Loin de toi, mon coeur souffre… par Shiroitora-lili
Chapitre 2
Le plan préparé par les amis du Maoh et de Wolfram était prêt. Murata s'était même rendu sur Terre en secret grâce à ses pouvoirs, ceux d'Ulrike et ceux de Shinou afin de parler de tout cela aux parents de Shibuya. Au début, Jennifer n'était pas d'accord de se retrouver mêler à ces histoires qu'elle qualifiait d'enfantines. Mais Shoma Shibuya réussit à la persuader après un très long pourparler.
Le plan était presque simple. Les deux têtes de mules, c'est ainsi qu'étaient nommés les fiancés, allaient se retrouver seul chez Yuuri. Ses parents ont été invité à rejoindre, pour quelques temps, Shôri qui était de nouveau en Suisse chez Bob depuis quelques semaines. Yuuri et Wolfram étant seuls, il leurs faudrait bien entamer une discussion, et pourquoi pas se réconcilier.
Comme convenu, Conrad vint chercher son cadet qui se terrait toujours dans sa chambre. Il avait pour mission de l'accompagner au temple de Shinou, où Ulrike attendait.
— Wolfram, Ulrike te fait demander, lui annonça Lord Weller.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas. C'est un garde qui est venu te chercher. Je lui ai dit que je t'y conduirais moi-même, sourit l'aîné.
Le blondinet soupira lourdement mais attrapa son épée et la veste de son uniforme. Conrad n'ajouta pas un seul mot. De toute façon, son jeune frère ne dirait rien de plus. Il le connaissait bien. C'est donc dans un silence monacal qu'ils se rendirent au temple de Shinou. Wolfram se torturait les méninges se demandant ce que pouvait lui vouloir Ulrike.
Dans le même temps, Gunther arriva en trombe, fidèle à lui-même, dans le bureau de Yuuri qui, assidu, travaillait dur.
— Majesté, hurla presque Lord Von Christ, limite affolé.
— Que t'arrive t-il Gunther ? s'inquiéta immédiatement le Maoh.
— Ulrike vous fait demander. Elle vous attend au plus vite.
Gwendal ne dit rien mais sourit intérieurement. Il connaissait bien évidement le plan et le jeu d'acteur que venait de faire Gunther aurait mérité une récompense, selon lui.
— Je suis désolé Gwendal. Mais je ne pense pas pouvoir me défiler de cet entretien, soupira presque le jeune Roi.
— Pas de problème. Si Ulrike vous fait demander c'est que cela doit être important. Je finirai cela pour vous.
— Merci.
Yuuri suivit docilement Gunther jusqu'au temple d'Ulrike. Lord Von Christ s'arrangea pour quitter le Château après Conrad et Wolfram. Lorsque le Maoh arriva au temple, Lord Weller et son cadet se trouvaient devant la fontaine. Quand le blondinet vit son fiancé, il le toisa avant de détourner le regard.
— Conrad, Wolfram … Ulrike vous a aussi demandé de venir ? s'étonna Shibuya.
— Votre Majesté, fit la prêtresse de Shinou en faisant une révérence devant le Roi de Shinmakoku.
— Ulrike ! Que se passe t-il ? s'inquiéta Yuuri.
— Ulrike n'y est pour rien, Shibuya, intervint le Grand Sage.
— Murata ?…
Un regard de connivence se forma entre Murata, Ulrike, Gunther et Conrad. Shinou qui n'était pas loin observa la scène, un large sourire sur les lèvres. Lord Von Bielefeld et le Maoh se trouvaient comme prévu près de la fontaine. Lord Weller et Lord Von Christ s'approchèrent d'eux discrètement et les poussèrent dans le bassin. Aussitôt un tourbillon se forma pour engloutir les deux jeunes hommes. Ils n'eurent pas le temps d'envoyer des mots d'oiseaux à leurs bourreaux, mais tous deux se dirent qu'ils régleraient leurs comptes à leur retour. Pour l'heure, il n'y avait rien à faire que se laisser porter par les flots.
Quelques minutes plus tard, les garçons arrivèrent dans la baignoire des Shibuya. Ils sortirent de là et Yuuri prit des serviettes dans l'un des placards de la salle de bain et en tendit une à Wolfram.
— Tu étais au courant, je présume ? siffla le blond.
— Non, répondit pensivement le Maoh.
— T'es franchement un boulet, soupira Von Bielefeld.
Yuuri n'eut même pas envie de répondre à cela. Il en avait marre de se faire insulter de boulet mais dans leur situation ce n'était guère la peine de remettre de l'eau sur le feu.
— Tu n'as rien à dire ? Ca ne m'étonn….
— J'aimerais, moi, savoir pourquoi ils ont fait ça ? l'interrompit Yuuri.
C'est le blond, cette fois, qui ne trouva rien à dire. Il admit même que la remarque de son fiancé était juste. Pourquoi étaient-ils là, sans les autres ?
Ils descendirent au salon pensant y trouver Jennifer mais il n'y avait trace de vie nulle part. Un morceau de papier sur la table retint l'attention de Wolfram.
— Yuuri, je ne comprends pas ce qu'il y a d'écrit, fit penaud le blondinet en tendant le mot.
« Mon petit Yuuri, je te laisse ce petit mot pour que tu ne t'inquiètes pas de ne pas nous trouver à la maison. Comme tu le sais ton frère se trouve en Suisse pour se préparer à la relève de Bob. Mais cela fait de longs mois qu'il est parti et je suis tellement inquiète que j'ai fini par décider ton père de prendre des vacances pour que nous puissions rendre visite à Shôri. Désolée mon petit Yuuri de te rater mais je vous aime tous les deux. Il y a tout ce qu'il faut pour te préparer de quoi manger et nous t'avons laisser de l'argent dans l'enveloppe ci-jointe. Nous serons de retour dans trois semaines. Je t'embrasse très fort mon petit Yuuri. Ta maman qui t'aime. PS : Ton père t'embrasse aussi. » Quatre ou cinq coeurs avaient également été dessiné.
Yuuri soupira mais ce ne fut rien comparé à son invité. Trois semaines ! Ils espéraient juste pouvoir repartir au plus tôt pour leur monde. L'ambiance qui régnait entre eux n'était pas au beau fixe, pourtant se faire coincer ensemble était l'une des choses que secrètement ils désiraient, chacun dans leur coin, depuis quelques jours.
—
Le maître des lieux venait de faire le tour de la maison et effectivement il n'y avait pas âme qui vive. Le frigo et les placards étaient remplis de nourriture. Cependant il dû annoncer une chose importante à son invité.
— Je ne pourrais pas dormir dans la chambre de Shôri car comme je le présumais il a fermé à double tour et jamais je ne dormirais dans celle de mes parents.
— Tu n'es qu'un boulet ! fit Wolfram en croisant ses bras sur sa poitrine.
Au fond de lui, Lord Von Bielefeld était ravi de passer du temps seul avec Yuuri mais il ne savait juste pas comment l'exprimer et se cachait toujours derrière son égoïsme et son agressivité.
— Si seulement, il pouvait m'aimer comme je l'aime, pensa le blond en soupira silencieusement.
Il était encore trop tôt pour manger mais il faisait beau dehors.
— Veux-tu que je te fasse visiter un peu la ville ? demanda l'hôte.
— De toute façon, il n'y a que ça à faire ! Je me trompe ? fit remarquer sèchement Wolfram.
— Si t'as pas envie, tu peux toujours rester ici ! s'énerva Yuuri.
Le Maoh sortit du salon pour se rendre dans sa chambre. Il se changea. Au moment où il sortait de la pièce, Wolfram s'apprêtait à frapper à la porte.
— Je … je suis désolé, Yuuri. Si tu le veux toujours, j'accepte de t'accompagner.
Pendant que son fiancé se changeait, Lord Von Bielefeld avait réfléchi. Il s'était rendu compte que c'était là, la première fois que Yuuri lui proposait une activité à faire ensemble. En plus, ils étaient seuls quoi de mieux pour tenter une nouvelle approche et faire face à sa propre timidité.
Shibuya riva ses orbes aux siens. Etonné. Néanmoins, son organe de vie rata quelques battements devant la demande de son ami. Il se sentit tellement heureux en une seconde qu'il ne put répondre de suite.
— Hmm ! fit simplement Yuuri. Mais il faut te changer et ranger ton épée.
— Mais enfin si nous nous faisons attaquer ?
— Il n'y a pas de risque ici, et pis pourquoi crois-tu sommes là ?
— Que veux-tu dire ?
— Que Conrad et les autres nous ont envoyé ici exprès et qu'ils nous savent en sécurité.
— Mais pourquoi ?
— Ca je ne sais pas…
—
Les deux jeunes hommes marchaient dans la rue principale de la ville natale du Roi de Shinmakoku. Wolfram était heureux. Ses émeraudes s'écarquillaient devant chaque vitrine qu'ils croisaient. Il s'émerveillait des technologies présente sur Terre. Pour la première fois depuis des semaines, il souriait et souriait à Yuuri qui de bonheur lui rendait. Mais cette ambiance ne dura pas. Yuuri rencontra une amie de sa classe et lui proposa d'aller boire un verre avec eux. Bien sûr la demoiselle accepta. Avoir deux beaux garçons pour elle seule, elle n'allait pas laisser passer sa chance de le raconter à ses copines. Wolfram, quant à lui, … et bien c'est Wolfram. Il se renferma dans son caractère de cochon. Il pesta contre son fiancé, encore et fit du boudin pour le restant de l'après midi, déprimant ainsi Yuuri.
— Tu me dis tout le temps que je suis un boulet mais de nous deux c'est toi qui l'es ! s'énerva le Maoh en ouvrant la porte de la maison familiale.
Lord Von Bielefeld marmonna plus qu'il ne parla en se dirigeant vers le salon pour prendre place dans le canapé. Il croisa bras et jambes toujours en bougonnant. Yuuri, lui, soupira en se dirigeant vers la cuisine. Il était tard et l'heure du repas du soir arrivait à grand pas. C'est lui qui s'y collait, évidemment.
Le silence régnait en maître dans la maison Shibuya. Rien ne semblait vouloir changer entre les deux jeunes hommes. Wolfram s'en voulait d'agir jalousement dès que son fiancé s'intéressait un peu à une autre personne que lui. Et Yuuri sentait ses sens le troubler de plus en plus en présence du blondinet colérique. Mais il avait du mal à le comprendre et ne savait pas comment agir avec lui.
Lors du dîner, ils s'observaient discrètement. Pas un mot pourtant ne franchit la barrière de leurs lèvres. Ils semblaient dans une impasse alors que le début de leur balade avait bien commencé. Que faire ? Comment ouvrir son coeur quand on est sûr de ne pas être écouté ? Telle était la question qu'ils se posaient chacun de leur côté.
Cette première soirée en tête à tête était interminable. Wolfram regardait pourtant la télé. Cela l'impressionnait. Mais il ne parlait pas. Pas qu'il n'en ait pas envie mais il ne savait pas ouvrir son coeur ni s'excuser. Il ne le faisait jamais.
Le blond monta le premier se coucher prétextant un coup de fatigue. Mais il n'en était rien. Son coeur souffrait de sa stupidité cependant il était bien trop fier pour avouer quoique ce soit. Il préféra donc aller lire, au calme. Il pénétra dans la chambre de Yuuri qu'il connaissait bien mais ce soir il ressentit quelque chose d'étrange. Il ne sut dire quoi mais cela lui broya les entrailles. Pour la première fois il allait dormir dans le lit de son fiancé. D'habitude lorsque vient sur Terre, il dort sur le futon. Mais cette fois le Maoh, lui laissait sa place. Il se déshabilla, enfila sa tenue de nuit et s'installa entre les draps froids. Il commença à lire.
L'histoire que lisait Lord Von Bielefeld racontait l'histoire d'un Ronin[1] et semblait intéressante. Il se plongea dans le récit sans se rendre compte du temps qui défilait. Il oublia tout. Seule la porte de la chambre qui s'ouvrit un peu trop brusquement, le sortit de sa lecture.
— Wolfram ? ! Tu ne dors pas ? l'interrogea le Maoh.
— Yuuri ! Tu montes tôt.
— En fait, il est tard, affirma simplement l'hôte.
Le blond se tourna vers l'horloge et constata qu'il était près d'une heure du matin. Il ferma le livre en y mettant un marque-page pour pouvoir retrouver rapidement l'endroit où il avait cessé sa lecture. Yuuri prit son pyjama et alla dans la salle de bain pour se changer sous le regard interrogateur de Wolfram. Il revint quelques minutes plus tard et s'installa dans le futon après avoir éteint la lumière.
Pas un mot de plus ne fut prononcé. Un froid s'était invité dans la chambre et semblait ne plus vouloir quitter les deux jeunes hommes.
— Tu peux continuer à lire si tu veux, dit au bout d'un moment Shibuya.
— Je ne veux pas t'embêter. Bonne nuit.
— Ca ne m'ennuie pas, mais bonne nuit.
—
Le réveil affichait huit heure quand Yuuri posa ses yeux encore endormis dessus. Il s'étira, grogna - dormir sur un futon ne permet pas un sommeil aussi récupérateur qu'un lit - et se leva sans faire trop de bruit. Avant de quitter la chambre, il laissa ses iris sombres glisser sur la silhouette sur l'être endormi dans son lit. Il se rendit compte, un peu plus, qu'il était attiré par lui. Il revit en une fraction de seconde tous les moments où mutuellement ils se sont secourus. Certaine crise de jalousie du blond qui le fit à présent sourire car il venait de comprendre. Wolfram l'aimait depuis un très long moment, mais lui aussi l'aimait. Depuis quand ? De ça, il s'en ficha. Ce qu'il souhaitait c'était de pouvoir parler avec son fiancé mais borné comme il l'est cela ne sera guère facile.
Shibuya prépara le petit déjeuner. Une bonne odeur s'échappait de la cuisine et se faufila dans la maison. C'est cette odeur agréable qui sortit Lord Von Bielefeld des bras de Morphée. Il s'assit dans le lit et regarda autour de lui. Il se souvint alors de la veille, du plan machiavélique de son frère et de son Altesse. Il sera les dents mais se promit de se venger. Puis, il remarqua que Yuuri n'était plus là et son odorat se remit à sentir cette délicieuse senteur. Il se leva, s'habilla et descendit rejoindre son Maoh. A Shinmakoku, c'était les servantes qui s'occupait de cela, mais ici Yuuri était un adolescent comme les autres. Wolfram admira la capacité d'adaptation de celui qu'il aimait par dessus tout. Il se rappela également qu'il boudait depuis la veille. Il se raidit. Qu'allait dire ou faire Yuuri ? Wolfram soupira tout en continuant de descendre vers la cuisine.
Il hésita à ouvrir la porte mais il avait faim alors il entra. Yuuri se retourna.
— Bonjour Wolfram. Tu as bien dormi ? demanda l'hôte souriant.
— Heu… Oui merci, répondit l'invité étonné.
La veille au soir, ils se parlaient à peine et l'ambiance était glaciale. Pourtant, là, Yuuri venait de lui parler comme si rien ne s'était passé.
— Ca sent bon, fit remarquer Wolfram.
— Merci. J'espère que ce sera aussi bon que ce que fait ma mère.
— Il n'y a pas de raison.
Wolfram regarda autour de lui. La table était déjà dressée. Il ne lui restait plus qu'à s'asseoir et à manger comme d'habitude. Il s'installa et attendit.
— Combien de temps penses-tu que nous allons rester ici ? demanda enfin le blondinet.
— Je ne sais pas. Il faut du temps à mon maryoku pour récupérer toute sa puissance après un voyage dans l'autre monde. Et là nous étions deux.
— Mais comme c'est eux qui nous ont envoyé ici, ne penses-tu pas que c'est grâce à Ulrike et à son Altesse que le passage c'est ouvert ?
— Oui, tu as raison et je suppose que Shinou est dans le coup aussi. De toute façon, ils ont besoin de mes pouvoirs pour l'ouvrir.
— Shinou ? releva surpris Wolfram. Qu'allons nous faire ? On ne peut pas rester ici !
— Déjà on va prendre le petit déjeuner, et on essayer de rentrer avec mes seuls pouvoirs.
— Très bien.
Yuuri savait de qui tenir ses talents culinaires. Wolfram fut surpris, tout comme la veille, de voir ce savoir-faire en lui. Le petit déjeuner avalé, les deux garçons se rendirent dans la salle de bain. Le maître des lieux ouvrit le robinet de la baignoire et enfonça le bouchon à l'endroit prévu afin que l'eau reste bien sagement à l'intérieur. Les deux garçons enjambèrent la baignoire. Le Maoh se concentra pour tenter de percevoir le passage vers Shinmakoku. Il essaya durant de longues minutes, en vain. Wolfram, les bras croisés sur sa poitrine, s'impatientait.
— Tu n'es même pas capable de nous ramener à Shinmakoku ! Tu n'es qu'un boulet ! s'énerva le blondinet.
— Je te signale que je fais ce que je peux ! fit remarquer Shibuya en contenant sa agacement.
— Et bien ce n'est pas assez !
Yuuri se rendit à l'évidence. Avec son seul pouvoir il n'arrivera jamais à revenir à Shinmakoku. Il riva ses iris aux émeraudes de son ami et soupira devant sa mime désappointée.
— Sans l'aide de Murata et d'Ulrike, je pense que je n'y arriverais pas, affirma Yuuri.
— Franchement… Pourquoi nous ont-ils fait ça, selon toi ?
— Sans doute parce que nous ne nous parlions plus, répondit le Maoh songeur.
— Et en quoi cela les regarde t-il ?
— Ce sont nos amis, ils doivent s'inquiéter c'est tout.
— Mouais…
Les deux garçons sortirent de la baignoire. Yuuri était mécontent de ne pas avoir réussi ouvrir un passage entre les deux mondes malgré son puissant maryoku et Wolfram, fidèle à lui-même, bougonnait à n'en plus finir.
Une fois de plus les deux amis se parlèrent à peine le restant de la journée. Chacun de leur côté, ils se révélaient autant têtus l'un que l'autre. Yuuri lisait un magasine sur le base-ball pour se changer les idées tandis que Wolfram regardait par la fenêtre. Il avait les bras croisés et son épaule était appuyée contre la vitre froide.
Yuuri venait de lever les yeux vers le blondinet et se mit à l'observer, le scruter. Il redessina les contours de son visage - du moins de ce qu'il en voyait - puis son regard descendit vers la chute de ses reins et sa taille fine. Le Maoh n'avait jamais regardé un autre garçon ainsi car il n'avait été attiré que par des filles jusqu'à présent mais là il devait reconnaitre que Lord Von Bielefeld hantait bien plus ses pensées que n'importe quelle autre jeune femme. C'était sûr, maintenant, il était tombé définitivement sous son charme. Ses yeux noirs s'attardaient toujours sur les formes de son invité, il ne pouvait plus s'en détacher. Ce n'est que lorsque Wolfram bougea que Yuuri reprit la lecture de son magasine, espérant que son aimé n'est rien remarqué.
Wolfram fixait l'horizon, se posant mille et une questions quant à sa présence ici avec son fiancé. Il ne l'admettra jamais mais il était ravi d'avoir rien que pour lui le Maoh de Shinmakoku, son fiancé, son amour. Intérieurement, il soupira. Sa stupidité et sa jalousie l'empêchait cependant de profiter de ces moments passés avec lui. Il ne savait pas aimer et s'en rendait compte aujourd'hui. Puis, il remarqua dans le reflet de la vitre que l'objet de ses pensées l'observait. Il déglutit discrètement afin de ne pas lui montrer qu'il l'épiait également. Il sentait son regard sur lui. Son corps l'échauffait de plus en plus au fur et à mesure que les secondes s'égrenaient. Son rythme cardiaque augmenta et sa respiration se fit plus difficile mais il ne bougea pas. Enfin, Yuuri le regardait. Enfin, Yuuri semblait s'intéresser à lui. Enfin, c'est ce qu'il aimerait mais était-ce pour cela que Shibuya le fixait ainsi ?
Lord Von Bielefeld ne savait pas s'excuser et cela rendait difficile le dialogue entre lui et Yuuri. Cependant, il réfléchissait à la manière de s'y prendre pour présenter des excuses en bon et dû forme à son Maoh mais il ne semblait pas trouver de formule adéquate. Après le dîner, il monta se coucher. Il reprit le livre qu'il avait commencé la veille, il voulait s'ôter de l'esprit son amour. A quoi bon, puisque apparement Yuuri ne ressentait pas les mêmes sentiments que lui. Il décida de renoncer à lui, la mort dans l'âme…
—
Wolfram se réveilla au beau milieu de la nuit et pour une fois pas à cause d'une chute du lit. Non, son cerveau était en ébullition. Moins il voulait penser à Yuuri plus il le voyait dans ses songes. Ils étaient autant borné l'un que l'autre et la situation s'enlisait comme une charrue au milieu d'un champ boueux. Il soupira silencieusement afin de ne pas réveiller son fiancé qui dormait à point fermé puis se tourna vers lui pour l'observer. Comme toujours, Yuuri était calme et serein dans son sommeil mais il ne voyait pas son visage. Le Maoh lui tournait le dos.
Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que Yuuri ne daigne se retourner pour permettre à Lord Von Bielefeld de scruter la moindre parcelle de son minois. Il tendit une main pour la glisser dans la chevelure ébène de son aimé en faisant bien attention à ne pas le réveiller.
— Wolfram…, murmura Yuuri en ouvrant les yeux.
Le blond retira sa main brusquement et la posa sur sa propre poitrine, les émeraudes écarquillées de surprises. Il se sentait bête.
— Dé… Désolé, dit-il penaud.
Shibuya se redressa, se leva et s'assit sur le bord du lit tout en rivant ses orbes sombres dans ceux de son fiancé. Il tendit une main à son tour et la posa sur celle de Wolfram qui se raidit à ce contact. Le coeur de Wolfram s'emballa d'un coup. Une douce chaleur s'empara de son corps tremblant. Le comportement de Yuuri l'étonna fortement. Il voulut parler, dire quelque chose même n'importe quoi mais aucun son ne fit vibrer ses cordes vocales.
Yuuri l'observait toujours sans un mot. Lui aussi ressentait un sentiment nouveau l'envahir. Plus il regardait Wolfram plus sa respiration se saccadait. Et puis, il s'approcha du blond. Lentement. Doucement. Timidement. Tremblant. Délicatement, leurs lèvres se frôlèrent avant de s'éloigner. Wolfram rougit légèrement mais il était bien trop surpris pour penser à quoique ce soit. Yuuri, lui, déglutit difficilement mais le goût des lèvres fraiches de son fiancé le rappelait. Il se rapprocha de nouveau mais cette fois il appuya le baiser et quémanda l'entrée de la bouche du blondinet colérique. Lord Von Bielefeld était, pour une fois, docile et se laissa totalement porter par ses émotions.
Le baiser s'intensifia et se fit langoureux. Une myriade de sensation les submergea. Le temps s'était arrêté. Les yeux fermés, ils savouraient ce moment à la fois tant attendu et tant redouté. Les mains restaient sages mais les corps s'échauffaient au fur et à mesure que le temps s'écoulait. Yuuri ne se reconnaissait pas. Il n'avait jamais pensé à un autre garçon comme il pense à Wolfram et les émotions qu'il ressentait en cet instant le rendait bien plus heureux qu'il ne l'aurait cru. Ce baiser le transporta, les transporta dans un autre monde loin de la Terre, loin de Shinmakoku. Lorsque leurs lèvres se séparèrent, leurs corps étaient tremblants mais ils souriaient.
— Yuu…ri !
Le Maoh posa son index sur les lèvres de Wolfram pour l'empêcher de parler plus. Il s'allongea dans le lit et invita le blond par un simple regard à l'y rejoindre. Lord Von Bielefeld ne se fit pas prier pour rejoindre son fiancé. Il s'allongea à son tour en se calant au plus près de celui qu'il aimait. Shibuya les recouvrit avec la couette et enlaça son fiancé. Pas un mot. Pas un bruit. Leur organe de vie battait à tout rompre dans leurs poitrines et les corps réagissaient à la présence de l'autre, surtout qu'ils étaient près, vraiment très près. Il ne leur fallut pourtant pas longtemps pour retrouver le sommeil malgré ce tendre moment.
—
Wolfram ouvrit les yeux avant Yuuri. Ils n'avaient pas bouger de position de la nuit. Shibuya le tenait toujours entre ses bras frêles. Son coeur se mit à battre plus fort d'un coup. Hier encore, ils étaient en « froid » notamment à cause de lui et de son fichu caractère. Ses pommettes rougirent lorsque son fiancé bougea et ouvrit ses iris.
— Bon… bonjour, Yuuri, dit timidement Wolfram.
— Bonjour, Wolfram, répondit le Maoh sur le même ton.
Durant quelques secondes ils se fixèrent. Puis cette fois Wolfram fit un pas vers Yuuri. Il s'approcha lentement de son vis-à-vis et l'embrassa maladroitement. Ce baiser aérien se transforma bien vite en baiser langoureux. Un bruit étrange les fit se séparer.
— Désolé. J'ai un peu faim, avoua Wolfram en rougissant légèrement.
— Viens. On va faire le petit déjeuner, proposa Yuuri.
Le blondinet colérique acquiesça et les deux garçons se levèrent afin de rejoindre la cuisine pour se restaurer. Une drôle d'atmosphère régnait entre eux. Une certaine gêne s'était invitée. Wolfram et Yuuri rougissaient légèrement rien qu'en posant leurs iris sur leur vis-à-vis. Ils ne savaient pas quoi se dire ni comment réagir face à l'autre. Leurs corps aussi les trahissaient : chaud, froid, tremblant…
Après avoir rempli leurs estomacs, ils passèrent chacun leur tour dans la salle de bain. Une fois prêt, ils se décidèrent à sortir. Yuuri pensa que le parc d'attraction du coin pourrait plaire à son invité.
—
Les yeux de Lord Von Bielefeld s'écarquillèrent en voyant les manèges à sensations, stands de sucreries, et autres stands de tir en tout genre. Son regard ne savait pas où se poser et brillait de mille feux. Yuuri l'observait et souriait. Il était ravi de le voir enfin sourire. La matinée s'égrenait tranquillement au gré des envies du blondinet colérique. Ils enchaînèrent plusieurs manèges plutôt soft mais Yuuri voulu en faire découvrir un donnant plus de sensation.
Il s'agissait du « bateau pirate ». Attraction en forme de bateau et se balançant de la proue à la poupe de plus en plus fortement. Le Maoh avait cependant oublié un détail important. Les deux Mazoku s'installèrent à bord. Wolfram n'était pas sûr de ce qui allait se passer car son fiancé ne lui avait quasiment rien dit. Il n'était pas rassuré.
Le manège se mit en route, une fois tous les participants fermement attachés. Lord Von Bielefeld chercha quelque chose où il pourrait s'agripper mais la seule chose qu'il trouva c'est la main de Yuuri. Il rougit et voulut ôter sa main de la où elle se trouvait, mais Yuuri l'en empêcha. Le blond serra fortement la main offerte tant il avait peur mais voyant son vis-à-vis serein, il se détendit à son tour. Cependant, le balancement de l'attraction n'était pas sans rappeler le roulis des bateaux, bien que là le sens du mouvement était d'avant en arrière. Le pauvre Wolfram fut prit de nausée au beau milieu de l'attraction. Heureusement, il réussi à se contenir… du moins jusqu'à ce qu'il descende de ce manège terrifiant.
Durant toute la session, Yuuri n'avait pas lâché sa main. Il la tenait ferment mais délicatement. Une douce chaleur s'était emparée de son corps. Il n'avait même pas fait attention à l'attraction car son esprit était tourné vers son invité. Il savait depuis quelque temps qu'il était attiré par Wolfram, mais plus les jours passaient et plus il s'en rendait compte.
— Tout va bien ? demanda le Maoh une fois éloignée du brouhaha qui s'épandait autour du manège.
— Oui, merci, répondit-il doucement.
— Je suis désolé, j'ai oublié que tu avais le mal de mer.
— J'ai pas le mal de mer ! bougonna Wolfram.
— Ha ! Oui c'est vrai pardon, fit Yuuri en se grattant la joue.
Puis, ils s'accrochèrent du regard. Leurs pommettes rosirent, un peu. Leurs mains étaient toujours enlacées. Une terrible envie de se rapprocher les prit. Ils avaient besoin d'un contact physique plus important. Et d'un baiser. Comme celui de la nuit dernière. Ils déglutirent péniblement, l'envie se faisait de plus en plus forte mais ils résistèrent. Sur Terre, la romance entre deux hommes n'était pas toujours accepté et il valait mieux se cacher. Pourtant, qui a t-il de plus beau que l'amour entre deux êtres qui aiment ? Wolfram avait du mal avec cela mais il savait car la mère de Yuuri lui en avait parlé à mainte reprise lors de ses différents voyages sur Terre.
Une jeune femme les bouscula en trébuchant et cet acte eut pour effet de briser l'atmosphère qui régnait entre eux depuis quelques instants. Yuuri, en gentleman averti, se précipita pour réceptionner la demoiselle et l'aida à se relever. Etrangement Wolfram ne s'énerva pas. Il souriait, même. Une chose en lui s'était passé. Il savait maintenant que le coeur de Yuuri lui appartenait, il n'avait donc plus à être jaloux. Cela le rendit presque heureux. Il alla aider son fiancé à relever la jeune femme et s'assura en premier qu'elle n'avait rien. Cet acte surprit grandement le Maoh qui s'attendait plus à des reproches.
— Elle avait l'air gentil, cette fille ! fit remarquer Yuuri.
— YUURIIII ! s'énerva le blond.
— Ahh ! Je me disais aussi…
Wolfram resta estomaqué une seconde. Pourquoi s'énervait-il ? En fait, cela faisait parti de lui. Cette jalousie ne le quittera pas facilement. Yuuri regarda autour de lui et vit la grande roue. Il voulait absolument que Wolfram puisse voir la vue depuis le sommet de l'attraction. Il l'empoigna par le poignet et le traina à sa suite. Son pas était rapide et Wolfram n'arrivait pas à le suivre. A plusieurs reprises le blond demanda au Maoh de le lâcher mais en vain. Yuuri le tenait fermement et le forçait à le suivre.
— Mais enfin, où est-ce que tu m'entraines ? s'insurgea le blondinet colérique.
— Là ! répondit Yuuri en pointant du doigt une immense roue.
Lord Von Bielefeld leva les yeux et resta ébahit face à l'attraction qui s'élevait devant lui. Il serait resté là à l'observer si Shibuya ne l'avait pas tiré par le bras pour le faire monter à bord d'une nacelle. A peine quelques secondes plus tard, la roue se mit en action. A rythme régulier, l'attraction stoppait afin de permettre l'accès aux autres personnes qui souhaitait profiter de la vue.
L'ambiance entre les deux garçons s'allégeait de plus en plus. Dans la nacelle, ils étaient seuls. Le ciel était dégagé et la vue qui s'offrait à eux laissa sans voix Wolfram. Ses yeux pétillaient. Il se plaça face à la fenêtre et posa ses mains de chaque côté de son visage. Yuuri était ravi de voir son ami sourire de la sorte, cela lui arrivait bien trop rarement. La roue continuait sa rotation, ils étaient presque au sommet.
— La vue est magnifique, Yuuri ! fit le blond en se retournant vers son fiancé.
Leurs yeux s'accrochèrent. Puis une secousse se fit ressentir. L'attraction stoppa une nouvelle fois faisant trébucher Wolfram sur Yuuri qui le réceptionna dans ses bras. Le blond rougit. Son coeur s'emballa. Son corps trembla. Shibuya ne pensait à rien. Il tenait son petit-ami dans ses bras et ne voulait pas le lâcher. Il fit glisser une main sur l'une des joues claires du blond et sans réfléchir l'embrassa langoureusement, amoureusement. Plus rien ne comptait pour eux en cet instant. Leurs organes de vie battaient à l'unisson. Leurs corps semblaient ne plus leur obéir.
Le soleil commençait se cacher, la nuit allait bientôt prendre la place du jour. Rien ne perturbait ce tendre moment. Et puis, la roue se remis en mouvement, brisant ainsi cet instant affectueux. Wolfram s'assit près de son fiancé et se cala contre lui. La roue avait entamé un second tour de rotation. Ils étaient toujours lovés l'un contre l'autre. Ils ne dirent pas un mot de plus. Bientôt, l'attraction s'arrêtera totalement. Pendant tout ce temps, et depuis quelques jours les deux jeunes hommes se rapprochaient. Lentement mais sûrement. Wolfram en était heureux bien que surprit et Yuuri ne se reconnaissait plus néanmoins il se sentait mieux depuis qu'il avait commencé à s'ouvrir.
Le retour à la maison se fit dans une ambiance détendue. Dès qu'ils le pouvaient le nouveau couple se tenait par la main et se rapprochait autant que possible. La soirée se déroula comme le reste de la journée, à la différence que le blondinet colérique avait mis la table et avait aidé comme il le pouvait son fiancé à faire le dîner.
—
A Shinmakoku , les affaires du royaume se portaient bien. Gwendal les gérait d'une main de maître. Conrad s'inquiétait pour son protéger et son cadet. Murata était plutôt satisfait de son plan pour réconcilier Shibuya et Lord Von Bielefeld. Gunther, lui, angoissait de savoir son roi seul sur Terre avec le blond.
— Tout va bien Lord Weller ? demanda le Grand Sage.
— Altesse !
— Vous ne devriez pas vous inquiéter autant. Je suis sûr que tout se passe bien, sourit Murata.
— Vous avez sûrement raison.
— Allez, détendez-vous. Dans quelques jours, nous ferons le nécessaire pour les ramener. D'ailleurs, je retourne au temple de Shinou pour commencer les préparatifs avec Ulrike.
Et alors que le Grand Sage s'éloignait, Yozak fit une apparition soudaine.
— Commandant, alors on s'inquiète pour le jeune maître ? sourit le rouquin.
Conrad riva ses iris à ceux de son acolyte et amant. Yozak scruta les environs, agrippa Conrad et l'entraîna derrière l'un des piliers qui soutenaient le premier étage du château. Il le plaqua tendrement sur la pierre froide et l'embrassa fougueusement, langoureusement. Bien que Lord Weller n'aimait pas montrer sa relation avec le rouquin, il se laissa transporter dans cette étreinte. Il se sentit plus calme et plus serein.
— Tu sais que je ne veux pas …
— Oui je sais. Que je t'embrasse en public. Mais il n'y avait personne et puis tu aimes mes baisers, non ?
Conrad sourit. Il savait que son amant avait raison. Il n'y avait personne autour d'eux et il aimait ses baisers, mais il ne lui dira pas. Pas aujourd'hui.
— Tu ne devrais pas penser au gamin. Je suis sûr que tout se passe bien.
— Wolfram peut se montrer froid, possessif et jaloux. Je pense que Yuuri ne supportera pas longtemps cette situation. Son Altesse n'a peut-être pas eu une bonne idée, souffla t-il.
— Tu devrais faire confiance à Yuuri. Il sait vraiment s'y prendre avec les gens. Et je suis persuadé qu'ils seront plus proche l'un de l'autre quand nous les retrouverons dans quelques jours.
Lord Weller soupira. Une partie de lui savait que son amant avait raison mais l'autre partie ne pouvait s'empêcher de s'angoisser.
A suivre …
[1] SOURCE : WIKIPEDIA. Dans le Japon médiéval, les rōnin étaient des samouraïs sans maître
Le Samouraï ne s'estimant plus digne de l'être doit réaliser le seppuku (hara-kiri) sinon il devient alors un Ronin errant sans maître et sans cause. Les rōnin sont donc d'anciens Samouraïs exclus de la société japonaise féodale, pour plusieurs raisons : la mort de leur seigneur, leurs propres fautes ou leur défaite au combat.
