Hello tout le monde, voici le nouveau chapitre de la fiction, avec tous mes remerciements à ma fidèle Namuria, plus élevée que jamais, mais aussi à
Mis Coca-Cola :D dans un tout autre genre, cela fait toujours plaisir merci ! Et Papoosa, bienvenue dans l'aventure ;)
J'espère pouvoir lancer la suite plus rapidement et que l'histoire vous intéresse encore d'avantage à présent.
WRECKING DOLL
CHAPITRE 3
Émeraude
Les sombres arcades lovées dans leurs propres reliefs défilaient. Les rues se faisaient plus étroites, plus sinueuses. On eu dit que le village serpentait le long d'une colline, qu'il en épousait les contours langoureux de la plus étrange des façons qu'il soit. Gouttes après gouttes, le ciel se vidait de son trop-plein d'eau, toute la région déversait les lourds torrents de pluie qu'elle avait accumulée. Cette nuit, on pouvait entendre résonner chaque éclaboussure à des mètres de distance, tant les gouttes étaient chargées et agressives. Les bâtisses des environs, probablement les plus riches et entretenues du village peinaient à contenir tant de force et d'acharnement, et par endroits, on distinguait clairement des infiltrations sur les murs, tant certaines avaient souffert des assauts répétés. Juvia divaguait dans le brouillard naissant, empêtré de pluie et d'éclats d'orages. Elle aurait voulu courir ainsi toute la nuit, attendre que le jour enfin se lève, que les voiles de la nuit ne se retirent et que la lumière la guide, mais son corps ne répondait plus aussi bien.
Aussi Juvia finit par arrêter sa marche, sentant une forte douleur lui venir dans le bas-ventre. Elle plaça la paume de sa main contre sa peau, avant de soulever légèrement son haut pour regarder. Instinctivement, elle s'attendait à voir une plaie, du sang, quelque chose de rouge, de noir, ou sombre au moins, pourtant il n'y avait rien. Juvia reprenait doucement conscience de la véritable nature de sa douleur. Il s'agissait d'une crampe… n'est-ce pas ? Ou du moins, un mal éphémère qui survient après un effort bref et intense… Elle s'appuya contre un mur, exhalant l'air froid des environs.
« Juvia… est fatiguée… » Se dit-elle à voix haute, apprivoisant son ton, sa diction, les lèvres trempées de pluie. « Juvia… » Ce nom avait beau lui être familier, bien au fond d'elle, c'était comme une plaie qu'elle redécouvrait, quelque chose de douloureux, comme ce qu'elle portait au ventre en ce moment même. Elle tendit le regard vers les hauteurs. Une gouttière perlait doucement sur elle. Profitant du petit jet qui s'écoulait, elle ouvrit sa bouche et bu quelques secondes, avant de se pétrifier.
Juvia tendit l'oreille. Quelque chose venait de faire s'ébranler une marre, tout près d'elle. Oui, des ondes aqueuses se promenaient vers elle à ses pieds, dans l'eau qui s'accumulaient au centre de la ruelle – presque alors devenue un bassin.
« Qui… qui est là ? »
Silence. Puis de nouveau, un bruit d'éclaboussure, comme si l'on s'amusait à farfouiller violemment l'eau. Alors que Juvia allait s'enfuir en courant, quitte à revenir sur la plage pour y passer la nuit, un éternuement se fit entendre. Le genre d'éternuement typiquement humain qui ne pouvait que rassurer Juvia. Il y avait même quelque chose de drôle dans ce son, presque d'enfantin, de saugrenu.
Et voir un grand mastodonte émerger de l'ombre bleuté, portant une petite ombrelle ne fit qu'ajouter au bizarre et au ridicule de la situation.
« Bonsoir m'dame. Z'êtes perdue ? »
Il se trouvait à trois mètres d'elle environ, en mesurait peut-être autant de haut. L'homme tenait fermement un tout petit parapluie vert pomme dont la nuit n'avait pas réussi à calmer l'acidité. De son autre main, il portait un petit sac en tissu clair, apparemment très léger. Sa tête, fine et petite, tranchait avec la démesure du reste de son corps, en particulier de ses pieds, qui dépassaient largement de la protection de l'ombrelle et étaient particulièrement trempés.
« Vous venez… ? » Dit-il de sa voix suave et aigue. « La taverne va fermer bientôt… J'vous montre le chemin m'dame ? »
Juvia ne fit pas un geste, elle respirait calmement. L'homme face à elle n'avait rien d'effrayant, mais la bizarrerie de sa dégaine ne la mettait pas non plus en confiance, elle avisait intérieurement.
« Juvia peut dormir au bar ? » Demanda-t-elle, incertaine.
« Ma foi… ça serait pas la dernière fois que l'autre rombière accepte ce genre de service. » Il se grattait le front. « Ma foi… »
« Conduis Juvia. »
L'autre ne semblait pas dérangé le moins du monde des phrases de la jeune femme, il avait tout de suite compris qui était Juvia, et sans doute s'était-il déjà fait ses idées quant à la raison de sa venue ici, en pleine nuit.
« Suis-moi… Faut pas rester dehors la nuit. »
Juvia marcha à une distance sécurisante du colosse, soudain captivée par l'eau violette qui dégoulinait dans le dos saillant et métallique de l'homme. Sa veste sombre humidifiée laissait entrevoir un grand corps recouvert de cicatrices en tout genre, qui zébraient de part en part son buste. Juvia eut un frisson, sentant quelque chose de puissant s'agiter au fond d'elle, comme si son corps lui-même voulait lui dire quelque chose… Elle n'en sut pas plu.
« C'est là… l'Emeraude… »
Son gros index montrait l'enseigne qui pendouillait depuis le premier étage d'un bâtiment orangé, probablement le seul encore allumé des environs.
« Bah entrez. » Souffla-t-il, en donnant un petit coup sur la porte qui s'ouvrit peu de temps après. Un air chaud et sucré en échappait.
« Vous ne venez pas… ? »
Juvia se tourna vers le grand homme, visiblement plus disposé à rester dehors pour le moment. Ils se regardèrent un moment, personne ne savait quoi faire, quoi dire, quoi penser. Juvia n'aurait jamais imaginé que communiquer avec des hommes seraient aussi dur. G ne lui avait pas dit que certains paraissaient êtres muets, et même aussi gênés qu'elle…
Elle regardait le visage à peine discernable de l'homme, quand soudain il brandit son poing au dessus d'elle.
Juvia se protégea désespérément le crâne, avec ses deux mains, elle tremblait de toute part, affolée, prête à pousser un cri.
« Du calme… Je te l'offre ».
La fille de l'eau ouvrit les yeux, perturbée, et vit l'ombrelle que l'homme lui tendait, de sa grande main charnue. Elle effleura l'objet, envoutée par sa couleur.
« Juvia… ne sait pas quoi dire… Elle ne peut pas accepter. »
« Tu dois accepter. Tiens. Prends. Cadeau ! » Dit le mastodonte en hachant les mots.
« Mais… »
Alors que Juvia relevait les yeux pour observer le visage découvert de l'homme, il se tourna et commença à marcher d'un pas mollasson mais déterminé.
« Je préfère m'promener avec la lune. Bonsoir.»
Sur son chemin il écrabouillait les pierres et enfonçait un peu plus le creuset central de la ruelle qui se remplissait encore d'avantage. Il s'éloigna, comme il était venu, une silhouette massive et gentiment encastrée dans le décor tout aussi furtif. Juvia frissonna, avant de contempler l'objet qui lui restait dans les mains et dan son dos, le courant de douceur qui émanait de la taverne.
« Eh ! Vous allez nous faire chopper la crève vous ! Entrez donc ! » Meugla alors une voix de vieille dame derrière son oreille.
« Ahh… une sympathique donzelle que voilà… »
« Vous avez vu ses vêtements ? D'où qu'elle sort ? »
Taverne Émeraude
Les chuchotements des convives s'entremêlaient, mais tout le monde finit par détourner le regard, Juvia avançait en titubant légèrement, vers le bar. Ses pas lourds s'accompagnaient de clapotis timides. L'eau s'évidait sur le parquet par saccades. Titubante, elle parvint finalement à rejoindre le comptoir. Là, une femme à la magnifique chevelure brune et bouclée en queue de flammèches l'observa entrer, sans mot-dire. Juvia s'appuya de tout ton poids sur le comptoir doré et souffla quelques instants, profitant de l'air chaud.
« Bonsoir toi… Tu nous viens d'où comme ça ? »
« Eh ! T'as oublié de t'essuyer avant d'entrer sale comme t'es ! » Cria un vieux reste d'homme dans un coin où on fumait abondamment.
« Ferme-là la Vinasse ! On t'a pas causé ! » Répondit d'une voix sèche la tenancière, adressant un regard de vipère au débris jaune.
« On l'a connaît pas elle ! Depuis quand tu ouvres à des nouveaux, Kanna ? » S'enquit une femme plus loin, cachée par la pénombre.
« C'est une simple cliente… » Défendit la brune en servant un remontant à la nouvelle arrivée. « Et je ne me mêle pas de la vie de mes clients, tant qu'ils payent et qu'ils ne font pas d'histoire ! Alors vous autres empaffés, tachez de vous tenir tranquilles ! » Elle fit un léger sourire à son invitée de choix. « Voilà pour toi… »
Des yeux maladifs reluquaient sans vergogne la femme sortie de la nuit, la méfiance se mêlait à une certaine jalousie chez certains, au point que de vieux clients sifflaient dans leurs barbes de voir toute l'attention de leur chère Kana être aspirée par une femme aussi… décousue.
Juvia de son côté lorgnait son verre sans entrain, mais remerciait d'un sourire en miroir la tenancière. Sa veste bleue gouttait sur le parquet de l'auberge. Elle replia puis déposa l'ombrelle contre le petit muret et s'essuya les yeux :
« Ne fais pas attention à eux, ils sont bêtes et aigris toute la journée. Ils ont leur habitude… »
« Juvia vous remercie. »
Kanna semblait choquée par la voix si timide et enfantine de la jeune femme en face d'elle, ses mains restèrent dans le vide, comme en lévitation pendant plusieurs secondes.
« Tu n'as pas de bagages avec toi ? » Kanna venait d'avoir un tic au visage, une sorte de sursaut.
« Comment ça… ? »
« Ah ! » Kanna haussa les épaules, pensive. « Tu es un de ces arpenteurs comme on dit. Au jour le jour… A la vie à la mort… N'est-ce pas ? »
Juvia n'osait rien répondre. Elle se doutait que cette femme devait la confondre avec quelqu'un d'autre, ou du moins qu'elle exagérait quelque chose, mais la fatigue générale autant que des douleurs dans tous le corps commençait à la prendre. Elle s'affaissa légèrement, tremblante.
« Eh bien, Juvia devrait certainement vite boire son verre et se coucher ou elle risque d'attraper le rhume du pays… »
« Et y'a pas pire… » Ajouta une troisième voix, à quelques pas.
Juvia détourna la tête, observant une ombre fumer une sorte de pipe en bois toute coudée et mal garnie. Mais la jeune fille de l'eau n'en sut pas plus, Kanna la tenancière avait déjà décrétée qu'elle devrait dormir ici ce soir, vu son état, et aussitôt dit, aussitôt fait, elle la faisait monter à l'étage pour la guider à sa chambre :
« Voilà… on y arrive. »
« Mais… madame… Je n'ai vraiment pas besoin d'une chambre… Je peux très bien dormir autre part. Et je n'ai pas un sous pour vous… »
« Peu m'importe, à aucun prix je n'accepterais une femme aussi gentille que toi, sinon le plus beau des sourires. »
« Mais…. »
« Chuut… Je sais que tu es dans le besoin. Des voyageurs, on en voit passer de temps en temps, je sais ce que c'est ! Mais des voyageuses là… je prends avec plaisir ! Demain tu continueras ton aventure si tu veux… Mais ce soir, c'est un cadeau pour ta présence. »
Kanna sortit de sa poche une petite clef minuscule comme une goutte d'eau et la déposa dans la main de Juvia :
« Voilà… je pense que ce dortoir devrait te convenir. Il y a une autre fille qui dormira avec toi, mais je t'assure qu'elle est sans soucis. »
Juvia remercia plusieurs fois la tenancière, ne sachant pas pourquoi elle avait même accepté cette place qu'on lui offrait si généreusement. En redescendant à vive allure Kanna tendit son visage clément à l'autre femme et effleura la rampe de l'escalier en bois dans le même geste déphasé :
« Je… Demain… J'attends avec impatience tes récits de voyages ma chère. Prends ça comme un payement en bonne et due forme. »
Juvia était maintenant au seuil de la porte, terriblement gênée et mal à l'aise dans cette taverne. Elle n'osait même plus respirer, la clef serrée dans sa main, s'incrustant dans les pores de sa peau à mesure que les secondes défilaient et que les gouttes tombaient.
Combien de temps elle était restée là, aucune idée. Mais vinrent des pas, lents, légers, comme ceux d'un enfant – très assurés cependant –, qui remontaient les marches, de la façon la plus étirée possible. Une ombre diffuse longeait les murs au dessus des marches, Juvia attrapa cette tâche sombre du regard et ne s'en décolla plus. Ça n'avait rien d'effrayant, c'était simplement… une sorte d'accalmie, qui venait la chercher, là, depuis les profondeurs.
C'était une personne, encapuchonnée, la tête penchée en avant, et – Juvia venait de la reconnaître – la pipe arquée de toute à l'heure, tendue depuis la bouche de la silhouette. Juvia était à ce point absorbée par l'avancée fantomatique qu'elle sursauta d'un coup sec lorsqu'elle entendit une voix sortir de dessous la cape :
« Vous ne rentrez pas ? »
Écouter : Serenity - Resident Evil 4 Extended
Juvia ne répondait rien, elle s'écarta pour la laisser passer et glisser une autre petite clef semblable à la sienne dans la serrure.
En silence, elles entrèrent dans la pièce. Très sombre, elle présentait deux grand meubles en bois où étaient rangées des affaires savamment pliées et ordonnées, plongées de noirceur, quatre lits disposés en carré blanc, et une unique fenêtre centrée donnant sur le port. On pouvait entendre des corbeaux se chamailler non loin sur des branches de vieux saules.
« Je vous préviens… Je me réveille tôt le matin. » Fit la jeune femme en se dirigeant vers un lit du fond, retirant la pipe de sa bouche.
Après quelques secondes d'inaction, Juvia se réveilla et observa la femme, l'imita, ne sachant quoi faire d'autre. Elle s'évertua à reproduire au mieux ses gestes lancinants ; s'assoir sur le coin du lit, retirer sa capuche, dévoiler son visage, poser le tout dans une des armoires, respirer profondément, regarder un instant le paysage au dehors qui se chargeait de rosé, et peut-être enfin s'étendre sur le matelas.
La jeune femme finit par remarquer le petit jeu de Juvia, elle tendit des yeux blafards sur elle et murmura :
« Que regardez-vous ainsi ? J'ai quelque chose sur le visage ? » Sa main vint cacher sa bouche et ses joues.
« Non… Juvia ne voulait pas… » Elle supplia du regard son interlocutrice, voulant à tout prix éviter le moindre problème. « Juvia cherche seulement… quoi faire. »
L'autre femme releva légèrement un sourcil, perdue. Le vent vint cogner contre les murs de la chambre, on pouvait distinctement entendre les afflux gazeux caresser les vieilles pierres de la bâtisse et sentir toute la structure sur le point de vaciller.
« Qui est Juvia ? »
« C'est… c'est… m… » Le mot qu'elle voulait faire sortir restait cloitrer dans son ventre, elle ne pouvait l'en sortir, il lui brûlait amèrement le corps de l'intérieur. « Elle est… en face de vous. » Parvint-elle finalement à expirer.
« Alors cessez de me regarder ainsi, Juvia… »
La femme se détourna, offrant une vue éphémère de son dos dénudé. Les rayons du ciel se faisaient plus éthérés à ce moment, et toute la colonne bleutée de la mystérieuse femme sembla se mouvoir dans un tissu de coton. La blancheur de la lune venait se lover sur ses épaules, son bassin arrondis et le début de ses fines jambes.
Juvia continuait de regarder ce long dos infini devant elle, oubliant les avertissements de cette fille, se laissant aller à la contemplation.
« Bonne nuit… » Entendit-elle finalement.
« Bonne nuit. » Imita Juvia, d'une voix toute aussi lointaine.
Les yeux, toujours sur le dos courbé de la femme assoupie. Sur la colonne d'eau se déplaçait alors une ombre étrangement familière, Juvia fixa avec encore plus d'attention les replis corporels de la femme sans nom, elle s'y laissa bercer. L'ombre marchait sous une noirceur mêlée de nuages cuivrés qui s'égrenaient à lenteur extrême. Les pieds plongés dans la boue et les vases de couleur terre, les cheveux lancés à même le souffle du vent, le personnage marchait. Et petit à petit, était entouré d'une banderole bleutée qui l'encerclait.
Les couleurs se floutèrent et maintenant l'homme était aux prises avec un océan de turbulences. Il luttait sur une plage contre des lames de fond terriblement menaçantes. Des cascades d'eau noires et des longs traits de mousse qui zébraient son visage de part en part. L'eau sifflait et découpait comme les plus tranchants couteaux. Capitaine mort, éreinté par les turbulences rêches de l'eau déchainée.
Juvia finit par perdre conscience, son esprit divaguant entre rêve, souvenir ou réalité, quelque chose de glacé s'emparait lentement de son cœur. Elle voulait crier, pleurer, cesser de rester dans l'immobilité, lâcher les runes et se libérer d'entraves invisibles, car elle savait que ces visions n'étaient pas normales, elle le savait. Est-ce qu'un jour elle pourrait s'en débarrasser ? Quelqu'un sur Terre pouvait-il l'aider à vider sa tête de ces cercles envoutants ? En attendant, il fallait supplier pour que le lendemain soit plus serein.
Elle s'endormit avec la sensation atroce que des fumigènes lui remplissaient les poumons d'air froid.
FIN DU TROISIÈMEMENT CHAPITRE
