Bien le bonjour/bonsoir à tous et toutes, merci de suivre l'histoire, cela prend encore de l'ampleur, je sais où je me dirige, finalement, c'est assez effrayant comme destination... j'espère que vous êtes prêts et prêtes car ça va monter en puissance :D

En attendant, merci en particulier à JikiaOlitaz, prends garde, on est facilement trompé par les apparences, qui sait comment l'histoire pourrait tourner. En tout cas tu seras servie sur une chose : l'horreur, elle arrive... à pas de chats...

Merci aussi à Dadetine ;) et Namuria ! à bientôt pour la suite, bonne lecture surtout !


WRECKING DOLL


CHAPITRE 6

Enchantement


Juvia se réveilla dans une plaisante douceur. Il lui semblait qu'elle lévitait, au dessus de son lit à baldaquin, surplombée d'une grande épaisseur de tissus aux odeurs fortes mais chaleureuses, entourée de cordes aux nœuds effilochées qui pendaient dans tous les sens, se mouraient en éventail – on aurait pu entendre leur lents soupirs vers l'édredon. Les narines de la jeune fille finirent par repérer avec une grande précision une odeur plus qu'alléchante, elle murmura quelques syllabes, histoire de se familiariser avec sa voix – caverneuse de bon matin – puis elle tenta de contracter quelques uns de ses muscles avec succès, et finit par se redresser. Son poitrail lui faisait mal, une douleur affaiblie mais bien présente la tenaillait alors qu'elle froissait le dessus de son lit pour s'asseoir au bord du matelas. La peine était une sorte d'échos à ce qu'elle avait ressentie la veille, alors qu'elle s'était fait attaquer par l'étrange groupe de voleur – étaient-ils vraiment des voleurs… ? après tout – et avant que son sauveur ne vienne.

Sauveur…

Écouter à tout prix : Air on G string (Bach) original instruments

Elle ouvrit les yeux plus largement. Les lanternes brillaient et dégageaient une certaine chaleur apaisante, il y avait donc beaucoup d'explications au fait que… Juvia se sentait relaxée. Très relaxée. Plus qu'elle ne l'avait jamais été auparavant, même le bel intérieur de Yukino ne pouvait rivaliser avec tant de… candeur.

Elle se releva, inspectant sa chambre – dû moins cette grande pièce richement décorée qu'on lui avait attribuée – et elle parvint à poser ses yeux sur toutes les petites babioles, ou bien des objets plus distingués qui se trouvaient sur les étagères ou encore nichées dans certains creusets de murs. Encensoirs, bougies, lanternes, montres, beaucoup de montres, de toutes tailles, à toutes les effigies et ornées de tous les cristaux de roche imaginables. Des petites statuettes représentant des animaux, des personnes enrobés dans de grands voiles. Accrochée à un petit crochet de bois, tout près de la porte d'entrée, elle vit une chaise sur laquelle étaient disposés, bien pliés, bien ordonnés, ses affaires en ordre, ainsi que d'autres vêtements qu'elle n'avait jamais vu, comme neufs – bien qu'un peu vieillot à en juger de leur style – et le tout surplombé… de son ombrelle, sagement repliée.

Elle retira sa tunique blanche, sentant un léger courant d'air caresser le creux de ses cuisses et lécher ses doigts de pieds. Elle frissonna de plaisir et se prit à regarder le bas de son corps, découvert. Deux longues jambes blanches, toutes brillantes… Elle pencha la tête légèrement sur le côté, et vint passer une main sur ses deux morceaux de chair avec intérêt. La sensation était agréable, elle continua quelques instants et s'arrêta, prit par le froid de la pièce. Elle se rendit compte qu'elle était nue, au beau milieu d'une chambre qu'elle venait tout juste de… chaparder ? Elle avait encore réussit à s'introduire chez quelqu'un… et cette fois, alors que son regard se perdait dans la contemplation de la pièce, on lui offrait généreusement, on lui demandait bras tendus, et l'univers qui était maintenant face à ses yeux était au-delà de l'imagination.

Elle se vêtit des nouvelles parures qu'on lui avait apporté, tendit le regard vers un petit miroir bas-placé où elle pouvait se voir des pieds jusqu'au cou.

Son reflet était opale, perlé de quelques éclats brillants. Sa nouvelle tenue, d'un bleu scintillant raviva une nouvelle chaleur en elle. Sourire.

Elle franchit la porte de sa chambre, et entama une marche hasardeuse dans les couloirs du château. Même si elle ne connaissait rien et que les portes sur les côtés semblaient toutes les mêmes, que les lumières – certes vives – n'offraient que quelques points de repère dans un immense dédale en clair-obscur et que les portais aux murs avaient parfois des silhouettes qui aspiraient à la crainte, malgré tout cela elle se sentait bien, détendue, parfaitement… acceptée. Elle se souvient rapidement d'ailleurs du chemin qu'elle avait emprunté la veille, son état de demi-sommeil lui avait brouillé l'esprit, mais pas assez pour qu'elle soit totalement perdue. Et… également portée par l'odeur attrayante du pain et du four ou des deux réunis… elle marcha jusqu'à la porte qui la conduirait à…

Une sorte… de salon.

« Ah… notre petite protégée vient de se lever. »


C'était une voix atone et enjouée, prononcée par une bouche fébrile, tombante. Une veille dame, entourée d'un halo rougeoyant se tenait devant un poêle et invita immédiatement Juvia à s'asseoir. Elle portait un tablier taché et reprisé qui descendait sur des genoux robustes. Son regard se plaça sur la ravissante jeune fille.

« Bonjour… »

« Bienvenu à vous Juvia, le maître vous attend dans ses quartiers, mais prenez le temps pour déjeuner. Aujourd'hui, tout vous est permis. »

« … » Juvia avança d'un pas et comprit que la dame parlait de nourriture. « Juvia ne veut pas… manger tout ça. » Elle portait son regard sur un ensemble de plats, tous plus appétissants les uns que les autres que l'on avait fait préparé il y a peu et disposé sur un petit chariot à l'entrée de la pièce, juste à côté d'une table à la taille démesurée. « Comment voulez-vous que… Juvia puisse avaler tout ceci ? »

« Et bien Juvia devra faire un effort pour choisir ce qui lui plaît ! »

Cette remarque était pour la jeune fille plus de l'ordre de la sentence que du réconfort.

« Juvia n'est pas habitué à cette… richesse… »

« Quelle richesse ? » La dame semblait très surprise, voire vexée. « Vous trouvez que je l'air d'être riche ? Moi ? »

« Non… ce n'est pas ce que Juvia voulait dire… Juvia parlait du manoir. Tout autour c'est si grand… et… chargé. »

« C'est la vie que l'on mène tous ici. » Répondit la femme en levant les mains en l'air quelques secondes, l'air pathétique.

« Vous y êtes nombreux ? »

« Non… plus vraiment. Z… Le maître n'a pas besoin de beaucoup de serviteurs au château. Quelques bonnes comme moi font l'affaire. » Elle soupira, invitant Juvia à s'asseoir à côté d'elle sur une petite table de bois à l'écart. « Venez me rejoindre si la grande table vous fait peur… »

« Merci… »

« C'est donc vrai… Le maître avait raison. Vous parlez étrangement. Pas comme les autres en tout cas. »

« Juvia… ne peut pas faire autrement. » Elle se sentit gênée, mais agréablement gênée cette fois-ci.

« Tenez, mangez, vous avez l'air d'avoir passé de mauvaises nuits dernièrement… » La dame tendit un bol fumant et une tranche de pain à sa voisine. « Cela ne m'étonnerait pas si vous étiez malade, voyez votre visage fatigué ! Et par ces temps, être malade ne présage rien de bon. »

La fille de l'eau baissa le regard et accepta ce qu'on lui présentait, pensive. Elle ouvrit la bouche avec difficulté et expira de l'air tout en mordant la tranche de pain. Cette maladresse la fit tousser et recracher sur la table.

« Je ne voulais pas vous insulter Juvia… excusez-moi… »

« Ah… non, ne vous inquiétez pas. » La plus jeune essuya sa bouche et remit le morceau dans sa bouche. « Juvia… a du mal à manger c'est tout. »

« Vous allez bien ? »

La question était perturbante.

La pause silencieuse qui suivit, encore plus.

« En même temps… le maître n'a jamais ramené des personnes tout à fait saines d'esprit… » Dit lentement la vieille dame en buvant son propre bol. « Moi-même j'ai tendance à croire que je perds lentement la raison en restant au château. »

« … Vous voulez dire que Gray… monsieur Fullbuster amène ici d'autres personnes. »

La dame semblait troublée par les mots de son interlocutrice, elle devait intimement ressasser ce qu'elle venait d'entendre pour bien tout appréhender.

« Eh bien… oui… c'est arrivé. Vous êtes loin d'être la dernière… Mais vous êtes belle… »

Juvia fut alors captivée par la chevelure à la fois blonde et blanche de son hôte, cette femme semblait retrouver de sa jeunesse lorsqu'elle lui adressait la parole ainsi. C'était plus que captivant.

« Quelle âge avez-vous ? » Demanda, sans une once de crainte, Juvia.

« … Ma petite… en voilà des manières… » Elle tremblait doucement en buvant son thé. « On ne demande pas ce genre de choses à une dame comme moi. »

« Comment vous appelez-vous alors ? »

« Je préfère ce genre de questions. » La dame rit légèrement. « Me voici 53 ans… et mon nom … est Mavis. Je sais que je fais plus vieille que mon âge, pas besoin de me le dire… Le maître me garde encore ici parce qu'il ne veut pas me jeter à la porte, mais je sais bien qu'il n'a absolument aucune raison valable pour m'y garder… Après tout, je ne suis qu'une sorte de servante à ses yeux… » Elle déplaçait pendant son récit un petit carré de mie de pain entre ses doigts. « Je ne suis qu'une femme en ombre, qui agit pour lui. Je prépare ses repas depuis maintenant cinq ans… Il a du s'y habituer et maintenant, il refuse de se libérer de tous ces rituels idiots… S'il y a une raison qui le pousserait à ne pas vouloir se débarrasser de moi… ça serait ces rituels… »

« Quels rituels ? » Juvia aspira un peu du thé et le trouva très bon, cela lui réchauffait le cœur.

« Le genre de petites choses qu'il demandait à une époque et que je fais désormais chaque fois qu'il en a besoin. Je le sens… » Elle ferma les yeux un instant. « Mais cela n'a plus d'importance… »

Juvia remarqua que les mains de Mavis tremblaient, peut-être depuis le début de leur conversation.

« Juvia pense qu'il vous gade pour d'autres raisons… »

« Lesquelles, ma chère enfant ? »

« Parce que vous cuisinez très bien… »

« Ah… Vraiment ? »

« Mais oui, Juvia le pense. » Elle hocha la tête comme une enfant.

La vieille dame rit, essuyant une larme sur le coin de son œil droit :

« Mais non… vous voyez bien que tout ceci n'est rien. Du pain et un peu de thé... je ne vous ai rien préparé de spécial. C'est le maître qui a droit à la meilleure cuisine. »

Juvia n'en démordais pas :

« Peu importe, je trouve ce que vous faites délicieux… »

Les yeux de Mavis s'ouvrirent, reluisant doucement, comme submergés par l'émotion. Elle s'arrêta de parler et de trembler, coupée par l'intonation si assurée de Juvia, elle plaça une main devant sa bouche, surprise et émue.

« J'espère que vous resterez longtemps parmi nous… très chère Juvia. » Elle se leva, emportant les tasses de thé maintenant vide. « En maintenant filez, le maître doit vous attendre… »

La vielle dame essuya ses mains contre le tablier et quitta le salon malgré les insistances de Juvia pour qu'elle reste avec elle. En partant la servante plaça une dernière image gravée dans l'esprit de Juvia, par un coup de tête des plus anodins :

« Est-ce que mon maître vous a ordonné quelque chose de particulier ? » Sa voix était un sifflement, lointain.

« … De ne pas aller aux sous-sols. »

Hochement vague de la tête.

Ses boucles blondes prirent des teintes fantomatiques sous le vitrail du couloir qui longeait la cuisine, et son visage se creusa. Mavis avait pris une trentaine d'année sur le coup, d'un simple mouvement.


Laissée dans la petite cuisine, Juvia soupira lentement, observa son environnement avec attention et suivie les conseils de la dame maintenant disparue dans le couloir – elle emprunta le même chemin et s'engouffra sous les arcades. Peu à peu sa vision fut moins nette, les torches aux murs semblaient se raréfier ou bien manquer d'air pour se consumer, elle atteignait la porte que Gray lui avait indiqué la veille : celle qui menait au salon et au garde-manger.

Plusieurs couloirs assez longs se succédèrent, jamais Juvia n'avait imaginé pouvoir ainsi marcher sans rencontrer la moindre personne, dans une demeure comme celle-ci. Mais effectivement, il n'y avait personne… Juste les échos de sa marche tranquille. Sur les côtés toujours des carreaux parfois teintés ou bien peints à la main, représentants des scènes quelques fois violentes, ou bien plus mystiques et moins concrètes, entrecoupées d'ouvertures scellées par des fenêtres, des meurtrières et des conduits menant à l'air frais du dehors.

Nuit ou aube… Juvia n'était même pas certaine de s'être levée de bon matin…

Frôlement…

Oui, elle s'arrêta, pétrifiée.

Quelque chose venait de croiser ses pas, de se faufiler entre ses jambes, comme un souffle… consistant. Comme une matière spirituelle…

Non, il faut garder son calme. Juvia ne peut pas rêver, pas maintenant. Et il n'y a pas d'esprit dans un pareil château… pas vrai ? Non… Après réflexion… Juvia avait trouvé ce contact… tout sauf glaçant, comme si quelqu'un l'avait caressée.

Elle se pencha mais rien, suivant l'éventuel chemin que cette chose invisible avait prise, elle regarda vers le bout du couloir, plongé dans une grande noirceur. Un frisson la parcourue. Quelque chose avait changé… Oui…

Juvia se sentait tout un coup épiée.

Et il ne fallut pas longtemps pour qu'elle se rende compte que deux yeux scintillants l'observaient plus haut…

Oui… Là !

Il y avait sur une colonne de marbre, soutenant les arcades régulières du couloir, surmontant un plissement de la pierre, deux orbes rouges très distinctes qui la miraient dans la pénombre des hauteurs. Petites billes dilatées, insaisissables.

Prenant peur, ne sachant comme réagir, Juvia serra les poings, se sentant de nouveau menacée, elle fit un pas en arrière, jaugeant le danger, avant de partir au plus vite du couloir, rejoindre un espace plus accueillant. Elle tendit plusieurs fois sa tête vers l'arrière afin de guetter le moindre mouvement suspect et continua sa course à terme, devant une porte toute couverte de plumes d'oiseaux et de rubans de couleurs variées.

Elle toqua vivement contre le bois, et entendit bientôt une voix qui l'a fit sursauter, puis… trembler de joie :

« Oui, entrez ! »

Elle ouvrit le battant et se précipita immédiatement vers l'homme qui se tenait à table, devant un plat vidé :

« Voilà ma protégée… » Il se leva. « Tout va bien ? »

« Non… Juvia… croît avoir vu une personne étrangère… ici même. »

Gray, légèrement inquiet ouvrit ses bras pour recueillir la jeune femme :

« Allons… où cela ? Si quelqu'un d'étranger pénétrait le château vous imaginez bien que je l'aurais fait renvoyer sur le champ. Je déteste les visites inattendues. »

Juvia se plaça instinctivement dans l'étreinte de Gray et n'en bougea plus, maintenant plus que rassurée de retrouver cette chaleur apaisante. Ce contact lui rappelait de beaux moments… autant son sauvetage que les heures passées auprès de… Yukino.

« A l'instant, dans le couloir qui menait au salon… »

« Il n'y avait rien Juvia… Personne n'a pu vous faire ainsi peur… »

« Ses yeux… » Juvia plissa les sourcils, perdue.

« Vous ne vous êtes peut-être pas suffisamment reposée. Ou alors vous avez besoin d'un bon repas ! » Le maître du manoir Vermeil présenta alors sur la table quelques plats qui restaient encore intacts, baignant dans des assiettes fumantes.

Juvia fit la moue, incertaine :

« Non… Juvia n'en a pas envie. Pas maintenant. »

« Si c'est votre souhait… »

« Mavis vient de me donner une collation. »


Écouter : Scratches OST - The House, in dust

Le sourire de Gray tomba un peu, comme pétrit par la réflexion :

« Ah… je vois. Je comptais vous regarder manger et discuter avec vous, mais puisque vous n'avez pas faim. » Gray repoussa d'un mouvement sa protégée, et lui fit une petite révérence, toute simpliste, Juvia en rougit légèrement. « Je m'en vais. »

« Alors que je viens juste de vous retrouver ? » Elle prit peur.

« J'ai des affaires à chercher pour vous en ville… Je dois partir pour revenir le plus tôt possible ce soir. »

« Ce soir… » Juvia murmurait cela, comme s'il s'agissait d'une date impossible à imaginer.

« Oui ce soir… J'aimerais vous faire un cadeau digne de ce nom. Et j'ai toujours ma petite idée. » Il frotta avec une légère incongruité le bout de son menton, parfaitement rasé. « Toutes les femmes méritent que l'on s'occupe d'elles ainsi. »

« Mais… » Juvia ne pouvait cacher qu'elle avait une certaine appréhension vis-à-vis de la maison. Il était encore assez tôt et elle n'avait pas prit ses marques, une fois partit elle serait livrée à… sa solitude dans le labyrinthe. « Mais pourquoi ne pas emmener Juvia avec vous ? »

« Le terme surprise… ne vous dit vraiment rien ? » Gray s'approcha d'elle avec assurance et posa sa main sur son épaule. « Vous avez peur, dites-moi… ? Est-ce que je me trompe ? »

« Non… » Elle avala sa salive, amère. « Vous avez raison… Juvia a très peur ici quand vous n'êtes pas là. »

Gray sembla troublé par ces derniers mots, mais il la prit dans ses bras, et Juvia le serra fort contre elle.

Elle s'en remettait sans aucune crainte à lui, non, vraiment aucune. Autel brillant de lumière dans l'épaisse ténèbre.

« Dans ce cas, je ferai en sorte pour revenir le plus tôt possible. Mais vous devez savoir… chère Juvia » il se libéra de l'embrassade et la regarda droit dans les yeux. « Vous devez savoir que je serai absent de temps à autres, j'ai une occupation voyez-vous… C'est cette même occupation qui m'a guidée jusqu'à vous hier… par pur hasard mais sans elle je ne vous aurais pas, cela est certain. D'ailleurs, je ne sais toujours pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose… que de vous voir... après tout ce que vous avez dû subir... Vous semblez avoir minimisé ce qui vous est arrivé. ... Mais... si je n'étais pas arrivé dans cette ruelle, qui sait ce qu'ils vous auraient fait. »

« Oh… Gray… S'en était une bonne… » Elle cherchait ses mots, tourmentée. « Une merveilleuse. Juvia ne vous remerciera jamais assez pour l'avoir aidée ainsi. »

Un sourire immense apparu sur le visage de son hôte :

« Soit… Mavis prendra soin de vous. Tant que vous restez loin des zones dont je vous ai parlé, vous êtes en parfaite sécurité, est-ce toujours aussi clair ? »

« Oui… »

« Dans ce cas, je m'en vais et vous reviens au plus vite. Aux esprits... »


La porta grinça et se ferma dans une succession de craquements assez déplaisants. Puis il y eut un grand silence, accompagné des tic-tacs d'une pendule posée sur un meuble, une grosse horloge imposante qui indiquait deux heures passées. Temps dissous.

Nous sommes donc en début d'après-midi, se dit la jeune femme. Pourtant...

Elle s'étira, emplit de tiédeur et de gaîté. Sentant la confiance revenir en elle. Juvia partit vers une autre porte, avec la conviction qu'elle serait bientôt chez elle ici. Mais pour cela, il fallait se familiariser avec l'immense manoir, et trouver son chemin parmi le tourment de couloirs.

Un premier pas, dans une entrée à l'odeur forte. Juvia n'avait aucune idée de ce qui pouvait causer autant de pestilence, elle renifla, assez dérangée, l'acre brouillard froid qui régnait dans cette petit pièce toute en longueur. En parvenant à voir les ombres de bocaux, de caisses ouvertes ou bien scellées avec des anneaux de fer, en apercevant les scintillements de plusieurs étagères remplies de mets plus ou moins avariés, Juvia se dit que ce devait être le garde-manger. Curieux. Si c'est bien Mavis qui s'en occupe, pourquoi semble-t-il si négligé ?

Cette porte donc ne donnait pas sur une partie intéressante, Juvia la referma tout en se réchauffant les mains et inspecta d'autres entrée – toutes petites, pas plus hautes que les genoux –, toutes fermées, avant de conclure qu'il n'y avait rien d'autre à découvrir ici.

Elle s'arrêta un instant sur la table, et plus particulièrement sur l'assiette abandonnée par Gray et les autres vivres qui avaient refroidies. Elle sentit avec plaisir la nourriture caresser ses narines. Elle inspira, voulant garder une petite once du parfum de son sauveur en elle, mais ne le reconnaissant pas, ce parfum, elle finit par prendre la fourchette et à manger, sans appétit.

Mou...

Pas réellement attirante cette nourriture, pâteuse, sans saveur, tout juste cette couleur jaune attirante, mais rien de transcendant. La fille de l'eau reposa le couvert et partit l'esprit léger vers la porte par laquelle elle était entrée tout à l'heure.


Le même couloir, les mêmes vitraux, les mêmes colonnes de marbre. Juvia prit garde à bien faire attention à ce qu'elle voyait cette fois-ci. Et en passant devant la fameuse colonne qui l'avait tant effrayée tout à l'heure, elle n'y vit rien de particulier. Ce doit être mon esprit. Mes visions reprennent. Malheureusement…

Et bientôt, elle reconnut le grand vestibule, le croisement de toutes les ailes principales du manoir, l'endroit où Gray lui avait expliqué vers quoi menait chaque porte. Ses propres quartiers, les étages inférieurs, le salon et le garde-manger d'où elle venait et…

Les étages supérieurs.

Un vent de liberté souffla vers elle. L'idée d'y aller pour visiter était loin d'être effrayante, c'était plutôt captivant. Et puis Gray ne l'avait pas interdit. Alors… pourquoi s'en priver ?

Elle s'enfonça dans un petit escalier en colimaçon, bien entretenu, ponctué par des entrées de lumières de l'extérieur. Juvia comprit qu'elle se trouvait dans une tourelle inférieure du manoir, et que l'on pouvait y voir la mer crépiter. Oui, son lointain reflet d'iris était perceptible, cela la réconforta. Elle songea au fait que… plus tard, un jour elle pourrait peut-être accéder aux toits de cette demeure, il doit forcément y avoir une vue imprenable depuis les plus grandes toursEt Juvia sait qu'il y a nombreuses tours ici… elle les a vue en arrivant.

Arrivée en haut, un peu essoufflée, elle fut un peu déçue de ne trouver qu'un grand préau, totalement vide, comme abandonné de toute activité, comme une ancienne salle que l'on aurait laissée pour morte suite à une désertion. Un château vidé de monde devait contenir beaucoup de ces salles inutilisées. Aucune décoration, aucun moyen de savoir à quoi elle aurait pu servir dans le passé. Vide. Le regard de Juvia passa sur cette étendue blanche fondue aux ténèbres et, alors qu'elle songeait à redescendre pour regagner un peu de gaité, son attention fut attirée par un petit bruit.

C'était une sorte de grattement, elle tendit l'oreille et tourna la tête. Il y avait quelques marches à gauche qui menaient vers un nouveau couloir. Et sur l'une d'elle, affrontant l'obscurité en s'y perçant une lueur obsédante…

Les deux yeux rouges, toujours rivés sur elle.

Elle ressentit son cœur s'accélérer, sa peine au poitrail revenir, comme une fièvre lancinante reprendrait de la force sur son corps... une goutte de sueur dévaler sa joue...ses yeux s'arrêter de cligner pour observer.

Et puis d'un coup...

"Meoow..."

Juvia fut surprise, ce son lui parut déplacé sur le moment. Et puis tout fit sens quand elle aperçut enfin complètement la source de son effroi. Il s'agissait d'un animal.

Un petit bête au poil d'un noir parfait égerma de son ombre et s'approcha à pas de loups de la jeune fille, sans pour autant venir conte elle. Qu'est-ce que cela pouvait bien être... ? Ce nom... Juvia le savait... il ne lui manquait plus qu'à trouver ce fichu mot... comment appelle-t-on ces animaux domestiques...?

Un chat.

Oui... Juvia venait de rencontrer le chat de la propriété. Elle soupira, à son aise, fascinée par la furtive noirceur qui s'était posée en face d'elle à plusieurs mètres. C'était donc lui qui avait frôlé d'une si étrange façon ses jambes tout à l'heure...

Elle sourit, et puis se prit à rire. Juvia rit, comme elle se sentait si faible et vulnérable à l'instant, et comme maintenant tout paraissait désuet... et drôle. Un chat qui avait simplement effleuré son passage. Vile matou ! Son rire se répercuta de manière assez profonde dans la grande pièce vide, et le chat ouvrit de grands yeux avant de s'enfuir à toutes jambes.

Prit dans la course, la naufragée partit à la poursuite de l'animal, le cœur haletant.


Couloirs,

portes entre-ouvertes,

certaines définitivement closes

certaines ouvertes béantes.

Et tout cela si vite,

et comment le chat pouvait-il passer au travers de certaines entrées ? Juvia imagina des passages secrets de petite taille qui pourrait conduire le greffier de pièce en pièce, peu importe, mais il pouvait traverser littéralement les murs, et le chat courait courait courait sans s'arrêter toujours plus loin en sautant sur le dessus des armoires ou bien en se creusant un passage dans la poussière, ébouriffée par ses poils. Juvia était plus que comblée. Elle avait une présence malicieuse, tout juste à sa portée qui la guidait dans son exploration de la grande demeure. Lui il devait savoir tous les recoins intéressants de cette maison, n'est-ce pas?

Fais moi découvrir ce manoir, beau chat noir.

Encore des couloirs, encore des pièces, cette partie du château était habitée, mais sans doute moins que le rez-de-chaussée, il y avait surtout des petits salons ou bien des espaces de détentes, des bureaux, des espaces à tout faire, sans grande décoration. Et puis avec les minutes, les pas, les précipitations, les arrêts momentanés, la sensation de temps s'était évanouie et le chat gagnait toujours un peu de terrain sur Juvia, mais elle ne s'arrêtait pas de son côté, cela lui faisait du bien de courir et de se dépenser pleinement.

Bientôt, elle vit le chat noir faire halte, tout juste devant une petite porte sombre.


Elle ralentit, et finit par s'arrêter, à proximité de l'animal, sentant un point de côté venir à son flan gauche.

Où est-ce que tu m'as mené ? pensa-t-elle en se tenant le ventre, les inspirations étaient un peu douloureuses.

Le greffier lui envoya un regard des plus déconfits, comme s'il venait de faire une bêtise, ou bien qu'il attendait qu'on le sermonne. Juvia tendit sa main, prudemment, au premier coup l'animal se braqua et il refusa la caresse, puis, à la seconde tentative, il se laissa approcher, et les doigts fins et subtils de la femme de l'eau purent le toucher. Son crâne était doux, surmonté de deux oreilles sensibles, qui ne tardèrent pas à se baisser légèrement.

Ce chat à un terrain de jeu immense, il doit se sentir à l'aise ici.

Son petit museau rougeâtre sifflotait légèrement, lui aussi devait être épuisé par la course. Mais contrairement à Juvia, il n'en montrait aucun signe visuel.

Il doit pourtant se sentir bien seul... je lui tiendrais compagnie et il en ferait de même...

Puis Juvia détourna son attention vers la porte de bois assombri.

Petite... tout juste sa taille...

Étrange...

Lent mouvement de pas vers elle.


Négligeant un moment le chat à ses pieds qui s'habituait à sa présence maladroite, elle tenta d'ouvrir la porte mais le battant résista.

Cette porte n'est pas verrouillée, on dirait simplement qu'elle est bloquée par quelque chose...

Juvia insista, appuyant contre la porte avec toute sa force, elle sentait que le mécanisme allait lâcher d'un instant à l'autre. Et cela ne manqua pas ! La porte s'ouvrit dans un crissement rauque et le chat s'éloigna aussitôt, disparaissant dans sa couleur propre, suie.

C'était une petit chambre, avec aucune fenêtre, juste une lampe à huile éteinte sur une table de nuit, un petit meuble et...

Un grand lit, tout en bois, avec des draps propres tout blancs sur le dessus. L'on n'avait apparemment pas utilisé le sommier depuis un certain temps, mais tout était en ordre. Juvia, se sentant fatiguée, elle savoura alors le moment en marchant vers le lit, s'y laissa retomber.

Crouik...

Un joli couinement s'échappa de la structure, et la jeune fille de l'eau sourit en entendant cette sorte de parole que le matelas moelleux lui concédait. Elle s'étendit, contente de pouvoir se reposer après l'effort. L'endroit était frais, le manque de lumière invitait à fermer les yeux et dormir un moment...

Juste une petite sieste.

Juvia sentait ses yeux tomber, elle s'endormait, expirant profondément.

Elle se recula légèrement, gagna le fond du lit, et puis,

il y eut un claquement,

une plainte métallique sans nom

"Tu vas retourner crever en enfer sale putain ! Meurs !"


FIN DU SIXIÈME CHAPITRE