4. L'aube qui semblait ne jamais vouloir apparaître.
Une fois n'était pas coutume, Saito marchait en étant complètement dans ses pensées. De ce fait, il ne faisait pas vraiment attention à son environnement. Si on rajoute à cela que l'un de ses collègues était à peu près dans le même état, cela donne une magnifique collision entre les capitaines des deuxième et troisième divisions au détour d'un angle de l'infirmerie. Dans sa chute, le gaucher réussit à agripper un des poteaux pour rester sur ses deux pieds. Malheureusement, son collègue n'eut pas cette chance ou le réflexe de le faire. Ainsi, Nagakura se retrouva dans une position guère glorieuse pour un samouraï, à savoir assis le derrière sur le parquet.
«Saito, t'aurais pu faire attention! S'exclama le capitaine de la deuxième division en se relevant lourdement à cause de la fatigue.
_Je pourrais te dire la même chose. Tu étais aussi dans la lune quand moi pour ne pas m'avoir entendu arriver. Alors, si j'étais toi, je me tairais. Répliqua le susnommé avec le ton calme et posé qui le caractérisait tant.
N'attendant pas la réponse de son interlocuteur, Hajime entra dans l'infirmerie. Comme ce dernier le pensait, il vit Sasnosuke et Heisuke assis au bord du futon de Chizuru, la mine dépitée.
_Je me doutais que vous la veillerez tous les trois ensemble. Ça fait trois heures que vous êtes de garde, c'est à mon tour. Je sais que vous êtes inquiets mais il faut que vous alliez dormir sinon, je ne sais pas dans quel état vous serez lorsqu'il faudra commencer la journée.
Les paroles sonnaient comme une vérité aux oreilles du trio infernal. Ces derniers savaient que s'ils n'étaient pas opérationnels lorsqu'il faudrait remplir leurs rôles, Hijikata serait capable de leurs interdire de veiller à nouveau la jeune fille. Todo finit par se lever à regret. Il avait déjà rejoint Shinpachi à l'extérieur quand tous deux se rendirent compte que leur troisième larron n'avait toujours pas bougé de sa place.
_Harada, je te promets de t'envoyer chercher s'il se passe quoique ce soit avec Yukimura.» Déclara Saito en se mettant face à lui de l'autre côté du futon de Chizuru.
Après un dernier regard à celle dont il n'arrivait pas à se pardonner les blessures, le lancier se leva et rejoignit ses deux amis. Alors que le trio infernal allait partir, Heisuke revint au pas de course et expliqua à Hajime les deux conseils que lui avait donnés Yamazaki avant de définitivement partir.
A la fin du dîner, sachant qu'il y aurait plusieurs heures avant que ce ne soit son tour de veiller la jeune fille, Saito avait pris soin de dormir pour qu'il reste efficace un maximum lorsque le moment de se lever serait venu. A son grand étonnement, le capitaine de la troisième division tourna et se retourna un bon moment sur son futon avant que les bras de Morphée ne daignent l'étreindre. Au moment où il se réveilla, Hajime comprit que ce sentiment d'avoir l'estomac en travers et l'appréhension qui ne cessait de s'étendre dans son esprit étaient dus à de l'inquiétude. En effet, même s'il avait essayé de se mentir à lui-même en disant que ce qui arrivait à la jeune Yukimura ne l'atteignait pas, Saito dut se résoudre à avouer que la blessée avait quand même une place dans sa vie. Certes, elle et lui n'étaient et n'avaient jamais été ce que l'on pouvait appeler proches. Pourtant, la présence de la jeune fille, ses demandes pour que tous soient prudents et rentrent sains et saufs, ses encouragements, ses petits ajouts dans les conversations auxquelles on la faisait participer, tous ces éléments étaient de petites bouffées d'air frais qui allégeaient agréablement la tension que devaient subir les hauts gradés du shinsengumi. Rien que pour cela, le capitaine de la troisième division savait qu'un jour il devrait remercier Chizuru.
«De…l'eau…de…l'eau…»Demanda alors faiblement une voix.
En entendant celle-ci, Hajime fut très surpris de voir que, même si elle n'avait pas ouvert les yeux, la blessée semblait avoir repris légèrement connaissance. Balayant la pièce du regard, le gaucher aperçut un baquet d'eau ainsi qu'une tasse, posés à quelques pas de lui. Il se leva pour aller les prendre et les ramener près du futon. Cependant, le jeune homme était parfaitement conscient que dans l'état dans lequel elle était, Chizuru ne serait pas capable de boire à la tasse toute seule.
Saito remplit alors à moitié la tasse. La portant à ses lèvres, il garda dans sa bouche l'équivalent de trois ou quatre gorgées. Fort de cela, le capitaine de la troisième division passa doucement son bras sous la nuque de la jeune fille pour lui relever la tête ainsi que le haut de sa poitrine. Dans sa demi-inconscience, espérant que l'on allait lui donner de l'eau comme elle l'avait demandé, la blessée avait entrouvert la bouche pour recueillir le liquide. Son veilleur du moment en profita pour poser ses lèvres sur les siennes. Cela lui permit de donner l'eau qu'il avait en bouche à celle qui l'avait réclamée. Il fit de son mieux pour que l'opération ne se passe pas trop vite. En effet, le jeune homme espérait qu'ainsi Chizuru ne s'étoufferait pas en avalant. Quand son rôle lui parut accompli, le gaucher rallongea doucement la jeune fille. Les minutes commencèrent à défiler. Le teint pâle de la blessée rappelait la neige à Saito. En parlant de neige…
Une semaine après que Chizuru ait reçu la permission de se promener librement dans les quartiers du shinsengumi, la neige avait recommencé à tomber avec force. La température ne montait pas au dessus de moins cinq degrés Celsius. Pourtant, ce genre de choses ne semblait nullement déranger Hajime qui, comme tous les jours, s'exerçait au sabre dehors. Il fit cela pendant deux heures avant de rentrer pour le déjeuner. Seulement, ce que le jeune homme n'avait pas prévu était que travailler ainsi dans le froid, provoquerait des gerçures sur ses mains les faisant ainsi saigner. Or, au shinsengumi, il valait mieux ne pas sentir le sang surtout quand on savait que les rasetsus étaient toujours susceptibles de traîner dans les parages. Bien conscient de cela, Saito ne pouvait cependant rien faire de plus que d'essuyer le sang.
«Saito-san, le déjeuner sera bientôt servi. Annonça soudainement une voix féminine alors que le susnommé ôtait ses sandales.
_Très bien. Acquiesça ce dernier en voyant Chizuru venir dans sa direction.
_Oh! S'exclama alors la jeune fille.
_Qu'y a-t-il?
_Vos mains sont toutes abîmées.
_Ce n'est rien.
_Non, attendez. Je reviens tout de suite.»
Le jeune homme n'eut pas le temps de répliquer qu'elle était déjà partie. Chizuru ne tarda pas à revenir avec un petit pot qu'elle lui tendit. Ayant très vide compris comment raisonnait et réagissait la jeune fille, Hajime sut que l'objet qu'elle lui tendait à présent, devait contenir un onguent pour ses mains. Le jeune homme remercia Chizuru qui ne se rendait pas compte à quel point elle lui avait rendu service. En effet, on pouvait estimer quee faire en sorte que quelqu'un ne se transforme plus en appât vivant pour rasetsu, était fort agréable pour la dite personne.
Une heure s'était déjà écoulée depuis que Saito avait commencé à veiller la jeune fille. La porte de l'infirmerie coulissa alors. Quand le capitaine de la troisième division vit qui était sur le pas de la porte, il arqua un sourcil tellement sa surprise était grande. En effet, il fallait dire que voir Hijikata ses deux sabres à la ceinture, ses documents sous le bras, debout plusieurs heures avant l'aube alors qu'il avait dit à tous ceux présents au repas de se reposer lorsqu'ils n'étaient plus en train de veiller la blessée, avait vraiment quelque chose de déroutant. Le vice-capitaine du shinsengumi entra dans la pièce et se dirigea vers le bureau. Là, il mit ses deux sabres sur le katana hake qui s'y trouvait puis posa la liasse de documents pour le bureau avant de commencer à utiliser la pierre à encre.
«Tu peux y aller Saito. Je m'occupe de Chizuru. Déclara le nouvel arrivant.
_Bien Hijikata-san.» Répondit le concerné en se levant.
Quelques heures plus tard, quand Kondo se réveilla, il remarqua que l'aube commençait à pointer. Le leader du shinsengumi se hâta de se lever et de se préparer pour aller prendre des nouvelles de la blessée. Alors qu'il venait de sortir de sa chambre, il aperçut au loin Hijikata avec une expression presque assassine sur le visage et les vêtements…En fait, Kondo n'avait jamais vu son vice-capitaine avec des habits dans un état si déplorable.
