Bonjour ! avec un petit peu de retard, et après du harcèlement sur un certain réseau social, voici le troisième chapitre, la suite des deux messieurs :D

Bonne lecture à vous !


Cela faisait plusieurs semaines que Jday avait prévu de se rendre à cette petite fête. Depuis une discussion avec un de ses potes, qui avait particulièrement insisté pour qu'il vienne. En répétant que beaucoup de ses connaissances s'y trouveraient. Ce genre d'occasion étant rare, il avait rapidement accepté, avec enthousiasme.

Revoir des vieilles têtes, et en découvrir des nouvelles, c'était vraiment agréable. Il avait toujours été assez social, mais le rythme de ses vidéos l'obligeait souvent à rester longtemps devant un ordinateur, chez lui. Ce qui était le cas d'une grande partie des invités, expliquant sans doute cette réunion. Et les autres qui s'organisaient de temps en temps.

Puis, surtout, ça lui changeait de l'autre abruti.

Oh, évidemment, lui-aussi était venu. Partageant les mêmes proches, il ne pouvait pas en être autrement. Mais heureusement, M. Connard était parti dans son coin dès le début de la soirée. Même si Jday pouvait le voir de loin, parlant vivement à un groupe. Et malgré la distance, son humour de mauvais goût s'entendait d'ici.

Blagues qu'il avait d'ailleurs arrêté de faire avec lui, comme promis. Ce monsieur connard en était même devenu plus « gentil » et poli qu'avant. Ce qui voulait dire simplement dire, en vérité, que son collègue ne lui coupait plus la parole. Ou disait juste « bonjour » et « au revoir » sans rajouter de juron devant.

Le béaba, en d'autres termes. Pourtant, cela avait l'air de lui demander beaucoup d'effort. Efforts qu'il semblait compenser en sortant ses blagues à qui voulait bien les entendre. Mais que celles-ci ne lui soient pas adressées n'empêchait pas Jday de lever les yeux au ciel à chacune d'entre elles. Et ce même s'il avait lui-même un groupe autour de lui bavardant.

En apparence, ils étaient une petite foule dans un salon, sur un fond de musique, tous un verre à la main. Seulement, il suffisait de les observer un peu plus attentivement pour remarquer qu'ils étaient séparés en bande. Avec chacun un sujet de conversation différent.

Et si son camarade avait l'air de s'amuser avec le sien, c'était un peu plus différent pour Jday. Pour tout dire, il ne les écoutait pas vraiment. Pas qu'il n'aimait pas ces personnes, au contraire, il s'agissait de ses potes. Mais la discussion n'était pas vraiment intéressante.

Si on pouvait appeler ça une « discussion », puisqu'il n'y avait qu'une personne parlant. Lancée dans un monologue sur des anecdotes de sa vie. Alors que cette jeune femme, il ne la connaissait que de loin, et ignorait totalement son nom.

Mais visiblement, elle, ce n'était pas son cas. Puisqu'elle lui avait vanté ses vidéos, à tel point que Jday commençait à se demander si elle ne le draguait pas, en fait. Oh, il n'était pas contre, après tout, il était célibataire, alors pourquoi pas ?

Seulement, si elle pouvait parler d'autre chose, ça l'arrangerait. Car sans vouloir être méchant, Jday s'en fichait un peu de son quotidien. Il aurait presque préféré que quelqu'un intervienne, pour changer de sujet.

Et au même moment où cette pensée lui traversa l'esprit, comme si on l'avait entendu, son souhait se réalisa : matérialisé par un M. Connard. Celui-ci apparut comme de nulle part, poussant la jeune femme sans aucune gêne pour se joindre à eux. Celle-ci s'interrompit dans son discours sur le coup, dévisageant le nouveau arrivé. Mais elle n'eut pas le temps de protester, car l'instant d'après, son collègue renversa « malencontreusement » le contenu de son verre sur son chemisier.

Son action fut suivit d'un cri, et d'un long, très long soupir de Jday. Le reste des témoins, eux, restèrent muets, un peu trop choqués et surpris. Alors que le responsable, M. Connard, lui, sortit un magnifique « je suis VRAIMENT désolé » dans un ton si ironique qu'il en était insultant.

-Mais t'es con ou quoi ?! lui cria Jday en le fusillant du regard. Ça va pas la tête de faire ça ?!

-Je peux être tellement maladroit, fut sa réponse, toujours aussi sarcastique.

Il passa une main sur son visage, retenant son envie de le tuer. Dire que ce type était son ami. Pourquoi devait-il être aussi détestable ? Il l'avait prouvé pourtant, qu'il pouvait être autre chose qu'un connard ! Mais il s'obstinait, comme si c'était un jeu. Un jeu absolument pas drôle.

-T'es vraiment trop con, soupira Jday, tu veux que je t'accompagne à la salle de bain ?

Il se tourna vers la jeune femme, qui hocha la tête, et il la prit par l'épaule pour l'amener jusqu'à cette fameuse pièce. Sur le chemin, il insulta son partenaire mentalement. C'était toujours comme ça quand M. Connard faisait une « bêtise », il s'en sentait responsable. Même s'il n'avait rien à voir. Mais ce n'était peut-être pas si étrange que ça : sans lui, son collègue ne serait jamais entrer dans son cercle d'amis.

D'ailleurs, il ne comptait plus le nombre de fois, où justement, le reste de ses proches s'en était plaint. Et en lui demandant toujours pourquoi un type « aussi sympa » pouvait s'entendre avec un « tel connard ». Lui-même l'ignorait. Mais s'entendre n'était sûrement pas le bon terme pour qualifier leur relation.

Jday ne savait même pas s'il en existait un, de terme, pour eux. Lui qui l'appréciait, tout en ayant envie de le frapper, et l'autre qui faisait mine de le détester, en jouant les connards. Ses proches avaient sans doute raison, ce genre de relation n'était pas bon pour lui. Et pour personne.

Alors pourquoi leur « amitié » tenait ? Il n'en savait rien. Il n'avait pas envie d'y penser, pas maintenant. Restant un peu ailleurs cependant, il ouvrit la porte de la salle de bain, et laissa la jeune femme entrer. Il l'observa d'un air absent s'avancer jusqu'au miroir, pour tenter de nettoyer son chemisier, en vain.

Il lui aurait bien proposé un vêtement de rechange, mais Jday n'était pas chez lui.

-C'est gentil, remercia-t-elle.

Il haussa les épaules, fermant la porte, l'air neutre. C'était normal, non ? Il rendait service, simplement.

-Et je suis désolée, s'excusa-t-elle comme soudainement gênée, je ne savais pas que tu avais déjà un petit ami.

-Hein ? prononça Jday d'une manière très distinguée.

Qu'est-ce qu'il avait loupé dans la conversation ? Depuis quand il était en couple ? et avec un homme ? Alors que son hétérosexualité n'était plus vraiment à prouver depuis longtemps. La jeune femme devait le confondre avec quelqu'un d'autre, forcément. C'était la seule explication plausible.

-M. Connard, c'est ton petit ami non ?

Son... ? Il éclata de rire à cette idée. Vraiment ? Elle croyait qu'ils étaient ensemble ? Lui et l'autre abruti ? Quelle idée ridicule. Jday ne savait même pas s'ils étaient bel et bien amis, alors en couple… il fit une grimace, alors que des images mentales un peu trop réalistes lui venaient à l'esprit.

-Non, non, rectifia-t-il en reprenant son sérieux, moi avec ce mec… non.

Son hilarité avait été remplacée par la gêne. La jeune femme parut le voir, mais semblait surtout surprise. Comme si c'était étonnant, que ce ne soit pas le cas.

-Oh. Pardon. J'ai vraiment cru qu'il avait jeté son verre sur moi par jalousie.

Jday leva un sourcil, en la dévisageant, comme si on venait de lui d'annoncer que les petits hommes verts existaient. M. Connard ? Jaloux ? Vraiment ? D'où sortait-elle une idée pareille ? Sans doute parce qu'elle ne le connaissait pas. C'était un concept impossible à imaginer chez lui. Et puis, pourquoi ? Il pouvait être jaloux de la réussite de quelqu'un, mais dans ce cas précis… il ne voyait pas.

-Désolé tu te trompes, finit-par lui faire en retournant vers la porte, bon je peux te laisser, ça va ?

Jday attendit une réponse de sa part, et après plusieurs hochements de tête de la jeune femme, il repassa par la porte. Décidé à laisser cette étrange conversation derrière lui. Plus vite il l'oublierait, mieux il serait ! Parce que sérieusement ! Lui et l'autre connard ensemble ? Quelle vision d'horreur… c'était préférable de l'effacer. Vite.

Mais quelque chose lui dit que la tranquillité n'était pas pour toute suite. Sans doute à cause de la voix criant son nom. Il se retint tout juste de soupirer. Qu'est-ce qu'il y avait, encore ? Il ne pouvait pas juste passer une soirée normale entre potes ?

-Jday, répéta l'un des invités quand il fut à sa hauteur, tu pourrais aller parler à M. Connard ?

Jday n'aurait même pas dû être étonné. Et il sentit aussitôt la fatigue l'envahir. Pourquoi lui ? Et pourquoi toujours ce mec, qui devait lui faire chier ? Pourrissant sa vie, pas juste dans leur émission, mais jusque dans ses relations sociales. Si les choses ne changeaient pas un jour, il ne le supporterait plus, et leur amitié s'éteindrait. Sans aucun espoir de se rallumer.

Seulement, pour l'instant, ils étaient encore amis.

-Qu'est-ce qu'il a encore fait ? râla Jday.

Il s'attendait à une « bêtise », et son imagination le visualisait parfaitement. Ce con savait si bien en faire, comme un don naturel. Sûrement parce que pour lui, ça n'en était pas. Nan, l'excuse de l'humour, elle marchait toujours. Tout le temps, pour tout.

Seulement, l'expression faciale de son pote ne correspondait pas à de l'agacement, ou un autre sentiment dans le genre. Non, non, ce n'était pas ça. Mais autre chose. Inquiétant fortement Jday. Qu'est-ce qui pouvait provoquer de la pitié et de la compassion chez quelqu'un pour M. Connard ? Il n'arrivait même pas à imaginer. Et Jday avait soudainement peur.

La raison, il n'en savait rien, mais… pour le moment, il s'en fichait. Il avait besoin de savoir, pour se rassurer. Maintenant, avant que des scénarios catastrophes n'arrivent dans sa tête.

-Il est où ?

Sans rien dire, l'autre invité lui fit signe de le suivre, et Jday se surprit à avancer d'un pas pressé. Malgré son esprit trop créatif pour visualiser des scènes dramatiques, une petite voix tentait de le réconforter. Cet idiot allait forcément bien, n'est-ce pas ? Il n'était pas assez stupide pour se mettre en danger.

Puis pourquoi serait-il en danger ? C'était juste une fête. Son collègue ne risquait pas grand-chose. Pourtant il s'en rongeait les ongles, anxieux. Mais comme un soufflet raté, son anxiété disparue aussi vite qu'elle avait gonflé. Dès qu'il vit dans quelle situation était son collègue. Et surtout, dans quel état. Les choses changeaient et restaient les mêmes.

Cet abruti était assis par terre, contre le mur, entouré de bouteilles vides -d'alcool, évidemment- et insultait tous ceux qui osaient s'approcher trop près. Jday soupira, ayant repris son sang froid, et fit signe à son pote pour les laisser seuls. Et quand ce dernier fut assez loin, il attrapa M. Connard par le bras. Attirant l'attention de celui-ci.

-T'as réussi à te bourrer alors que je suis parti 5 minutes ?! gronda-t-il.

Les lunettes noires le regardaient, mais il restait bizarrement silencieux. Son collègue finit par réagir, agitant son bras pour le faire lâcher prise. Sans succès. Il avait l'air d'avoir perdu toute force. Et ça ne rassurait pas Jday.

-Ta gueule ! gueula M. Connard. Je sais que tu m'aimes pas alors dégage !

Il fronça les sourcils. Il devait vraiment avoir trop bu pour dire ça... ne l'écoutant pas la suite, Jday le força à se lever. Bien qu'il avait l'air d'avoir du mal à tenir debout. Il passa donc un bras autour de son épaule, pour le maintenir en position verticale. Et étrangement, M. Connard ne le repoussa pas. Augmentant son inquiétude.

Pourquoi s'était-il bêtement rendu soûl ? ça n'avait aucun sens. Ce n'était pas comme si des mots pouvaient l'atteindre. Ou peut-être… ? A chaque fois que Jday pensait le comprendre, il faisait une chose illogique. Mais peut-être qu'il était simplement comme ça. Et qu'il n'avait rien à comprendre, en fait.

Ce qui ne l'empêcherait pas de le ramener chez lui. A pied s'il le fallait. Pour leur amitié, aussi mystérieuse soit la raison de son existence.

-T'es con, confia Jday en serrant sa prise sur lui, évidemment que je t'aime bien.

Ses gestes n'étaient toujours pas sûrs, mais M. Connard parut retrouver une certaine vigueur. Jday en échappa un demi-sourire, pendant une fraction de secondes. Un court moment que l'autre homme parut apercevoir, néanmoins.

-On rentre à la maison, conclut-il d'un ton plus amical.

Et le duo commença à marcher ensemble, l'un aidant l'autre. Le reste des invités n'eut même pas l'air de les voir partir, comme s'il n'y avait qu'eux deux. Depuis le début. Et que ces gens autour, au final, n'avaient jamais existé.