Milo du Scorpion était agité. Son armure continuait de briller à l'image d'un sapin de Noël et cela commençait à l'agacer. Tournant en rond dans le chalet que le Grand Pope leur avait loué, à quelques kilomètres du village dans lequel ils s'étaient arrêtés, les sourcils froncés et les dents serrées, le huitième Chevalier d'Or questionnait son esprit avec virulence. A ses côtés, les bras croisés, extrêmement calme, adossé contre le mur du salon, Camus du Verseau fixait sa propre armure, dans sa boite, résonner avec plus de violence que jamais. Il se questionnait également, mais ses pensées étaient plus concises, plus structurées que celles du Scorpion. Puis, soudain, exactement de la même manière qu'elles s'étaient mises à rayonner, les armures cessèrent de diffuser leurs lueurs. Les couleurs de la vie semblèrent alors bien pâles aux deux Chevaliers d'Or qui s'observèrent avec curiosité.
- Putain de conneries!
C'était sortit tout seul de la bouche du Scorpion et le Verseau, outré, se sentit sourciller avec force. Il s'empressa cependant de détourner le regard et de retrouver un visage neutre. Mais Milo avait vu l'expression sur le visage de son camarade. Milo avait vu passer une émotion, peut-être pour la première fois, sur le visage du parfait Verseau. Le Scorpion esquissa un sourire.
- Je te choque, Camus?
Le onzième gardien secoua la tête, mais la teinte légèrement rosée qu'avaient pris ses joues ne pouvait tromper quiconque. Milo était ravi. Il ne savait pas trop bien pourquoi. Peut-être était-ce parce qu'il avait suscité une véritable réaction chez Camus, peut-être était-ce parce qu'il était fier d'avoir trouver un stratagème pour le provoquer plus qu'il ne le faisait déjà... Le Scorpion, en tout cas, ne pouvait ôter ce sourire de ses lèvres.
- Merde alors, je te pensais pas aussi coincé! Renchérit-il, usant de grossièretés parfaitement dispensables.
Camus ne réagit pas. En apparence. Son cœur et son esprit, pourtant, étaient atteints, en ébullition, véritablement indignés par le comportement du camarade qui l'accompagnait. Il se fichait de ce que Milo pensait de lui, mais il n'appréciait pas sa façon de le provoquer. Il était pourtant dans la nature du onzième gardien du Sanctuaire de garder son sang froid, c'est pourquoi Camus ne réagit pas outre mesure. Si cela pouvait, en plus, agacer Milo... Le Scorpion attendait une réaction. N'importe laquelle. Mais lorsqu'il vit Camus se décoller du mur pour repousser son armure dans un coin, il comprit que le Verseau avait décidé de l'ignorer. Milo fronça les sourcils. Il avait horreur d'être ignoré. Il avait horreur qu'on ne réagisse pas à ses piqûres, tel le Scorpion qu'il était. Camus se dirigea vers la cuisine, lentement, avec toute la grâce dont il avait été doté. S'il tentait d'oublier la présence de Milo, celui-ci la lui rappela rapidement et de la façon la plus grossière qui soit.
- Pauvre con, souffla le Scorpion assez fort pour que le Verseau l'entende.
Camus s'immobilisa. Devant la porte ouverte d'une cuisine confortable, le Verseau sentit son calme lui échapper. Son visage s'était tordu dans une grimace de colère que personne, jamais, ne lui avait vu. S'était-il lui-même vu dans cet état?! Il avait beau s'être forcé à ignorer Milo, son comportement et ses paroles, le Scorpion allait à présent trop loin. Camus ne se laisserait pas insulter. Par personne, mais surtout pas par un gamin sans cervelle comme Milo! Le Verseau se retourna et fit face au visage ravi du Scorpion qui, comme il l'espérait, venait de piquer au vif. Cependant, en observant les yeux de son camarade, Milo sentit son sourire se faner légèrement. N'avait-il pas été trop loin? Camus avait l'air... furieux.
- Écoute moi bien, Milo!
Le Scorpion n'avait pas d'autres choix. Camus s'avança lentement, dangereusement, et la lueur au fond de son regard grandissait de manière exponentielle au fur et à mesure qu'il observait Milo.
- Je n'ai aucune envie de rester ici, avec toi. Je te trouve horripilant! Tu n'es rien de plus qu'un gamin à qui on a donné une armure d'or pour calmer ses caprices et flatter son ego.
Milo écarquilla les yeux. Les paroles de Camus le blessait, mais pas beaucoup plus que le regard que ses yeux lui renvoyaient. Le Scorpion recula doucement au fur et à mesure que le Verseau l'approchait. Bientôt, son dos heurta un fauteuil dans lequel il s'effondra mollement.
- Cela étant dit, nous avons une mission à accomplir. Accomplissons-la et dépêchons-nous de rentrer au Sanctuaire. Plus vite on y sera, plus vite je serais libre de ne plus jamais t'adresser la parole et même, pourquoi pas, de ne plus jamais te voir!
Milo sentit sa gorge se serrer. D'ordinaire, il aurait répliqué n'importe quoi de blessant pour déstabiliser son interlocuteur. Mais Camus... Camus l'intimidait. Le cœur du Scorpion se serra alors que la honte le submergeait. Jamais, JAMAIS, il n'avait laissé quelqu'un lui parler sur ce ton. Pourtant, il avait laissé faire Camus. Il s'était écrasé face à lui. Il ne s'était jamais écrasé devant personne... Le Verseau le fixa encore quelques minutes avant de ne lui tourner le dos. Milo se redressa rapidement et se tint droit, la tête relevée, les sourcils froncés. Le cosmos du Scorpion s'élevait, menaçant.
- Camus...
Le Verseau lui fit de nouveau face. Son visage restait déformé par la colère, pourtant son expression changea bien vite. Il ne vit pas le bras de Milo s'abattre, mais il sentit avec violence son poing heurter sa mâchoire. Le Verseau tituba un instant, reculant d'un pas ou deux. Là où le poing de Milo s'était abattu, sa peau brûlait atrocement. Un silence lourd tomba. De longues minutes s'écoulèrent. Quand Camus se redressa, sa main contre sa joue meurtrie, son visage avait perdu cette expression de colère, menaçante. Il n'exprimait plus rien. Il était plus vide, plus froid que jamais. Milo entrouvrit la bouche, les yeux écarquillés, la gorge serrée. Le coup était parti tout seul... il n'avait pas voulu frapper Camus. Pas avec autant de violence en tout cas. Il... bon d'accord, peut-être l'avait-il voulu au fond, mais à présent qu'il observait les conséquences de son acte, il regrettait amèrement. Il était du genre à faire parler ses poings pour se défendre, c'était vrai, mais... quelque chose l'incitait à penser que, cette fois, il n'aurait pas dû s'y prendre ainsi. Ça ne lui était encore jamais arrivé mais il était réellement navré par son geste. Camus lui offrit un regard sans émotion et Milo sentit sa gorge se serrer davantage.
- Je...
Camus lui fit signe de se taire. Le geste était assez clair. Puis, rapidement, il quitta le chalet, s'engouffrant dans une tempête de neige, dehors. Le froid s'installa dans le chalet. Un froid persistant, glacial, dangereux. Un froid qui ne venait pas de dehors mais de l'aura du Chevalier d'Or du Verseau et qui, même en son absence, semblait grandir.
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La nuit avait été longue pour chacun des deux Chevaliers d'Or envoyés en Sibérie par le Sanctuaire. Milo n'avait presque pas dormi, et Camus n'avait pas dormi du tout. L'atmosphère était encore extrêmement chargée ce matin-là lorsque Scorpion et Verseau se retrouvèrent dans la cuisine pour le petit-déjeuner. Camus bu de nombreux cafés, le regard rivé vers la fenêtre pour observer la neige tomber dehors. Milo, lui, mangeait en silence, les yeux fixant la table en bois sur laquelle reposait ses coudes. Il faudrait bien, pourtant, qu'à un moment ou à un autre, les deux gardiens du Sanctuaire décident de se parler. Ne serait-ce que pour accomplir la mission qui les incombait. Camus avait réfléchir toute la nuit et ce qui s'était passé entre eux et, ce matin, il regrettait beaucoup son comportement. Bien sûr, Milo l'avait énervé, mais ses paroles, ses actes, le couvrait de honte. Il avait largement abusé. Il s'était laissé emporté par la colère, ce qui ne lui arrivait jamais, et elle avait complètement pris possession de lui, le forçant à cracher des mots qui dépassaient sa pensée. Il ne pensait pas que Milo s'était vu confié l'armure d'or du Scorpion sans aucune raison valable... Il avait plusieurs fois assisté, de près ou de loin, aux entraînements du Grec et sa force, sa détermination, le contrôle qu'il avait sur son cosmos l'avait toujours subjugué. Milo était un combattant redoutable, un Chevalier digne de ce nom. Et sa foi envers Athéna et le Grand Pope était sans faille, Camus n'avait d'autres choix que de reconnaître l'évidence. Bien sûr, Milo l'agaçait. Son être, son caractère, ses comportements et ses paroles l'agaçaient, mais était-ce une raison valable pour s'être emporté comme il l'avait fait? Camus n'était pas du genre à humilier les autres, à les confronter à leurs quatre vérités et à les railler, pourtant il avait eu un comportement proche de tout cela hier soir. Il regrettait amèrement. Il se dégouttait. Il ignorait ce qu'il lui avait pris, il avait simplement ressenti l'envie de faire du mal au Scorpion. Y était-il parvenu? Si oui, alors il s'en voudrait encore davantage. De son côté, Milo regrettait le coup qu'il avait donné à Camus. D'accord, peut-être qu'il l'avait mérité, mais tout de même. S'il n'avait aucune pitié à frapper les autres, Milo avait ressenti une drôle d'impression en portant la main sur Camus. C'était à cause de son visage. Milo se sentait rougir à chaque fois qu'il songeait à cela mais la vérité était la suivante : il rechignait à frapper un visage comme celui du Verseau. Il avait eu l'impression, la veille, de détruire quelque chose de mystérieux et de magnifique. Pas qu'il trouve Camus magnifique, bien sûr! Il ne pouvait nier la beauté du Verseau mais là n'était pas la question. C'était surtout le côté froid de Camus qui l'ébahissait. En frappant ce visage si froid, il avait brisé le mystère, il avait vu Camus tomber le masque et perdre de sa magnificence. Milo s'en voulait atrocement. Quelque part, il avait forcé la couche de glace qui protégeait le Verseau et faisait de lui un être quasiment mystique. S'il n'irait pas jusqu'à dire qu'il avait commis un péché envers un demi-dieu – car après tout, n'était-ce pas ce qu'ils étaient, eux, Chevaliers d'Or – Milo ne pouvait s'empêcher d'assimiler son geste à une offense. Pourtant, Camus ne l'avait-il pas mérité? Il l'avait blessé, atrocement, en lui exposant ses pensées. Pas étonnant que le Verseau ne parle jamais à personne, pas étonnant qu'il reste toujours seul et silencieux si, lorsqu'il ouvrait la bouche, il déversait autant de haine et de méchanceté. Il en fallait certainement plus pour atteindre Milo, mais, tout de même, Camus l'avait heurté.
- Mes mots ont très largement dépassé ma pensée hier.
Milo redressa la tête, les yeux ronds. Camus l'observait intensément. Son regard avait retrouvé cette lueur infime qui le faisait exister. La même lueur qui, la veille, avait complètement disparu lorsque Milo avait frappé le Verseau. Le visage de Camus, malgré tout, était de nouveau recouvert de ce masque de glace qui semblait fonctionner comme un filtre à émotions. Difficile de croire en les excuses de quelqu'un qui n'aurait pas l'air désolé...
- Bref, je tenais à m'excuser, ajouta le Verseau, probablement conscient de cette difficulté.
Le regard du Camus ne faillit pas. Il continua d'observer son camarade pour lui signifier la véracité de ses propos. C'est Milo qui détourna la tête le premier, et Camus l'imita rapidement.
- Moi aussi. Je n'aurais pas dû te frapper, ce n'était ni correct, ni professionnel.
Camus ne réagit pas. Le silence retomba encore, de longues minutes, et finalement le Verseau se redressa, attirant l'attention de son camarade.
- Occupons-nous de cette mission...
Milo hocha la tête. Quelques minutes plus tard, les Chevaliers d'Athéna, recouverts de leurs armures d'or et de longs et grands manteaux, sortaient affronter le froid de Sibérie.
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La neige était tombée en masse cette nuit-là, ce qui rendait l'ascension des Chevaliers d'Or légèrement plus compliquée que la veille. Milo tentait de prendre sur lui pour ne se plaindre qu'à voix basse, quant à Camus, il s'efforçait de ne pas écouter son camarade ; aucun d'eux ne tenait à déclencher une nouvelle dispute. Mais il faisait froid, la neige virevoltait à chaque pas, le vent soufflait fort, et tous ces éléments combinés poussèrent Milo à se faire entendre, lui qui avait lutté si longtemps.
- Tu es sûr que tu sais où on va? Demanda-t-il finalement, et il se vit dans l'obligation de hurler tant le vent, qui venait de face, soufflait fort.
Camus se détourna tout en continuant d'avancer. Il avait regretté que Milo pose la question, car en vérité il n'avait que très peu d'indication de route. Le Grand Pope lui avait confié une carte qui leur indiquait de suivre le nord et sur laquelle une région entière avait été entourée. Le point n'était donc pas précis, et la zone entourée se référait en fait à plusieurs kilomètres de paysages enneigés. La bonne nouvelle, s'il y en avait une, c'était qu'ils s'approchaient rapidement de cette zone entourée. Camus n'avait rien dit à Milo, songeant que c'était ce qu'il y avait de plus intelligent à faire, mais maintenant que le Scorpion posait des questions... Camus plia la carte et la rangea dans la poche de son manteau. Ce simple geste, aussi anodin qu'il soit, eut pour effet de mettre la puce à l'oreille du Scorpion. Celui-ci s'immobilisa, comme frappé par sa propre attaque.
- Tu sais où on va, au moins? Demanda-t-il.
Le Verseau hocha maladroitement la tête. Il n'était pas très doué pour mentir, même lorsqu'il faisait de son mieux. Milo reprit sa marche, s'avançant maladroitement vers Camus, ses pieds s'extrayant de la neige avec difficulté à chacun de ses pas. Le Verseau s'avançait plus rapidement, lui, tentant d'échapper aux suspicions de son camarade comme il tentait de lui échapper physiquement.
- Il faut continuer au nord! Hurla Camus pour que le vent porte ses paroles.
Mais Milo ne l'écoutait déjà plus. Milo ne voulait qu'une chose ; la carte que Camus se tenait bien de lui montrer. Au prix d'efforts physiques intenses, le Scorpion parvint à s'extraire plus rapidement de la neige et finit par atteindre son camarade.
- Donne-moi cette carte!
Camus fit tout son possible pour tenir le huitième gardien à distance mais la volonté de Milo était telle qu'il se rapprochait plus et plus vite que lui ne reculait. Il l'atteint finalement complètement et sa main gauche s'empara du pan de son manteau, là même où la carte était glissée. Camus tenta de se dégager, nerveusement. Il ne pensait déjà plus à la carte, seulement à la main droite de Milo qui, peu à peu, s'approchait de son bras pour le bloquer. Au moment où le Scorpion effleura du bout des doigts l'armure d'or du Verseau, celle-ci se mit à briller d'une telle intensité qu'elle l'aveugla presque. Milo recula, son bras protégeant ses yeux. Et Camus, en face, fit de même. Son armure n'était pas la seule à briller. Celle de Milo rayonnait comme un soleil et, ensemble, elles résonnaient davantage encore que la veille. Les deux Chevaliers d'Or durent se cacher les yeux un long moment. Dans la neige, au milieu de nul part, deux lueurs dorées s'élevaient comme des projecteurs pointés vers le ciel. Pour Camus, il était plus qu'évident qu'ils avaient atteint leur but. Les armures ne résonnaient plus seulement, elles vibraient, tremblaient. Elles semblaient véritablement animées et le son qu'elles émettaient aurait pu faire croire qu'elles dialoguaient, non seulement entre elles, mais avec un autre acteur, près, tout près. Puis, soudain, quelque chose arriva : les armures d'or quittèrent le corps de leur propriétaire, déchirant leurs manteaux respectifs avec force, n'en laissant que des lambeaux. Sous l'effet de surprise, Camus et Milo reculèrent d'un pas, s'affaissant et tombant mollement dans la neige qui recouvrait le sol. Face à eux, leurs armures prenaient les formes bien distinctes qui les caractérisaient, continuant de briller comme deux feux en pleine nuit. Puis, la lueur disparu. D'un seul coup. Et l'environnement de Sibérie reprit la teinte blanche et grise qui le vêtait. Camus fut le premier à se redresser, époussetant la neige de ses vêtements par gestes doux et réguliers. Milo, à son tour, se redressa, mais il ne prit pas la peine de chasser la neige de ses vêtements et s'empressa de s'approcher de son armure, redevenu simple objet. Son regard était plus bleu que bleu et empli d'une incompréhension toute nouvelle lorsqu'il se tourna vers Camus.
- Que...
Il ne put en dire davantage tant il était estomaqué. Son armure avait quitté son corps pour une raison inconnue, comme si elle avait décidé de le rejeter. Mais pourquoi?!
- Je crois que nous approchons de cette « source » dont nous parlait le Grand Pope... Lança Camus alors qu'il observait, au sol, les lambeaux de tissu qui avaient un jour constitué son manteau.
Dans la neige, la carte du Grand Pope était déchirée en mille morceaux.
- Et... c'est ce qui expliquerait ce qu'il vient de se passer?
Le ton de Milo était légèrement agressif. Pas étonnant au vu de la situation. Camus resta très calme, le plus pédagogue possible.
- Je n'en sais rien, mais c'est une éventualité à prendre en compte.
Il tourna, se retourna encore, observa les environs avec une incroyable concentration. Il n'y avait pourtant rien autour d'eux. Le paysage était vide, complètement vide. Pas un arbre, pas une colline, pas un animal, rien que de la neige. De la neige à perte de vue. Et pourtant, Camus ressentait une présence. Faible, certes, mais bel et bien existante.
- Milo, aide-moi à chercher.
Milo ouvrit de grands yeux ronds. Son regard se balada sur le paysage. Il n'y avait rien. Absolument rien. L'horizon était plus vide que le temple de la Balance.
- A chercher... quoi, au juste? Demanda le Scorpion, le ton plus de mépris, en s'éloignant de quelques pas de son armure.
Camus haussa les épaules et Milo leva les yeux au ciel. Il s'avança à l'aveugle, ses yeux parcourant le panorama. Puis, soudain, il sentit son pied s'écraser sur quelque chose de dur. Dur, oui, mais fragile. Et avant même qu'il ne puisse identifier la chose, elle céda sous son poids et le Scorpion tomba de quelques mètres dans un cri de surprise. Camus, qui avait vu son camarade disparaître, comme tombé dans les profondeurs de la terre, se mit à courir en hurlant son prénom. Lorsqu'il arriva à l'endroit où le Scorpion était tombé, il découvrit une sorte de grotte souterraine que la glace et la neige avait recouvertes en surface. Milo, assis à même le sol, se tenait le dos en grimaçant.
- Ça va, Milo? Questionna Camus en constatant la glace brisée en petits morceaux que le poids de son camarade avait fait céder.
Le huitième Chevalier d'Or fronça les sourcils, jetant un regard noir à son compagnon de route. Il se redressa lentement, marmonnant, tandis que Camus descendait avec précaution dans l'antre ouverte. A la surface, leurs armures se mirent à résonner une nouvelle fois. La lueur qui en émanait était visible depuis leur cachette et illuminait les visages des deux Chevaliers d'Or. Milo, à présent debout, demeura immobile quelques minutes, le regard rivé vers l'entrée de la grotte.
- Où est-ce qu'on est? Demanda-t-il, et cette question ne s'adressait pas vraiment à Camus mais plutôt à lui-même.
A ses côtés, le Verseau investiguait. Au sol, se mêlant à la terre, à la poussière, à la glace et à la neige, des morceaux de pierres étaient éparpillés, certains énormes, d'autres beaucoup plus petits. Sur beaucoup d'entre eux, on percevait des sortes de motifs. Camus en inspecta quelques uns, acceptant de se salir les mains quelques minutes. La grotte semblait s'étendre encore un peu et le Verseau porta son regard aussi loin que possible. Malgré l'obscurité, il distingua une forme, comme un immense bloc rectangulaire. Il s'avança rapidement, forçant Milo à le suivre en toute hâte. Quand les deux Chevaliers d'Or atteignirent la forme, Camus ouvrit de grands yeux étonnés et s'immobilisa. Milo, lui, plissa les yeux quelques secondes avant de ne sourciller.
- On dirait un énorme bloc de glace...
Camus secoua la tête et le Scorpion l'observa avec un regard curieux et légèrement inquiet.
- Ce n'est pas une formation naturelle. C'est un cercueil de glace.
Milo parut surpris. Il ne connaissait pas grand chose concernant Camus ou ses techniques, mais ce terme de « cercueil de glace », il était sûr de l'avoir entendu comme étant lié au Verseau.
- Ce... ce serait pas une de tes techniques? Questionna-t-il, quitte à pointer du doigt l'évidence.
Camus hocha lentement la tête. Il ne bougeait plus, comme paralysé par une force inconnue, son regard rivé sur la structure qu'ils avaient découverte.
- C'est une technique des Chevaliers des glaces...
Milo haussa les épaules. Malgré l'étrangeté de la situation, il était certain qu'une explication logique pouvait être amené. Il fit quelques pas, observant le cercueil de glace avec curiosité et constatant que, par endroit, il semblait légèrement ébréché.
- Un Chevalier d'Argent serait venu ici?! C'était plus une affirmation qu'une question, pourtant il souhaitait ardemment que Camus lui réponde.
Mais le Verseau secoua de nouveau la tête.
- Seul un Chevalier d'Or serait assez puissant pour créer... un tel cercueil.
Et des Chevaliers d'Or contrôlant la glace, il n'y avait pas plus d'un. Camus était le seul à pouvoir créer ce genre de cercueil. Le seul. Milo ne répondit rien. Qu'y avait-t-il à répondre à cela de toute façon? Il s'approcha du cercueil et l'observa de plus près, avec toute la curiosité nécessaire pour tenter de le comprendre. Mais alors qu'il s'approchait, il remarqua que le cercueil n'était pas vide. Il contenait quelque chose. Il s'approcha davantage et, soudain, poussa un cri qui fit sursauter Camus.
- Putain de merde, Camus! Y a des gens là-dedans!
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Le Verseau s'était approché pour faire face à une vérité saisissante précédemment énoncé par Milo. Il y avait bel et bien deux corps à l'intérieur du cercueil de glace. Mais le plus renversant n'était pourtant pas cette affirmation. En s'approchant de plus près, les deux Chevaliers d'Or avaient constaté une chose qui les avait complètement retournés. Depuis cette découverte, le silence était tombé. Plus un son, pas même une respiration, ne se faisait entendre dans la grotte. Milo et Camus, yeux et bouches grand ouverts, fixaient l'intérieur du cercueil de glace avec horreur et incompréhension. Le caractère fantastique de leur découverte les laissait sans voix et avec cette furieuse envie de s'éveiller d'un rêve pourtant bien réel. C'est Milo qui, finalement, d'une toute petite voix, brisa le silence.
- On... on dirait nous...
Dans le cercueil, les visages pris dans la glace de deux hommes leur apparaissaient comme les reflets d'un miroir légèrement déformant. De longs cheveux bleu-violet renvoyaient à ceux de Milo quand d'autres, plutôt bleu-vert, plus portés sur le vert, renvoyaient à ceux de Camus. Le cœur battant, le Verseau posa sa main sur le cercueil pour observer avec plus de minutie les corps enveloppés dans la glace. A la surface, les armures d'or continuaient de briller. Au moment exact où les doigts de Camus effleurèrent le cercueil, plusieurs événements étranges se déroulèrent. Dehors, les armures d'or se mirent à luire avec une puissance encore jamais perçue, faisant fondre une grande zone de neige dans laquelle elles reposaient. Milo fut alerté par le bruit et, rapidement, se détourna, la gorge serrée. Camus, au même moment, perçu un son rappelant celui de la glace qui se brise et, quelques secondes plus tard, sentit le cercueil s'effriter sous ses doigts pour finalement exploser en minuscules morceaux de glace, à peine plus dangereux que des gouttes d'eau. Milo se détourna à nouveau, constatant avec horreur et stupéfaction la disparition du cercueil de glace. Les deux Chevaliers d'Or reculèrent, rapidement, s'orientant vers la sortie, et continuèrent d'observer avec étonnement la glace fondre jusqu'à ne plus rien laisser derrière elle que les deux corps qu'elle avait tenu prisonniers.
- Qu... qu'est-ce que tu as fait?! Questionna Milo.
Il n'y avait pas de reproche dans le ton de sa voix, simplement un étonnement sans limite. Camus, de son côté, avait l'air paniqué. Son masque de glace l'avait complètement abandonné et ses émotions, toutes ses émotions, étaient percevables.
- Rien! Rien du tout, il...
Le Verseau perdait ses mots. Il perdait son calme. Il perdait même jusqu'à cette faculté qu'il avait de paraître toujours si mystérieux, si mesuré dans sa façon de parler. A la surface, les armures d'or rayonnèrent encore quelques secondes avant de ne s'éteindre. Mais ni le Verseau, ni le Scorpion n'y avaient fait attention. Debout, l'un à côté de l'autre, ils observaient avec stupeur les deux corps inanimés qui s'étalaient face à eux. Puis, soudain, Milo fut pris d'un sursaut, et Camus l'imita bien vite, alors que, dans la grotte, les flammes, faibles, de deux cosmos étrangers s'élevaient.
