Alderaan n'avait pas la beauté de Naboo. Mais s'éloigner de Coruscant et de Naboo où tout lui rappelait Anakin l'aidait. Tout comme la compagnie d'Obi-Wan et du sénateur Organa. Luke et Léia étaient devenus son centre du monde. Le reste ne l'intéressait que peu. Aux yeux de l'univers, elle était morte. Elle s'en voulait de faire subir cela à son peuple et à sa famille. Mais que pouvait-elle faire ? Elle n'avait pas réussi à savoir si Anakin était vraiment mort ou non. Obi-Wan restait muet là-dessus. Il restait muet sur beaucoup de choses d'ailleurs, depuis son aveu. Elle savait qu'il souffrait autant qu'elle. Mais lui savait gérer cela. C'était un jedi. Elle, cependant… Parfois, Naboo lui manquait. C'était plus montagneux ici. Et aussi si calme... Même Yoda avait repoussé son départ pour profiter de la sérénité d'Alderaan. Elle ne savait pas où il souhaitait aller. Il n'avait pas parlé de sa destination, comme si lui-même ne le savait pas.

Le couple royal les avait accueillis les bras ouverts, malgré le danger. La reine venait seconder Padmé quand elle le pouvait. Les Organa n'avaient pas eu la chance d'avoir un enfant. Ils avaient envisagé l'adoption mais avec la mort de la République, ils avaient d'autres problèmes à gérer. Padmé appréciait leur aide, cependant elle n'aimait pas quand on s'occupait de ses enfants à sa place. Elle repensait aux paroles d'Obi-Wan, devinant qu'il l'avait peut être bernée pour la bousculer. Aurait-il vraiment abandonné les enfants si elle était morte ? Elle ne pouvait que le comprendre. Quelle aurait été la vie de Luke et Léia sans elle ? Aurait-elle obligé ses derniers amis à prendre une décision aussi lourde à sa place ?

Vivre sans Anakin était une épreuve, d'autant plus amer en sachant qu'il avait trahi la République et les jedi autant qu'elle-même. Il avait préféré suivre ses démons, croire quelqu'un d'autre. Et elle avait été aveugle. Mais aussi sourde. Si elle l'avait plus écouté, si elle avait compris ce qui l'inquiétait, ce qu'il se tramait… Mais elle n'avait rien vu venir.

-Puis-je vous déranger Obi-Wan ?

Assis en tailleur au milieu de la pièce, il méditait.

-Bien sûr Padmé.

Elle s'approcha et se mit en face de lui, à genoux.

-Je voudrais…

Elle se tut presque aussitôt et pourtant les mots lui brûlaient les lèvres.

-Dites-moi.

-C'est quelque chose d'assez inhabituel. Et sûrement malhonnête.

Il ne cacha pas sa surprise.

-J'avoue ne pas vous suivre.

-Je voudrais m'éloigner du palais royal.

-Vraiment ? Je croyais que vous vous y trouviez bien.

-Oui mais… Je ne veux pas que la reine prenne trop à cœur de prendre soin de mes enfants.

Il saisit ce qu'elle voulait dire et ne put retenir un petit sourire.

-Pourquoi souriez-vous ? s'étonna-t-elle.

-Il y a un mois encore, vous ne vous inquiétez pas autant pour eux.

-A cause de vous.

-Ai-je eu tord ?

-Non, bien sûr que non, Obi-Wan, répondit-elle avec douceur. Mais ne pourrait-on pas s'éloigner de la capitale ?

-On ?

Elle détourna la tête. En temps que Jedi, Obi-Wan était recherché, tout comme Yoda. Ils ne pourraient rester sur Alderaan indéfiniment. Yoda cherchait un endroit où s'exiler en attendant des jours moins sombres. Mais Obi-Wan allait-il le suivre ? Il était son seul ami. Son cœur se serra à l'idée qu'elle ne le pourrait plus le voir.

-Vous restez avec moi, n'est-ce pas ?

Il ne lui répondit pas aussitôt.

-Tant que ma présence ne vous met pas en danger, je serais à vos côtés.

Obi-Wan sentit le soulagement dans le cœur de son amie. Seul comptait le présent. L'avenir était trop incertain pour ne serait-ce qu'y songer. Il n'avait pas l'intention de se cacher toute sa vie. Mais ne souhaitait pas non plus être trop près de l'empire. L'empire… Ce mot, il le détestait au plus haut point. Cela lui rappelait son échec en tant que jedi. La Force était si perturbée qu'il avait du mal à la ressentir. Avec Yoda, dès qu'il le pouvait, il faisait des exercices pour apprendre à se fondre dans la Force. Parfois, il ressentait la présence de son ancien maître. Qui-Gon n'était pas aussi loin qu'il le pensait.

-Alors je parlerais au sénateur Organa dès qu'il reviendra de Coruscant, décida-t-elle.

-Pourquoi pas à la Reine ? Je vous rappelle que le sénateur n'est que le prince consort.

-Bail Organa trouvera les mots pour lui annoncer mon désir sans qu'elle ne s'en vexe. Je comprends sa peine. Vraiment. Etre mère est la seule chose qui m'a raccroché à la vie. Mais ce sont mes enfants.

-Laissez-moi faire cette demande à votre place Padmé.

-Je sais négocier, rappela-t-elle.

-Et moi non ? plaisanta-t-il.

Bail Organa rentra le lendemain. Obi-Wan sentit aussitôt dans son regard qu'il était inquiet autant que frustré.

-Nous n'avons presque plus notre mot à dire. Palpatine a pris le contrôle absolu de tout.

-Avez-vous entendu parler de survivants jedi ?

-Il se murmure que les rares rescapés sont traqués. Et exécutés. Il y a autre chose, maître Kénobi. Mais je souhaiterais en parler en la présence de maître Yoda.

Obi-Wan n'avait pas prononcé un mot de la journée. Yoda avait disparu. Quant au sénateur, il l'évitait dès qu'elle tentait une approche. Elle comprit qu'on lui cachait quelque chose. Il n'y avait qu'une seule personne capable de lui parler sans mentir. C'est lui qui vint la voir dans la soirée, l'air perdu.

-Padmé. Il y a quelque chose dont je dois…

Il soupira, caressa sa moustache, signe de sa contrariété et détourna son regard. Elle n'était pas certaine qu'il irait au fond de sa pensée. Ce qui l'irrita autant que l'atmosphère pesante de la pièce. Quelle nouvelle pouvait faire tomber le jedi dans un tel désarroi ?

-Bon sang Obi-Wan ! Crachez le morceau ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Il est arrivé quelque chose sur Naboo ?

-Anakin est vivant, lâcha-t-il enfin en retournant son regard vers elle.

-Quoi ?

-Vous vous souvenez de ce personnage dont nous a parlé Organa à son retour de Coruscant ? Le nouveau bras droit de l'empereur. Il s'appelle Dark Vador. C'est un seigneur sith.

Elle comprit de qui il parlait.

-Non, c'est impossible, bégaya-t-elle.

Il lui fit la description que l'on savait de lui. Il semblait désormais ressembler plus à une machine qu'à son mari. Une bonne minute passa sans que ni l'un ni l'autre ne rompe le silence.

-Alors… Vous ne l'aviez pas tué ?

Elle en était soulagée, autant pour Anakin que pour Obi-Wan. Mais aussi horrifiée. Si cette créature casquée dont on parlait partout était vraiment l'ancien jedi qu'elle avait connu, aimé et épousé, il était une menace supplémentaire pour Luke et Léia. Elle se rappela qu'Anakin avait essayé de l'étrangler. Jusqu'où était-il prêt à aller ? Qu'allait-il faire à ses enfants ?

-Je ne pensais pas qu'il survivrait à ses blessures.

Le son de la voix d'Obi-Wan avait changé. C'était presque un murmure, une plainte.

Padmé retourna la nouvelle dans sa tête. Avec Yoda, Kénobi était le dernier membre du Conseil jedi encore en vie. Sans doute même le dernier jedi. Une partie de l'héritage jedi était en lui. Il était précieux. Obi-Wan…

-Alors raison de plus pour qu'on s'éloigne d'Alda, reprit-elle. Il y a peu de chances que … Dark Vador vienne jusqu'ici. Du moins pour l'instant.

Obi-Wan faisait des pas au hasard. C'était comme s'il se battait intérieurement avec ses propres pensées et sentiments. Padmé aussi était passé par ce stade. Mais elle avait pris sa décision. Vador et Anakin ne pouvaient pas être la même personne. Vador avait tué tous les jedi du temple, même les enfants. Anakin n'aurait pas levé la main sur un enfant. Elle se rappela alors les Tuskens. Anakin les avait tous tué. Les enfants aussi. Elle eut soudain peur pour Luke et Léia.

-Venez avec moi Obi-Wan. Avec nous.

-Cela change tout, Padmé.

-Vous m'avez dit que pour vous Anakin était mort. Je comprends maintenant ce que vous vouliez dire.

-Je ne peux plus rester auprès de vous. Il va me rechercher. Il croit à votre mort et m'en pense responsable.

En entendant cela, Padmé sentit son cœur se déchirer.

-Obi-Wan, si vous partez, Luke Léia et moi nous vous suivons.

-Vous ne comprenez pas Padmé.

-Non c'est vous qui ne comprenez pas !s'insurgea-t-elle.J'ai fait mon deuil Obi-Wan. Désormais, Anakin est mon passé. Il m'a brisé le cœur et vous… vous m'avez sauvé.

Elle l'embrassa mais il ne réagit pas à son baiser. Il tentait déjà de contenir ses sentiments autant que ses angoisses. C'était trop d'émotions en même temps.

-Vous donnez tant sans rien demander en échange.

Cela faisait longtemps qu'il n'espérait rien. Il baissa la tête, honteux. Il n'avait pas été capable de tuer Anakin, lui permettant de devenir plus dangereux qu'il ne l'avait jamais été. Et il était amoureux de la femme de son ami. De quoi avait-il le plus honte ?

-Regardez-moi ! lui ordonna-t-elle. Si je suis capable d'avancer vous devez le faire vous aussi. Laissez-moi vous aider à retrouver espoir.

Il tenta doucement de s'écarter.

-Je ne dois pas Padmé. Anakin…

-Anakin est mort. De toute façon, je ne peux lui pardonner ce qu'il a fait. Aux jedi, à la République, à moi. Et à toi Obi-Wan.

En utilisant le tutoiement, elle avait franchi une nouvelle barrière. Il osa enfin la regarder dans les yeux.

-Je partagerais ta vie Obi-Wan, que tu le veuilles ou non.

Il retrouvait la Padmé telle qu'il l'avait toujours connue, combattante, fière, indépendante. Inaccessible.

Il lui prit la main et y déposa un baiser. Il n'osait pas croire ce qu'elle disait.

-Vous me voyez comme votre ami, dit-il dans un murmure.

Elle commença à saisir la raison de sa réserve. Ce n'était pas seulement parce qu'il était un jedi.

-Je n'embrasse pas mes amis, sourit-elle avant de lui offrir un autre baiser, qu'elle espérait plus convaincant.

-Donc… je ne suis plus… votre ami ?

-Non. Vous m'êtes devenu bien plus précieux.

Il plongea dans ses yeux et y trouva ce qu'il cherchait. Il lut la réponse à ses questions dans le fond de son regard. Pas besoin de la Force pour comprendre que Padmé était sincère.