9. Une histoire qui torture.

Heisuke n'arrêtait de faire des allers-retours dans la cour du shinsengumi. En effet, il essayait, en vain, de se rappeler de ce qui s'était passé à la fin de la soirée à la maison de passe. Le jeune homme se rappelait du numéro de Sanosuke avec sa cicatrice. Ensuite, Shinpachi avait demandé une nouvelle tournée de sake. A ce moment là, le capitaine de la huitième division était déjà plein comme une huître. De ce fait, il avait eu beaucoup de mal à capter ce qui se passait autour de lui. Peu après que le sake ait été amené, Todo se souvint alors que Chizuru était devenue rouge d'un seul coup. Elle avait dit qu'il faisait trop chaud. De ce fait, cette dernière avait décidé de se dévêtir un peu pour avoir moins chaud. Juste au moment où elle avait commencé à desserrer la ceinture de son hakama, c'était le trou noir pour le jeune homme. Rien qu'à ce souvenir, Todo devint rouge comme une tomate. Heisuke savait bien que si l'on le retrouvait dans cet état, les autres allaient tout de suite croire qu'il était celui qui avait couché avec Chizuru, prenant sa gêne pour un aveu.

«Toi aussi, cette histoire te turlupine, hein? Déclara soudainement une voix que le capitaine de la huitième division ne connaissait que trop bien.

Ce dernier fit alors volte-face pour se retrouver en face de son interlocuteur, donc en face de Nagakura.

_Shinpach-san! Ce serait pas toi qui aurais mis de l'alcool dans le verre de Chizuru? L'accusa le plus jeune.

_Non car je pensais que si elle ne buvait pas, c'était pour ne pas être malade car elle ne supportait pas l'alcool. Comme je ne voulais pas la voir, malade le lendemain, je n'ai pas fait ça. De même pour Okita, ce n'est pas moi qui ai mis de l'alcool dans son verre. Après tout, c'est le docteur Matsumoto lui-même qui lui a dit qu'il ne devait pas en boire. Alors, je n'allais pas m'amuser à faire le contraire de ce que le médecin avait dit de faire, je ne suis pas stupide! S'exclama Nagakura.

_Oh, ça va le vieux! Je te posais simplement la question. Rétorqua Heisuke.

_Non, c'est à moi de m'excuser. Je suis un peu dépassé avec ce qui arrive. Dit le capitaine de la deuxième division en s'asseyant, vite imité par son ami.

_Où est Sano-san? Demanda Todo.

_Je pense qu'il est allé voir Chizuru. Il est obsédé par le fait que c'est de sa faute si elle a été blessée.

_C'est un peu normal, non?

_Oui, toi et moi, on aurait réagi pareil. D'ailleurs, tu as réussi à te souvenir de la fin de la soirée? Le questionna son aîné.

_Non, c'est le trou noir. Je trouve d'ailleurs ça bizarre. D'habitude, quand je bois, même beaucoup, je me souviens de tout. Commença à penser Heisuke.

_Pareil pour moi. Je trouve aussi que c'est bizarre. Tu crois que l'on nous aurait drogués?

_C'était peut-être pour nous faire parler sur le shinsengumi. On se serait servi du fait que l'on ne savait plus ce que l'on disait, pour nous interroger sans problème.

_Un shinobi? Ce serait Kimigiku-san? S'interrogea Shinpachi.

_Pourquoi pas? Après tout, à la maison de passe, on nous avait dit qu'elle était nouvelle mais que sa renommée était conséquente dans la maison de passe d'où elle venait. Il faut en parler à Sano-san et Hijikata. Déclara le capitaine de la huitième division.

_Non, pas tout de suite. Ils sont tous les deux sur les nerfs donc il vaut mieux attendre et commencer nous-mêmes l'enquête. Une fois que l'on commencera à avoir une piste, on leurs dira. Affirma Nagakura.

_Pour chnager de sujet, tu crois que c'est qui, qui a couché avec Chizuru?

_J'en sais rien mais je me demande comment elle a pu nous faire face tous les jours alors qu'il lui est arrivé un truc pareil.

_Oui, elle est bien courageuse notre Chizuru.»

Yamazaki était en train de se changer pour aller faire son travail d'espionnage de nuit quand il entendit que l'on frappait doucement l'armature de bois constituant la porte de sa chambre.

«Entrez. Dit-il en fermant sa ceinture.

Ce dernier eut alors la surprise de voir que la dénommée Keiko se tenait devant lui. Celle-ci la salua en s'inclinant avant de déposer un petit paquet et un morceau de bambou servant de gourde à l'entrée de la pièce.

_Cela vient de Chizuru. Ce sont des onigiris et du thé pour vous. Elle s'inquiétait de vous savoir à travailler dehors dans la neige sans provisions. C'est sa façon à elle de vous remercier. Déclara la nouvelle venue alors qu'à chaque mot, les yeux de son interlocuteur ressemblaient de plus en plus à des balles de golf.

_Je vous apporterai ces provisions tous les soirs. Ne dites rien! Je ne veux pas entendre de refus.» Sourit la femme du docteur Matsumoto avant de partir.

Comme Keiko était avec Yamazaki, ce fut Chizuru qui invita le capitaine de la dixième division à entrer quand celui-ci se présenta devant la porte. Le nouveau venu s'exécuta et trouva la jeune fille allongée sur son futon. En effet, même si elle se portait à présent mieux, cette dernière était encore incapable de bouger sans étouffer un gémissement de douleur. Donc pour elle, s'asseoir et se lever étaient encore exclus.

«Bonsoir Harada-san.

_Bonsoir Chizuru. Je suis content de voir que tu vas mieux. J'ai eu très peur pour toi.

_Je ne voulais pas vous inquiéter. J'ai eu si peur quand j'ai vu Shiranui vous…

_Shiranui? Tu veux dire que c'est ce démon qui a tiré?! L'interrompit le lancier.

_Oui, j'ai vu qu'il vous visait, caché derrière un arbre. Alors, je n'ai pas réfléchi et je me suis mis en travers de la trajectoire. Expliqua la blessée.

_Chizuru, c'était à moi de te protéger, à moi de le faire, pas à toi. Déclara le jeune homme en baissant la tête comme honteux.

La jeune fille eut bientôt la surprise de voir des gouttes d'eau tomber du visage du visiteur qui s'était assis à côté de son futon.

_Harada-san? Hésita la blessée en tendant la main vers lui, espérant ainsi le faire réagir.

Le jeune homme eut alors une réaction qui désarçonna Chizuru. En effet, il se sait brusquement de sa main, réveillant légèrement la douleur des blessures de la jeune fille. Pourtant, cette dernière le lui cacha, comprenant qu'il n'avait vraiment pas besoin d'un surplus de culpabilité. Sanosuke pressa sa main contre son visage comme pour s'assurer que la blessée était bien vivante et ne s'en irait pas sans l'avertir. Tous deux restèrent un bon moment ainsi, jusqu'à ce la plus jeune finisse par s'endormir.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures le quartier général du shinsengumi. Les lieux étaient remplis de silence, signe que tous dormaient. Tous? Non! Dans les quartiers des capitaines de division, une porte s'ouvrit lentement et une silhouette se glissa au dehors. Cette dernière se rendit silencieusement jusqu'à la chambre de Chizuru. Une fois arrivée, elle fit silencieusement coulisser la porte et vit que la blessée y était. En effet, Keiko avait profité du fait qu'Harada était venu rendre visite à la jeune fille pour lui demander de la porter jusqU'à sa chambre. Ainsi, l'infirmerie était libre si de nouveaux blessés venaient à arriver. A côté de la blessée dormait Keiko sur un futon à part.

La silhouette respira un grand coup avant de retenir sa respiration et entra. En apnée, elle s'approcha de Chizuru et la contempla dans le silence. Soudain, la silhouette se courba en deux et sortit à toute vitesse de la pièce, disparaissant ainsi dans la nuit.