Obi-Wan se réveilla en sursaut. Il avait encore fait un cauchemar. Toujours ce feu qui le brûlait, le consumer au-delà de tout. Et cette douleur insupportable. Alors qu'il reprenait son souffle, il sentit la main fraîche de Padmé sur son bras. Il déposa un baiser sur son front.
-Je vais aller prendre l'air. Reste dormir.
Cela n'était pas la première fois que le jedi se réveillait en pleine nuit, pris d'une crise de panique. Padmé n'aimait pas cela. Cela lui rappelait trop… Anakin. Cette fois, elle ne le permettrait pas. Elle avait fait trop d'efforts pour se reconstruire pour que sa vie soit détruite à nouveau. Obi-Wan n'était pas Anakin, certes. Mais ils étaient tous les deux de grands jedi. Ce qui était arrivé à l'un pouvait-il arriver à l'autre ? Non, Obi-Wan était… différent. Il n'avait pas l'impétuosité d'Anakin, ni sa colère. Il savait contrôler ses émotions. Il était l'opposé d'Anakin. Etait-ce pour cela qu'elle avait été attirée par lui ? Elle ne le savait pas. Ce qu'elle savait, c'était qu'Obi-Wan était… Obi-Wan. Il prenait soin d'elle, de ses enfants. Avec lui, elle avait retrouvé un semblant de sérénité. Elle commençait même à réfléchir à une façon d'agir, dans l'ombre. Elle se souvenait de ces discussions en secret du chancelier, quand elle était encore sénatrice, quand la politique n'était pas qu'un rêve éteint, quand elle n'avait pas perdu le goût de la lutte. C'est ce qui lui manquait le plus. Lutter.
Elle enfila une robe de chambre et rejoignit Obi-Wan sur le balcon. Il faisait nuit noire et il n'y avait presque pas de lumière à contempler au loin. Dans ces moments, Naboo lui manquait. C'était un peu comme si elle était prisonnière. Après tout c'était elle qui avait voulu s'éloigner de la capitale. Les Organa avaient mis leur maison d'hiver à leur disposition. S'isoler. C'était ce qu'elle voulait. Peut-être un peu trop. Heureusement, elle avait Obi-Wan.
-Tu ne devrais pas sortir, tu vas attraper froid, murmura-t-il en sentant sa main dans la sienne.
-Vas-tu m'y obliger ?
-Contraindre la sénatrice Amidala ? Je n'oserais pas.
-Obi-Wan es-tu heureux ?
Il fut surpris de la question.
-Je ne saurais dire. N'importe qui dirait que oui.
-Mais tu n'es pas n'importe qui.
-Et toi Padmé ? L'es-tu ?
Elle se tourna pour s'adosser à la rambarde du balcon et se retrouver face à lui.
-Je devrais être comblée. Mais il me manque quelque chose.
Il n'osa pas demander ce que c'était.
-Il va me falloir un peu de temps pour m'habituer à cette nouvelle vie loin de toute civilisation. Je suis frustrée de ne pas savoir ce qu'il se passe dans la galaxie. Sur Naboo.
-Ta planète te manque.
-La tienne non ?
-Je n'y ai vécu que quelques mois. Je n'en ai aucun souvenir.
-Et… Le temple ?
Il soupira légèrement. Beaucoup de souvenirs étaient liés au temple, autant de bons que de mauvais. Ce qui lui étreignit le cœur était le fait de savoir qu'il ne pourrait jamais y retourner et que les jedi étaient désormais une race éteinte.
-Je crains que cela ne soit désormais qu'un passé qu'il me faut oublier.
Elle s'approcha et l'enlaça.
-Cessons de se lamenter sur ce qu'on a perdu Obi-Wan.
Ils restèrent immobiles, défiant le temps.
-Il me semble entendre une petite voix qui réclame.
-Luke, crut-elle deviner.
-Je dirais plutôt Léia.
-Comment le sais-tu ?
-Elle râle plus souvent que son frère.
Elle ne put retenir un rire.
oOo oOo oOo
Yoda soupira au silence. Il pensait que le temps de l'exil allait venir jusqu'à ce qu'il ressente… qu'il comprenne… Il entendit les pas de Padmé derrière lui.
-Vous m'avez fait appeler Yoda ?
Ce dernier avait un regard sombre.
-De vous parlez d'une chose importante, je me dois.
-Je vous écoute, dit-elle un peu angoissée.
-Je sais pour Obi-Wan et vous.
Elle tourna aussitôt la tête ailleurs. C'était ce qu'elle craignait le plus. Comment l'avait-il découvert ? Est-ce Obi-Wan qui le lui avait avoué ?
-Pas d'accord, je ne suis !
-Mais maître Yoda…
-L'envoyer en exil, je vais.
-Non !
Elle se mit à genoux, suppliante.
-Vous ne pouvez pas maître ! Il… il me sauve de sa présence. Il me guérit… autant que moi je le guéris. Je vous en prie Yoda essayez de comprendre !
-Faiblesse cela est. Totale est la victoire de Dark Vador et de l'Empereur désormais.
-Cela n'est pas tout à fait vrai, maître.
Elle lui parla alors des systèmes restés fidèles à la République et qui avaient décidé de résister contre l'oppression.
-Tous les sénateurs ne sont pas corrompus. Bail Organa ne l'est pas. Moi je ne le suis pas.
Yoda fit les cents pas, s'arrêtant de temps en temps pour froncer les sourcils. Il stoppa et tendit son bâton vers elle.
-Rester, il peut. Mais être prudents, vous devez.
-Obi-Wan ne sombrera pas comme Anakin l'a fait, si c'est ce que vous pensez.
Le grand maître soupira.
-Le croire, j'aimerais.
-Yoda vous le connaissez depuis toujours. Vous savez qui il est.
-Entêté, comme son maître. Fier, comme son padawan. Ma confiance, Obi-Wan a toujours eu.
-Ne l'abandonnez pas maître. Obi-Wan est robuste mais ce qu'il a affronté l'a rendu plus amer. Je peux comprendre une partie de ses souffrances. Mais je ne suis pas jedi.
-Tout ce qu'il doit savoir, déjà il le sait. Ce qu'il lui manque, je ne peux lui apporter.
oOo oOo oOo
Obi-Wan mit un genou à terre pour se mettre à la hauteur de Yoda dès qu'il le vit s'avancer vers lui. Il appréhendait cette entrevue. Quoi que déciderait le Grand Maître, il s'y plierait. Il se sentait jedi avant d'être homme. Padmé le comprenait et l'acceptait. C'est du moins ce qu'elle lui avait dit, les larmes au bord des yeux.
-Vous êtes déçu maître et vous avez raison.
-L'aimes-tu vraiment ?
Il le confirma d'un mouvement de tête. Cela ne servait à rien de nier ce fait, ni de mentir à son maître.
-Depuis quand ?
-Depuis toujours, je pense.
Les yeux de Yoda ne purent qu'exprimer la surprise. C'était un secret qu'Obi-Wan n'avait jamais dévoilé, si profondément encré en lui que cela aurait pu le détruire de l'intérieur. Mais le maître jedi s'était montré plus fort que ses sentiments.
-Ton admiration pour la sénatrice jamais n'a entravé tes missions pourtant, reconnut-il.
-Je sais où vont mes priorités, maître. Du moins jusqu'à ce que les jedi soient exterminés.
Maître, nous n'avons plus grand chose pour nous accrocher à l'espoir.
-De l'espoir, il y a encore. Les enfants, un jour seront prêts. L'être, nous devrons, nous aussi.
Obi-Wan n'était pas vraiment serein à cette idée. Combattre l'empereur était une chose. Mais pour Dark Vador…
-Jamais ils n'oseront affronter leur propre père.
-Ne pas savoir, ils devront.
-Ce n'est pas à nous de décider de cela, maître Yoda.
-Peut être bien que oui, peut être bien que non, maître Kénobi. Noir est l'avenir. Le discerner, je ne le peux. Mais il est une chose dont je suis sûr, c'est que si Dark Vador apprend votre relation…
-Il se fera un plaisir de me découper en morceaux.
Et si c'était cela son rêve ? Et si son destin était de mourir de la main de son padawan ?
S'il devait le combattre à nouveau, il serait moins désespéré, parce qu'il n'aurait pas Anakin en face de lui mais le seigneur sith Dark Vador. Mais serait-il aussi fort ? Serait-il capable de contrôler ses sentiments comme il avait toujours su le faire jusqu'à maintenant ?
Si Yoda n'approuvait pas le lien entre le jedi et la sénatrice, il avait décidé de le tolérer. Il devait bien revenir sur ses convictions, après ce qu'il s'était passé. Il hésita et décida de rester sur Alderaan pour garder un œil sur eux. Il craignait cependant que l'issue n'allait sans doute pas être idyllique.
