Voilà le nouveau chapitre de cette fiction, qui entame un tournant décisif, en partie écrite à l'étranger et corrigée de retour en France, après m'être imprégné de beaucoup de choses. La musique est plus qu'importante pour ce chapitre, bonne lecture ;)
WRECKING DOLL
CHAPITRE 8
Nocturne
Écouter : MICHEL COLOMBIER - Nuit et Solitude
Banc de mérou vert nageant dans l'assiette. Leurs queues frétillantes sur les aisselles du plat, gigotant tant bien que mal sur leurs marais salant. À l'aventure, certaines arrêtes déchaussées s'arrachent l'aine pour croupir sous les bouées.
L'orage sonnait de vive allure dehors, il tranchait le ciel en un flash vif et lumineux pour révéler la côte sans vie qui entourait le château. Depuis la salle à manger, il était possible de voir le grand phare au loin ainsi que toute la petite ville en tournant la tête vers l'ouest. La lune était invisible, bien trop haute et perchée pour l'apercevoir à travers les grandes vitres qui ponctuaient les murs de cette pièce.
« Nous sommes comblés ce soir… Quel bel orage. » Murmura l'homme à table, laissant son couvert glisser entre ses doigts. « Vous n'êtes pas d'accord ma chère Juvia ? »
« Si. » Répondit-elle, le visage concentré sur son assiette, immobile depuis un long moment.
Elle ne voulait pas manger, encore moins devant lui, encore moins dans cette pièce et par ce temps. À y regarder de plus près, la table était magnifiquement bien décorée – lampes à huiles fleuries, paniers d'osiers aux multiples morceaux de pain, nappes coloriées (enfin, bariolées serait sans doute plus approprié), fruits abondants et poissons, salades et autres mets inconnus sur les côtés de la table — ainsi que parfaitement intacte. Le service devait être exemplaire. En d'autres circonstances, peut-être que Juvia aurait consentie à manger. Mais non, non vraiment pas maintenant.
« Le poisson ne vous tente pas ? Vous n'aimez pas la mer ? »
« Ce n'est pas ça. » Bien sûr que Juvia aimait la mer. « Juvia n'a pas faim. »
Gray releva un sourcil, légèrement surpris mais sans doute plus contrarié :
« Vous avez très peu mangé depuis votre arrivée au château. Il le faut si vous ne voulez pas finir toute maigre. » Un léger sourire entamait la seconde partie du discours. « Et si vous étiez tombée malade avec toutes ces agitations cet après-midi ? »
« Juvia est saine et sauve à présent. Ce n'était qu'un accident. » Elle prit simplement la serviette entre ses doigts et s'essuya la bouche. Ce mouvement déplut particulièrement au brun mais elle continua, encore plus neutre. « Elle n'a pas faim. »
« Mais… vous ne pouvez pas me laisser manger ainsi. Vous êtes mon invitée d'honneur à présent. Laissez-vous tenter par quelque chose, tout est bon ici. »
« Non merci, Juvia est fatiguée, elle va se coucher. »
Voyant sa protégée partir, Gray se leva immédiatement et saisit sa main avec célérité :
« Attendez au moins le dessert, il faut que vous voyez quelque chose. »
Juvia s'arrêta, incapable d'aller plus loin en sachant qu'il la poursuivrait certainement toute sa vie tant il était déterminé. Sa nuque se tendit alors, une tension comme emportée par une onde musculaire fit son parcours de ses épaules jusqu'à ses pieds. Un soupire finit par s'échapper de ce corps en signe de refus évident. Elle finit par rejoindre la table.
« Pourquoi êtes-vous si triste Juvia ? Vous arrive-t-il quelque chose ? »
« Non. »
Les questions s'enchaînaient de plus en plus, et Juvia avait beaucoup de mal à se retenir de partir. Ses jambes étaient en position, elle n'attendait qu'un petit coup de tonnerre, qu'une petite opportunité pour s'enfuir, ses pieds la faisaient souffrir, ils brûlaient de se carapater aussi sec dans sa chambre, de s'y enfermer, tout mais de s'éloigner de cet homme. Elle ne supportait plus le regard insistant de son sauveur sur elle et chaque interrogation était des plus désagréables, au point que cela lui donnait la nausée. Elle contemplait les plats alignés sur la table, auxquels personne n'avait vraiment touché et parcourut son front fiévreux avec amertume. Se faisant, elle remarqua que sa main droite tremblait légèrement, comme des spasmes qui contractaient ses muscles sans raison, sans justesse, sans rythme défini.
« Juvia doit aller dormir. » Elle se leva soudainement, évacuant des mots qu'elle gardait dans sa gorge tendue depuis trop longtemps.
« Je vous ai dis d'attendre le dessert ! »
« Vous m'avez comblé avec votre repas mais je ne peux pas accepter votre hospitalité. Il me faut partir, demain. » Sa bouche se tordait de douleur, elle sentait des pulsions terribles venir à ses yeux, comme si son crâne allait exploser et que des larmes couleraient bientôt partout. Elle allait exploser oui.
« Comment cela partir ? Il était question que vous restiez avec moi ! » Le ton du Fullbuster changea. « Vous m'en suppliez la veille ! »
« Juvia commence à comprendre qui vous êtes et ce qui se trame ici. Elle ne restera pas plus pour profiter de votre aide. » Elle laissa tomber la serviette à peine utilisée sur son assiette et la sauce des poissons vint rapidement imprégner de toute sa putrescence le bout de tissu aérien. Puis elle vint essuyer son front dégoulinant avec le geste le plus maîtrisé qui soit, au grand damne du propriétaire. « Aussi j'aimerais me coucher pour ne pas vous déranger. Je partirai au matin. »
« Le des… »
À ce moment, Mavis, apportant un petit chariot en cuivre passa le seuil de la porte. Elle fut comme coupée dans sa phrase par le regard sombre de son maître.
« Les desserts. » répéta-t-elle, d'une voix atonale, si aiguë que l'on aurait cru entendre un oiseau.
« Juvia n'a plus faim. Vous pouvez disposer Mavis, merci pour le service. »
« Bien. » Elle laissa tout de même le chariot avec la plus grande précaution et partit, sans pouvoir se retenir de jeter un œil inquiet en arrière — vers Juvia.
« Vous ne pouvez pas me laisser ainsi sans explications, que vous-ais-je fais pour mériter pareil traitement ? »
Juvia soupira tout en tenant sa main tremblante avec l'autre :
« Vous prétendez être quelqu'un que vous n'êtes pas, voilà tout. Vous m'avez menti. »
Les yeux de l'hôte se figèrent, stupéfaits :
« Comment cela ? »
« Vous n'êtes pas Gray Fullbuster. »
La phrase retomba telle une gifle sur le visage atone de l'homme, laissant un silence pesant s'écouler sur les cadrans nocturnes. La lumière du phare vint illuminer un instant la pièce, Gray avait nettement l'air inquiet, mais il contrôlait au mieux une pulsion, un mouvement brusque. Il redressa la tête et fronça d'avantage ses sourcils :
« Qu'est-ce que vous racontez. Je suis le seigneur du château, Gray Fullbuster comme je me suis présenté à vous la première fois. »
« Non, c'est faux. Juvia sait que vous mentez. » Elle regarda fixement l'ombre fugitive à l'autre bout de la table. « Juvia l'a compris peu après son arrivée mais elle n'avait pas encore réalisé. Vous n'êtes pas l'homme que je cherche. »
« Pourtant vous sembliez sûre que c'était moi il y a très peu de temps. Et je vous rappelle que vous me devez la vie… »
« Je vous remercie de m'avoir débarrassée de ces brigands hier. Mais cela ne change rien au fait que je n'ai rien à faire ici. »
L'homme avait le souffle coupé, comme s'il voyait cette femme, cette Juvia à la robe bleue pour la première fois.
« Que vous est-il arrivé Juvia… je ne vous reconnais plus. »
Elle se redressa complètement, affrontant l'homme assis depuis ses hauteurs, elle était grande, forte, bombant instinctivement son buste en avant, menaçante et courroucée, comme le tonnerre. Méfiante et fatiguée dans le même regard :
« Moi non plus je ne me reconnaissais plus. Juvia ne sait pas très bien ce qui lui est arrivée, mais elle a pris conscience tout à l'heure… sur la terrasse. Elle sait maintenant où elle est en et ce qu'elle doit faire. Elle n'a plus à se jeter dans les bras des autres pour survivre elle… elle n'est plus faible. » Elle serra ses poings, faisant couler des amas de sueur tiède entre ses pores qui dévalaient ses flans vers les pierres en longs ruisseaux.
« Vous êtes sûre que tout va bien, très chère Juvia ? » Cette question, très neutre, suffisait à comprendre que le jeu allait bientôt s'arrêter et que le masque allait tomber. C'était le dernier avertissement.
« Sûre et certaine. Juvia n'a jamais été aussi consciente d'elle-même. » Les gouttes continuaient de perler en larmes d'eau noire.
Elle pivota sur ses pieds et partit lentement vers le cadran de la porte. Quelques secondes suffirent pour que l'homme se lève, d'un mouvement brusque. La table et les verres résonnèrent dans le choc. Juvia s'arrêta.
« Et quand bien même je ne serais pas Gray Fullbuster ? Vous ne préfériez pas rester ici ? Vous avez une sorte de dette envers moi, ne croyez-vous pas ? La moindre des choses serait de me faire ce cadeau. Au moins pour un moment. »
Cette phrase grinçait particulièrement dans les oreilles de la fille de l'eau. Elle ne supportait pas ce mot… « Dette ». C'était celui qu'elle redoutait, par-dessus tout.
« Vous n'avez pas le droit de me retenir. Je suis restée aujourd'hui avec plaisir mais je dois retrouver quelqu'un. Il est question de vie… ou de mort. »
Cela ne semblait pas convaincre pour autant l'homme mais il eut un petit mouvement de recul :
« Alors vous me quittez… comme cela ? »
« Oui, Juvia vous quitte. »
« Vous n'avez jamais vu ce Gray Fullbuster ? »
« Non, jamais rencontré. Mais Juvia a une image de lui dans la tête, Juvia sait à quoi il ressemble. Et vous êtes différent, légèrement… vous… vous êtes plus petit. Le manoir porte des insignes qui n'ont rien à voir avec « Fullbuster ». Tout ce que j'ai vu, ce sont des armoiries avec des « Z », sur les portes et sur les murs. Alors oui, je pars, définitivement, et j'en suis désolée mais je ne puis rester. Quelqu'un m'attend. »
« Soit. »
Il avança vers une fenêtre, évitant l'air de rien la figure forte de la jeune femme.
« Je ne suis pas ce Gray Fullbuster dont vous parlez. »
Juvia se retourna vers lui, intriguée, résolue à savoir :
« Pourquoi l'avoir dit alors ? »
« Sous la pluie, morte de peur et de froid, vous vous êtes réfugiée contre moi. Je me sentais puissant… J'ai répondu oui par simple désir de vous protéger. Cet homme avait l'air si important pour vous… » Il insista. « C'était une sorte de malentendu. »
« Alors pourquoi ne pas l'avoir corrigé plus tard ? »
« Mais je comptais le faire ! » Sa voix tendait vers des sons plus aigus. « Je voulais vous en parler plus tôt, mais ce soir… au dessert… j'aurais aimé vous le dire… je vous le jure ! »
Juvia ne se sentait aucunement rassurée, elle préférait évider la chaleur insupportable que certaines questions éveillaient dans son abdomen, d'une voix presque menaçante.
« Qui êtes vous ? »
L'homme sourit légèrement, tournant ses yeux noirs vers sa protégée, faisant une légère révérence :
« Je me nomme Zéleph. Je suis bien le propriétaire du manoir Vermeil. »
Juvia plissa les yeux légèrement :
« Et… Est-ce que vous connaissez Gray ? »
« Non, je le crains. Personne ne se nomme ainsi dans le village, en tout cas pas depuis que j'y suis installé et cela fait bien longtemps. Il doit être mort s'il a réellement vécu dans la région. »
Le ventre de Juvia eut un sursaut, une torsion abjecte qu'elle subit en grimaçant. La perspective de cette situation était insupportable. L'homme auquel elle était destinée, celui qui devait s'occuper d'elle, oui, lui, il serait mort… Mieux valait ne pas y penser :
« Vous devez certainement vous tromper, Juvia le trouvera si tel est le cas. »
Gray rejoint Juvia près de la sortie. La salle à langer avait une allure des plus malsaines à présent. Il y régnait une chaleur moite et musquée, comme si les plats se décomposaient dans leur faïence et que les fenêtres se liquéfiaient avec leurs longs rideaux vieillissants. Malédiction de l'essence.
« Si vous comptez vraiment partir demain, j'ai une dernière proposition à vous faire. Si vous voulez vraiment voir qui je suis, et décider de votre futur, venez ce soir, dans mes appartements, à minuit. Si vous souhaitez partir je ne vous retiens pas, mais je vous le dis… votre départ précipité me rend triste autant qu'il me surprend. »
Juvia observa cet homme, Zéleph, dans le blanc de ses petits yeux et fut piquée par la curiosité. Même si elle ne voulait pas vraiment l'admettre, Zéleph ressemblait vraiment bien trop à la personne qu'elle avait vue sur la photographie, et qui devait être son prochain. Qui était-il pour ressembler à ce point au modèle ?
« Juvia va y réfléchir… »
Elle allait disposer, quand l'homme à sa gauche approuva et l'emmena hors de la chambre :
« Venez un instant, voir ce que je voulais vous montrer. »
« Une minute alors, puis Juvia ira dans sa chambre. »
« Accordé. » Fit l'autre en tendant un large sourire.
Juvia et Zéleph parcoururent une petite section de l'aile ouest du manoir. Plongés dans l'obscurité féconde, ils se frôlaient de temps à autres — était-ce Zéleph ou Juvia qui se laissait approcher ? — et de légers sourires tentaient de transiter depuis la bouche de l'homme jusqu'à celle de la jeune femme, en vain. La fille de l'eau restait le plus possible droite, lointaine dans ses émotions. Maintenant que la situation était éclaircie et qu'elle semblait avoir retrouvé une once de jugement, elle se méfiait de la moindre porte, de la moindre vitrine ou du moindre terrain d'ombre suspect. Ses yeux se déposaient et inspectaient les mains blanches et effilées de l'homme, les replis de son manteau, préférant être sûre qu'il ne portait rien de dangereux. Elle louchait sur la forme très suggestive du sabre qu'il portait à sa taille. Son tranchant avait fait terreur lors de sa rencontre avec les assassins de rue. Et s'il décidait de s'en servir contre elle, là, tout de suite, par simple vengeance ? Par amertume de ne pas la garder plus longtemps ? Juvia espérait une autre issue.
Ils arrivèrent dans une grande pièce blanche, tout à fait vide à l'exception d'un voile couvrant un grand meuble, probablement un coffre, curieusement disposé près de la fenêtre au fond de la pièce, en biais. Zéleph alluma des chandelles aux murs et invita la jeune femme à entrer. L'espace était dérangeant. Juvia n'était pas habituée à autant de blancheur, autant de simplicité. Cette pièce en pierre dénotait vraiment du reste du château, elle ressemblait à cette ancienne salle de balle ou de réception que l'on aurait abandonnée, celle qu'elle avait traversée plus tôt, le terrain de jeu du chat.
À propos…
« Vous avez un animal ici, non ? » Demanda Juvia.
« En effet. » Le sourire bienveillant de l'hôte refit surface. « Il s'appelle Dod. C'est un chat très fidèle. Vous l'avez donc rencontré ? »
« Il a fait peur à Juvia… mais elle l'apprécie tout de même. »
« Il s'amuse. Il est en pleine liberté ici. Parfois je l'envie un peu, après tout il n'a d'autres soucis que de chasser les vermines. » Zéleph s'approcha du grand meuble couvert et en attrapa le voile.
Sans dire plus de mot, il retira le large voile blanc d'un geste mesuré et un éclair jaillit aussitôt dans le champ de vision de Juvia. La photoluminescence de la pièce fut déstructurée, des flots d'un autre temps jaillirent alors que la pièce retombait dans l'obscurité. Et c'était un instrument qui se trouvait devant elle, devant eux, un large piano noir, presque neuf, avec les six octaves. Juvia pouvait les compter, comment le pouvait-elle ? Aucune idée, mais elle savait reconnaître les octaves et les reconnaissait à présent, elles étaient toutes là, à leur place. Elle fut aimantée par le grand ensemble de touches en damier, poussée à se placer sur le petit tabouret devant l'instrument.
« Vous semblez connaître cette merveille de musique. »
Juvia ne répondit pas, elle oublia le sourire intéressé du jeune homme et approcha sa main tremblante de l'instrument. Elle l'effleura. Aussitôt, un souffle agréable la traversa, une pulsation profonde qui calma les tressautements de sa main. Juvia sentait des mélodies affluer dans son esprit et les quintessences des cordes, des touches qui frappent les mains ou l'inverse, des pédales qui tintent et rebondissent sur les pieds ou l'inverse, du buste qui doit obéir et se tendre sur l'instrument ou l'inverse… le défilement des cartouches d'encre et des tableaux de neige enchâssés dans un rectangle parfait, les sonorités de toute un monde sur ses doigts blancs.
Elle était sans voix. Et elle le demeura, s'asseyant sous les yeux intrigués de son hôte. Elle parut mal à l'aise, ne sachant où se placer, si ses pieds étaient bien posés, si elle pouvait vraiment toucher l'instrument.
Puis ce fut le vide. Comme si les données immédiates de son mental s'étaient tuent, disparurent dans une noirceur cérébrale. Elle tendit les bras, ils se levèrent tous deux, les mains tombèrent dans le vide, comme si la force de son esprit l'avait perdue, molles, mais dynamiques, perchées au-dessus du plateau de cendre et de nacre, ses deux mains vides-tendues vers les versets de son âme. Elle appuya sur une note.
Elle joua.
Écouter : Chopin Op. 27, No. 1 Nocturne
Les premières notes sortirent timidement, étouffées par les fumerolles des années, mais elle s'enchaînèrent, les doigts se baladaient sans aucune gêne sur les touches, comme s'ils se réveillaient d'une pesante sieste. De quelques millénaires s'échappaient les mélodies profondes de cet instrument, Juvia ne faisait que les harmoniser, les sortir de leur bois et les faire résonner dans la salle. Zeleph, au-dessus de son épaule, très attentif, muet d'étonnement n'émettait plus aucun son.
Les notes venaient d'un autre temps où rien n'était plus pareil, un temps où les journées étaient ensoleillées par un calme froid d'hiver, un temps où le temps même passait à une vitesse folle, un temps où tout se passait dans la linéarité parfaite, dans une chronologie idéale que personne ne pouvait remettre en cause. Ce temps qui revenait par les tressautas des aigus dans une demeure en été et les rayons jaunes de l'après-midi qui frottent les bâtisses en fleurs. C'était là, les grands arbres – érables et saules – sur les chemins de la maison. Les êtres se mouvaient dans le vent et les couleurs pastel s'estompaient, inlassablement bercé par ces chants d'enfants. Quelqu'un de plus chantait. Et la musique continuait autre part, dans un grenier ou bien dans une mansarde à l'étage, quelqu'un jouait une mélodie, la même mélodie. La clarté d'un monde que l'on espérait infini, voué à l'éternel recommencement. La sérénité ap…
« Juvia, ma chère Juvia attendez un instant. »
« Je suis à vous Mavis… Que se passe-t-il ? Vous avez l'air si triste.
« Vous avez l'air pâle, êtes vous-sûr de ne pas vouloir manger ? ... vous avez si bien joué tout à l'heure...
« Non… Juvia vous remercie mais… le dîner lui a coupé l'appétit.
Elle allait partir lorsque la servante la retint par les épaules, les larmes coulaient encore sur ses joues fripées :
« Ne le laissez pas vous piéger Juvia. Refusez son invitation ce soir ! Vous ne savez pas comment il est.
« Juvia pense pouvoir comprendre à présent. Mais elle doit savoir.
« Par pitié renoncez maintenant, vous n'êtes pas comme les autres qu'il a accueillies ici, vous êtes…
Mais perdant ses mots, elle s'effondrait contre la fille aux cheveux océan et fermait les yeux en désespoir.
« Juvia va aller ce soir dans la chambre de Zeleph, elle sait ce qu'elle doit faire. Il n'y a plus de retour possible, elle a soif de réponses. Peut-être en sait-il plus.
« Il vous absorbera mon enfant… il vous prendra votre beauté et vous… vous finirez par mourir avec lui.
Juvia entoura de ses bras la dame et sentie que les ses lamentations lui faisait effet – dans un instant peut-être elle allait céder, simplement pour réconforter Mavis. Alors elle finit par la lâcher :
« Juvia doit partir. Elle reviendra demain, en pleine santé.
La servante, les cheveux ébouriffés tombant partiellement devant sa face blanche, regarda la jeune fille partir. Main tendue. Puis rabaissée, tremblement toujours. Juvia s'échappait vive vers un couloir d'un bleu obscur oblitérant.
« C'était magnifique… vous jouez divinement bien. Où avez-vous appris ? »
Juvia tremblait.
Elle venait de finir la dernière note, ratée, comme un sursaut de terreur. Elle regarda en arrière, ignorant totalement Zéleph, son visage pointé dans l'abîme, perdue dans le mur du fond où pendait un tableau délavé. Et cependant qu'elle sentait bien les yeux du seigneur sur ses épaules, elle se disait que son impression, son emprunte ombrée, la poigne qu'il essayait de cacher, n'allait pas tarder à se révéler totalement. Il était séduit, envoûté par la musique ; qu'est-ce qui pouvait l'empêcher de la retenir ici à jamais ?
Elle fit comprendre qu'elle se retirait, il approuva d'un hochement de tête, grand sourire au visage :
« À ce soir j'espère... »
Juvia ne fit pas de commentaire, elle avança timidement, et s'arrêta encore, juste à la sortie de la pièce.
Zeleph était toujours près du piano, il effleurait une touche du bout du doigt.
À quelques mètres, cachées derrière la porte, Mavis était conte le mur, recluse sur elle, en larmes, bouleversée par les notes de musique.
A ce moment elle savait qu'elle ne pouvait plus s'échapper d'ici. Du moins, pas tant qu'il serait en vie.
Et elle entendait alors un grondement atroce, un mouvement de chaînes et de bois crépitant.
C'était le pont-levis. Le pont-levis qui venait sceller le château. Dans sa dernière écorchure de nuit.
FIN DU HUITIÈME CHAPITRE
Un tournant dans l'histoire, et une nouvelle musique essentielle au récit que l'on réentendra. J'espère que cela vous a plu, un immense merci encore à Namuria et à ses conseils (je te répondrai en privé pour ta review de ce chapitre ^^), et je reviens sur :
- Jikiaolitaz : Merci beaucoup, c'est gratifiant de savoir que les sensations viennent en lisant, aussi étranges ou déstabilisantes puissent-elles êtres. Content aussi que l'univers soit assez profond, c'est un super encouragement pour la suite ;) à très bientôt alors !
