3. Une longue nuit.

Kondo arriva bientôt à l'infirmerie. A travers le panneau, la lumière dessinait la silhouette de Yamazaki, immobile près du futon de sa «patiente». Prenant une profonde inspiration pour l'aider à demeurer impassible devant les deux occupants de la pièce, le leader du shinsengumi finit par faire coulisser le panneau et entra. Le spectacle qui s'offrait à ses yeux, lui serra le cœur. En effet, il pouvait voir Chizuru allongée sur un futon en kimono de nuit. Elle était très pâle et donnait l'impression d'être plus morte que vive. Sa respiration était presque inexistante et seule sa poitrine se soulevant faiblement de temps à autre permettait de dire que la vie ne l'avait pas quitté. Même s'il ne le montrait pas, cela faisait de la peine à Kondo de voir la jeune fille ainsi. En effet, ce dernier avait pour elle à peu près la même affection que celle qu'il avait pour Soji. En somme, le leader du shinsengumi se sentait un peu comme le grand frère des deux jeunes. Dés qu'il arrivait quelque chose à l'un d'eux, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.

«Bonsoir Kondo-san. Fit le shinobi en s'inclinant pour saluer son supérieur.

_Bonsoir Yamazaki. Je suis venu prendre des nouvelles de Yukimura-kun.

_Comme je l'ai dit à Harada-san, il est peu probable qu'elle soit encore vivante à l'aube. Je ne peux rien faire de plus et Matsumoto sensei est retourné à Edo pour un temps donc je n'ai pas pu le contacter pour qu'il vienne voir s'il pouvait la soigner.» Expliqua le ninja.

Après être resté quelques minutes auprès de la blessée, Kondo se résolut à partir car il ne devait pas oublier son premier rôle, à savoir diriger le shinsengumi. Pour cela, il devait aller discuter avec Itô des rapports reçus et des prochains mouvements de la milice. Après un dernier regard à Chizuru, Kondo sortit de la pièce, non sans avoir le cœur gros.

Le premier tour de veille fut accordée à Heisuke après un rapide tirage au sort à la courte paille ou plutôt baguette car ils n'avaient que ça sous la main. Lorsque le jeune homme arriva à l'infirmerie, il eut la surprise de voir que Yamazaki en sortait.

«Yamazaki, qui est avec Chizuru? Demanda le nouvel arrivant.

_Personne. Répondit simplement ce dernier.

_Quoi?! Tu la laisses toute seule alors qu'elle est blessée?! S'exclama le capitaine de la huitième division.

_Vas-y Todo, crie plus fort. Ainsi tout le monde saura que Yukimura-kun est une fille. Pour répondre à ta question, je ne peux rien faire de plus pour elle. Rien ne changera que je sois là ou pas. Tu as peut-être fini ta journée mais la mienne commence. Je suis un shinobi donc je vis et travaille la nuit. D'ailleurs, il est bientôt l'heure que je parte travailler. Je ne peux me permettre de ne pas accomplir mon devoir sous peine d'avoir un blessé à veiller. De plus, je savais que toi et les autres viendriez la veiller. Alors, tout ce que je peux faire c'est vous donner deux conseils. Le premier est qu'il ne faut surtout pas que Yukimura-kun ait froid. Ensuite, si par miracle elle arrivait à vous demander de l'eau, il ne faut lui donner que quelques gorgées par heure pas plus. Si vous lui donnez plus, elle risque de s'étouffer en l'avalant ou en se rallongeant. Déclara le ninja avant de disparaître dans la nuit qui venait de tomber.

Heisuke resta quelques secondes figé par la colère et la frustration. Ses deux sentiments venaient du fait que Yamazaki prenne avec autant de désinvolture l'état de la jeune fille mais aussi que le capitaine de la huitième division se sentait parfaitement inutile et incapable d'aider son amie. Après s'être défoulé en frappant du poing l'un des poteaux de l'infirmerie, le jeune homme inspira un bon coup et entra. Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand il vit l'état dans lequel se trouvait Chizuru. Heisuke s'assit au niveau de la tête de la blessée et ne put détacher son regard d'elle. Il ne sut alors pourquoi mais le souvenir de leur première rencontre lui revint brusquement en mémoire. Le jeune homme se souvenait que ce matin là, lorsqu'il était venu prendre son petit déjeuner, la conversation tournait autour d'un soi-disant témoin des actions du groupe rasestu. Todo avait été très étonné que le concerné ne soit pas encore mort surtout sachant qu'Okita s'était trouvé sur place et qu'il avait la lame facile. Lorsqu'il posa la question, Sannan lui explique que Kondo, Hijikata et lui souhaitaient interroger le témoin. Le repas s'était alors poursuivi sans plus de question, chacun tournant et retournant la situation de sa tête.

Peu après, quand Chizuru s'était présentée devant eux, Heisuke avait avalé difficilement sa salive. En effet, il n'avait jamais vu un garçon aussi beau. Ce dernier ressemblait à s'y méprendre à une fille. Son regard perdu et sa démarche montrant sa crainte rendaient le «témoin» vraiment très mignon. Todo se donna alors une claque mentale. Après tout, depuis quand est-il attiré par les hommes? Il n'avait jamais été de ce bord et ne prétendait pas en changer. En effet, il éprouvait bien assez de plaisir avec les femmes pour ne pas aller voir ailleurs. Pour se changer les idées, le capitaine de la huitième division jaugea une deuxième fois le nouvel arrivant. Le fait que celui-ci n'en menait vraiment pas large aurait fait rire Heisuke si le contexte avait été tout autre.

Le capitaine de la huitième division fut alors brusquement sorti de ses pensées par la porte de l'infirmerie qui s'ouvrit en laissant apparaître ses deux compères de toujours, Shinpachi et Sanosuke.

«Hé les vieux! C'est à moi de veiller sur Chizuru, pas à vous! S'exclama le plus jeune des trois en se levant d'un bond.

_Oh, ça va Heisuke! Hijikata n'en saura rien. Répliqua Nagakura en lui ébouriffant les cheveux.

_Là n'est pas la question! Je suis le premier garde malade de Chizuru alors vous partez! Continua d'argumenter Todo en se dégageant.

_Oh, arrête. Tu ne vas quand même pas nous pondre une soupe au miso pour ça, hein Sano? Sano?»

Les deux compères qui se disputaient se rendirent alors compte qu'ils n'avaient pas entendu le troisième larron de leur bande depuis le début de la «conversation». Tournant le regard dans la direction qu'avait prise le lancier en entrant, Todo et Nagakura virent leur ami assis auprès de la blessée. Couvrant la jeune fille, le regard d'Harada en disait long sur la manière dont il se sentait. Tout ce que les capitaines de la deuxième et huitième division pouvaient voir dans les yeux de celui de la dixième était une douleur et une culpabilité profondes. En effet, Chizuru avait été blessée alors qu'elle était censée être sous la surveillance et donc la responsabilité du lancier. Ce dernier avait donc manqué à son devoir et ça, il n'arrivait tout simplement pas à se le pardonner. Ne comprenant que trop bien ses sentiments, ses deux amis arrêtèrent de se disputer comme deux vulgaires gamins et vinrent à ses côtés, tous trois veillant la jeune fille. Le tour de garde du trio infernal se déroula donc dans le silence le plus complet. Tant et si bien que Shinpachi finit par sortir de la pièce car la tension régnant dans l'infirmerie et son inquiétude pour la blessée donnaient l'impression à Nagakura qu'il allait étouffer s'il ne sortait pas très vite prendre l'air.

Ce dernier se rappela alors au capitaine de la deuxième division le premier moment de complicité qu'il avait eu avec Chizuru. Cela s'était passé trois jours après que la jeune fille eut été autorisée à faire les tâches ménagères du quartier général du shinsengumi. Ce soir là, c'était au tour d'Harada et Nagakura de préparer le repas car on ne laissait pas encore Chizuru s'occuper pleinement de cette corvée par mesures de précaution. Après tout, peut-être était-elle une espionne venue les éliminer. A cause de cela, Hijikata faisait manger à la jeune fille un élément du plateau de chacun à chaque fois qu'elle préparait les repas. Le vice-capitaine voulait s'assurer qu'ainsi, l'idée de les empoisonner ne lui vienne pas à l'esprit. Le trio infernal et Okita avaient trouvé cette idée stupide. Cependant, quand Hijikata avait fait remarquer au capitaine de la première division que cela était pour le bien de Kondo, il s'était vite révisé et n'avait plus fait une seule remarque.

Pour le moment, Shinpachi était seul dans la cuisine car Sanosuke n'était pas encore revenu de sa patrouille. Soudain, la porte de la pièce qui menait vers l'extérieur s'ouvrit laissant apparaître Chizuru.

«Bonsoir, Nagakura-san. Je peux vous aider? Lui demanda-t-elle avec un sourire

_Ce n'est pas ton tour de faire le repas. Qu'est-ce qu'elle est mignonne et quand elle sourit! Reprends-toi Shinpachi! Après tout, elle peut-être vraiment une espionne, même si elle est gentille, sympathique, jolie et, et, et…super mignonne! Rhaa! Mais, qu'est-ce qui t'arrives mon vieux? Depuis quand tu perds la boule devant une nana?

_Je le sais mais j'ai fini mes autres tâches plus tôt que prévu et je voulais savoir si je pouvais être utile. Nagakura-san? Vous allez bien? Vous êtes tout rouge. Fit remarquer la nouvelle venue alors qu'elle ignorait les réflexions intérieures de son interlocuteur.

_Quoi? Je…oups! Oh non!

Ne faisant pas vraiment attention à ce qu'il faisait à cause de ses pensées, le capitaine de la deuxième division avait accidentellement fait tomber tout un pot de curry dans la marmite contenant le riz, rendant ce dernier immangeable.

_Oh non! Hijikata va me tuer! Lui qui dit toujours de tout économiser, je viens de foutre en l'air plusieurs kilos de riz! Je suis sûr qu'il va me faire nettoyer le dojo au cure-dent pour me punir. Se lamenta le jeune homme.

_Attendez, je pense que je pourrais rattraper cela, si vous me laissez faire. Comme ça, on ne dira rien à personne et Hijikata-san ne vous fera rien. Signala «l'anciennement témoin gênant» en mettant la main à la pâte.

_C'est vrai? Merci Chizuru! Tu me sauves du déshonneur.»

Souriant à ce souvenir, Nagakura ne vit que trop tard Saito se diriger vers lui et tous deux entrèrent en collision.