Dans le creux de ta paume

Où ma main se blottit

Je retrouve mon abri

Doux et calme. Comme un baume

(Abri, Esther Granek)


Eren chanta encore une bonne vingtaine de minutes. Levi resta enroulé dans sa couverture, les genoux contre sa poitrine, la tête posée contre son épaule. Eren posa ensuite sa guitare, et leva doucement la main pour la poser sur la tête de Levi, comme s'il était un animal sauvage. Il le laissa faire, et Eren caressa sa tête. D'abord avec hésitation, comme s'il n'était pas sûr de comment Levi allait réagir, puis plus sûrement.

Eren tourna sa tête, et déposa un baiser dans ses cheveux, si léger que Levi aurait pu croire qu'il l'avait rêvé.

« Je suis désolé, » murmura-t-il.

Levi ne savait pas quoi répondre. Il ne lui en voulait pas, car dans la même situation qu'Eren, il aurait probablement fait la même chose. Il n'y avait rien à pardonner. Il hocha la tête légèrement. Cela sembla suffire à Eren.


Ils retournèrent à la voiture quelques minutes plus tard.

« Il nous reste à peu près cinq heures de trajet, l'informa-t-il. Tu veux conduire ? »

Levi se sentait mou, et déconnecté de la réalité. Il ne ressentait plus rien. Il secoua la tête, sachant très bien qu'il n'était pas exactement en état de prendre le volant.

Eren leva la main, et effleura sa joue du bout des doigts dans un geste tendre. Les paupières de Levi se fermèrent une fraction de seconde. Il se regardèrent dans les yeux, en silence, et Eren fit l'esquisse d'un sourire.

Levi prit la place passager. Il posa sa tête contre sa main, et regarda la paysage défiler. Eren avait mis la radio, et elle résonnait dans son esprit comme un doux fond musical. C'était réconfortant de se dire qu'il y avait une raison pour le fait qu'il ne s'était jamais vraiment senti à sa place. Cela le faisait peur aussi, ces souvenirs, cette autre vie, toute l'horreur qu'il avait vu dans cet unique rêve.

« Je vais appeler ma mère, déclara-t-il.

— Maintenant ? S'étonna Eren. C'est un peu tôt.

— Elle travaille de nuit, elle devrait rentrer dans une heure, l'informa Levi. Je l'appellerai à ce moment là.

Eren lui sourit sans quitter la route des yeux.

— Comment elle s'appelle ? Demanda-t-il.

— Hannah, dit Levi.

— C'est un joli prénom, souffla Eren. Tu savais que cela veut dire Grace en hébreu ? »

Levi hocha la tête. Sa mère le lui avait dit lorsqu'il était petit.

Eren ne lui posa pas d'autre question. Levi lui en était reconnaissant. Il avait probablement compris que Levi n'avait pas trop envie de parler.


Ils s'arrêtèrent lorsque Levi décida d'appeler sa mère. Le téléphone ne sonna qu'une fois avant qu'elle ne décroche.

« Lucien, mon chéri ? Oh mon Dieu, j'étais si inquiète! S'exclama-t-elle. Tu vas bien ? Pourquoi tu es parti comme ça ? Et avec qui ? Ce n'est pas un pervers, n'est-ce pas ? Où es-tu maintenant ? Est-ce que…

— Maman, la coupa Levi. Je ne peux pas répondre si tu me poses tant de questions à la fois, tu sais.

Oh oui, tu as raison, concéda-t-elle. Je suis si contente de t'entendre, chéri. J'étais morte d'inquiétude pour toi.

— Désolé, s'excusa-t-il, se sentant coupable.

Il se mordit la lèvre. Il l'entendit soupirer au téléphone, mais il ne sut dire si c'était un soupire de soulagement ou d'agacement.

Est-ce que tout va bien ? Demanda-t-elle, finalement.

Il hocha d'abord la tête avant de se rendre compte qu'elle ne pouvait pas le voir.

— Oui, je te promets je vais bien, Maman, assura-t-il. La personne avec qui je voyage est très gentille. Il prend soin de moi. Est-ce que… Est-ce que tu veux que je te le passe ?

Sa mère sembla hésiter une seconde.

Je veux bien, oui, » admit-elle.

Il leva la tête, chercha Eren du regard. Il était contre le capot de la voiture, une cigarette à peine entamée entre les doigts.

« C'est ma mère, expliqua-t-il en lui tendant le téléphone. Elle voudrait te parler. »

Eren lui fit un sourire, et prit l'appareil, le glissant entre son épaule et son oreille. Levi s'écarta, puis se glissa dans le voiture. Il attrapa un des sacs contenant la nourriture qu'ils avaient achetée, et fouilla. Il en sortit une tomate. Il récupéra le couteau suisse dans la boite à gants, et trouva une fourchette en plastique.

Lorsqu'Eren toqua à la porte ouverte, lui faisant lever les yeux, il venait de finir la première tomate. Celui-ci arqua un sourcil inquisiteur, mais ne fit que lui tendre le téléphone.

« Allo, Maman ?

Oui, Lucien. Je voulais te dire que tu peux revenir quand tu veux, promit-elle. Je suis un peu en colère mais… Je te connais, tu n'es pas parti sur un coup de tête. Enfin, si mais… Si tu as décidé de partir, c'est que tu le voulais vraiment. Et je respecte ton choix. De plus, William semble être un jeune homme tout à fait respectable.

— Will…, hésita-t-il. Oh oui, William. Oui, il est cool…

Il fronça du nez à son choix de mots. Eren (William) n'était pas que cool, mais Levi ne savait pas vraiment comment le décrire.

Appelle-moi, d'accord ? L'implora sa mère. Je m'inquiète, même si je sais que tu es capable de prendre soin de toi-même.

— Je te le promets, Maman, jura-t-il. Je t'aime.

Je t'aime aussi, mon chéri, lui répondit sa mère. A bientôt. »

Il raccrocha, une boule dans la gorge. Il rangea son portable. Pendant l'appel, Eren s'était assis au volant, les pieds dehors. Il se laissa tomber en arrière, posant sa tête sur la jambe de Levi. Il voulait demander quelque chose, et Levi le sentit tout de suite.

« Quoi ? Grommela-t-il.

— Je n'ai que des fragments de souvenirs mais… Je pense bien que c'est la première fois de mes deux vies que t'entends dire Je t'aime à quelqu'un, remarqua Eren.

Levi plissa son nez.

— Ton père t'a jamais appris à t'occuper de ton cul plutôt que ce qui ne te regarde pas ? Grogna-t-il.

Eren rit, apparemment habitué au mauvais caractère de Levi. Il haussa les épaules.

— Il semblerait que non, » déduit-il.

Eren ne bougea pas sa tête de sa cuisse. Levi le fusilla du regard, jusqu'à que le brun fasse une grimace.

«Qu'est-ce que tu fous ? S'étonna-t-il.

Eren lui tira la langue, sans résultat. Il tenta une nouvelle grimace, mais Levi lui pinça le nez.

— Aïe! Ça fait mal, Levi! S'exclama-t-il. (Levi arqua un sourcil parce que c'était le but, justement.) J'essayais juste de te faire sourire.

Il faisait la moue maintenant, ce qui le rendait ridiculement adorable avec ses grands yeux océan.

— T'es bizarre, déclara Levi.

— Ce n'est pas moi qui mange des tomates à quatre heures du mat', contra Eren.

Il fit un sourire satisfait alors que Levi croisait les bras en fronçant du nez.

— Dégage ta tête de mes jambes et conduis, flemmard, qu'on arrive demain matin et pas dans quinze jours, lui ordonna Levi.

— Bien, mon Capitaine! » S'exclama Eren, en se relevant.

Il y eut un moment de flottement entre eux deux, le titre faisant remonter des souvenirs et un sentiment de malaise que les deux auraient préféré éviter.

« Hum, je veux dire… Enfin…c'est juste une façon de parler, bafouilla Eren, essayant de se rattraper.

— Bouge, Eren, j'en ai marre de dormir dans cette putain de voiture, » commanda Levi.

Cela suffit apparemment à briser la gêne entre eux car Eren lui fit un de ses grands sourires et démarra la moteur.


« If I can make it there, I'll make it anywhere, chantait Eren à tue-tête, It's up to you, New York, New York.

— On est arrivés dans quinze minutes, tu veux pas te calmer ? Soupira Levi.

— Mais Leviii, geignit Eren. C'est la chanson parfaite pour ce moment!

— Tu peux aussi te la fermer, et on arrivera quand même, remarqua-t-il.

— Pff, t'es pas drôle, » se plaignit Eren, mais il s'arrêta de chanter.

Levi compta cela comme une victoire personnelle.

Ils s'arrêtèrent dans une petite rue déserte, Eren déclarant qu'il avait besoin d'une tasse de café ou il risquait de s'écrouler d'une minute à l'autre.

Ils se retrouvèrent donc dans un petit établissement appelé Mywaycup Coffee. Il n'y avait pas beaucoup de place, mais il n'y avait pas grand monde, heureusement. Ils faisaient la queue derrière une jeune homme aux cheveux blonds coupés au carré, un bonnet sur la tête. Il commanda un capuccino, paya puis partit.

En sortant, il fit tomber une carte. Eren se baissa pour la lui rendre, et se figea. Levi le regarda curieusement. Soudain, le brun se jeta à l'extérieur. A travers la vitre, Levi put le voir regarder à droite et à gauche.

Lorsqu'Eren revint à l'intérieur, il croisa les bras.

« Qu'est-ce que c'était que ça, crétin ? »

Eren secoua la tête. Il baissa les yeux vers la carte comme si c'était un objet incroyable. Il ne dit rien et la tendit à Levi.

Il la prit. C'était une carte d'étudiant pour NYU. Il y avait une photo. Le jeune homme aux yeux bleus et cheveux blonds lui disait étrangement quelque chose. Il était convaincu d'avoir déjà vu cette tête quelque part.

Il leva les yeux vers Eren pour une explication.

« Tu te souviens de la promesse dont je t'ai parlé ? Demanda-t-il, et Levi hocha la tête. C'est lui, c'est Armin, la personne avec qui j'ai fait la promesse.

Levi ouvra la bouche pour répondre, lorsque quelqu'un toussa pour attirer leur attention. Il lança un regard meurtrier à la jeune fille au comptoir.

— Vous comptez commander quelque chose ? Voulut-elle savoir, ignorant Levi. Parce qu'il y a des gens qui attendent derrière vous.

— Oh, pardon! S'exclama Eren, en se rendant compte qu'en effet, ils bloquaient la queue. Je vais prendre un café mocha, s'il-vous-plait. Et toi Levi ?

— Un thé noir, grommela-t-il.

— Vos noms, s'il-vous-plait ? Demanda-t-elle.

— Je suis Eren, l'informa-t-il, et le petit grincheux c'est Levi. »

Il ne se gêna pas pour envoyer un coup de pieds dans son tibia, puis partit réserver une place avec un sourire satisfait au petit cri de douleur qu'Eren laissa s'échapper.

Eren arriva deux minutes plus tard avec leurs commandes. Il prit place en face de Levi. Il sortit la carte de sa poche et la posa sur la table.

« Il faut qu'on le retrouve Levi, déclara-t-il.

Il hocha la tête.

— On a sa carte, il va à NYU, fit-il remarquer. Si on va à l'université on pourrait peut-être le trouver.

— On n'est même pas des étudiants là-bas! Fit remarquer Eren. Et comment est-ce qu'on va la retrouver, cette université est géante!

— Qu'on soit pas des étudiants, on en a sérieusement rien à foutre, l'assura Levi. Personne ne va faire attention à nous. Le retrouver par contre… Si on va à l'administration, on peut peut-être demander ses cours ?

— Je sais pas, je suis pas convaincu, avoua Eren.

— De toute façon, la première chose à faire, c'est d'aller à l'université, assura Levi. On peut toujours improviser une fois là-bas.

— D'accord, » accepta Eren.


Ils allèrent au premier bâtiment qu'ils purent trouver. Levi regarda le flot d'étudiants, cherchant Armin des yeux. La probabilité qu'ils se rencontrent était moindre mais ils ne perdaient rien à regarder.

Ils décidèrent de demander à quelques personnes. Sur la dizaine à qui ils parlèrent, il n'y avait qu'une qui l'avait déjà vu, mais ne connaissait même pas son nom avant de le voir sur la carte. Levi et Eren ne purent rien tirer d'elles. La seule personne qui les aida fut une jeune fille pressée qui leur dit rapidement en passant qu'il était probablement à la bibliothèque. A savoir laquelle, c'était une autre question.

Au bout de quarante cinq minutes, ils se laissèrent tomber sur un banc.

« Si je dois parler à encore un de ces putains d'étudiants, je l'étrange, prévint Levi.

— On va jamais s'en sortir comme ça, soupira Eren.

— Il nous faudrait un peu plus, marmonna Levi. Si on savait au moins ce qu'il étudie.

Eren se releva d'un coup.

— Je sais! S'exclama-t-il.

— Tu sais quoi ? Grommela Levi.

— J'ai une amie qui se débrouille vraiment bien dans tout ce qui est informatique, expliqua Eren.

— Et donc ? On n'a même pas d'accès internet parce qu'on est pas étudiants, remarqua Levi.

Eren lui fit un de ses petits sourires en coin qui montraient qu'il savait quelque chose que dont vous n'étiez pas au courant.

— Tu vas être ébloui par ce qu'elle peut faire, » promit-il.

Il sortit son portable, chercha quelqu'un dans ses contacts, puis porta le téléphone à son oreille. Levi le regarda suspicieusement. Eren lui fit un clin d'œil, il décida de l'ignorer.

« Hey Luce, c'est Eren. Oui, je suis toujours vivant, désolé pour ça. Ecoute, j'aurais besoin de ton aide. Levi et moi… (Petit rire.) Oui, je te le passe juste après. Pour mon problème. Je cherche quelqu'un. J'ai son nom, son prénom, son université et son numéro de matriculation. Tu peux me trouver son majeur avec ça ? Tu peux m'avoir son numéro de portable aussi ?! Euh, oui, c'est pas mauvaise idée. Ok je te le passe. »

Il donna les informations à la dénommée Luce, puis tendit le téléphone à Levi qui le fixa quelques secondes, hésitant à le prendre. Eren lui fit un sourire encourageant. Il le prit.

« Allo ? Dit-il.

Hey! Je suis Lucilla, mais appelle-moi Luce, s'il-te-plait. Je hais mon prénom, se présenta la jeune femme de l'autre côté du fil. Tu es Levi, n'est-ce pas ?

Il pouvait entendre le son d'un clavier. Luce semblait taper à une vitesse folle.

— Comment tu me connais ? S'étonna-t-il.

Il y eut un petit flottement. Il devina qu'elle devait être concentrée sur autre chose.

Oh, Eren m'a parlé de toi quand je l'ai appelé l'autre soir, expliqua Luce distraitement. Tu dormais.

Il lança un regard meurtrier à Eren, et celui-ci lui rendit un regard confus.

— Tu l'appelles Eren, remarqua Levi.

Mmh ? Oh, oui, il a toujours préféré qu'on l'appelle Eren, expliqua la jeune femme. Je me suis jamais vraiment demandé pourquoi, je hais mon prénom, donc je pouvais comprendre. »

Il y eut plus de tapements, un petit grognement, des cliques de souris, et finalement un petit « Alors c'est qui la meilleure ? ».

« Parfait, j'ai tout ce que vous voulez, déclara Luce fièrement. Donc, Armin Hayden, vingt ans. Il a changé son prénom à dix-huit ans, il s'appelait… James. Pas très original… Bref, il a son majeur en relations internationales et mineur en psychologie. Un petit génie, apparemment, vu ses notes. Dis à Eren que je lui envoie son numéro de portable par sms.

— Comment tu as fait pour trouver tout ça ? Demanda Levi, impressionné.

Luce rit.

Une magicienne ne révèle pas ses secrets, souffla-t-elle, mystérieusement. La seule chose que je peux te dire c'est que ce n'est pas très légal… Bon, cher Levi, ce fut un plaisir de te parler, mais faut que j'aille en cours. La prochaine fois que j'appelle Eren, on pourra rediscuter.

— Oui, d'accord, accepta-t-il. A la prochaine. »

Elle raccrocha.

Il rendit son téléphone à Eren.

« Elle va t'envoyer son numéro de portable dans un text, l'informa Levi.

— Ok, super, dit-il. Elle est incroyable, non ?

Levi hocha la tête. C'était vrai qu'elle était pour le moins surprenante.

— Tu lui as parlé de moi, accusa-t-il.

Eren eut l'air embarrassé.

— Eh bien, c'est juste que c'est une de mes meilleurs amies, et elle savait que j'étais parti de chez moi, se défendit Eren. J'ai presque rien dit sur toi! Juste que tu t'appelais Levi, et ton âge. »

Levi lui lança un regard suspicieux. Eren leva les mains en signe de d'innocence. Il se promit de lui faire cracher le morceau. Mais plus tard, il n'avait pas le temps maintenant.

Son portable vibra. Eren enregistra le numéro.


Le campus de NYU était ridiculement grand. La bibliothèque pour les sciences humaines était à au moins un kilomètre de là où ils se trouvaient.

C'est pourquoi ils se retrouvèrent en plein milieu de New York, une carte de la ville entre les mains, leur portable dans l'autre, essayant de se trouver leur chemin. Levi pestait contre la carte du nouvel iPhone parce qu'elle était vraiment nulle, pestait contre la carte de papier parce qu'elle était bien trop grande et pas claire (et qu'elle n'indiquait pas directement le chemin), pestait contre Eren qui essayait de le calmer, et finalement décida de demander à un passant.

« Bonjour, excusez-moi, vous sauriez où se trouve la bibliothèque Raymond Fogelman ? Du Campus NYU, demanda-t-il froidement.

La pauvre dame eut l'air complètement effrayé, mais heureusement, Eren intervint. Il posa ses mains sur les épaules de Levi, et fit un grand sourire à l'inconnue.

— Veuillez pardonner mon ami, il est un peu fatigué, s'excusa-t-il. Nous allons tous les deux être étudiants à NYU l'année prochaine, et nous cherchons une des bibliothèques du campus. Voici l'adresse.

Il tendit son portable à la dame, qui fut bien plus coopérative maintenant qu'Eren était celui qui lui parlait.

— Oh, vous n'êtes vraiment pas loin! Les assura-t-elle. Les rues sont perpendiculaires ou parallèles ici, c'est très facile de se retrouver. Continuez sur cette rue jusqu'à la quatrième avenue vers la droite. »

Eren la remercia copieusement, et la dame pouffa une main devant la bouche. Levi les regarda les bras croisés, irrité. Elle était tellement ridicule à rire comme ça, c'en était presque pathétique. Eren était bien trop jeune pour elle de toute façon.

Eren se rendit rapidement compte que Levi était encore plus silencieux que d'habitude. Il n'était pas très bavard, mais il ponctuait toujours la conversation de petits remarques sarcastiques. Cela faisait bien dix minutes qu'il n'avait pas dit un mot pourtant.

Eren se planta devant lui, marchant à l'envers.

« Tu vas foncer dans quelqu'un crétin, grommela Levi.

Eren lui sourit.

— Tu ne parlais plus, je me demandais si tu me faisais la gueule, expliqua Eren.

Levi fronça du nez.

— Je te fais pas la gueule, se défendit-il.

Eren donna un petit coup de l'index sur son nez. Levi voulut lui taper sur le bras pour se venger, mais le brun retira sa main avec un rire avant qu'il ne puisse le faire.

— Quand tu fais cette expression, tu me fais penser à un chat grincheux, se moqua-t-il gentiment.

Levi lui lança un regard meurtrier.

— Si tu m'appelles un chat grincheux encore une fois, je te fais bouffer ta guitare, menaça-t-il, regardant décidément devant lui, ignorant Eren.

Le brun se remit à côté de lui.

— Allez Levi, arrête de bouder, c'était pour rigoler, » le supplia-t-il.

Levi ne répondit pas, ses yeux fixés résolument sur la rue.

Eren planta son doigt dans son épaule, ses côtes, son flanc. Levi lui attrapa la main.

« Qu'est-ce que tu fous encore, connard ? Grogna-t-il.

— Tu me répondais pas, se justifia Eren.

— Est-ce que ça te donne le droit de m'emmerder ? » Demanda Levi avec sarcasme.

Eren haussa les épaules avec ce petit sourire satisfait à la fois rageant et terriblement séduisant.

Ils arrivèrent finalement à cette fameuse bibliothèque. Ils décidèrent qu'il valait mieux se séparer pour le trouver plus vite.

Ils parcoururent les allées, vérifièrent toutes les tables de chaque étage, mais furent incapable de le trouver. Ils tombèrent l'un sur l'autre au troisième étage, les mains vides. C'est en s'appuyant sur la rambarde et regardant distraitement en bas qu'Eren vit une tête blonde familière se diriger vers la sortie. Il allait crier, mais Levi fut plus rapide, lui collant une main sur la bouche pour l'obliger à rester silencieux. Eren hocha la tête avant de se précipiter dans les escaliers.

Levi le suivit alors qu'il dévalait les marches, s'inquiétant un peu qu'il trébuche et finisse par descendre la tête la première. Il aurait dû faire plus confiance à Eren car pas une seule fois il eut une seconde d'hésitation, et il arriva en bas en un seul morceau.

Ils sortirent de la bibliothèque en courant sous l'œil réprobateur de la bibliothécaire. Ils se jetèrent à l'extérieur. Eren regarda à droite et à gauche.

« Là! » S'écria Levi en pointant vers la gauche.

Eren se jeta à la suite de son ami.

« Armin! » Cria-t-il, mais le blond ne l'entendit pas.

Il accéléra sa course, et Levi le suivit d'un peu plus loin. Ce n'était pas vraiment sa réunion.

« ARMIN! » Hurla-t-il de nouveau, et cette fois, le blond se stoppa et se retourna.

Eren s'arrêta à deux mètres de lui, le souffle court. Ils restèrent planté l'un devant l'autre pendant quelques secondes.

Armin le regardait avec des grands yeux, les doigts agrippant les livres dans ses bras.

« E- Eren ? Souffla-t-il.

Le brun lui fit un grand sourire.

— En chair et en os, » déclara-t-il.

Armin laissa tomber tous ses livres au sol pour se jeter dans les bras ouverts d'Eren. Ils tombèrent dans un froissement de papier. Levi les regarda avec une pointe d'envie, dans les bras l'un de l'autre, Armin sanglotant contre son épaule pendant qu'Eren lui caressait la tête.

« Tu crois pas que t'es un peu vieux pour pleurer comme ça ? » Le taquina Eren.

Armin s'écarta de lui, essuyant ses larmes, et le tapa sur l'épaule pour se venger.

Son regard se posa sur Levi qui se tenait un peu à l'écart.

« Caporal, salua Armin, avec un petit sourire.

Il secoua la tête.

— Juste Levi, corrigea-t-il en s'approchant. On est dans une autre vie. Je ne suis plus ton supérieur, tu n'es plus mon subordonné. Je suis même plus jeune que toi maintenant, et je n'ai que quelques vagues souvenirs...

Armin rit gentiment. Il ouvrit ses bras.

— Puisque tu n'es plus que Levi, justifia-t-il.

— Non, refusa tout net Levi.

— Allez Levi! L'encouragea Eren avec un grand sourire.

Son regard alla d'un jeune homme à l'autre, et finalement, il abandonna avec un soupir.

— C'est bon vous avez gagné, » marmonna-t-il, vaincu.

Il s'approcha d'Armin qui glissa un bras autour de ses épaules. Il était plus grand que dans ses souvenirs, remarqua Levi, légèrement dégouté. L'étreinte ne dura pas longtemps et fut un peu gênée, mais le blond parut satisfait.

Décidant que rester un plein milieu de l'université devant les yeux curieux de tous les étudiants qui passaient par là n'étaient pas spécialement confortable, ils se dirigèrent vers un café.


A/N : La chanson qu'Eren chante est New York de Frank Sinatra. (Pour des jeux de mots pourris et encore plus de ereri, vous pouvez jeter un coup d'oeil à mon tumblr : lheonce).