L'Avenir
Soulevons la paille
Regardons la neige
Écrivons des lettres
Attendons des ordres
Fumons la pipe
En songeant à l'amour
Les gabions sont là
Regardons la rose
La fontaine n'a pas tari
Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni
Regardons l'abeille
Et ne songeons pas à l'avenir
Regardons nos mains
Qui sont la neige
La rose et l'abeille
Ainsi que l'avenir
Calligrammes, Guillaume Apollinaire
Janvier
A peine Levi était-il sorti de la voiture que sa mère se jetait sur lui. Elle le serra dans ses bras, et Levi lui rendit son étreinte, enfouissant sa tête dans le cou de sa mère, respirant son odeur familière.
« Tu m'as manqué, » souffla-t-elle.
Levi ne dit rien, mais resserra ses bras autour de sa taille, lui communiquant ses émotions de ses gestes. Ils se séparèrent ensuite, et elle s'écarta de quelques pas pour jeter un coup d'œil à Eren, qui se tenait derrière Levi, clairement mal à l'aise.
Il eut un petit ricanement en le voyant danser d'un pied à l'autre, les yeux baissés vers le sol.
« Maman, voici Er… Will, » le présenta Levi, fronçant légèrement des sourcils à sa faute.
Eren fit un petit sourire nerveux. Sa mère croisa les bras, le regardant de haut en bas.
« Alors tu es le fameux William, celui qui a embarqué mon fils au milieu de la nuit, dit-elle, froidement.
Eren rougit et baissa les yeux.
— Hum, sans vous manquez de respect, Mme Bradburry, mais votre fils a fait le choix de venir tout seul, se défendit-il, avec hésitation. Et, euh, si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais que vous m'appeliez Eren. »
Hannah Bradburry, même du haut de son mètre soixante, était intimidante, les bras croisés, ses sourcils froncés.
Puis, elle lui sourit gentiment, et s'approcha pour le serrer brièvement.
« C'est un plaisir de te rencontrer en personne, Eren! Mais ne m'appelle pas Mme Bradburry, j'ai l'impression d'être vieille, et c'est ma mère. Tout d'abord c'est Mademoiselle, et appelle-moi juste Hannah. »
Levi eut un petit sourire en coin lorsqu'il vit Eren se détendre clairement aux mots de sa mère.
Les deux jeunes hommes suivirent Hannah dans la maison. Eren, poli, complimenta la décoration. Elle eut un petit sourire amusé.
Telle une mère attentionnée, elle lui proposa de diner avec eux. Il commença par refuser, ne voulant pas s'imposer, mais Hannah le força à s'assoir, et finalement Eren se laissa faire.
Eren se sentit à l'aise assez rapidement. Son caractère naturellement social lui permettait de s'entendre vite avec les gens. Il fallait dire que ses grands yeux verts et son sourire charmeur aidaient beaucoup, et Levi regarda avec affection sa mère rire aux blagues de son petit-ami.
Une fois Eren parti, ayant refusé l'invitation de rester dormir, Hannah se glissa dans la chambre de Levi. Il leva la tête de son ordinateur en l'entendant entrer. Elle s'assit sur le lit, et Levi fit tourner sa chaise pour lui faire face.
« Alors Eren… commença-t-elle. Un charmant jeune homme.
Levi fronça des sourcils, suspicieux.
— J'imagine, oui.
Elle croisa les bras, un sourire malicieux sur le visage.
— Vraiment Levi ? Tu veux jouer à ce petit jeu ? Demanda-t-elle. Je suis ta mère, tu sais, je te connais.
Levi la regarda, confus.
— Je n'ai absolument aucune idée de quoi tu parles, l'informa-t-il, sincèrement.
Hannah voyant qu'il était sérieux, rit.
— Eren et toi vous êtes plus que des amis, n'est-ce pas ?
À ces mots, Levi détourna les yeux, un léger rougissement sur les joues.
— Ce n'est pas que je voulais te le cacher, marmonna-t-il. Je savais juste pas vraiment comment te le dire.
Hannah caressa gentiment la tête de son fils.
— Je sais, Levi, ne t'inquiète pas, assura-t-elle. Il te rend heureux ? »
Il se mordit la lèvre, gêné. Finalement, il fit un petit hochement de tête. Hannah lui fit un sourire tendre et l'embrassa sur le front.
« Alors c'est tout ce qui compte mon chéri. Tant qu'il te rend heureux, je n'ai rien contre le fait que vous sortiez ensemble. »
Levi fronça des sourcils en voyant qui venait d'entrer dans le restaurant. Eren se tenait dans l'entrée, l'air innocent, les mains dans les poches.
« Qu'est-ce que tu fous là ? Grogna-t-il, les bras croisé.
Eren eut un sourire en coin en le voyant.
— Je suis venu voir mon petit-ami dans sa tenue de travail bien sûr, justifia-t-il sa venue.
Levi n'eut aucun remord à lui marcher sur le pied de tout son poids, faisant grimacer Eren.
— Y'a rien à voir, casse-toi, » ordonna-t-il.
Il lui attrapa le bras, avec toutes les intentions de le tirer à l'extérieur de l'établissement, quand quelqu'un l'appela.
« Levi ? C'est qui ? Tu le connais ? »
Un homme aux yeux bleus, cheveux bruns en bataille, et complexion plutôt fine les regardait curieusement.
Eren lui fit un grand sourire, et se libéra de Levi pour tendre sa main afin de saluer l'homme.
« Je suis Eren, ravi de vous rencontrer, se présenta-t-il.
— Eren ? Oh, tu es le petit-ami de Levi, réalisa-t-il.
Eren jeta un regard plaisamment surpris à Levi, qui avait choisi de regarder partout sauf son petit-copain.
— Oui, c'est ça, confirma Eren, caressant discrètement le dos de la main de Levi du bout des doigts.
— Je suis Felix, le propriétaire de ce restaurant, » se présenta l'homme.
Eren ne resta pas longtemps après ça. Il ne voulait pas déranger Levi, mais était juste curieux de savoir où il travaillait.
Juste avant de partir, il se pencha et embrassa chastement Levi. Celui-ci considéra l'idée de le pincer pour se venger, mais décida, exceptionnellement, de le laisser partir sans conséquence.
Levi lisait tranquillement sur le lit de la chambre d'Eren. Il y passait presque plus de temps que sa propre chambre ces derniers temps.
Eren se tourna soudainement vers lui, le faisant lever la tête.
« Levi! Armin vient de me dire qu'il a reçu une réponse de Sasha et Connie et qu'ils peuvent faire un skype avec nous maintenant!
— Ah bon, marmonna Levi.
— N'aies pas l'air trop excité surtout, se moqua Eren, avec un grand sourire.
— Je suis très excité. Tu ne le vois pas, mais je suis en train de sauter de joie comme un con intérieurement, » ironisa Levi.
Eren pouffa et lança son skype. Il vint s'assoir à côté de Levi sur le lit, le dos contre le mur.
Connie n'avait pas changé. La même coupe de cheveux, la même tête. Seul son visage était plus mature, ayant perdu les rondeurs de l'enfance. Sasha avait, elle, les cheveux coupés en carré, ses mèches tombant un peu au-dessus de ses épaules. Levi se souvenait d'une jeune fille au visage assez banal, mais elle était bien plus jolie maintenant, aux traits féminins et aux grands yeux marron chocolat, des tâches de rousseurs sur son nez et ses pommettes, avec un charme joyeux qui vous donnait immédiatement l'envie de lui faire confiance.
« Eren! Et Caporal! S'exclama Connie.
— Appelez-moi Levi, soupira-t-il.
Ces deux-là étaient toujours aussi surexcités.
— C'est tellement incroyable de vous voir Eren et le Cap- Levi! S'écria Sasha.
— C'est pas comme si vous nous aviez vraiment manqué, mais c'est sympa de se dire qu'on est pas fous, les informa Connie.
C'était amusant de les entendre parler avec leurs accents, irlandais pour l'une et anglais pour l'autre.
— Merci, mec, plaisanta Eren.
— T'inquiète pas, gamin. Aucune de vous, petites merdes, m'a manqué, railla Levi.
— Ce n'est pas ce qu'on voulait dire Cap- Levi! Se récria Sasha. C'est juste qu'on a retrouvé nos souvenirs que récemment.
— Ne t'inquiète pas Sasha, assura Eren. Levi ne fait que se moquer de toi.
— Et ça serait pas mal si je pouvais passer de Cap-Levi à Levi tout court, ajouta-t-il.
Sasha et Connie eut un petit sourire embarrassé.
— On va faire de notre mieux, promit la jeune femme, mais ça ne va pas être facile.
— On vous a toujours appelé que Caporal et… Les vieilles habitudes sont dures à perdre, » la supporta Connie.
Levi hocha la tête pour montrer que ça lui allait comme compromis.
Ils continuèrent de discuter pendant une bonne demi-heure. Sasha et Connie semblaient avoir des milliards de choses à raconter, entre les pays qu'ils avaient visités l'année précédente, la seule qu'ils avaient passées ensemble, et toutes les conneries qu'ils avaient pu faire pendant leurs années de collège et de lycée, presque obligatoires avec leurs caractères respectifs.
Eren n'arrêtait pas de sourire, clairement heureux de les voir. Levi arrêta de prendre part à la conversation assez rapidement, même si discuter avec les deux terreurs étaient amusants. Il se contenta de regarder Eren rire aux histoires comiques de Connie et des plans ridicules de Sasha pour voler la nourriture de la cantine. Il semblait que son amour pour la nourriture n'avait pas beaucoup changé, même s'il semblait plus calme qu'avant.
Ils finirent par se dire au revoir. Eren devait encore réviser pour ses exams dans quelques jours, et il commençait à se faire tard pour Sasha et Connie.
Après cette discussion, Eren resta souriant pour le reste de la journée.
Février
Levi faisait tranquillement la vaisselle. Il ne pouvait pas compter sur Eren pour laver correctement les assiettes. Il commença à laver le couteau, admirant un instant l'acier brillant de la lame-
qui s'enfonça dans la poitrine d'Eren, qui ne put rien faire, ses deux bras manquants, son t-shirt se colorant de rouge écarlate. Levi se sentit courir vers lui. Il y avait un goût de bile dans sa bouche. Il y eut le bruit d'un corps qui s'effondrait au sol, et il put entendre un cri de rage, et il lui fallut quelques secondes pour se rendre que ce cri affreux provenait de sa propre bouche-
Le bruit de la tasse s'écrasant au sol le sortit de ses horribles souvenirs.
Levi resta quelques secondes figé, à regarder les restes de sa tasse cassée au sol.
Quelque chose se brisa en lui. C'était comme si un petit morceau de son cœur, de son âme, venait de lui être arraché.
Il sentit la colère s'emparer de chacune des cellules de son corps. Avec un cri de rage, il sortit de la cuisine, cherchant un objet sur qui déverser toute cette vague d'émotions.
Il traversa la pièce en quelques pas et d'un mouvement du bras, il balaya au sol tout ce qu'il y avait sur la table. Les stylos, le vase, les fleurs, livres, babioles, tout cascada par terre. Il attrapa les coussins et les jeta à travers la pièce, faisant tomber la lampe. L'ampoule explosa, et s'éteignit.
Il ne s'arrêta pas là, poussant les livres de la bibliothèque, qui s'écrasèrent par terre, dans un bruit de pages froissées, et d'objets lourds tombant. Il se saisit d'un magazine, et commença à arracher les pages. Une main se saisit de son poignet, et il s'en dégagea en l'arrachant de la prise. Quelqu'un appela son nom, il l'ignora. La personne se saisit du journal dans ses mains, et le posa il ne savait où, avant de prendre ses épaule et l'obliger à se retourner.
Il se retrouva à regarder les grands yeux océan d'Eren.
« Levi! Cria-t-il. Tout va bien! Je suis là! Je suis là…
Sa respiration était erratique, son cœur s'affolant dans sa poitrine. Celui qu'il venait de voir mourir se tenait devant lui, en un seul morceau, vivant et respirant.
— Eren, s'étrangla-t-il. Le sang- tu étais, tu... Ton bras, tes membres, je…
— Calme-toi, Levi, je suis là, je suis vivant, le rassura Eren d'un ton doux, et prit ses mains pour les poser sur ses propres joues. Regarde, je suis là devant toi. Tu peux me toucher
Levi le fixa sans pouvoir rien faire pendant quelques secondes, sentant juste la chaleur de sa peau sous ses doigts.
— Eren, répéta-t-il, comme s'il n'y croyait pas, avant de se jeter dans ses bras, et d'enfouir son visage dans son épaule. Eren, Eren, Eren... »
Il répétait son nom comme si cela pouvait lui faire oublier les quelques secondes du cauchemar qui s'était déroulé dans son esprit, pleurant contre sa peau chaude, dans ses bras rassurants.
Bien plus tard, lorsque ses sanglots se furent calmées, mais que les larmes coulaient toujours le long de ses joues, il releva la tête. Eren pleurait aussi, et il lui demanda gentiment pourquoi.
« Parce que si je ne t'avais jamais parlé tu n'aurais jamais eu à te souvenir, murmura Eren d'une voix rauque.
— Tu ne le sais pas, contra Levi. J'aurais pu me souvenir par moi-même, et tu n'aurais pas été là pour me rassurer. Alors ne regrette pas ce que tu as fais. Car moi je ne regrette pas d'être parti avec toi. »
Levi leva les yeux de son livre en entendant Eren soupirer. Il était à la table basse devant la télé.
Hannah l'avait invité à venir dès qu'il le voulait durant toute la période de ses examens, prétextant qu'il devait bien manger pour bien les réussir. Même si Levi était convaincu qu'elle était juste tombée sous le charme de son petit-ami, Eren gagnait du temps et de la compagnie, Hannah était heureuse d'avoir quelqu'un d'autre à la maison, et Levi profitait de son petit-copain. Tout le monde y gagnait quelque chose, donc au final, il n'avait aucune raison de se plaindre.
« Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-il.
Eren fit la grimace.
— C'est juste que… Je ne comprends pas pourquoi on utilise cette loi pour ce cas, expliqua-t-il. Ce n'est pas qu'elle ne répond pas à la question, mais si on utilisait la loi suivante, on gagnerait bien plus de temps.
Levi hocha la tête.
— Peut-être qu'il y a un détail que tu n'as pas vu, qui t'empêche d'utiliser la loi dont tu parles, réfléchit-il.
— Oui, c'est ce que je me suis dit, mais je n'arrive pas à le trouver, grommela Eren. Je vais envoyer un mail à mon prof. »
Il aimait bien que Eren lui explique ses problèmes. Il avait déjà vu des gens qui sous le couvert que quelqu'un n'avait pas étudié dans la même filière, ou n'était pas allé à l'université, les ignoraient ou les jetaient comme s'ils étaient stupides.
Eren lui disait tout ce qui le dérangeait, lui racontait parfois certains de ses cas, même s'il savait que Levi ne comprenait pas tout. En écHange, Levi écoutait sérieusement tout ce qu'il avait à dire.
« Bon, je prends une pause, j'en peux plus, abandonna Eren. Ça te dérange si j'allume la télé ? »
Levi secoua la tête pour lui signaler que non.
Eren se leva et s'assit sur le canapé à côté de lui. Il se rapprocha, jusqu'à que leurs épaules se touchent. Il attrapa la télécommande, et appuya sur un des boutons. L'écran afficha les informations. Eren ne suivit qu'une poignée de secondes avant de cHanger de chaine.
Levi ne faisant pas vraiment attention à l'écran. Son livre était intéressant, et il savait qu'il pouvait se concentrer assez sur les mots pour ignorer la télévision.
La main d'Eren serra soudainement sa cuisse. Il leva la tête avec la ferme intention de lui toucher un mot pour lui avoir fait mal, mais Eren fixait la télé avec des yeux écarquillés, une expression abasourdie sur le visage.
Levi tourna la tête vers le poste, se demandant ce qui avait pu autant surprendre Eren. Sur l'écran, il y avait une belle jeune femme aux traits indéniablement japonais. Elle avait des yeux noirs en amande, de longs cils, des lèvres fines, des sourcils parfaitement dessinés. Et tout était familier.
Mikasa.
Gentiment, il posa sa main sur celle d'Eren pour l'obliger à desserrer sa prise. Eren se laissa faire, ne résistant pas lorsque Levi glissa ses doigts entre les siens.
Elle était plus vieille que dans ses souvenirs, probablement le même âge qu'Eren. Elle avait une coupe à la garçonne, ses mèches noir corbeau coupées court. Elle avait déjà été jolie à quinze ans, mais maintenant, elle était incroyablement belle.
Ils suivirent l'interview en silence. Elle s'appelait Akemi Karasuma et était représentante du Japon en taekwondo. Elle semblait plus sociale qu'avant, souriant même une fois à son interviewer qui en perdit un instant le fil de ses paroles.
Une fois le programme terminé, Levi se tourna vers Eren.
« Hey, appela-t-il pour attirer son attention. Ça va ?
Eren hocha la tête, Il semblait incapable de détacher ses yeux de l'écran, comme si Mikasa pouvait réapparaitre à tout instant.
— Il faut que j'appelle Armin, dit-il finalement.
Levi serra une fois sa main avant de la lâcher.
— On mange dans une heure, » prévint-il juste, et Eren lui sourit, comme pour le remercier de sa compréhension, de sa patience.
Mars
Levi se réveilla, se frottant les yeux. Il tata le lit à côté de lui, mais apparemment il était seul dans la chambre. Il se releva, se frotta les yeux. Il fronça du nez, se rendant compte du désastre qu'était la pièce, les vêtements d'Eren et les siens éparpillés sur le sol.
Il se leva, s'habilla d'un caleçon propre, et attrapa le premier t-shirt qu'il put trouver au sol. Il traina des pieds jusqu'à la cuisine.
Eren était déjà en train de préparer le petit-déjeuner, ses hanches se balançant aux première notes de Shake it Off qui passait à la radio.
En l'entendant arriver, il se tourna, et fit lui un grand sourire, un de ceux qui découvrait ses dents et faisaient briller ses yeux.
Levi le rendit, le faisant sourire encore plus grand. Il s'assit à la table, regardant Eren s'agiter dans la cuisine.
Celui-ci décida qu'une cuillère pouvait faire l'affaire de micro, et entama le premier couplet de la chanson.
La situation était ridicule. Ce n'était pas qu'il chantait mal, au contraire, mais sa tenue (son bas de pyjama), ses cheveux complètement décoiffés, et sa tentative de chorée rendait la scène vraiment comique.
Eren s'arrêta brusquement de danser, et se tourna vers les œufs. Il jura et retira la poêle du feu.
« Désolé, on aura une omelette au lieu d'œufs brouillés, » s'excusa-t-il avec une grimace.
Levi ne put s'empêcher de rire. Ce n'était pas vraiment juste ses mots, mais tout l'ensemble : se réveiller chez Eren, se lever pour le trouver dans la cuisine, chantant et dansant, et son propre bonheur qui s'était insidieusement niché dans sa poitrine. Il était heureux.
Lorsqu'il se calma, enfin, il leva les yeux vers Eren, qui se tenait toujours debout, sa poêle dans la main.
« Je t'aime, » déclara Eren, brusquement.
Il sembla, pendant un instant, surpris par ses propres mots, comme s'il n'avait pas voulu les dire, qu'ils s'étaient échappés de leur propre volition.
C'était probablement le cas, pensa Levi. Eren était inconscient et impulsif. Il faisait les choses avant d'y réfléchir, parlait avant d'y penser, et ne pesait pas ses mots.
C'était ce qui rendait sa confession si embarrassante. Ou bien plus embarrassante qu'une confession normale en tout cas. Car c'était comme si tout ce qu'il ressentait pour Levi avait débordé de ses lèvres sans qu'il puisse s'en empêcher.
Il savait que ses joues devaient être furieusement rouges.
« Tu aurais pu me le dire dans des conditions plus appropriées, connard, grommela-t-il pour cacher son embarras.
— Oui, j'imagine, » concéda Eren avec un petit air désolé.
Il semblait ne rien regretter pourtant.
Il posa finalement la poêle sur la table, et coupa l'omelette en deux.
« C'est juste que je t'ai vu rire et j'ai pensé que je n'avais jamais été aussi heureux et les mots sont sortis tout seul, expliqua-t-il. Mais je pense chacun d'eux!
— Je sais, assura Levi, avant de prendre une grande inspiration. Je... Je...Moi aussi je...
Eren posa un doigt sur ses lèvres.
— Tu me les diras quand tu seras prêt. Je t'attendrai.
Levi soupira. Il voulait les dire, ces mots, mais ils se coinçaient dans sa gorge, résistaient contre sa langue.
— D'accord, soupira-t-il. Attends-moi, s'il-te-plait.
— Bien sûr, » confirma Eren avec un sourire tendre.
C'était l'anniversaire d'Eren, et Levi était au bord de la panique.
Cela faisait trois semaines qu'il préparait une fête surprise avec les amis retrouvés de leurs anciennes vies et ceux de sa nouvelle vie, et c'était tout sauf simple.
Et le faire sortir de l'appartement assez longtemps pour avoir le temps de faire venir tout le monde était une autre histoire.
Heureusement pour lui, Luce vint à sa rescousse. Elle appela Eren pour l'inviter à prendre un café, prétextant qu'elle devait lui parler de quelque chose d'important.
Levi n'avait aucune idée de comment Luce allait le retenir assez longtemps pour que tout le monde arrive, mais il n'avait pas d'autre choix que de lui faire confiance. Il manquait encore deux des personnes qu'il avait invité. Il espérait que ce n'était pas parce que leur avion était en retard.
Il pouvait entendre la voix aux accents joyeux d'Eren qui résonnait dans la cage d'escalier. Le bruit familier de la clé de la porte fit taire tout les chuchotements.
« Tiens, c'est éteint, on dirait qu'il y a personne, » murmura Eren pour lui-même.
Il fit un pas dans l'appartement, Luce sur ses talons, qui essayait de retenir un rire.
« Lee ? » Appela-t-il, avec le petit surnom affectueux qu'il avait donné à son petit-ami (le faisant rougir dans la pénombre de la pièce).
Personne ne lui répondit, bien sûr. Il tata le mur, cherchant l'interrupteur. Finalement il le trouva, et alluma la lumière, pour se faire sauter dessus par une masse surexcitée.
« JOYEUX ANNIVERSAIRE! »
Il manqua de tomber à la renverse, ses bras soudainement pleins et ce ne fut que lorsque les deux levèrent la tête qu'il reconnut Armin et Mikasa. Il leva la main et caressa la joue de la jolie japonaise, vérifiant qu'il ne rêvait pas. Elle lui sourit, et avec un hoquet, il la serra dans ses bras, inhalant son odeur, profitant de sa présence chaude et bien vivante dans ses bras.
Elle lui rendit son étreinte, glissant un bras autour d'Armin, et Eren lia ses doigts à la main du blond pour lui montrer qu'il ne l'avait pas oublié. Ils restèrent dans les bras les uns des autres pendant de longues secondes, sans rien se dire, sans avoir besoin de se parler, communiquant tout l'amour qu'ils avaient les uns pour les autres, toute la gratitude qu'ils ressentaient de s'être retrouvés, et à quel point ils avaient manqués les uns aux autres.
Quelqu'un toussa finalement derrière eux, et dit, sans hésiter :
« C'est pas tout ça les gars, mais j'ai d'autres choses à foutre que vous regarder vous câliner toute la soirée. »
Il y eu un petit rire pour accompagner la remarque presque malpolie, et cette voix, Eren était presque sûr qu'il la connaissait…
Il leva la tête. Devant lui, se tenait Ymir et Christa. Eren lâcha ses amis d'enfance pour attraper Christa par la taille et la faire tourner, la faisant rire joyeusement.
« Je suis contente de te voir aussi Eren, gloussa Christa, une fois que celui-ci l'avait posé au sol.
— Mais comment ? Demanda Eren, une fois son choc et son excitation quelque peu retombés.
Ymir pointa Sasha et Connie qui essayaient de manger des dragibus en se les lançant, visant la bouche de l'autre.
— On est allés voir un de leurs spectacles, expliqua-t-elle. Et ensuite, c'est ton nain qui a tout organisé.
— Le nain t'emmerde, » grommela Levi.
Eren lui jeta un regard plein de reconnaissance, et il détourna les yeux.
« Luce m'a aidé.
— A peine! Intervint-elle du bout de la salle, où elle avait décidé de participer elle-aussi au jeu de Sasha et Connie.
Elle se prit un bonbon sur le front juste après, faisant sourire brièvement Levi.
Eren le prit dans ses bras, avant de l'embrasser légèrement. Levi ferma les yeux, se laissant s'abandonner à la sensation familière du corps d'Eren contre le sien, de son souffle glissant sur ses lèvres, oubliant momentanément les autres personnes présentes.
« On m'avait prévenu que ces deux là s'envoyaient en l'air, mais j'crois que je m'étais jamais vraiment rendu compte de ce que ça voulait avant de les voir se lécher les amygdales, avoua Ymir, avec sarcasme
—Ymir! » S'écria sa petite-amie.
Eren et Levi se séparèrent, l'un riant, l'autre jetant un regard meurtrier à la brune qui ne fit que lui lancer un sourire moqueur.
Eren, s'il devait être honnête, passa le meilleur anniversaire de sa vie. Connie et Sasha étaient venus avec une quantité d'alcool qui devrait être illégale.
Ils s'étaient d'abord tous mis en rond. Ymir et Christa l'une à côté de l'autre, puis vinrent Luce, Altaïr et Laetita (surnommés les jumeaux, même si techniquement ils étaient demi-frère et sœur), deux amis d'Eren qui étaient arrivés un peu plus tard, puis Connie et Sasha et le bol de chips, Armin sur sa droite, Levi sur le canapé, Eren assit par terre son dos appuyé contre ses jambes, puis Mikasa sur sa gauche.
Après quelques tours de "Je n'ai jamais", ils se décidèrent pour une partie de twister. Quelques uns d'entre eux ne pouvant déjà plus tenir debout rendirent les parties hilarantes. Ils se décidèrent ensuite sur une partie de karaoke, où Altaïr et Luce se jetèrent sur Eren pour l'empêcher de participer, criant que c'était de la triche sinon.
Il y eut de la danse, à laquelle même Levi participa, fortement encouragé (lire forcé) par Eren. Il finit par bien s'amuser, une fois ses réticences passées.
La fin de la soirée se finit tranquillement en essayant de ramasser bouteilles de bière, cannettes et autres, éparpillés dans l'appartement. Levi remarqua un peu plus tard, une fois que les invités furent partis, qu'Eren avait disparu.
Il le trouva dans la chambre, sur le lit avec Armin et Mikasa, enroulés les uns autour des autres, comme trois enfants. Levi resta quelques minutes contre le cadre de la porte à les regarder, et se dit qu'ils avaient dû ressembler à ça dans cette autre vie, lorsqu'ils n'étaient encore que des gamins.
Avril
Le portable d'Eren sonna. Il était dans la douche. Jetant un coup d'œil à l'écran, Levi remarqua que c'était un numéro inconnu. Il décida de décrocher.
« Oui, allo ?
— Oui, bonjour, est-ce que je suis bien sur le portable de... William Johansonn, une voix masculine avec un accent européen.
Probablement pas un américain donc.
— C'est son portable, confirma Levi. Qu'est-ce que vous lui voulez ?
— Je m'appelle Daniel Erdahl, se présenta l'inconnu. Il se trouve que je connais Er...Enfin William...
— Vous lui voulez quoi ? Le coupa Levi.
— Je voudrais juste lui parler d'affaires… privées.
— Vous foutez pas de ma gueule, menaça Levi. Je suis pas sourd, j'ai entendu que vous avez failli l'appeler Eren.
Il y eut un soupir au bout du fil, mais Levi fut incapable de dire si c'était un soupir de résignation ou de soulagement.
— Levi... Murmura Daniel.
Non pas Daniel.
— Erwin, souffla Levi. Tu es putain d'Erwin.
— C'est bien moi, » confirma-t-il.
Levi s'assit sur le lit. Il avait besoin de s'assoir. La surprise lui avait fait perdre l'équilibre. Eren choisit ce moment pour sortir de la douche. Levi leva deux yeux écarquillés vers lui.
« Ouah, t'en fais une de ces têtes, remarqua Eren. Ça va ? »
Levi préféra ne rien dire et lui tendit le téléphone sans un mot. Le brun le prit, un peu étonné. Levi pouvait entendre la voix étouffée et lointaine d'Erwin.
« Comman- Erwin?! » S'exclama Eren, une fois qu'il eut compris qui se trouvait de l'autre côté de la ligne.
Levi n'écouta pas plus longtemps. Cela ne le regardait pas, et il ne savait pas vraiment comment il ressentait le fait d'avoir retrouvé Erwin. Ses émotions, ses sentiments étaient mélangés, et il ne pouvait, n'arrivait pas, à les discerner les uns des autres.
Il se laissa tomber sur le lit d'Eren, s'enroulant sur lui-même, ses doigts agrippant les draps.
Eren entra finalement. Il posa une main sur le micro. Voulait-t-il lui parler? Non, pas vraiment. Il ne saurait pas quoi dire, c'était inutile.
Il réfléchit. Écrire peut-être. Oui, il pouvait faire ça.
Il demanda à Eren de prendre l'adresse mail d'Erwin. Le brun hocha la tête, et attrapa un paquet de post-it et un stylo. Il nota quelques mots, puis raccrocha.
Il s'assit au bord du lit. Gentiment, il passa ses doigts dans ses cheveux.
« Ça va ?
— Je sais pas, avoua Levi.
— Tu veux en parler ?
— Pas vraiment. »
Il pleuvait. Levi était enroulé dans la couverture, allongée sur le côté, ses yeux sur le dos nu d'Eren qui était assis sur le bord du lit.
« Eren, tu m'aimais avant ? Demanda-t-il, brisant le silence, et se surprenant lui-même.
Eren se tourna vers lui, la tête penchée sur le côté, indiquant sa confusion.
— Avant ? Répéta-t-il. Tu veux dire, dans nos vies précédentes ? »
Levi hocha la tête.
Eren lui fit un sourire tendre, et s'allongea sur le lit à côté de lui, leurs nez se touchant presque. Il enroula un bras sur sa taille, caressant son dos de haut en bas, sachant à quel point Levi aimait ça.
« Non, répondit-il. Je l'ai pensé, à un moment, parce que je n'avais jamais connu l'amour. L'amour romantique je veux dire. Mais c'était de l'admiration et du respect. »
Levi rapprocha encore plus leurs visages, et colla son front contre celui d'Eren. Son petit-ami remonta le long de son dos et caressa sa nuque. Levi ferma les yeux.
« Et toi ? Tu m'aimais ? Murmura Eren, et ils étaient si proches qu'il pouvait sentir son souffle sur ses lèvres.
Levi ouvrit les yeux.
— Tu me fascinais, avoua-t-il, d'une voix douce. Tu m'as toujours fasciné. Mais non, je ne t'aimais pas.
— Et Erwin, tu l'aimais ? Interrogea Eren. Vous couchiez ensemble, non ?
Le ton d'Eren était simplement curieux, dénué de toute jalousie, et Levi n'hésita qu'une seconde avant de répondre.
— Non, je ne l'aimais pas. Je…je n'aurais jamais été capable d'aimer quelqu'un avant, avoua-t-il dans un murmure. Je lui faisais confiance, par contre. C'était sur ça qu'était basée notre relation : la confiance, et le sexe. »
Eren hocha la tête. Ses yeux étaient perdus dans le vide, comme s'il pensait à quelque chose.
« Tu n'es pas jaloux ? Demanda-t-il.
Le regard d'Eren se fit concentré de nouveau.
— Pas vraiment, admit-il. C'était une autre vie, ce n'était pas pareil. Je n'étais qu'un gamin après tout.
— Tu étais assez vieux pour qu'on t'envoie à ta mort, fit remarquer Levi. Tu avais tout les droits d'aimer et de coucher avec qui tu voulais.
Eren rit, et embrassa le nez de Levi.
— C'est vrai, concéda Eren. Mais ce n'était comme si je n'avais rien fait dans cette vie.
Levi arqua un sourcil, surpris.
— Oh, vraiment ? S'intéressa-t-il.
— Des adolescents qui vivent tous ensembles, tu t'attendais à quoi ? Répliqua Eren.
— Et avec qui donc as-tu eu des relations, Eren ? Susurra Levi, soudainement intéressé.
Celui-ci ouvrit la bouche pour répondre, avant de la refermer. Levi remarqua alors ses joues rouges.
Il posa une main sur son épaule et le poussa contre le lit pour s'allonger sur son ventre. Les bras d'Eren vinrent s'enrouler autour de sa taille. Il évitait toujours de croiser son regard.
« Alors c'était qui ? Insista Levi.
— Personne, nia Eren.
— Je ne te crois pas. C'était qui ? Répéta-t-il.
Il y eut un petit moment de flottement, les deux se regardant droit dans les yeux. Finalement, Eren abandonna.
— Jean, souffla son petit-ami.
— Tu t'es tapé Tête-de-cheval ?! S'écria Levi, incrédule.
Eren hocha la tête, les joues rouges. Levi resta figé quelques secondes avant d'éclater de rire.
« J'arrive pas à y croire, vous vous battiez tout le temps ! Rappela-t-il.
— Ouais bah… Deux ados de quinze ans en pleine crise hormonale, tu t'attendais à quoi ?
— Si j'avais su que vous vous aviez le temps de vous envoyer en l'air, j'aurais dit à Shadis de vous faire bosser plus, grommela Levi, mais l'amusement était facilement percevable dans sa voix.
— C'est probablement pour ça que tout le monde se cachait, fit remarquer Eren avec un grand sourire.
Levi eut un petit sourire.
— Et moi qui pensait que tu étais innocent, soupira-t-il avec un air faussement désolé.
— Rien d'innocent en moi, dit Eren en haussant les épaules. Dans la vie précédente comme dans cette vie.
— Et il en est fier ce p'tit con, » se moqua Levi.
Eren rit à ses mots, et pendant un instant, il le regarda, fasciné par la façon dont ses yeux verts brillaient. Il se releva et s'assit d'un mouvement souple sur ses genoux, le surprenant, et avala son inspiration de surprise de sa bouche sur la sienne.
Le soleil de midi trouva Eren et Levi dans le lit, encore nus, collés l'un contre l'autre, regardant l'ordinateur d'Eren. Levi avait un dépliant dans les mains, des photos de maisons et d'appartements dessus.
« J'ai beaucoup aimé New York, on pourrait s'y installer, proposa Eren. Il y a la mer.
— Non, refusa Levi tout net. Il fait trop froid en hiver.
Eren rit, et déposa un baiser sur son épaule.
— D'accord, accepta-t-il, pas d'endroit où il fait trop froid en hiver. »
Il réfléchit quelques secondes avant de taper quelques mots dans barre de recherches.
« On devrait aller sur le côte ouest dans ce cas-là.
— Est-ce qu'on pourrait éviter une trop grosse ville comme Los Angeles? Demanda Levi.
Eren haussa les épaules.
— Bien sûr, si on se trouve un appart' sympa dans une ville plus petite. »
Levi tourna les pages du catalogue, admirant toutes les propositions mais grimaçant aux prix exorbitants. Il avait prévenu Eren qu'il voulait lui aussi participer au paiement du loyer. Eren avait voulu refuser tout d'abord, mais Levi lui avait bien fait comprendre qu'il ne voulait pas de sa charité.
« Ça serait cool d'avoir un balcon aussi.
— Ça risque de nous coûter plus cher, remarqua Levi.
— Je trouverai un travail, promit Eren.
Levi fronça du nez.
— Tu ne sais toujours pas ce que tu veux faire de ta vie, rappela-t-il.
— Je peux y réfléchir tout en travaillant, tu sais, se moqua gentiment Eren.
— Te fous pas de ma gueule, connard, je suis sérieux, » rétorqua Levi, mais il n'y avait aucune méchanceté dans ses mots.
Eren lui donna un coup d'épaule, lui lançant un sourire joueur. Levi se prit au jeu et le poussa d'une main sur son épaule jusqu'à qu'il tombe sur le dos. Pour l'empêcher de se relever, il s'allongea sur lui.
Il était bien, pouvant sentir la longueur du corps d'Eren contre le sien, sa peau chaude, (toujours chaude, Eren était comme une bouillote humaine) et les mains descendant doucement, tendrement, le long de son dos.
Eren le regardait avec cette émotion dans ses yeux qu'il n'avait pas su reconnaitre avant. Mais maintenant il savait que c'était de l'amour, et son cœur s'agita dans sa poitrine, comme pour lui rappeler à quel point il aimait cet homme. Il l'embrassa, essayant de lui transmettre tout les mots qu'il n'arrivait pas à dire.
Eren enroula ses bras autour de sa taille et les fit rouler, jusqu'à que Levi sente le matelas sous son dos. Eren enfouit son visage dans son cou, ses lèvres effleurant sa peau. Là, dans le creux de son épaule, demanda-t-il s'il pouvait lui faire l'amour, murmure romantique, presque hésitant. Et Levi releva sa tête pour l'embrasser, une acceptance silencieuse.
Mai
Levi, en voyant la photo devant lui, se dit que l'univers avait une façon impromptu et hasardeuse de vous jeter des péripéties dans la figure, comme si votre vie était le sujet d'un livre étrange et sans but.
S'il n'avait pas laissé Eren le cajoler ce matin, s'il n'était pas arrivé cinq minutes en retard au restaurant, s'il n'avait pas trébuché sur le pied d'un con de client, il n'aurait pas vu le magazine ouvert de celui d'à côté, et la photo de Hange en gros et en couleur sur le haut de la page.
Il leva le regard vers la propriétaire du journal, une jeune femme avec une beauté froide et des yeux d'un bleu glacial.
« Excusez-moi, Madame ?
— Oui ?
— Pourrais-je vous emprunter ce journal ? Demanda poliment Levi.
Il essaya de faire un petit sourire pour accompagner sa demande. La jeune femme le regarda stoïquement.
— Oui, pourquoi pas, accepta-t-elle. Je vous le donnerai à la fin du repas, le temps que je le lise.
— Merci beaucoup! » Lui dit Levi sincèrement.
Il décida de ne pas la servir. Il ne voulait pas apparaitre comme collant, mais il ne pouvait empêcher son regard de retourner vers la table de la jeune femme. Il ne put s'empêcher de remarquer plus de détails, comme ses longs cheveux d'un blond si pâle qu'il semblaient presque blanc, et le fait qu'elle était vêtue complètement de noir.
Lorsqu'elle demanda l'addition, il fut celui qui la lui apporta. Elle le fixa de son regard perçant, avant de sortir un billet de son porte-monnaie. Elle le lui tendit. Levi lui rendit la monnaie.
« Ce magazine fait partie d'une souscription, donc j'aimerais bien le récupérer, expliqua-t-elle.
— Vous pouvez revenir le chercher demain à la même heure, je serai là, l'informa Levi.
Elle hocha la tête.
— A demain alors. »
Une fois ses heures finies, il se dirigea vers l'appartement d'Eren, le magazine serré contre sa poitrine. Lorsque celui-ci l'entendit entrer, il leva la tête de son cahier, un crayon entre ses dents. Il avait une trace de stylo bleu sur la joue, faisant légèrement sourire Levi.
Eren pencha la tête, ses yeux plein de curiosité en voyant le journal qu'il tenait. Levi remarqua son regard et s'approcha de lui. Il déposa son manteau et son écharpe sur le dos du canapé avant de s'assoir à côté de son petit-ami. Il ouvrit le journal à la page mentionnant Hange, et lui tendit le magazine.
Les yeux d'Eren s'écarquillèrent. Le prenant délicatement des mains de Levi, il parcourut l'article. Sur le côté, il y avait une photo d'Hange. Elle n'avait pas changé, toujours des grosses lunettes, les mêmes cheveux bruns en bataille, et ses yeux marron vivaces et curieux.
Levi s'assit à côté de lui, et Eren lui rendit le magazine.
« Tu devrais essayer de l'appeler, tu sais, proposa Eren. Ou un truc du genre.
— Mais je… Je ne sais rien d'elle, souffla Levi. Son passé, où elle vit, son numéro, si elle a une famille…
Il serra les poings. Eren posa sa main sur la sienne, et Levi leva la tête, pour le regarder.
— Ça me semble être que des excuses tout ça, remarqua Eren. Tu sais qu'elle travaille à l'Australian Institute of Marine Science. Tu as même son nom ici, et tu peux probablement avoir son email ou son numéro sur le site de l'institut.
— J'ai peur qu'elle ne souvienne pas, avoua Levi.
Eren lui sourit gentiment, et caressa sa joue.
— Tu m'as dit une fois, il y a très longtemps que si tu devais faire un choix, choisis la route que tu ne regretteras pas, rappela-t-il. Si tu ne l'appelles pas, tu ne sauras jamais, non ? »
Eren avait raison, réalisa-t-il. Ses yeux glissèrent vers la photo d'Hange dans le journal. Il prit une grande inspiration. Ok, il pouvait faire ça. Il allait faire ça. Eren le regarda se lever avec un sourire encourageant.
Une fois armé du téléphone et du numéro, il s'assit sur le lit, pendant qu'Eren lui donnait un peu d'intimité en allant préparer le diner.
Levi n'avait pas eu Hange tout de suite (dans ce monde, appelée Madison Wright) car aucun d'eux n'avait pris en compte le décalage horaire. Le téléphone avait sonné dans le vide, avant qu'une voix robotique lui informe que l'Institut n'était pas ouverte si tard dans la nuit.
Il s'était donc installé à la table, content de juste regarder Eren cuisiner pour le moment. Il cuisinait bien mieux que lui, et aimait ça de toute façon. Levi n'aimait pas vraiment cuisiner. Mettre ses mains dans la nourriture, les taches, les odeurs plus ou moins alléchantes, tout cela n'aidait pas à rendre la cuisine comme un de ses activités préférées.
Il avait donc rappeler plus tard, et avait bataillée pour parler au Dr. Wright. La réceptionniste avait seulement accepté de prendre son nom et de demander à Hange de le rappeler. Il avait eu peur qu'elle ne le fasse pas, mais finalement, plus tard, vers 11 heures, son téléphone avait sonné.
« Oui, hallo ?
— Levi ? Oh mon dieu, ta voix fait si jeune! S'était exclamée Hange. Quel âge tu as ? Où vis-tu, maintenant ?
Le débit de parole d'Hange n'avait pas beaucoup changé. Elle parlait même presque plus vite maintenant, et Levi eut presque du mal à la comprendre avec son accent australien. Il sourit parce qu'il ne s'était jamais vraiment rendu compte à quel point Hange lui avait manqué.
— Tais-toi un peu, binoclarde, je te comprends pas, la coupa-t-il.
Il entendit son rire, et il put sentir des larmes au coin de ses yeux. Il se força à ne pas pleurer.
— Tu te rends pas compte à quel point tu m'as manqué, mon petit nain grincheux, souffla Hange, si différent de son flot de paroles habituel.
— Tu m'as tout sauf manqué, binoclarde, lui jeta Levi, mais même lui pouvait entendre la tendresse dans sa voix.
— Oooh, tu es trop mignon, se moqua son amie. On a tellement de choses à se raconter Levi! Tu as une vie de choses à me dire!
Et Levi ne put s'empêcher de ricaner au jeu de mot, car c'était vrai, il avait une vie entière à lui raconter.
— Je veux bien te dire quelques détails, Hange, mais il va falloir le faire sur skype ou un truc de ce genre, parce que t'appeler des Etats-Unis va me couter la peau du cul.
— Ok, attends pas de problème! »
Une fois leurs skypes échangés, Levi lui répondit sur son téléphone. Il se glissa sous les couvertures, et, confortablement installé dans les draps et le portable contre l'oreille, il se mit à lui parler.
Il lui parla de son enfance, comme était-ce de grandir sans père, que sa mère dans cette vie était douce et aimante. Il lui parla de son adolescence, la façon dont il s'était senti mal dans sa peau, comment il n'avait jamais eu l'impression de vraiment appartenir quelque part. Il lui parla du patinage, qui lui faisait tant penser au 3DMG. Il lui parla ensuite de sa rencontre ave Eren, de son choix presque fou de partir comme ça, d'un coup, de disparaitre. Il parla de cette nuit, lorsque soudainement ses souvenirs lui étaient revenus.
Il lui dit aussi qu'ils avaient retrouvés Armin et Annie. Hange ne parut pas surprise de savoir qu'ils étaient ensemble. Lorsqu'il lui demanda pourquoi, Hange lui fit remarquer que lorsqu'ils avaient voulu la capturer dans l'autre monde, Annie avait précisé qu'elle acceptait de suivre Armin parce que c'était lui et non quelqu'un d'autre.
Levi supposa qu'en effet cela avait du sens.
Il hésita à lui dire pour lui et Eren, mais il n'eut finalement pas besoin. Il ne savait pas comment elle avait deviné, mais elle lui avait demandé brusquement, sans préambule depuis combien de temps ils sortaient ensemble. Cinq mois était la réponse, et elle n'avait plus posé aucune question après, ce que Levi avait trouvé étrange.
Ce n'était pas grave. Levi avait retrouvé sa meilleure amie. Un peu différente peut-être, mais c'était sa voix, son rire, son humour, tout ce qui lui avait manqué sans qu'il ne s'en rende compte.
Il l'écouta parler de ses recherches, ses découvertes excitantes sur le monde océanique, les profondeurs noires et froides du fond des océans, des merveilles que renfermaient les eaux de notre planète.
Il s'endormit la voix d'Hange sonnant comme une berceuse, le téléphone contre l'oreille, un sourire sur le visage.
Eren se réveilla au son de portable. Quelqu'un l'appelait. Il voulut d'abord se tourner pour pouvoir chercher son portable du regard, mais il remarqua que Levi s'était enroulé autour de lui, un bras autour de sa taille, une jambe par-dessus les siennes, son visage dans le creux de son cou.
Abandonnant cette idée, il tata juste sa table de nuit jusqu'à qu'il sente la forme rectangulaire de son téléphone du bout des doigts.
C'était un numéro inconnu.
Il fronça les sourcils mais décida de décrocher.
« Oui, allo ?
— Eren ?
Cette voix lui disait quelque chose. Sans oublier que cette personne l'avait appelé Eren et non William.
— Oui c'est moi, et vous êtes ?
Il y eut un petit moment de silence, juste assez long pour qu'il se demande si son interlocutrice n'avait pas raccroché.
— C'est Annie.
Toutes traces de sommeil qui avaient pu restées dans son esprit venaient de s'évaporer maintenant.
— Oh, souffla-t-il, ne sachant pas vraiment quoi dire. Tu… Tu veux quelque chose ? Armin va bien ?
— Hum oui, oui, il va bien, assura-t-elle. Ce n'est pas à propos d'Armin. Je… J'aimerais pouvoir vous parlez. A toi et le Cap- Levi. Toi et Levi.
— Par téléphone ?
— Non, non, je… Je suis juste devant ton appartement, marmonna-t-elle, embarrassée. En bas, je veux dire. Sur un banc, en face.
— Oh, euh, ok, tu peux nous attendre une petite demi-heure ? Demanda Eren. Il faut que je réveille Levi et qu'on se prépare.
— Je peux attendre, dit Annie. Je suis celle qui est venue à l'improviste après tout. »
Il réveilla Levi en déposant des baisers papillons sur son dos. Levi grommela, et remonta la couverture jusqu'à son menton. Eren secoua la tête avec un sourire, et entreprit de lui souffler dans l'oreille.
Levi ouvrit les yeux en lui lançant un regard meurtrier qu'Eren put traduire comme : T'as intérêt à avoir une bonne raison de me réveiller si tu tiens à ta vie.
« Annie vient de m'appeler, l'informa Eren. Elle voudrait nous parler. »
Levi grogna, mais finit par se lever.
Ils se retrouvèrent dans un petit café, les trois à une table dans un coin, leur boisson respective devant eux. Annie avait les yeux rivés sur sa tasse.
Elle leva finalement la tête, ses yeux d'un bleu glaciale sur eux. A l'exception de ses sourcils légèrement froncés, son visage était impassible. Elle resta silencieuse, même si elle semblait vouloir parler. Levi comprit pourquoi. Elle ne savait probablement pas comment commencer.
Il comprenait. Les mots ne venaient pas facilement aux gens comme lui et Annie. Ils n'étaient pas comme Eren qui savait rallier les gens à sa cause grâce à ses paroles passionnés.
« Je suis venue pour parler de mes… crimes, commença-t-elle finalement, brusquement. Pour m'excuser. »
Il sentit qu'Eren voulait dire quelque chose, mais il attrapa son poignet, le retenant. Tout d'abord parce qu'il avait tendance à ne pas penser avant de parler, et ensuite parce qu'il sentait qu'Annie n'avait pas fini.
« Tuer tous ces gens, tous ces innocents, cela ne m'apportait aucun plaisir. J'étais une meurtrière, et je l'ai toujours regretté. »
Le regard d'Annie se perdit loin derrière eux, et Levi se demanda à quoi elle pouvait penser.
« Je ne regrette pas vraiment le choix que j'ai fait, pourtant. Ni avant, ni maintenant. J'étais une meurtrière, un monstre. J'avais les mains pleines de sang. Je… J'ai tué pour cette cause. Une fois qu'on a tué, on n'a commis l'irréparable. Ce n'était pas comme si j'aurais pu retourner en arrière. »
Elle rit, mais il n'y avait pas d'humour dans son rire, que de l'amertume.
« Je suis désolée pour ton squad, Levi, s'excusa-t-elle. Si j'avais pu je ne les aurais pas tuer, mais je devais survivre. Je devais faire tout ce que je pouvais pour atteindre mon objectif. »
Levi la fixa, yeux dans les yeux. Il repensa à Petra, et ses doux yeux noisette. Il repensa à Erd et Gunther et Auruo. Il repensa aux années qu'ils avaient passés dans les souterrains, à ce qu'il avait dû faire pour survivre.
On faisait des choses horribles sans vraiment y penser, lorsque la survie était le seul objectif.
« J'accepte tes excuses, dit-il finalement.
Rien dans son visage toujours impassible ne trahit ce que ressentait Annie à ses mots.
— Merci, murmura-t-elle.
Elle fit un sourire, petit mais honnête.
— Très bien, maintenant qu'on a réglé ça, tu vas ramener ton petit cul avec nous et dormir sur le canapé parce que tu as des putains de cernes sous les yeux, et que si tu es venue en voiture tu as pas dû dormir beaucoup de la nuit. »
Il sentit qu'Annie voulait refuser, mais il la fit taire d'un regard noir.
« Et tu appelleras Armin parce que je suis sûr qu'il est mort d'inquiétude. »
Annie détourna les yeux, pour cacher sa gêne, mais hocha la tête.
Juin
Levi, allongé sur le ventre, pouvait profiter d'observer le visage d'Eren à sa guise, celui-ci s'étant endormi après leurs activités plutôt… fatigantes. Il se laissa admirer le dos musclé découvert, se demandant brièvement comment Eren pouvait avoir une peau aussi bronzée après six mois d'hiver.
Il se tourna doucement sur le côté, essayant de ne pas réveiller son amant. Heureusement, Eren était du genre à dormir comme une souche. Il leva la main, et délicatement, posa son index entre ses deux sourcils. Il suivit lentement l'arcade de son sourcil gauche, cercla son œil, pour descendre le long de l'arrête de son nez. Il effleura la courbe de sa bouche, et faillit sursauter lorsqu'il les sentit s'entrouvrir.
« Une fois ne t'a pas suffi ? Murmura Eren, les coins de ses lèvres recourbées.
Il n'avait même pas ouvert ses yeux.
— Et si que je t'avouais que c'est le cas ? » Susurra-t-il, se sentant légèrement provocateur.
Cela eut l'effet escompté. Eren ouvrit les paupières soudainement pour le fixer. Il passa une langue sur ses lèvres, et Levi put sentir la pointe familière de l'anticipation se loger dans son estomac.
Eren caressa son flanc, avant de poser sa main sur sa hanche. Levi amena la sienne à l'arrière de sa nuque, et se rapprocha pour l'embrasser. Ils laissèrent leurs lèvres glisser les unes contre les autres dans un mouvement languide.
« Alors je te dirais que c'est une proposition à laquelle je ne peux résister, » répondit finalement Eren, dans un chuchotement.
Il les fit tourner, de façon à ce que Levi se retrouve allonger sur son ventre, posant sans hésitation une main sur ses fesses.
C'est ce moment-là que le téléphone d'Eren se mit à sonner. Levi jura. Quel con s'était imaginé que c'était une bonne idée d'appeler son petit-copain à minuit un vendredi soir ? Il se laissa rouler sur le lit, redonnant sa liberté de mouvement à Eren.
Celui-ci tendit le bras pour attraper son portable sur la table de nuit, et vérifia le correspondant. Il décrocha.
« J'espère que t'as une bonne raison pour m'appeler, Armin. »
Levi était pratiquement sûr qu'il y eut un rire à l'autre bout du fil. Eren rougit, légèrement. Son meilleur ami avait dû faire une remarque taquine.
Il ouvrit soudainement de grands yeux, et Levi fronça des sourcils, se préparant au pire. Il fit le tour des mauvaises nouvelles qu'ils pouvaient recevoir, mais voyant le sourire qui illumina le visage d'Eren, il laissa tomber. Une bonne surprise, alors ?
« Je te le passe, alors. Ce serait mieux que tu lui dises en personne.
Qu'est-ce qui se passe ? Articula-t-il silencieusement. Eren ne fit que lui sourire mystérieusement avant de lui tendre le téléphone.
— Hey, Armin, dit-il.
— Levi! S'exclama le blond. J'ai une super bonne nouvelle!
— Une super bonne nouvelle ? Répéta Levi, un peu douteux, car Armin et lui n'avaient habituellement pas la même définition de "bonne nouelle".
— Ton squad! Je l'ai retrouvé, l'informa Armin, tout excité.
Il resta un moment silencieux, laissant l'information prendre tout son sens, en réaliser les conséquences.
— Que… Comment ? Parvint-il seulement à demander.
— Annie et moi on est allés voir un opéra et ils se trouvent que Petra est chanteuse d'opéra, expliqua Armin. Gunther est un danseur classique. Je n'ai pas vu les autres, par contre. Mais ils ne doivent pas être loin.
Levi, ne sachant pas vraiment quoi dire ne fit que jeter un coup d'œil à Eren qui rayonnait, un grand sourire sur le visage.
— Tu leur as parlé ? Demanda-t-il.
— Non, avoua Armin, avec regret. On ne pouvait pas aller dans les loges. Mais tu dois sûrement pouvoir les contacter! Si on explique qui on est, je suis sûr qu'on aura une réponse en un rien de temps. »
Levi savait qu'il était parfaitement possible, même en sachant que Petra et les autres étaient vivants, qu'ils n'arrivent jamais à les contacter. Peut-être ne se souvenaient-ils pas, peut-être ils ne voulaient rien à voir avec lui. Il essaya de ne pas penser à cette possibilité.
Mais avait-il vraiment quelque chose à perdre ?
« Ok, Armin, accepta Levi. Est-ce que je pourrais avoir leurs noms et le nom de leur troupe ? »
Une fois Hange retrouvée, ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'ils n'organisent de tous se rencontrer.
La liste d'anciens camarades s'allongeait maintenant. Il y avait eux deux bien sûr, mais aussi Armin et Mikasa. Annie, Sasha, Connie, Ymir, Christa.
Hange, Erwin, et aussi Mike, qu'Hange avait rencontré alors qu'il était en vacances en Australie.
Levi avait même contacté Hitch pour lui demander si elle souhaitait venir. Elle avait répondu qu'elle d'autres choses à faire, et Levi se dit qu'elle semblait peut-être plus gentille, mais qu'elle n'avait, au fond, pas beaucoup changé.
Hange, toujours zélée, avait déjà choisi où ils allaient tous se rencontrer. C'était un hôtel, dans le sud-ouest de la France, tout proche de la mer. Lorsque Levi lui avait demandé pourquoi celui-ci et pas un autre, elle avait évité de répondre, disant seulement que c'était une surprise.
Cela ne rassurait pas spécialement Levi.
En plus du stress de la préparation du voyage, vint s'ajouter celles des examens d'Eren. Levi, même quand il rentrait tard le soir, le trouvait souvent plié en deux, les yeux sur un de ses livres, une tasse de café froid devant lui.
Ce côté-ci d'Eren n'avait pas changé. Il était déterminé, et voulait réussir, au point qu'il s'oubliait lui-même, au risque de se blesser ou de détériorer sa santé.
Ces soirs-là, il obligeait Eren à lâcher ses livres, lui préparait à manger (car bien sûr, dans sa frénésie, Eren avait oublié qu'il ne pouvait pas survivre de café) et finalement le poussait jusqu'au lit, peu importe les protestes qu'il recevait.
Mais la fin du mois arriva, et avec elle, la fin des examens, laissant un Eren épuisé mais fier de lui, et un Levi rassuré que son petit-ami n'allait plus passer de nuits blanches penchés sur ses notes.
Juillet
Levi vérifia une dernière fois qu'il avait bien le plus important. Passeport, carte d'embarquement, son porte-monnaie, son portable, les clés de l'appartement, l'adresse de l'hôtel, et leurs réservations.
Eren le regarda faire avec amusement.
« Tout va bien, Levi, assura-t-il. Nous avons toutes nos affaires. Nos valises sont enregistrées.
— Je sais, » grommela-t-il.
Il fronça des sourcils, et décida que regarder ses pieds étaient une activité très intéressante.
Eren s'accroupit devant lui. La situation devait être plutôt ridicule, réalisa Levi. De un les sièges de l'aéroport n'était pas haut, et lui-même n'était pas grand, à l'inverse d'Eren. Et tout ça juste pour foutre sa frimousse attirante dans son chant de vision.
Levi n'aurait pas dû trouver ça mignon. Il décida d'ignorer cette pensée.
Eren prit sa main, et lui fit un sourire rassurant.
« Nerveux ? » Demanda-t-il, comme s'il ne savait pas déjà.
Levi ne fit que détourner les yeux, en confirmation silencieuse.
« L'avion est le moyen de transport le plus fiable, tu sais. Tu as plus de chances d'avoir un accident en traversant la rue qu'en prenant l'avion. »
Ce n'est pas comme si Levi ne le savait pas. Seulement, c'était la première fois de sa vie qu'il prenait l'avion, et il ne pouvait pas empêcher le stress qui venait avec la nouvelle expérience.
Eren frotta leurs nez ensemble avant de déposer un rapide baiser sur ses lèvres. Il y eut une vive inspiration sur leur gauche, et ils levèrent la tête pour voir une jeune femme les regarder avec un air si choqué que s'en était presque comique.
« Gay, » murmura-t-elle, tellement fort pourtant, que c'en était même pas discret.
La scène lui fit repenser à cette animé qu'Eren lui avait fait regardé quelques jours plus tôt, ou une pauvre fille innocente s'était embarqué dans un club d'hôtes parce qu'elle avait cassé un vase.
Il ne put s'empêcher de rire.
Eren le regarda avec un sourire, visiblement soulagé que Levi se soit détendu. Levi déposa un baiser au coin de ses lèvres pour le remercier de s'inquiéter pour lui.
Détendu, il était maintenant plutôt confiant en son habilité à entrer dans l'avion sans avoir l'air trop nerveux.
Ou c'est au moins ce qu'il crut avant qu'une voix féminine les invitent à embarquer, et que la réalité de sa situation lui revienne en pleine face.
Il garda son expression la plus neutre possible, et si Levi écrasa la main d'Eren dans la sienne, celui-ci ne dit rien.
Il pouvait le faire, se répéta-t-il en boucle. Au moins, pour une fois dans sa vie, il aurait l'impression que savoir parlait français était vraiment utile.
Définitivement pas la meilleure des consolations…
Finalement, il ne reste plus qu'un chapitre et un épilogue. Désolée pour ce retard ridiculement long.
