixième année me décocha un coup de poing qui me projeta au sol.
-Tu es la digne fille de ta prostituée de mère! Regardes-toi, le portrait craché de cette chère Ophelia Meade dont tu as hérité la réputation! Tu finiras comme elle, à sauter d'un lit à l'autre! Scabior s'approcha de moi avec sa baguette toujours pointée vers mon visage.
-Je t'interdis de parler d'elle! M'écriais-je. En parlant, je pouvais sentir le goût métallique de mon propre sang sur mes lèvres.
-Tu n'as rien à m'interdire, Meade, mais un conseil, je me fiche que ton père se soit noyé dans une marre de whiskey ou que quelqu'un d'autre l'ait tué, je te conseille de faire en sorte que mon père soit payé et vite.
Scabior me lança un dernier regard et disparu rapidement avant que quelqu'un ne nous surprenne. Je restais quelques minutes au sol, encore sonnée par ce que venait de me dire ce véracrasse. Le coup qu'il m'avait donné avait dû être particulièrement violent car je pouvais sentir un hématome qui commençait à se former au coin de mes lèvres.
L'idée que Scabior et son père puissent à présent traiter avec Voldemort et sa bande de joyeux drilles n'avait strictement rien de rassurant pour la simple et bonne raison que mon père se trouverait mêlé à eux un jour ou l'autre. En parlant de mon père, sa prétendue disparition ne m'inquiétait pas plus que cela. C'était même un comportement normal chez lui depuis le départ de ma mère qui, vous l'aurez compris, était une personne extrêmement populaire.
Je frissonnais légèrement et dans un ultime effort je parvins à me redresser et à marcher en direction du château. A voir la tête que faisaient les élèves sur mon passage, je devais avoir une sacrée tête. C'est formidable, je pars faire un footing et je reviens d'un combat de boxe. C'est vraiment une journée parfaitement merdique!
Alors que je traversais le Grand Hall avant de prendre la direction des sous-sols, je croisais Remus Lupin qui me dévisagea comme si il avait vu un revenant. Il a jamais vu un visage tuméfié de sa vie! ça va j'ai pas un troisième œil non plus.
En arrivant devant l'entrée de ma Salle Commune, je pris une profonde inspiration. Comme j'avais toujours énormément de chance, la plupart des Serpentard que je ne voulais pas croiser se trouvaient confortablement installés dans les canapés de cuir vert émeraude en attendant d'aller diner. Greengrass était confortablement installée dans les bras d'Evan Rosier et à leur droite, Lestrange, Malfoy et Regulus Black étaient en pleine conversation.
Tous s'arrêtèrent de parler et me dévisagèrent de la même façon que Lupin quelques minutes auparavant.
-Par Merlin, Meade, on peut savoir ce qu'il t'es arrivé? Me demanda Mulciber qui était appuyé contre la cheminée.
-je me suis pris une branche, rétorquais-je froidement en levant les yeux au ciel.
-Une branche? Vue ta tête ce serait plutôt un tronc d'arbre, fit remarquer la toujours très spirituelle Isabella Greengrass.
J'aurais pu lui répondre de manière extrêmement mature que même en me prenant un tronc d'arbre, j'étais toujours plus regardable qu'elle, mais je n'avais absolument pas envie de m'attarder surtout devant Lestrange et Rosier.
Mon regard se posa un dernier instant sur le groupe le plus en vue de notre maison, Rabastan me dévisageait impassiblement pendant que les autres affichaient des mines à la fois surprises et réjouies.
Sans demander mon reste, je pris la direction de mon dortoir le plus rapidement possible. En entrant dans la chambre des filles de septième année, Amelia et Narcissa me fixèrent avec la même stupeur. C'est limite insultant à ce stade.
Avant que ma chère amie ne puisse ajouter quoique ce soit, je levais ma main dans sa direction pour lui indiquer que là, il fallait vraiment qu'elle garde ses questions et ses remarques pour elle. Je rentrais précipitamment dans la salle de bain sans pouvoir retenir un petit cri d'effroi.
Malgré son physique fluet, Scabior avait une sacrée force et ne m'avait pas loupé, j'avais dû saigner abondamment à en croire le sang séché sur mon t-shirt et la plaie au coin de ma lèvre était encore bien ouverte sans parler bien sûre de ma joue droite qui avait viré au bleu et me faisait terriblement mal.
Je connaissais bien quelques sortilèges permettant de soigner les plaies mais je ne les avais jamais expérimenté sur moi, ni sur personne du reste.
Toc. Toc.
-Amelia, ce n'est vraiment pas le moment! M'écriais-je en entendant quelqu'un frapper à la porte.
-Ce n'est pas Amelia, c'est Narcissa, la porte s'ouvrit lentement et l'élégante blonde à l'air hautain entra dans la sombre salle de bain.
Elle me dévisagea un long moment en plissant son nez à la manière d'un rongeur avant de pointer sa baguette vers moi. Wouah, wouah, wouah, on se calme blondie.
-Hey! Tu fais quoi là!? M'exclamais-je en repoussant sa baguette de la main.
-Je connais un sortilège qui pourra grandement diminuer l'hématome et fermer la plaie, tu as vraiment une sale tête et quelque soit la personne qui t'a fait cela, tu ne devrais pas la laisser s'en tirer, murmura-t-elle tout en m'examinant de plus près.
-Et pourquoi tu voudrais m'aider? Non parce qu'aux dernières nouvelles nous ne sommes pas les meilleures amies du monde.
-Parce que je ne te déteste pas et que je n'ai pas envie que quelqu'un de ma maison se promène ainsi dans toute l'école, fit-elle avec agacement. C'est trop sympa de pas me détester et ce serait vraiment navrant que je puisse un peu plus coller la honte à Serpentard.
-Et il est fiable au moins ton sortilège? Je fronçais les sourcils tout en essayant de savoir si il était vraiment judicieux de la laisser me lancer un sort quel qu'il soit.
-Je l'ai beaucoup utilisé sur Bellatrix cet été. Ah ben dans ce cas.
Narcissa pointa sa baguette directement à l'endroit où Scabior avait frappé et murmura quelques paroles incompréhensibles. Immédiatement, la douleur s'estompa un peu, je pivotais pour regarder à nouveau mon reflet dans le miroir. La plaie s'était refermée et même si j'étais encore un peu bleue et gonflée, je n'avais plus l'air de m'être battue à mains nues avec un hyppogriffe.
- C'est nettement mieux, déclara-t-elle satisfaite. Ouais, pas mal... C'est quoi exactement comme sortilège?
-Merci, marmonnais-je à contrecoeur.
Narcissa me fixa de ses yeux perçants tout en reprenant son air supérieur.
-Inutile de crier sur les toits que je t'ai aidée, cela restera entre nous.
Sur ces bonnes paroles, Narcissa tourna gracieusement les talons et s'en alla, me laissant seule.
Je fermais la porte à clé avant de me déshabiller et de m'engouffrer dans la douche. J'avais besoin de me laver de cette journée car j'avais essuyé trop d'insultes et de coups aussi bien physiques que psychologiques. J'avais la désagréable impression pourtant que ce n'était qu'un début et que les mois à venir allaient être compliqués. Ce que m'avait dit Scabior n'augurait rien de bon. Jusqu'alors, j'avais bêtement pensé que seuls les Sang-Pur qui avait suffisamment d'argent pour ne se préoccuper que de politique étaient impliqués dans cette guerre de l'ombre, les Sang Pur et les nés-moldus cela va s'en dire. Pourtant, Voldemort semblait dorénavant faire partie de ma vie et cela ne m'enchantait guère. Les maniaques qui le suivaient étaient très puissants et dangereux et je n'avais pas envie de savoir qu'une telle menace planée sur moi et les restes de ma famille.
En sortant de ma douche, je contemplais un instant mon reflet dans le grand miroir qui se trouvait au mur. Ma silhouette longiligne, mes jambes kilométriques, ma crinière châtain claire, mes yeux bleus qui avaient la forme de deux amandes, mon visage aux pommettes hautes surmontées d'un petit nez et ma peau claire et sans imperfections. J'étais belle et pourtant je me haïssais et pour cause, j'étais le portrait craché de ma mère. Une femme qui avait détruit ma vie bien avant que je ne vienne au monde. Ma grand-mère disait d'elle qu'elle s'était perdue dans ses ambitions. Je n'avais jamais véritablement compris le sens de ces mots jusqu'à aujourd'hui. Car désormais, c'était moi qui payais le prix fort pour mes aspirations.
Voici donc le quatrième chapitre de mon histoire. J'insiste beaucoup sur la beauté de mon personnage car c'est un point clé. Ayant beaucoup de mal à faire des descriptions physiques, je l'imagine un peu comme Barbara Palvin ( clubs/barbara-palvin/images/35285946/title/barbara-flawless-palvin-photo )
Pour moi, il est essentiel de montrer à quel point ce qui devrait être un atout ou tout simplement un plus, peut s'avérer être un véritable piège.
Concernant la famille de Sarah, elle est haute en couleur et le père est assez fantasque dans son genre.
Bref, j'espère que mon histoire plaira à ceux qui la liront.
