2. Perdue?
«Yukimura-kun!»
Cet appel sortit Sanosuke de sa léthargie et d'un bond, il se retrouva dans la rizière, l'eau lui montant jusqu'à mi-mollet. A deux mains, le jeune homme retourna la jeune fille. Cette dernière parvint alors à entrouvrir les yeux avant de perdre connaissance, sa tête pendant dans le vide. La ramenant rapidement sur la berge, le lancier lui banda rapidement la poitrine et la jambe en déchirant le bas de son haori.
«Retourne rapidement au quartier général, trouve Yamazaki et dis-lui que l'on ramène un blessé grave. Ordonna-t-il au subordonné qu'il avait pris avec lui.
_Bien capitaine!» S'exclama ce dernier en partant au pas de course.
Harada souleva à nouveau Chizuru et la plaqua contre lui, de manière à ce qu'elle ne soit pas trop secouée pendant le transport. Passant devant ses hommes restés en arrière, il donna l'ordre de rentrer alors que ses pas le portaient déjà en avant. Ceux de sa division lui emboitèrent le pas sans attendre.
Yamazaki dormait d'un sommeil profond. En effet, toute la nuit et une bonne partie de la matinée, le shinobi avait surveillé de près les mouvements d'un groupe de rônins du clan Choshu. Le froid de plus en plus mordant de ce mois de décembre et l'impossibilité de s'alimenter pendant cette mission l'avaient épuisé. Après avoir fait son rapport à Hijikata puis un rapide brin de toilette, le jeune homme s'était empressé de rejoindre son futon où le sommeil n'avait pas tardé à le prendre. Le ninja du shinsengumi aurait dormi encore plusieurs heures s'il n'avait pas entendu un homme l'appeler. En effet, de l'extérieur on pouvait entendre:
«Yamazaki-dono! Yamazaki-dono! Où êtes-vous? Appelait un homme.
Résigné, l'interpelé se leva et passa rapidement son kimono. D'un pas léger, il sortit de sa chambre et se dirigea vers la voix. Le shinobi ne tarda pas à apercevoir un homme de la dixième division, en sueur prouvant qu'il venait de courir sur une longue distance.
_Je suis là. Que se passe-t-il? Demanda l'interpelé.
_Yamazaki-dono! Yukimura-kun a été gravement blessé au cours de notre patrouille. Le capitaine Harada m'a envoyé en avant pour que je vous prévienne en attendant son arrivée.
_Très bien. Vous direz d'amener Yukimura-kun à l'infirmerie.
_Hai!»
Sanosuke courrait avec l'énergie du désespoir. Il sentait le sang de Chizuru imprégner ses vêtements. La respiration de la jeune fille n'était plus qu'un fin râle. Cependant, le capitaine de la dixième division se refusait à lui accorder ne serait-ce qu'un regard. En effet, il ne savait que trop bien qu'à ce moment précis, Chizuru devait plus ressembler à une morte qu'à un vivant. Or, s'il la voyait dans cet état, Harada savait qu'il ne resterait plus maître de ses émotions bien longtemps. Alors que les hommes de sa division avaient déjà bien du mal à le suivre, Sanosuke accéléra encore l'allure. Bientôt, le quartier général du shinsengumi apparut devant lui. Cela rassura légèrement le jeune homme qui ne tarda pas à s'engouffrer sous le porche d'entrée. Enfin arrivé, il ne s'arrêta pas pour autant. Un bref signe de tête venant de l'homme qu'il avait envoyé en avant, lui fit comprendre que Yamazaki l'attendait à l'infirmerie.
En ce mois de décembre, la nuit tombait très tôt et la neige avait commencé très tôt le matin à recouvrir les environs. Quand le capitaine de la dixième division vit que les locaux de l'infirmerie étaient éclairés, il ne put retenir un bref soupir de soulagement. Sûrement à cause du bruit qu'il avait fait en arrivant au pas de course, Yamazaki devina son arrivée et ouvrit l'un des panneaux coulissant, permettant à Harada d'entrer sans attendre. Une fois à l'intérieur, le lancier déposa Chizuru sur un futon avec le plus de douceur possible.
«Que s'est-il passé? Demanda Yamazaki pendant qu'il défaisait le bandage de fortune que la blessée avait à la poitrine.
_Nous étions en train de patrouiller. Alors que Chizuru interrogeait un paysan sur son père, nous avons aperçu un groupe de rônins. Au moment où j'allais envoyer deux de mes hommes pour leurs demander de s'identifier, il y a eu deux coups de feu. Ça a été la débandade chez les civils et nous avons perdu Chizuru de vue. Nous n'avons pas réussi à savoir d'où venaient les coups de feu.
_C'est après que vous l'avez trouvée? Tenez, appuyez ce linge sur sa poitrine. Fit le shinobi alors qu'il tendait l'objet en question à son interlocuteur.
_Oui. Affirma le capitaine de la dixième division qui ne put que s'exécuter.
Bien que réticent à toucher la jeune fille dont il ne voulait pas blesser la pudeur, le lancier se résolut à obéir. Yamazaki avait enlevé le kimono Chizuru qui n'avait plus la poitrine couverte que par les bandes qui lui permettaient de camoufler les reliefs de ses seins. Ainsi, elle passait pour un garçon aux yeux du monde.
_Elle a perdu vraiment beaucoup de sang. Je suis étonné qu'elle soit encore en vie. Déclara Yamazaki en examinant la blessure que la jeune fille avait à la jambe.
_Mais, elle va s'en sortir n'est-ce pas? Demanda Sanosuke encore plus inquiet à cause des propos du ninja.
_Je ne le sais vraiment pas. Heureusement, il semble que les deux balles soient ressorties d'elles-mêmes. Cependant, celle au niveau de la cuisse a l'air de lui avoir endommagé l'os, si l'on en juge par la grande ecchymose qu'elle a. Par contre, c'est vraiment un miracle pour sa blessure au niveau de la poitrine. La balle est passée entre le cœur et le poumon gauche comme si de rien n'était. Je ne crois pas que les organes vitaux aient été endommagés. Seulement, à cause de l'importante perte de sang, je ne pense pas que Yukimura-kun passera la nuit. Expliqua Yamazaki alors qu'il nettoyait les blessures de la jeune fille avant de se mettre à la recoudre.
_Tu ne la cautérises pas? Demanda Harada tout en maintenant son regard détourné pour laisser un maximum de pudeur à la blessée.
_Non, car sinon, je devrais le faire des deux côtés. Donc peu importe de comment elle dormirait, Yukimura-kun serait sur ses brûlures. Il est plus simple de la recoudre.»
Pendant que le shinobi s'affairait à la tâche, le lancier ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'il venait d'apprendre, à savoir qu'il était très probable que Chizuru décède pendant la nuit. Profitant du fait que le ninja du shinsengumi ne pouvait voir son visage à cet instant, Sanosuke s'accorda le droit de verser une larme silencieuse.
Saito était dans la cuisine du quartier général en train de préparer les repas pour le soir. Bien que d'une nature peu expressive, son regard contrarié en disait long sur l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. Soudain l'une des portes de la pièce coulissa laissant apparaître Shinpachi.
«Tiens, qu'est-ce tu fais là Saito? Lui demanda le nouveau venu en entrant.
_Je pourrais te poser la même question. Répondit d'une voix calme le concerné.
_J'étais venu demander à Chizuru ce qu'elle nous faisait à manger ce soir. Ça me fait penser…c'était pas elle qui devrait être en train de cuisiner. Remarqua le capitaine de la deuxième division du shinsengumi.
_Exact mais comme elle n'avait pas l'air décidé à venir, j'ai commencé à préparer le repas.
_Je vais t'aider. Indiqua Nagakura en se saisissant d'un couteau avant de se mettre à éplucher les légumes restants.
_C'est quand même étrange. Yukimura n'est pas du genre à laisser ses tâches à d'autres. Déclara l'homme aux cheveux bleus.
_Peut-être que la patrouille de Sano n'est pas encore revenue.
_Non, elle est revenue. J'ai vu certains de ses hommes s'entrainer au dojo.
_On aura qu'à leurs poser la question au dîner. Dit Shinpachi en finissant de couper les légumes.
_Hn. De toute façon, il n'y a pas d'autre solution.»
Une heure plus tard, Kondo, Hijikata, Okita, Heisuke, Shinpachi et Inoue étaient réunis dans la salle où ils mangeaient habituellement, leurs repas devant eux. Cependant, ils ne mangeaient pas, attendant que les deux absents, Sanosuke et Chizuru, ne les rejoignent. Ces deux derniers avaient du retard et cela commençait à peser au vice-capitaine qui prenait cela pour de l'irrespect. Au moment où Hijikata allait ouvrir la bouche pour demander à Heisuke d'aller chercher les deux personnes manquantes, l'une des portes coulissantes côté extérieur s'ouvrit soudainement laissant apparaître le capitaine de la dixième division. Il ne portait plus les mêmes habits que ceux portés le matin et abordait une mine affreuse, digne d'un enterrement.
«Tu t'es fait attendre. Où est Chizuru?» Demanda le vice-capitaine d'une voix ferme.
Harada raconta alors d'une voix morne tout ce qui s'était passé, de l'incident à l'extérieur de Kyoto à ce que lui avait dit Yamazaki sur les chances de survie de la jeune fille. A chacune de ses phrases, ses interlocuteurs avaient la mine qui se défaisait de plus en plus. A la fin de son récit alors que le trio infernal ainsi qu'Okita se levait pour aller prendre des nouvelles de la blessée, Hijikata les rappela à l'ordre.
_Je sais que vous êtes préoccupés mais si Chizuru est dans un état si critique, elle a avant tout besoin de repos. Donc, vous la veillerez un à un à tour de rôle. Déclara-t-il.
_Je commence. Affirma alors Kondo en se levant.
_Kondo-san, vous avez d'autres affaires dont vous devez vous charger. Lui rappela son vice-capitaine, s'attirant ainsi un regard désobligeant de tous les capitaines de division présents dans la pièce.
_Allons Toshi. Je vais vite la voir et je reviens. Itô-san peut bien attendre dix minutes. Les rapports dont nous devons discuter ne vont pas s'envoler.» Déclara le leader du shinsengumi avant de quitter la pièce.
