Reviews

Clste : Oh, ne t'inquiète pas pour les fautes d'orthgraphe. Tout le monde en fait. Je suis toujours obligée de repasser après avoir posté mes chapitres parce que je vois des fautes que je n'avais pas remarquées avant. Oh, moi aussi je rêve de partir. Je sais comment c'est à 14 ans, et cette envie de s'échapper. A 18 ans, je pense qu'elle n'est jamais vraiment partie, mais plutôt qu'avoir envie de "m'échapper", j'ai juste envie de partir. Et Célèste est un beau prénom. Je pense qu'en grandissant, tu vas apprendre à l'apprécier Bref, merci infiniment d'avoir lu, et profite du chapitre!

Victoria : Wow, merci! Oh mon dieu, bien sûr que non ce n'est pas parfaite! Rien n'est parfait! Mais quel plaisir de recevoir tant de compliments! Viens là que je t'embrasse! Ah, changer les repères est une de mes habitudes. Quitte à faire un UA autant y aller jusqu'au bout, non ? Ugh je vais faire mon mieux pour le rythme de publication mais avec les partiels dans un mois... J'ai intérêt à écrire des chapitres en avance! (Ps : J'ai hésité pendant trois jours entre les deux, et j'ai choisi Capitaine et je le regrette chaque fois que je l'écris. Mais maintenant que c'est fait, j'assume!)

OK EN FAIT J'ASSUME PAS DU TOUT SI VOUS LISEZ CE CHAPITRE POUR LA PREMIÈRE FOIS OU SI VOUS RELISEZ JUSTE SACHEZ QUE J'AI CHANGÉ CAPITAINE PAR CAPORAL PARTOUT (sauf à un endroit). JE SUIS FAIBLE.


« Chacun de nous cherche en lui quelque chose qu'il a perdu, n'est-ce pas ? »
(Un nouveau règne, Licia Troisi)


Il sentit les rayons du soleil sur son visage, et fronça des sourcils pour essayer de les filtrer le plus possible. Il tourna la tête, s'enroulant sur lui-même, mais il était réveillé maintenant. Il frissonna quand un de ses pieds sortit de sous la couverture par inadvertance. Il se rapprocha du centre du lit pour se coller à Eren qui lui tiendrait chaud.

Il ne rencontra que le vide. Il n'y avait pas d'Eren.

La réalisation qu'il était seul dans le lit, finit de le réveiller complètement. Il ouvrit les paupières et en effet, il ne restait plus que lui.

Il se releva avec un grognement. Il pouvait entendre des voix dans le salon. Il se leva, grimaçant en sentant le sol froid sous ses pieds. Ses yeux balayèrent la pièce, repérant le sweater d"Eren. Sans scrupule, il décida de le prendre. Il faisait froid, et il était confortable. Il était trop grand par contre, pas étonnant vu la taille d'Eren dans cette vie. Il devait facilement faire le mètre quatre-vingt, voire quatre-vingt-cinq, pensa Levi un peu dégouté. Pourquoi il ne pouvait pas être grand lui aussi, se désola-t-il en regardant les manches pendre de ses bras, couvrant complètement ses mains.

Il sortit de la chambre pour se diriger dans le salon. Armin était assis sur le canapé, la tête d'Eren sur ses genoux. Lorsqu'il entra, le brun tourna la tête vers lui, et Levi s'attendit à ce qu'il lui fasse un grand sourire, comme il le faisait habituellement en le voyant, mais le sourire qu'Eren lui offrit était doux, tendre même, Levi se rendit compte avec étonnement. Il détourna les yeux.

« Bonjour Levi, le salua Armin, gentiment.

Il y avait une lueur malicieuse dans ses yeux bleus, comme s'il savait quelque chose que Levi, lui, ne savait pas. Il fut rappelé une nouvelle fois de l'intelligence vive et dangereuse qui se cachait derrière ces traits innocents.

— B'jour, marmonna-t-il.

Il bailla, sentant des larmes au coin de ses yeux.

— Prends ce que tu veux dans la cuisine pour le petit déjeuner, l'informa Armin. Je dois avoir du thé dans le placard au-dessus du comptoir. Celui de gauche.

— D'accord, merci. »

Armin était évidemment bien plus organisé que Eren, et il n'eut aucun mal à retrouver le thé. Il mit de l'eau dans la bouilloire électrique, et glissa deux toasts dans le grille-pain. Il fouilla dans le frigo, et trouva du beurre, de la confiture, et du jus d'orange.

Il s'installa tranquillement à table. Les voix étouffées d'Eren et Armin arrivaient jusque dans la cuisine.

« Elle est comment au lit ?

— Eren ! S'exclama Armin, offusqué.

Levi pouffa.

— Tu sors avec Annie, j'estime que j'ai le droit de savoir, justifia Eren.

Il avouait ne pas vraiment comprendre la logique.

— Je refuse de te parler de ma vie sexuelle, déclara le blond. Est-ce que je te demande de me parler de la tienne ? Non.

— Je peux te raconter si tu veux.

— Je ne veux pas savoir. »

Ils continuèrent de discuter de choses plus ou moins intéressantes. Levi se leva pour débarrasser son assiette, lorsque le sujet de la conversation attira l'attention de Levi.

« Tu te souviens de beaucoup de choses, de nos vies précédentes ? Demanda Armin.

Il y eut un petit moment de silence, comme si Eren réfléchissait à sa réponse.

— Un peu, pas beaucoup. Plus depuis qu'on vous a rencontré toi et Annie.

— Je voudrais vraiment trouver Mikasa, elle me manque…

— Moi aussi. »

Levi ouvrit le lave-vaisselle, et rangea son assiette, son verre et ses couverts. Il finit tranquillement sa tasse, appréciant la douce chaleur que lui procurait la boisson.

« Il est différent du Caporal, » entendit-il Armin dire.

Il n'y eut pas de réponse orale, et Levi ne put empêcher la sensation de malaise qui s'empara de lui.

« Il ne te manque pas ?

Le silence qui s'étira était tendu. Levi ne savait pas ce qu'il voulait entendre à vrai dire.

— Tu sais, parfois, rarement, j'ai un petit moment où j'ai l'impression d'être redevenu un soldat. Mais ça ne dure pas longtemps. Il n'a pas exactement le même…air autour de lui. C'est…déstabilisant. »

La tasse s'échappa des mains de Levi avant qu'il ne puisse s'en rendre compte. Elle s'écrasa au sol, se brisant instantanément. Levi la regarda sans bouger pendant quelques secondes, figé.

« Merde, » jura-t-il.

Il se baissa pour ramasser les plus gros morceaux.

« Levi! S'exclama Eren.

Il leva la tête pour voir les deux amis à l'entrée de la cuisine. Le brun semblait paniqué.

— J'ai juste fait tomber la tasse, marmonna-t-il.

Il entendit Eren soupirer.

— Rien de grave ? Demanda-t-il, inquiet.

— Je…je vais bien, mentit Levi. J'ai juste… Désolé.

— C'est pas grave, le rassura Armin, en posant une main sur son épaule. Je n'aimais même pas cette tasse.

— Tu devrais aller te mettre un truc aux pieds » lui conseilla Eren.

Il hocha la tête, et sortit de la cuisine.

Une fois dans la chambre, il s'assit sur le lit. Il avait besoin de sortir, il se rendit compte. Il s'habilla rapidement, posa sur le lit les affaires dont il n'avait pas besoin dans son sac. Il se coiffa, se brossa les dents.

Il sortit le plus vite et le plus silencieusement possible. Il n'avait pas envie d'expliquer pourquoi il partait. Il dévala les escaliers, ayant presque peur qu'Armin ou Eren se rende compte de sa fuite et se jette après lui.

Ce n'est qu'une fois dans la rue, au milieu de toutes ces personnes inconnues qui ne savaient rien de lui, au milieu de la fouille grouillante et anonyme, qu'il se détendit.

Il ne cherchait rien en particulier et déambula sans but dans les avenues de New York. Il y avait quelque chose de rassurant de se dire que personne ne le connaissait ici, qu'il n'était qu'un visage parmi tant d'autres.

Sa paix ne fut que de courte durée. Il sentit son portable vibrer dans sa poche. Il le sortit. L'écran affichait Eren.

Il n'avait vraiment pas envie de lui parler. Avec un soupir, il raccrocha, se sentant coupable. Stupide, pensa-t-il. Pourquoi s'était-il enfui comme un voleur ? C'était ridicule. Il ne voulait pas inquiéter Eren.

Ou le voulait-il ?

Il n'était pas vraiment sûr. Eren serait-il inquiet parce que lui Levi (Lucien) était parti, ou parce qu'en partant, il privait également Eren de tout ce qui restait du Caporal ?

En réalité, il était énervé contre Eren de voir en lui quelqu'un qu'il n'était pas. Il était énervé contre les circonstances et ce monde aux étranges coïncidences, de l'avoir rendu plus jeune, et différent. Mais surtout, il était énervé contre lui-même, d'être faible, et pas aussi résolu que le Caporal.

Ses yeux se posèrent sur une enseigne colorée. Coiffeur, disait-elle. Levi la contempla quelques secondes, mais à vrai dire, il avait déjà prit sa décision. Sans hésitation, il entra dans l'établissement.


Eren entra dans la cuisine avec un air paniqué.

« Armin! S'écria Eren. Levi, il est parti!

Armin se tourna vers lui, la balayette dans la main.

— Ses affaires sont encore là ? Demanda-t-il calmement.

— Oui mais…

—Ce n'est rien de grave alors, le rassura Armin. Il avait juste besoin d'être seul.

Il rangea le verre dans le lave-vaisselle, et Eren se laissa tomber sur une des chaises autour de la table.

— Je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour lui, soupira-t-il.

— Ce n'est pas un gamin, tu sais, il a dix-huit ans, fit remarquer son ami.

— Ugh, je sais, grommela-t-il en s'affalant sur la table. C'est juste que… J'ai toujours l'impression qu'il va disparaitre, qu'il va s'échapper. Il a toujours fait exactement ce qu'il voulait, j'ai peur qu'il décide que je n'en vaux pas le coup. »

Il leva la tête un regard distant dans les yeux.

« Je ne peux pas le perdre, Armin, souffla-t-il. Pas maintenant que je l'ai retrouvé. »

Armin s'assit devant les yeux, et lui fit un sourire tendre. Eren le lui rendit par reflexe, mais son cœur n'y était pas.

« Il ne partira pas, Eren, l'assura-t-il. Ou pas sans toi.

— Comment tu peux en être sûr ?

— Je le sais, c'est tout.

—Tu sais quelque chose que je ne sais pas, grogna Eren. Comme toujours.

— J'ai toujours été plus intelligent que toi, » le taquina le blond.

Eren se jeta sur lui pour le chatouiller, avec la ferme intention de se venger, comme s'ils n'étaient pas deux hommes adultes.


Levi regarda les mèches noir de jais tomber sur le sol dans le miroir. La coiffeuse s'affairait autour de lui. Les longues vagues de ses cheveux châtain clair suivaient ses mouvements, se balançant au rythme de ses pas.

« Tu vas être magnifique! Disait-elle. Je suis sûre que toutes les filles vont tomber à tes pieds. »

Son regard ambré était pointé vers l'arrière de sa nuque. De nouvelles mèches qui tombent, contrastant drastiquement sur le sol blanc.

« Tu es déjà si beau, tu dois avoir du succès, ajouta-t-elle. Les races mélangées sont toujours les plus jolis! »

Levi la laissait parler. Il n'avait pas besoin de répondre, elle faisait vraiment la conversation à elle toute seule. Cela ne le dérangeait pas plus que ça, car au moins pendant ce temps là, il ne pensait pas à ce qu'il était en train de faire.

« Je dis tout ça, mais si ça se trouve tu as déjà une petite-amie, réfléchit-elle.

— Non, marmonna-t-il.

— Pardon ?

— Je n'ai pas de petite-amie. »

Leurs yeux se croisèrent dans le miroir. Elle le regardait un peu surprise.

« Quel gâchis de ton beau visage, se désola-t-elle, dramatiquement. Si j'avais dix ans de moins, je te de demanderais bien si tu voudrais sortir avec moi!

— Je n'accepterai pas, » grommela-t-il.

Il se rendit compte que ses mots pouvaient être mal pris, et se mordit la lèvre. Il savait que son honnêteté n'était pas toujours la bienvenue, mais il ne pouvait s'en empêcher.

Heureusement pour lui, la coiffeuse rit. Elle avait un joli rire, qui sonnait clair, comme des clochettes.

« Eh bien, on peut dire que tu ne tournes pas autour du pot, remarqua-t-elle. Tu devrais faire attention, c'est moi qui ai les ciseaux, je pourrais te faire regretter d'avoir dit ça.

Elle accompagna ses paroles en les pointant vers sa réflexion dans le miroir.

— Désolé, marmonna-t-il, les yeux sur ses genoux.

— Ce n'est pas ma faute si tu as des mauvais goûts en matière de femmes, déclara-t-elle. Tu ne sais pas ce que tu rates. »

Elle avait l'air vexée, mais il y avait une lueur amusée dans son regard, et il n'était pas difficile de deviner qu'elle jouait la comédie.

Elle se pencha, coupant les cheveux juste au-dessus de ton oreille. Dans sa concentration, elle tira la langue, fronçant des sourcils.

Elle avait quelque chose d'étrangement familier.

La sonnette de l'entrée retentit. Elle ne leva même pas les yeux de son travail pour voir qui c'était, mais Levi put sentir son soupir contre sa tempe.

« Et dire que j'ai choisi ces heures en me disant qu'il n'y aurait pas grand monde, se plaignit-elle. Ce n'est vraiment pas ma veine aujourd'hui. »

Elle attrapa une pince, et retint les cheveux de sa nuque sur le sommet de crane. Elle se saisit de la tondeuse, et l'alluma. Levi ne put s'empêcher de s'inquiéter brièvement au regard mauvais qu'elle dirigeait vers la machine.

Elle indiqua au nouveau venu de s'assoir, et qu'elle avait presque fini. S'il ne voulait pas attendre, il avait juste à partir et trouver un autre coiffeur.

Il avait trop terrorisé pour même entretenir l'idée de se lever de sa chaise.

« Est-ce qu'il y a une patinoire près d'ici ? Demanda-t-il à la coiffeuse.

— Une patinoire ? Huh, bonne question, souffla-t-elle. Il me semble que la plus proche est la World Ice Arena.

— Je peux y aller à pieds ?

— Ce n'est pas tout proche à pieds, le prévint-elle. Vingt-trente minutes, je pense. Mais c'est possible.

— Tu…vous…

— Vous ?! Le coupa-t-elle, en posant une main sur son cœur. Comment ? J'ai l'air si vieille ? Une jolie jeune femme comme moi qui n'a même pas trente ans, et tu me vouvoies. Je suis vexée.

Il lui jeta un regard non impressionné dans le miroir, et elle lui fit un clin d'œil.

— Tu voudras bien me donner l'adresse et les directions d'ici s'il-te-plait ?

— Ça sera trois dollars de plus, » réclama-t-elle, en tendant la main.

Il la fusilla du regard, mais elle ne fit que rire.

Elle alluma le sèche-cheveux, et tourna autour de lui. Elle termina en vaporisant de la laque sur sa coupe de cheveux. Avec un sourire satisfait, elle s'écarta.

« Terminé! »

Elle lui montra sa nuque à l'aide d'un autre miroir, et Levi hocha la tête. Elle sourit avec satisfaction.

Il paya, et avant de partir, elle lui donna l'adresse, et fit un dessin, étonnamment bon, pour lui indiquer le chemin. Lorsqu'il le lui fit remarquer, elle lui lança un regard supérieur.

« Tu as cru que c'était facile d'avoir un eyeliner aussi parfait ? » Ironisa-t-elle, en pointant son œil.

Au moment où il allait sortir, il sentit une main sur son épaule. Elle lui donna une petite carte, puis le poussa à l'extérieur.

Il baissa les yeux vers le carton dans sa main. Devant il y avait les coordonnés du l'établissement. Derrière, dans une écriture féminine, il y avait quelques mots marqués, accompagné d'un numéro de téléphone.

Levi, n'est-ce pas ? Cette coupe de cheveux te va bien mieux que la précédente.

Appelle-moi de temps en temps, j'aimerais bien savoir ce que sont devenus les autres.

Hitch

Hitch. Il se rappelait d'elle. Pas beaucoup, mais il pouvait voir la jeune fille dans son uniforme de la Brigade Militaire. Elle avait les cheveux bien plus longs maintenant, mais son sourire était le même. Confiant, et sûr d'elle.

Cette sensation qu'il l'avait déjà rencontré quelque part n'était pas juste une impression, après tout.


Eren regarda Armin vérifier son portable pour la énième depuis dix minutes. Il avait les sourcils froncés, dans cette expression inquiète qu'il connaissait bien.

« Quelque chose qui ne va pas ? Demanda-t-il.

— Ce n'est rien, marmonna Armin.

Eren planta un doigt dans ses côtes.

— Ne mens pas, le réprimanda-t-il. Je sais reconnaitre quand quelque chose t'inquiète.

Armin soupira.

— C'est Annie, soupira-t-il. Je n'arrive pas à la joindre depuis hier. Et elle ne répond à aucun de mes texts.

— C'est peut-être rien de grave, tu sais, fit remarquer Eren. Je me souviens qu'Annie était quelqu'un de plutôt solitaire.

— Elle me répond toujours, contra le blond. Ce n'est vraiment pas son genre de ne donner aucun signe de vie comme ça.

Eren détailla son visage. Il avait l'air vraiment inquiet.

— Tu veux aller la voir ?

Armin leva les yeux vers lui, le regard coupable.

— Ça ne te gêne pas ? Vérifia-t-il. Je ne serais pas autant inquiet d'habitude mais comme elle vous a vu hier peut-être que…

Il laissa ses mots parler d'eux-mêmes. Eren agita sa main.

— T'inquiète pas, Armin, le rassura-t-il. Je peux me débrouiller sans toi. Vas chercher ta princesse. »

Armin lui fit un sourire reconnaissant, la pointe de ses oreilles rouge.

Il se leva du canapé. Eren le suivit dans l'entrée. Il mit son manteau et son écharpe, puis ouvrit la porte. Juste avant de partir, il se retourna vers son ami.

« Ne t'inquiète pas trop pour ton petit prince, il reviendra. »

Il partit, laissant un Eren rougissant, et riant gentiment.


Levi approcha le comptoir. Le jeune homme était en train de remplir un papier. Il leva la tête en entendant Levi arriver.

« Bonjour! Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

— Je voudrais une entrée.

— Tu veux louer des patins aussi ?

—Non, c'est bon, j'ai les miens, merci.

— Super, amuse-toi bien. »

Levi se dirigea vers la salle des casiers. Il rangea ses affaires dans l'un d'eux, son sac, ses chaussures. Il hésita à garder son portable, mais finalement le posa avec le reste. Il savait qu'il ne répondrait pas. Il avait décdié de faire lui-même la décision d'appeler Eren. Et il n'était pas prêt.

Il s'assit sur le banc et glissa ses pieds dans les patins. Leur poids familier était réconfortants, et il put prétendre un moment qu'il n'était pas à des centaines de kilomètres de chez lui.

Il ne regrettait pas d'être parti, non. Mais parfois, cela faisait un peu peur de quitter tout ce qu'on connaissait, sans savoir où l'on allait.

Il serra les lacets, se leva, puis se dirigea vers la glace.

Il s'échauffa quelques minutes sur le côté, allant chercher ses chevilles, le bout de ses pieds, finalement le sol. Il fit tourner ses bras, échauffa sa nuque.

Il y avait peu de monde, et la surface était grande. C'était bien, cela voulait dire qu'il pouvait se permettre de faire quelques figures faciles sans risquer de foncer dans quelqu'un.

La première glissade le détendit immédiatement. Il ferma les yeux une fraction de seconde. Cette sensation, il pouvait se souvenir maintenant, c'était la même que voler. Sentir l'air glisser dans ses cheveux, et rien qui ne le retenait, c'était ça la liberté. En levant les yeux, il pouvait même voir le ciel à travers le plafond vitrée de la patinoire.

Il s'élança. Il fit quelques tours pour s'échauffer, tournant gentiment sur lui-même. Il suivit un couple qui avait du mal, sans les presser, les mains dans le dos. Il les doubla au bout de la patinoire.

Doucement, il prit de la vitesse. Il fit une fente, trainant son pieds en arrière. Il accéléra, et se prépara pour une pirouette. Il plia sa jambe gauche, posant sa tête sur son genou, les mains sur son autre jambe tendue, et se mit à tourner. Il remonta sans s'arrêter, tirant ses bras vers le ciel, puis ralentit, avant de reprendre sa course.

Le couple d'un peu plus tôt le regardait avec des yeux écarquillés, arrêtés au mur. Il les ignora. Au moins pendant ce temps-là, ils ne l'emmerdaient pas.

Il fit quelques tours, profitant du fait que les gens s'écartaient quand il s'approchait. Il jeta sa tête en arrière, allant cherchant son pieds gauche de sa main gauche. Il tint la figure qu'une poignée de secondes. Pas assez, pensa-t-il. Il faudra qu'il la travaille.

Alors qu'il prenait une pause sur le côté, une bouteille d'eau achetée un peu plus tôt dans les mains, il se rendit compte qu'il ne savait pas comment rentrer chez Armin. Il ne savait pas l'adresse, et il avait vraiment marcher au hasard avant de se faire couper les cheveux, et il serait incapable de se souvenir d'où il venait.

Il se leva et alla chercher son portable dans son casier.

Levi Eren : Ramène ton cul à la World Ice Arena (13135 Avery Avenue, NY 11355), c'est trop loin pour que je rentre à pieds.

Il n'attendit pas la réponse, glissant le portable dans son sac, et refermant la porte du casier.

Il retourna sur la glace. Il tourna doucement pendant une dizaine de minutes, ne forçant pas, laissant la patinoire se vider graduellement. Il commençait à se faire tard, et même si l'établissement restait ouvert jusqu'à tard le soir, cela restait un jour de pleine semaine. Les gens travaillaient le lendemain.

Il s'appuya contre le mur, tirant le bras par-dessus pour attraper la bouteille d'eau dans son sac. Il but une gorgée. La musique, un morceau classique, attira son attention. Il le connaissait, il avait déjà patiner dessus.

Il poussa du pieds, gagna de la vitesse. Virage droit, petit tour sur lui-même, virage gauche, tour dans le sens contraire. Alors que la musique montait, au sommet, il sauta. Les trois secondes qu'il passa dans l'air étaient exaltantes.

Il retomba sans défaut, reprenant son chemin avec grâce. Suivant le rythme de la musique, il fit des petits pas. C'est alors que du coin de l'œil, il remarqua la touffe brune et les yeux familiers et pétillants d'Eren.

Alors qu'il se baissait comme pour faire une révérence, il lança son bras vers Eren, lui indiquant qu'il l'avait vu, l'invitant presque, et le sourire qu'il reçu en retour était clair et sincère, faisant rater un battement à son cœur.

Sans perdre sa concentration cependant, il prit de la vitesse, et tournoya, attrapant sa jambe dans une pirouette assise, puis déplia ses jambes, courbant son dos, sa main droit se saisissant de son pieds gauche, son buste penché pour former un cercle aussi parallèle au sol que possible.

Finalement, il se redressa. Son souffle était court, son cœur battait fort dans sa poitrine, ses jambes lui faisaient mal. Il ne pourrait pas finir. Il tiqua, fronçant des sourcils, un peu frustré, mais il était vrai qu'il était déjà fatigué avant de commencer.

Il se laissa glisser doucement jusqu'à Eren.

« Hey, » le salua celui-ci avec un grand sourire.

Levi posa ses mains sur le mur les séparant. Eren leva la main, l'approchant de son visage. Il s'arrêta à quelques centimètres de lui, comme pour lui demander sa permission. Levi ne bougea pas, et Eren glissa gentiment sa main dans ses cheveux, laissant ses mèches noirs glisser entre ses doigts comme des rivières d'encre.

« Tu t'es coupé les cheveux, remarqua-t-il.

— Et alors ? Grogna-t-il, le ton légèrement menaçant.

Il se prépara à ce qu'Eren dise l'évidence (« La même coupe que le Caporal. »), mais elle ne vint pas. Juste :

— Ça te va bien. »

Il fronça des sourcils, et détourna la tête, sans le remercier. Il se dirigea vers la sortie. Il marcha sur le sol dur, puis tourna la tête vers Eren.

« Je vais juste chercher mes affaires et mettre mes chaussures, l'informa-t-il. Tu peux m'attendre à la sortie. »

Eren hocha la tête.


Eren était appuyé contre le mur, une cigarette fumante entre les doigts. Il semblait perdu dans ses rêves.

« C'est mauvais pour toi, tu sais, lança-t-il.

Eren lui fit un sourire en coin.

— Je sais, il faudrait que j'arrête, » admit-il.

Ils commencèrent à marcher vers la voiture. Eren l'avait garée dans le parking, lui expliqua-t-il.

« Tu étais incroyable sur la glace! S'exclama-t-il. La façon dont tu étais si déterminé, ça m'a rappelé le Caporal… »

Levi serra les dents, et souffla doucement, déterminé à rester calme. Ils étaient déjà dans le parking. Ils étaient seuls.

«… et lorsque tu t'es envolé vous vous ressembliez tellement, c'était- »

Il ne sut jamais ce qu'Eren allait dire. Il ne voulait pas savoir. Il l'attrapa par le col, puis de toutes ses forces le jeta contre le mur, la main toujours agrippée à son t-shirt.

Eren le regardait de ses grands yeux océan écarquillés, comme ne comprenant pas comment il avait terminé dans cette position.

« Je ne suis pas le Caporal, grogna Levi. Vous croyez que ça me plait de vous entendre dire qu'on est différents ! De t'entendre nous comparer comme si l'un de nous était meilleur ?! Tu crois que je ne vous ai pas entendu ce matin ? J'en ai putain de marre que vous cherchiez en moi ce connard de Caporal! »

Maintenant qu'il avait commencé, il ne pouvait plus s'arrêter, les mots qui lui pesaient sur le cœur depuis deux jours déjà s'échappèrent de sa bouche sans qu'il ne puisse, ne veuille, les arrêter.

« Merde! Je ne suis pas le Caporal! Répéta-t-il, crachant presque ses mots. Je ne l'ai jamais été! Je ne suis que le petit merdeux Levi et rien d'autre! Et si la seule putain de raison pour laquelle tu m'as emmené avec toi c'était parce que j'étais un sale gamin perdu qui ressemblait à ce salaud, parce que quand tu me regardes tu le vois lui, on va devoir se séparer, parce que je te préviens, JE NE VEUX PAS DE TA PITIÉ! »

Eren était plus grand que lui, mais à ce moment, même les yeux baissés vers Levi, il avait l'air bien plus petit.

Il leva la main, et la posa gentiment sur celle de Levi qui tenait toujours son t-shirt. Doucement, il lui fit lâcher le tissu en ouvrant chacun de ses doigts un par un, glissant les siens entre eux. Levi se laissa faire. Ils se fixaient, les yeux dans les yeux. Eren baissa le bras, gardant leurs mains liées.

« Je suis désolé, Levi, murmura-t-il. Je ne m'étais pas rendu compte que tu pensais comme ça, je… Pardonne-moi. »

Il resta silencieux. Eren avait les lèvres pincées, et il semblait chercher ses mots.

« J'ai peut-être pensé que toi et le Caporal était une même personne au début, mais ce n'est plus le cas, avoua-t-il. Je sais que vous êtes différents, je le vois, je… »

Il prit une inspiration, comme pour se donner du courage.

« Je le vois tout le temps. Je le vois quand tu fais ce petit sourire qui recourbent à peine tes lèvres. Je le vois quand tu rougis légèrement parce que tu es embarrassé. Je le vois à la façon dont tes yeux sont presque bleus quand tu es de bonne humeur. Je le vois quand tu fronces le nez parce que quelque chose ne te plait pas et que tu me fais penser à un chat. Je le vois quand tu t'endors et que tu ne te réveilles pas après deux ou trois heures. Je le vois aux fossettes qui apparaissent sur tes joues quand tu ris. Je le vois quand tu mordille ta lèvre lorsque tu penses. Je le vois à la douceur de ton regard quand tu parles à ta mère au téléphone. Je le vois quand tu lui dis je t'aime… »

Eren pausa une seconde.

« Je te vois, Levi. Et je… je n'ai pas pitié de toi. J'ai vraiment envie que tu restes. »

(Avec moi, étaient les mots qui flottaient entre eux, implicites, mais Eren ne les prononça pas car certaines choses n'avaient pas besoin d'être dites.)

Il souffla, ne se rendant compte que maintenant qu'il retenait sa respiration. Eren lui fit un sourire doux, et serra une fois sa main. Les yeux de Levi se posèrent sur leurs doigts entremêlés, mais l'idée de retirer sa main ne lui vint même pas à l'esprit.

« Désolé, marmonna-t-il. J'aurais pas dû réagir comme ça, j'ai exagéré.

Eren secoua la tête.

— Non, non! C'est ma faute, tu n'as pas besoin de t'excuser, assura-t-il. Bien sûr j'aurais préféré que tu me le dises plus tôt mais… Tu as raison, tu n'es pas le Caporal, comme Annie n'est pas le Titan Féminin et je ne suis pas le Titan Furtif… et je n'aurais pas dû vous comparer. Pardon. »

Eren lui fait un petit sourire désolé, resserrant sa prise sur sa main, et Levi se mordit la lèvre.

Timidement, il serra une fois la main du brun. Cela le fit sourire.

« D'accord, souffla Levi. Je… te pardonne.

— Merci. »

Ils marchèrent jusqu'à la voiture. La main d'Eren était chaude dans la sienne. Juste avant d'entrer dans le véhicule, Eren se retourna vers lui. La scène était familière, et Levi se rappela que deux jours plus tôt, ils s'étaient battus, et puis avaient finis dans la même position. La seule différence étaient leurs mains l'une dans l'autre.

Eren pinça ses lèvres, les sourcils froncés, comme s'il hésitait quant à quoi faire ensuite.

« Réfléchis pas trop, t'as l'air constipé, se moqua-t-il.

— C'est méchant! » Se défendit Eren en faisant la moue, mais il ne put empêcher le sourire amusé qui recourba le coin de sa bouche.

Eren se pencha alors vers lui, et Levi resta figé. Son cœur battait incroyablement fort dans sa poitrine, et il se demanda, irrationnellement, si Eren pouvait l'entendre de là où il était. Il pouvait sentir son souffle contre ses lèvres, et peut-être devrait-il fermer ses yeux ? mais il ne pouvait pas et-

Eren frotta son nez contre le sien.

Puis se recula.

Il avait un petit sourire timide sur les lèvres, et les joues rouges.

« Ma mère me faisait ça quand j'étais petit. Après une réconciliation en général, expliqua Eren. Comme tu m'as raconté ton souvenir hier soir je me suis dit que c'était à moi de partager quelque chose. »

Levi cligna des yeux. Il n'arrivait pas à croire que ce petit emmerdeur avait osé se pencher vers lui comme s'il avait voulu l'embra-

Merde, il ne savait pas s'il avait envie de l'attraper par le col et de lui lécher les amygdales ou de foutre un poing dans son (trop) jolie visage de sale emmerdeur.

Il décida pour la troisième option qui consistait à faire le tour de la voiture et de s'assoir à sa place, sans dire un mot de plus, puis d'ignorer Eren pour le reste du trajet.

Le tout sans penser que la chaleur de sa main autour de la sienne lui manquait.