8. Engueulade à la Kondo!
«Je pensais bien que c'était toi qui toussais
Okita regarda le docteur Matsumoto avancer jusqu'à lui. Ce dernier avait un regard sévère. Soji savait qu'il exprimait ainsi son mécontentement du fait que le capitaine de la première division n'avait pas voulu suivre ses conseils.
_Je t'ai apporté ça. Déclara le nouveau venu en donnant une bourse au samourai.
_Qu'est-ce c'est? Demanda le malade en remarquant que le contenu de l'objet était mou.
_Il s'agit de plantes à faire infuser. Elles calmeront ta toux pour un temps mais cela ne te soignera pas pour autant. Tu n'as pas changé d'avis? Tu veux toujours rester ici?
_Je ne reviendrai pas sur ma décision. De plus, même si je partais ma guérison ne serait même pas sûre, alors à quoi bon?
_Très bien. Si c'est ce que tu as décidé, je ne peux rien faire de plus. Ma parole, il est aussi têtu que Keiko. Même le pire des ânes est plus obéissant que ces deux là. Finit par penser le praticien.
_Je dois y aller sinon on va se demander où je suis passé. Déclara Soji en tournant les talons.
_Attends! J'ai une dernière chose à te dire.
_Quoi?
_J'aimerais que tu évites un maximum de te trouver en présence de Chizuru dans les jours à venir. Elle est affaiblie par ses blessures et sa grossesse n'arrange rien mais ça, tu n'as pas à le savoir. Donc dans son état, il est très probable que tu lui transmettes ta tuberculose. Etant oni, elle n'en mourrait pas mais je ne suis pas sûr que l'enfant qu'elle porte y survive. Tu as compris?
_Oui, oui…»
Le capitaine de la première division avait à peine eu le temps de sortir de sa chambre où il s'était changé que Shimada vint à sa rencontre.
«Okita-san, Kondo-san a demandé à vous voir. Il veut que vous veniez dans la salle où vous prenez tous vos repas.
_Bien, j'y serai. Merci, Shimada-san.»
Après avoir salué son collègue, Soji prit immédiatement la direction du lieu que l'on lui avait indiqué. Quelle ne fut pas sa surprise de voir qu'Hijikata, Harada, Nagakura, Todo et Saito s'y trouvaient également. D'ailleurs, le lancier avait une tête qui avait l'air de dire: le premier qui me fait une réflexion sur l'agression de Chizuru, je le massacre. Les autres aussi abordaient une mine grave. Une fois assis, le nouveau venu s'apprêtait à dire une plaisanterie pour détendre l'atmosphère quand la porte s'ouvrit derrière lui, révélant ainsi Kondo. Ce dernier abordait lui aussi une mine grave. Cela fit que le capitaine de la première division oublia tout de suite toute idée de plaisanterie.
«Si je vous ai convoqués, c'est pour vous parler d'un sujet épineux.
A ces mots, tous redoublèrent d'attention.
_Je tiens d'abord à vous dire que cela concerne votre temps libre et plus particulièrement, le fait que vous alliez boire.
_Qu'est-ce que vous voulez dire? Se risqua à demander Hijikata.
_La dernière fois que vous êtes sortis pour aller boire, remonte bien au mois d'octobre, non?
_C'est exact. Approuva le capitaine de la troisième division.
_Nous sommes au mois de décembre. Il s'est donc passé presque deux mois et personne n'a rien remarqué! Ou n'en a parlé! C'est une honte! Finit par s'exclamer le leader du shinsengumi.
_De quoi parlez vous Kondo-san? Demanda Shinpachi complètement perdu par les évènements.
_L'un d'entre vous se rappellent-ils la fin de la soirée? Fit alors leur supérieur en scrutant chacun de ses hommes.
En essayant de rassembler leurs souvenirs, chacun d'entre eux constata bientôt qu'ils avaient «un trou». En effet, aucun n'était capable de dire comment ils étaient rentrés. Cela alerta surtout Okita qui pensait avoir fait son possible pour ne pas boire une goutte d'alcool comme le lui avait recommandé le docteur Matsumoto.
_C'est bien ce que je pensais! Vous êtes incapables de vous souvenir de quoi que ce soit. Je ne suis pas fier de vous! Fit Kondo pour leurs remonter les bretelles.
_D'accord, on avait bu mais je ne comprends pas pourquoi vous voulez nous en parler d'un seul coup. Déclara Heisuke qui ne comprenait pas où son supérieur voulait en venir.
_Si, vous ne vous souvenez pas de comment vous êtes rentrés, cela veut dire que vous ne vous souvenez pas de ce que vous avez fait pendant le reste de la nuit!
Okita qui écoutait depuis tout à l'heure sans dire un mot, commençait à avoir un très mauvais pressentiment sur ce qui allait ressortir de la conversation.
_Mais enfin, qu'est-ce que vous voulez que l'on vous dise Kondo-san? Finit par demander Hijikata.
_JE VOUS PARLE DU FAIT QUE YUKIMURA-KUN S'EST REVEILLEE DANS LE FUTON DE L'UN D'ENTRE VOUS! Quelqu'un a mis de l'alcool dans son verre et elle s'est réveillée aux côtés d'une personne qui n'aurait jamais dû se trouver dans la même chambre qu'elle! Explosa alors le leader du shinsengumi.
_QUOOIIIIII? S'exclamèrent alors Shinpachi et Heisuke.
Sanosuke, lui, donna un coup de poing sur le sol qui fut si fort, qu'il traversa le plancher.
Hijikata et Saito prirent leurs expressions la plus étonnée tandis que Soji crispait fortement ses poings sur son katana.
_Mais qui? Et comment vous le savez? Demanda Toshizo en reprenant le plus de contenance dont il était capable.
_Yukimura-kun n'a pas voulu vous en parler, quoi de plus normal? Ensuite, ce secret commençait à lui peser donc elle a tout raconté au docteur Matsumoto qui est comme un membre de sa famille! Je veux que vous vous interrogiez vous-même et les uns les autres pour savoir de qui il s'agit! Je sais très bien qui est le coupable mais je vous laisse le découvrir par vous-même, cela vous servira de punition. De même, je vous interdis de boire jusqu'à nouvel ordre et je vous défends d'interroger Yukimura-kun à ce sujet! Ai-je été assez clair?
_Très clair, Kondo-san. Signala Okita qui ouvrait la bouche pour la première fois.
_Bien. A présent, un autre sujet: Yukimura-kun ne pourra pas faire les tâches domestiques pendant un bon moment, je pense que vous l'aviez compris. De ce fait, ce sera la femme du docteur Matsumoto qui s'en chargera et elle restera ensuite pendant environ un an. Donc si vous voyez une femme de l'âge du docteur Matsumoto se promenait dans les quartiers ne vous mettez pas sur vos gardes.
_Très bien.» Approuvèrent les fautifs.
Pendant le repas qui avait suivi, Okita avait dit que ses hommes et lui n'avaient rien trouvé de suspect, ni balles ni douilles. Cela énerva tant Harada que lorsque ce dernier le demanda, Kondo l'autorisa à sortir car il sentait que son subordonné allait imploser s'il ne prenait pas rapidement l'air.
Le lendemain, Keiko était en train de préparer le petit-déjeuner quand le trio infernal débarqua dans la cuisine.
«Bonjour! On est venu vous souhaiter la bienvenue, Matsumoto-san! S'exclama le plus jeune des trois.
_C'est très aimable à vous. Vous êtes?
_Todo Heisuke, capitaine de la huitième division.
_Nagakura Shinpachi, capitaine de la deuxième division.
_Harada Sanosuke, capitaine de la dixième division.
_Je suis Keiko la femme du docteur Matsumoto. Je préfère que vous m'appeliez Keiko-san.
_Très bien!
_Comment va Chizuru? Demanda alors le lancier de but en blanc.
_Mieux, elle dort.
_C'est génial ça! Et au fait, qu'est-ce qu'on mange? Demanda Shinpachi en commençant à soulever le couvercle de l'une des marmites.
Seulement, ce dernier n'avait pas prévu qu'il allait recevoir un coup de louche sur la main «fautive».
_Ah non! Pas de ça avec moi! Maintenant que vous vous êtes présentés, partez! Ma petite fille tolère peut-être que vous veniez l'embêter parce qu'elle est trop gentille mais moi, je ne supporte pas les gêneurs quand je travaille! Ouste! Du balai!» S'exclama la cuisinière en menaçant les nouveaux venus avec sa louche et la spatule en bois servant à servir le riz.
Le trio n'eut alors d'autre solution que de battre en retraite.
