Bonjours et bonsoirs à tout le monde ! Ayant terminé tous ces concours j'ai de nouveau le temps pour raconter la suite des aventures de Juvia et les faire partager, j'espère que vous avez apprécié cette petite pause car il risque d'il y a voir des chapitres plus hétérogènes et certainement plus agités dans peu de temps...
En outre, je remercie toujours le petit cercle des lecteurs postant des reviews, c'est toujours très agréable, Namuria (dont j'ai lu le début d'Aurore au passage, et j'espère qu'elle aura vu ma réponse à ses reviews qui m'ont bien aidé pour la relecture) mais aussi, MissCoca-Cola, Mayu87 aussi bienvenue parmi nous et merci, que la suite vous plaise.
Ce chapitre est particulier à plus d'un titre, malgré tout, je vous laisse vous y plonger, que la lecture continue !
WRECKING DOLL
CHAPITRE 5
Entrance
Écouter : Lament of Innocence - Prelude to the Dark Abyss - Extended
Cerf-volant mer de la Néphalie. Leurs plumes guettent les têtes qui dépassent des rochers, suppurent ou s'évadent par colliers noirs de suie. Leurs becs pointent vers des aurores que l'on ne peut distinguer à pieds. Envolée funèbre. Néphilan près de la mer couchée. Et le soir qui vient les fait de nouveau monter en cascade. Charme sauvage de la ville écrasée contre cette côte, et perché sur ces encastrements de lave antique, planté dans ce décor côtier il y a un pont de bois grinçant qui fait le tour d'une falaise pentue et grise.
Le seigneur du château, tenant toujours d'une main assurée son sabre replié contre lui, arpentait de pas ferme les tronçons de bois. Ses bottes noires coupaient et hachaient sereinement ce passage en lui arrachant des crissements de douleur. Derrière lui, plus imposant et toujours à l'aise en toute circonstance, doublé de son continuum de cicatrices violacées au dos, l'homme géant sans nom continuait la marche et veillait d'un œil discret sur la troisième partie de la file.
Elle est là, Juvia se dit enfin qu'elle tient à portée ce pourquoi G... l'a amené ici… Cet homme plus loin. Maintenant qu'elle l'a devant lui, même à cette distance, même sous cet éclairage évanescent, même à côté de la mer sous le soleil en naissance, il n'y a pas de doute, elle se laisse porter par lui, dans son sillage.
Alors que l'astre solaire avait justement décidé de pointer le bout de son nez aujourd'hui, les nuages semblèrent tout à coup bouger bien étrangement. Juvia, qui avait observé depuis son réveil maintes fois la tranquillité apaisante du ciel, se figea un court instant, perturbée. Le temps semblait changeant tout à coup, mais cela n'inquiétait guère Gray ou l'homme sans nom ; ils continuaient de marcher, bien qu'ils semblaient jeter un regard lancinant vers le large pour y cerner d'éventuels changements brutaux de climat. Oui, Juvia sentait que quelque chose se passait, réellement.
Les yeux de la fille de l'eau s'arrêtèrent sur un détail qui gela son esprit un instant : là… tout près du soleil aux larges rayons, lui qui tentait de percer les lourdes nappes du matin, il semble que des formes sombres virevoltent et promènent de leur force les nuages, les alignent contre le soleil, les fassent se mettre en rangée ou en tas pour combler un espace.
Juvia crut halluciner, elle posa deux mains contre sa tête, migraineuse, persuadée de retomber dans un cauchemar éveillé, mais la réalité semblait s'être elle-même distordue. Pourtant les autres étaient toujours confiants un peu plus loin, ils semblaient même s'être désintéressés totalement aux phénomènes du large, Juvia ne sachant plus quoi faire, essaya de regagner son calme :
« Le ciel change… » murmura-t-elle, puis tout haut : « Est-ce normal si le soleil est comme caché ? On dirait des personnes là-bas. »
La grande masse de chair juste devant elle sourit :
« Oui… c'est normal ici. On les appelle Vodenjak dans le coin. Se sont des esprits. »
Juvia retenta de renouer un contact visuel avec les silhouettes sous le soleil, mais elles avaient presque toutes disparues. Comme évaporées par une soudaine reprise de conscience, comme si le fait de prononcer leur nom les avait fait disparaitre. Cela ne réconforta pas entièrement la jeune femme :
« Sont-ils dangereux ? »
« Non… pas pour nous. »
A ce moment, Gray s'arrêta et regarda d'un œil avisé son hôte :
« Vous n'avez pas à vous en faire Juvia, les Vodenjak sont des esprits positifs ici. Se sont bien les seuls d'ailleurs. Ils ne s'en prennent qu'aux navires. »
Le mot navire sonnait douloureusement dans les oreilles de Juvia, elle se sentait elle-même prise dans un étau. Pourquoi ces esprits lui glaçaient-elle le sang ? Et pourquoi surtout…
« Pourquoi cachent-t-ils le soleil ? »
« Ils le font quand ils sont de bonne humeur. Cela signifie qu'il fera un temps radieux demain. » Gray continua en inspirant profondément, avant de reprendre la marche. « Nous leur devons tant de belles journées. »
Fantôme du souffle, donc…
Juvia chercha à les repérer, mais ils avaient bien tous disparus. Des esprits positifs alors ? Juvia en tremblait toujours pourtant, malgré ce que Gray venait de lui dire, leur présence lévitant dans les cieux, aussi invisibles que de la fumée la faisait angoisser intérieurement.
La côte crépitante de vagues épuisées s'essoufflait encore sur plusieurs kilomètres, Juvia marchait plus aisément mais elle peinait à trouver l'équilibre à de nombreux endroit où le ponton se brisait en éclats de bois. Perpétuels avancées et ralentissements, balancement du temps par les vagues et le chagrin marin qui s'en allait et revenait. Soupirs Néphalie, soupire.
A de nombreuses reprises, elle sentait le regard de son sauveur sur elle au devant. Mais elle le fuyait, elle n'osait pas le contempler, elle n'osait plus faire autre chose que poursuivre sa marche. Juvia tourna la tête.
La grande armoire à glace, toujours de dos, cachait au mieux son visage avec une sorte de voile hideux un peu déchiré et froissé. Son dos était toujours couvert d'étranges cicatrices zébrantes rouge vif ou bien irisées et son souffle les faisait se mouvoir de telle façon qu'on aurait dit qu'elles aspiraient et expiraient l'air ambiant. Instinctivement, Juvia préféra rester légèrement à distance de la grande masse de muscles et se prit à revenir, de plus en plus souvent sur Gray, de ses yeux bleus mi fascinés, mi inquiets :
Pourquoi avait-elle cette sensation de rejet, au fond d'elle ? Après tout elle suivait cet homme dont elle ne connaissait rien. Est-ce que G... aurait pu se tromper… Quelques détails faisaient frissonner la fille de l'eau : le fait que Gray soit moins grand qu'elle ne l'aurait pensé, il l'était certes, mais tout de même moins, et puis son visage était à la fois rassurant, pleinement ce qu'elle pouvait se souvenir de la photographie, et en même temps… quelque chose n'allait pas. Peut-être que c'était toute cette situation qui ne tenait pas debout au final, mais Juvia ne pouvait s'empêcher de se demander encore et encore ce qui l'avait prit tout à l'heure, en se jetant aux pieds de son sauveur en cape noire. C'était sous le coup d'une émotion, d'une fatigue sans doute…
Mais après tout… Où est-ce que Juvia pourrait aller, à part avec cet homme ? C'était ce que G… voulait après tout, faisons-lui confiance, à lui et à ces deux hommes, jusqu'à preuve du contraire, ils n'avaient aucune mauvaise intention, bien au contraire. Et elle avait enfin reçu plus que de l'aide... Elle avait une sorte de foyer, offert... trouvé...
Cela est sûrement mieux que de dormir encore une fois, parce que l'on a inspiré la pitié… Oui, c'est ça, la pitié, l'implacable sentiment de pitié qui ne se délestait pas de son corps humidifié de pluie.
Elle fut soudain arrêtée dans sa réflexion par une nouvelle sensation, cette fois-ci pénétrante, très douloureuse.
A droite, juste en bas de la falaise où la plage finissait par rejoindre les hauteurs, là, dans un coin, derrière un rocher !
Soudain il y a une ombre chair qui sort de derrière le bloc gris.
Rocher gris enfumé d'une main étrangère. Basque froide, hurlante, Juvia se hérisse de tout son être en voyant l'abomination se déplacer, titubante, croulante sur son poids, tenant une sorte de hache trainante au sol.
Elle croit à nouveau rêver, à nouveau perdre pieds, mais soudain devant elle Gray et l'autre s'arrêtent et hument l'air. Gray sembla à ce moment perdre son assurance et tenta de percer la brume mêlée au ressac.
« Vous sentez m'sieur? » Demanda le plus massif.
« Oui… » Gray plissa les yeux, avant de faire un pas de côté. « Il y en a par ici, décidément la journée n'est pas tranquille. Faisons un détour par l'eau. »
« Entendu m'sieur. »
Et les deux hommes tournèrent lentement vers la gauche, évitant bien soigneusement la petite falaise où Juvia avait cru apercevoir une ombre mortelle.
Alors c'était donc vrai… ? Elle n'avait pas hallucinée ? Quelque chose rodait bien dans le coin ? Et au vu de la réaction de ses deux gardiens, Juvia n'en était que plus tremblante. Elle se rapprocha d'eux assez rapidement :
« Où allons-nous ? Je ne vois que de la mer par ici… »
« Nous allons simplement marcher hors de la plage, c'est plus sûr pour le moment. » Répondit Gray en avançant lentement dans l'eau, bientôt suivi de l'autre qui faisait signe à Juvia de les rejoindre.
Mais le regard inquiet de cette dernière décida le brun à tendre la main vers elle :
« Je vous en prie, il n'y a aucun soucis à vous faire, venez. »
Et Juvia finit par tendre la sienne en retour, laissant toute sa confiance déborder sur sa conscience, elle fut entrainée dans l'eau, le liquide froid remontait lentement jusqu'à ses chevilles, puis ses genoux, avant de stagner à cette hauteur. La marche se faisait plus lente, plus pénible, Juvia commença à trembler de froid, mais un autre frisson puissant l'envahissait : il y avait de l'eau tout autour, comment faisait-elle pour marcher ? Pourquoi y avait-t-il un fond là, alors que l'on s'éloignait de la plage…?
« Je ne comprends pas… » Dit-elle doucement.
Les deux hommes continuaient d'avancer, sans vraiment porter d'attention à ce qu'elle disait.
« Comment se fat-il que nous puissions marcher… dans l'eau ? »
Aussitôt, Gray parût se crisper, il marcha rapidement vers elle et posa sa main sur son épaule, avant de la conduire doucement :
« Restez près de nous Juvia et ne posez plus de questions. Nous sommes sur un banc de sable qui s'étend jusqu'à mon château, il est étroit mais assez grand pour qu'un groupe de personnes puisse y passer. »
« … Vers le château… »
« Oui, nous y serons bientôt. »
Rachat par sauvetage. Et dans le brouillard des monts, une silhouette se détache. Un grand bâtiment sortant de l'abîme bleuté, de l'épaisseur sans vie des vapeurs, d'un bruissement d'air le château apparaît, comme le mirage d'une fin de journée. Soudain les temps se sont dissolus dans les mers et les nuages, la nuit s'est comme jetée sur l'horizon et à mesure que les tours menaçantes du palais se rapprochent, petit à petit, les lueurs étouffées du soleil disparaissent pour laisser place à l'empire de la nuit. Chancre gras dévalant les pourtours gelés de cet édifice qui tremble sous son poids monstrueux, la perle de lune qui s'élève d'un flan vient lentement lécher – des abyssales douves supposées jusqu'aux fines pointes des trois grandes tourelles principales qui s'élèvent comme des pics transperçant l'immensité salée – le château primitif. Fenêtres pointillant les salles de traits continus ou bien de tâches orangées, perdues dans la noirceur environnante (c'est comme si tout le monde s'était éteint en l'espace de quelques minutes). Ombres scandant des noms inconnus, la lande s'éveille, les pieds dans l'eau reprennent peu à peu leur position, sortent des marres et pataugent dans un marais salant qui longe toute la route donnant au château. Fange amère, clapotis des bottes et avancée humique parmi les restes d'animaux piégés par la marée basse. Cadavres vivants de crabes ou de crustacés divers étendus au sol et gigotant à peine, bientôt emportés par des oiseaux corbillards. Grincements atroces des ailes et des becs sur les chitines et les ocelles, les capes regagnent le chemin principal en pivotant sur les corps de carpes, la route se fait dure, la mollesse des algues disparaît, l'air change et le fond de l'air s'obscurcit.
Portes donnant sur des passerelles, passerelles donnant sur des grandes allées aux meurtrières égarées et aux autres portes plus grandes et plus enfoncées dans la pierre. Lierres et mousses dévalant les pentes de la face ombrée de l'ensemble, rejoignant dans un circuit végétatif des pierres plus anciennes qui forment l'entrée du château, percé d'une porte immense grillagée, comme encastrée dans les enfers même, métallique et reluisante sous la pluie, illuminant le passage, même à plus de trente mètres, la luisance fait plisser les paupières et éclaire les lieux. Sur les côtés naissent un petit sous-bois qui entoure l'édifice, au loin l'ombre surélevée d'une chapelle ou d'un mausolée, engouffré dans les saules. Pas de pont. Bois sous les semelles et lueurs blanche des lanternes qui éblouissent les yeux maintenant habitués à la nuit. Devant, la passerelle qui relie cette partie de la lande au cœur du château, et sur chaque côté de ce pont, deux avant-postes de la taille de maisons, abritant sans doute les gardes de cette imposante entrée. Personne ne semble réveillé, l'eau ruisselle toute seule sur le pont et bientôt le groupe s'arrête près de la fin de la passerelle. Vide gluant, humeur de l'eau qui boue là-dessous, odeur pestiférée. Un regard jeté dans ce vert mort, sans fond apparemment, roulé de tourbière et de fumigènes. Planqué dans l'ombrelle des fougères, gisent des appels intimes, reluisants, l'oreille se tend, écoute, secrets de morts, émanant spectres gémissants.
Juvia sentit perdre l'équilibre, contre sa volonté, elle penchait de plus en plus vers les profondeurs, Gray resserra son étreinte et la redressa contre lui :
« Prenez garde aux douves… je n'ai pas envie de vous repêcher là-dedans. »
Les pieds de Juvia se trouvaient au bord du précipice, la pointe de sa chaussure droite repoussant quelques mottes de terre vers les esprits glapissants.
« Excusez Juvia… »
« Sker, va chercher les autres, que l'on ouvre la porte immédiatement pour cette jeune femme et moi. » Ordonna Gray en conduisant Juvia hors du danger.
La grande masse humaine – Sker donc – répondit quelque chose avant de s'exécuter sur le champ et de partir vers une des petites maisons-gardiennes.
« Tous va bien, Juvia ? » Gray se retourna vers elle, le regard bienveillant.
« Juvia… se sent… bien. Mais épuisée. »
« Vous avez dû avoir la peur de votre vie ce matin, prenez garde lorsque vous sortez ici… les esprits sont loin d'êtres les pires rencontres que vous puissiez faire dans la lande. »
La fine pluie continuait de tomber sur eux, légère, enivrante, elle rappelait à Juvia combien il était agréable d'être ainsi touchée par toutes ces gouttes, par cette douche lascive qui n'en finissait jamais. Mais peut-être qu'aussi, le contact de l'homme, juste à ses côtés, de son épaule contre la sienne ajoutait à l'instant quelque chose de plus que réconfortant.
« Pourquoi la nuit est-elle si vite tombée ? »
« Je vous avais dis de ne plus poser de questions, cela vous fatigue plus qu'autre chose… »
« Juvia veut savoir, maintenant qu'elle est en sécurité avec vous. »
Gray sembla légèrement se pencher en arrière, comme pour apprécier les paroles de sa voisine, inspirant l'air chargé d'eau et essuyant d'un revers de main ses cheveux trempés, il conduisit alors la fille tout à gauche de la passerelle, là où un petit écriteau ancien avait été planté. Sur le dessus on pouvait lire en lettres capitales :
CHÂTEAU VERMEIL
Puis…. Gray lut la suite avec une sorte de lassitude étrange :
« Il n'y a pas de soleil possible au dessus de ce château. À mesure que nous nous en approchons, quelque soit l'heure réelle, la nuit tombe lentement sur nous et nous emplira d'effroi, et nous vivrons dans ce monde nocturne où aucun rayon solaire ne pourra filtrer. »
Gray se tourna vers Juvia et expira avec un air méditatif une fumée bleutée :
« Le château est hanté… ou maudit, ou peut-être les deux peu importe. Nous en sommes là. »
« Pourquoi vous être installé ici alors ? »
Gray fut surpris par la soudaine présence d'esprit de la fille de l'eau, et la regarda un long moment, Juvia ne pouvait comprendre s'il s'agissait d'un instant de réflexion, ou de vide total dans l'esprit de son sauveur.
« Parce qu'il m'offre bien plus que tous les sacrifices possibles… »
Une nouvelle pause les sépara du réel, Juvia finit par légèrement se tourner, afin d'éviter le regard insistant du brun sur elle. Se faisant, elle dévoila le manche de son ombrelle qu'elle portait contre l'une de ses hanches. Ce détail attira aussitôt l'attention de son voisin qui s'en empara :
« Pourquoi ne pas vous servir de ce parapluie...? »
« Non... » Juvia coupa l'élan de l'homme et lui sourit timidement. « Il est trop tard pour se protéger de la pluie avec cette ombre... Et puis Juvia aime le contact de l'eau »
Gray ne fit pas de commentaire sur cette réponse, il s'écarta de la femme et perdit son regard dans les arbres environnants, attentant aux côté de la fille des eaux que l'on vienne leur ouvrir. Retombées de pluie sur le sol, plaisir secret ou attendrissement, chacun avait sa sensation dans l'instant présent. Juvia sentait bien qu'elle était la seule à réellement apprécier cette situation, mais cela ne la dérangeait pas, cette différence, bien au contraire...
Deux hommes habillés de longs manteaux sortirent bientôt de la maison, suivit de Serk. Ils avaient tous les trois l'air de se réveiller d'un long sommeil. Le premier homme tenait une misérable bougie vivant ses derniers instants, il alla vers Gray en le saluant bien platement :
« Vous rentrez tôt de votre excursion, Seigne… »
« Trêve de bavardages, allez de suite ouvrir la grille, et ne dites plus un mot. »
Surpris, les deux hommes firent demi-tour, en prenant garde à ne pas éteindre la bougie, la protégeant de leurs paumes, et ils se postèrent près d'une grande roue qui semblait actionner tout le mécanisme de la porte. La bougie fut posée au sol et bientôt les trois hommes se mirent à tirer sur les leviers, l'aide de Serk sembla accélérer de façon considérable la manœuvre. Dans un fracas de roulis et d'engrenages invisibles, tout le sol se mit à vibrer et la grille principale du château lentement s'ouvrit devant eux, et en même temps,on pouvait sentir d'autres parties s'actionner, tout du long une plainte funèbre qui finit par se sceller dans un grondement de la terre lorsque la porte atteint sa position finale.
« Rentrons, je sens qu'une tempête va souffler tout le reste de la journée. »
Quelle journée ?
Juvia ne voulut pas dire ce qu'elle pensait de cette "journée" qui avait disparue si vite. Elle suivit le maître de maison sur le pont, ne pouvant s'empêcher toutefois de faire glisser ses yeux quelques instants vers les bas-fonds attracteurs.
Saisisseurs d'âmes.
Voilà, les premiers se faisaient sur une sorte de tapis rouge-noir, brûlé ou bien salis par des années de passage, déroulé vers le fond d'un grand vestibule. Devant, deux grands escaliers qui grandissaient dans les hauteurs, parcheminées de chandeliers et de lanternes suspendues à des grandes lignes de chaînes grises. Gray invita Juvia à ouvrir la marche, elle parut apeurée les premiers instants, cherchant un moyen de retrouver la présence apaisante de l'homme derrière elle, mais elle finit par avancer, bien malgré elle, vers l'escalier.
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Arrivé en haut, un grand couloir, toujours recouvert de ce tapis rouge qui s'enfonçait dans l'obscurité, perlé de petites loupiotes bleutées. Sur chaque côté, derrière les piliers luminescents, des filets l'eau qui descendaient vers les sous-sols dans un bruit doucereux. Cette atmosphère rassura Juvia, elle laissa ses paupières se fermer un instant. L'eau froide qui les entourait émettait des fumets tranquilles qui s'échappent en grappes légères, encore une fois, l'eau venait la caresser, cette-fois ci d'une autre manière.
Puis le couloir prit fin, une lourde porte ornée d'une lettre majuscule (un Z marqué profondément dans la porte) apparut devant eux. A ce moment, Gray prit les devants et ouvrit la porte d'une main assurée, avant d'inviter son hôte à le suivre. Une grande salle, un corridor avec des entrées vers d'autres voies ça et là, de grands tableaux accrochés au mur, un lustre gigantesque pendant au plafond. L'air était plus chaleureux, Juvia sentait que l'eau sur elle commençait à doucement disparaître. Tout à droite, le seigneur indiqua de sa main une aile :
« Là-bas se trouve l'entrée de la partie souterraine, j'insiste bien pour que vous n'y rentriez jamais, sous aucun prétexte. » Il laissa des yeux attentifs retomber sur la jeune femme. « Ais-je été clair ? »
« C'est entendu. »
« Et là-bas. » Gray montrait une autre porte, très récente par rapport aux autres. « C'est l'entrée de vos quartiers personnels. Vous y serez chez vous. » Il tourna la tête vers d'autres portes. « Les autres entrées mènent aux cuisines, au garde-manger ainsi que vers les étages supérieurs qui vous sont autorisés. Mais j'aimerais autant que vous n'alliez pas trop loin. Le château et grand et… vous perdre serait on ne peut plus fastidieux pour moi. »
« Très bien. »
Il revint à elle, emplit d'un sourire des plus lascifs :
« Je sais que vous ferez comme je vous l'indique. Vous n'êtes pas du genre à vous opposer, n'est-ce pas ? Cela se voit dans votre regard, dans votre attitude. »
« … Juvia… ne saurait dire. »
« Et d'où vous vient cette habitude de parler de vous ainsi ? Vous ne savez pas dire je ? »
« Sans doute pas… J… Juvia n'y arrive pas. »
« Étrange. »
Les mots de l'homme en face d'elle faisaient échos. Peut-être à la voix plus féminine de Yukino, peut-être à quelqu'un d'autre encore, à un rire, à quelque chose même, mais les pensées se brouillèrent et bientôt elle suivit le maître des lieux vers ce qu'il avait appelé ses quartiers.
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Ici, la lumière semblait plus intense, fortifiée par des lampes incandescentes, par des torches accrochées aux murs, au dessus de puissants panneaux de pierre ou de petites caches où l'on avait placé quelques vases, des couverts en argent. Encore sur les murs, des vitrines piégées dans des meubles de bois, renvoyant à Juvia un reflet déformant et flouté. Écurage des pensées, de petites gouttes d'eau – les dernières – se déposaient en silence sur le sol tandis qu'elle marchait vers une petite porte sombre d'où émanait une chaleur apaisante.
Juvia commençait à être emportée par un doux sommeil, la léthargie gagnait du terrain alors que ses pas continuaient dans le couloir. Une porte puis une autre, des allées et des détours, Juvia finit par perdre le fil du chemin et de prit à rêvasser, serrée à son sauveteur, elle ferma les yeux quelques instants, toujours à moitié consciente, se laissant guider.
Yeux fermés, elle ne pouvait que mieux se rendre compte que l'homme à ses côtés respirait contre elle, sa bouche entrouverte à quelques centimètres de son oreille, c'était agréable, presque… drôle ? Juvia sourit malgré elle, que c'était bon cet instant.
« Vous voici chez vous. »
La voix solennelle de Gray la sortit de sa torpeur et elle reprit pieds dans une nouvelle pièce, toute couverte d'un bleu épais, de tapisseries en passant par des boucliers ornés d'épées au manches colorés, aux nouveaux meubles renfermant des pièces couvertes de runes ou encore quelques autres représentations picturales des environs, où l'on pouvait reconnaître la plage au bas du village, un clocher, une grande tour et même le château qui nageait dans une mer obscure au loin, fidèle à lui-même, inchangé.
Une nouvelle porte s'ouvrit et Juvia inspira profondément, sentant l'odeur du bois la détendant d'avantage. Le feu d'un âtre crépitant acheva de la transporter vers une petite pièce à l'importante décoration, elle atterrit bientôt, sans vraiment s'en rendre compte dans un lit et elle sentit une main se poser sur son front :
« Vous semblez allez mieux… Demain nous irons faire un saut à l'étage pour vous que notre l'infirmière vous examine. En attendant, je vous confie ces vêtements. »
Il souleva une pile de linges blancs qui étaient posés sur une petite chaise près du lit, et les déplia face à Juvia, leur pâleur et leur odeur de fleur firent frissonner la jeune femme dans son lit.
« Vous ne pouvez pas rester dans cette tenue toute mouillée, laissez-moi vous aider. » Gray commença a défaire le haut bleu de Juvia de ses longs doigts délicats.
« Non… »
Juvia retint la main de l'homme avant de plonger son regard affaibli dans le siens :
« Juvia vous remercie, mais elle préfère le faire elle-même… »
Gray sourit au bout d'un court instant :
« Vous avez raison, je suis bien impoli, excusez-moi. » Il la salua. « Profitez de votre lit, il me semble que vous êtes épuisée. Que votre repos soit à la mesure de votre beauté… »
Il s'effaça lentement dans l'ombre de la chambre et Juvia finit par perdre pieds, perdue entre les sels du sommeil qui l'étreignaient et les paroles chaleureuses et troublantes de l'homme qui venait de disparaître.
Elle perdit usage de ses mains.
Elle perdit ses yeux, les laissant se fermer, implacables.
Elle laissa retomber les tissus blancs sur le sol de pierres, froid. Ses mains pendant sur le côté droit du lit, dans un soupire d'extase.
Un orage, une mer agitée, une spirale de couleurs, des lueurs répétées, et un phare qui dessinait des trombes de lumières dans le ciel par intermittences, un éclair, des éclats et puis une sorte de grondement sourd, des esprits des tours qui s'agitaient en cercles divins, une lanterne viciée dans sa poigne de mort-vivant, le spectre éternel d'un naufragé, un chapeau triangulaire sur la tête, une sorte d'effigie humaine accrochée au cou, des plaintes de vent sans fin et, deux corps. Il y avait deux formes… tremblantes dans le froid et le noir, qui affrontaient la tempête. Cauchemar, élan aquatique, temps anciens refaisant surface par le biais de la nuit intime, le sommeil qui vous emporte dans un tourment, inébranlable, que c'était bon au fond, d'enfin se laisser aspirer par cette somnolence, que c'était bon de se laisser nappée et bordée aux confins des eaux.
Juvia sentait que son âme, à ce moment précisément, pouvait bien être saisie à tout jamais.
FIN DU CINQUIÈME CHAPITRE
