10. Détails, détails, détails qui dérangent?

Au matin, quand Keiko quitta la chambre pour aller prendre le petit déjeuner, elle fut surprise de découvrir du sang sur le sol. Il ne s'agissait que de quelques gouttes mais cela l'alerta tout de même. Préférant garder cela pour elle pour le moment, la femme du docteur Matsumoto se promit d'y prêter attention dans les jours avenir. Après avoir essuyé le sang avec une compresse médicale, cette dernière se dirigea vers la cuisine.

Le matériel médical n'était pas seulement entreposé à l'infirmerie. En effet, il y avait une sorte de «trousse de soins» laissée en permanence dans la cuisine. Théoriquement, elle était censée servir à soigner les petits accidents qui pouvaient arriver en cuisinant. Seulement, il s'agissait aussi d'un moyen de se soigner sans que l'on se fasse remarquer par les personnes se rendant à l'infirmerie. Donc la trousse de soins de la cuisine était utilisée par ceux qui ne voulaient pas que l'on s'aperçoive de leur(s) blessure(s). Keiko s'aperçut bientôt que l'objet en question avait été déplacé de deux millimètres par rapport à la position dans laquelle elle était quand la femme du docteur Matsumoto avait quitté la pièce la veille. Or, d'après ce que l'on lui avait dit sur les membres du shinsengumi, Keiko ne connaissait qu'une seule personne susceptible de savoir se soigner mais de vouloir le faire discrètement.

Ainsi, elle se saisit de la trousse de soins avant de se diriger à grandes enjambées vers une chambre un peu à l'écart. Une fois arrivée, la femme du docteur Matsumoto ouvrit la porte sans même frapper. Ainsi, cette dernière put voir Yamazaki presque nu en train de se bander le torse. D'après la façon dont le shinobi manipulait la bande, Keiko devina tout de suite qu'il devait être blessé au niveau des côtes. Cette dernière fit alors irruption dans la pièce et arracha la bande des mains du ninja du shinsengumi. Celui-ci était trop sidéré par le comportement de la nouvelle venue pour esquisser le moindre geste.

La femme du docteur Matsumoto donna soudain une claque dans le dos du blessé. De cette manière, comme elle l'avait prévu, la douleur déclenchée par son geste fit se redresser le concerné d'un seul coup. Ainsi, la nouvelle venue put le bander comme elle le devait. Une fois sa tâche accomplie, Keiko quitta la pièce sans un mot, laissant son «patient» complètement pantois. En effet, Yamazaki, qui d'habitude était si impassible, avait la mâchoire qui donnait l'impression qu'elle allait tomber sur le sol.

Alors que la femme du docteur Matsumoto commençait à faire coulisser la porte de la cuisine pour y entrer, elle entendit le bruit d'un récipient en argile qui se brise puis des pas précipités. Quand Keiko put voir à l'intérieur de la cuisine, elle découvrit un bol cassé sur le sol et dont un liquide visqueux s'échappait. Prudente, la nouvelle venue le toucha du bout du doigt avant de le porter à son nez pour le sentir. Elle reconnut alors sans peine un elixir fait à partir d'opium. Il s'agissait d'un produit très puissant. Deux doses étaient capables d'assommer un cheval. L'effet était décuplé lors d'une cuisson. Jetant un coup d'œil au tonneau contenant le riz encore cru, Keiko préféra le jeter car elle ignorait si la personne qui venait de sortir avait eu le temps d'en mettre dans le riz. Pour cela, la femme du docteur Matsumoto se rendit là où l'on jetait les détritus et commença à jeter la nourriture. Seulement, elle ignorait qu'à ce moment précis, quelqu'un l'observait.

A peu près au même moment, Sanosuke émergea du sommeil. Dés qu'il constata que le jour était sur le point de se lever, le jeune homme sauta sur ses pieds, s'habilla et se hâta de sortir de sa chambre. Le matin, le lancier avait pris l'habitude d'aller jeter un coup d'œil dans la chambre de Chizuru pour s'assurer qu'elle allait bien. Alors que ce dernier était sur le chemin, il croisa Kondo qui allait rejoindre les autres pour le petit déjeuner et celui-ci l'interpela.

«Bonjour Harada, où vas-tu?

_Je vais m'assurer que Chizuru va bien.

_Je sais que tu te sens coupable mais arrête de te morfondre ainsi. Te protéger était son choix. Après tout, ce n'est pas toi qui l'as forcée à faire quoi que ce soit. Rappelle-toi bien de ça. Tu ne feras que faire culpabiliser Yukimura-kun à tirer cette tête à longueur de journée. Alors, souris un peu vu que tu vas la voir mais ne tarde pas trop pour le petit déjeuner. Déclara son supérieur.

_Très bien. Kondo-san, merci.

_Mais, de rien.» Fit le susnommé en s'éloignant.

Sanosuke était arrivé devant la chambre de la blessée et hésitait à toquer doucement sur la structure en bois de la porte pour signaler sa présence. Pourtant, une voix derrière lui, le sortit bientôt de ses pensées.

«Au lieu de faire le pied de grue de cette manière, entrez ou sortez mais faites quelque chose.

L'interpelé fit volte-face et se retrouva nez à nez avec Keiko. Cette dernière portait un plateau contenait son repas et celui de la blessée.

_Bonjour. Put seulement dire le jeune homme.

_Oui, bonjour. Bon maintenant, décidez-vous. Lui rappela la nouvelle arrivante.

_Je vais rentrer. Indiqua le concernée en déchargeant la femme du docteur Matsumoto pour que celle-ci entre en premier comme l'indiquaient les convenances dans ce cas de figure.

Une fois que les deux nouveaux arrivants furent dans la pièce, ils eurent la surprise de voir que la jeune fille les regardait avec le sourire.

_Bonjour. Leurs dit-elle en essayant de se redresser.

Grâce à ses origines oni, les blessures de cette dernière étaient beaucoup moins douloureuses que la veille. Comprenant que Chizuru ne cesserait de bouger que lorsqu'elle se serait assise, le capitaine de la dixième division lui mit doucement une main dans le dos et lui donna l'autre de façon à ce qu'elle prenne appui dessus.

_Merci Harada-san. Fit la blessée une fois assise alors que sa grand-mère lui mettait un haori sur les épaules.

_Je suis content tu ailles de mieux en mieux. Je voulais te remercier de m'avoir sauvé la vie.

_Vous avez fait pareil tant de fois que je suis pas prête de rembourser ma dette. Dit-elle dans un sourire.

_Chizuru? Fit alors le lancier en arborant un air sérieux que ne le lui connaissait que sur les champs de bataille.

_Oui?

_Je ne veux plus que tu fasses barrière de ton corps pour protéger quiconque. Tout le monde est d'accord avec moi. Si tu veux un jour à niveau protéger quelqu'un d'un projectile ou d'une arme, bloque l'attaque avec ton sabre ou pousse la personne. Ne refais plus jamais quelque chose de si dangereux que d'utiliser ton corps comme protection.»

Alors qu'il disait cela, les yeux de Sanosuke s'étaient faits suppliants. Ne pouvant résister à cela, la concernée n'avait pas qu'acquiescer.

Cinq minutes plus tard, Harada alla rejoindre ses pairs pour manger avec eux. Quand il fit coulisser la porte pour entrer, le jeune homme se figea. En effet, dans la pièce étaient bien présents Konodo, Hijikata, Inoue, Saito, Okita, Nagakura et Todo mais surtout, surtout Itô. Le lancier ne savait vraiment pas pour ce dernier était là mais cela n'annonçait rien de bon. A en juger par le plateau posé devant le conseiller de guerre, on pouvait aisément comprendre qu'il allait déjeuner avec le petit groupe de toujours. Les capitaines des première, deuxième et huitième division étaient tendus comme des arcs. Le vice-capitaine du shinsengumi donnait l'impression qu'il allait mordre. Genzaburo ne paraissait pas très à l'aise alors qu'Hajime semblait toujours aussi impassible.

«On attendait plus que toi Harada. Assis toi. Ordonna Kondo.

Le capitaine de la dixième division fut étonné du ton employé par son supérieur. En effet, il était sec et n'admettait aucune réplique. Devinant ainsi que quelqu'un allait encore se faire remonter les bretelles, le dernier arrivé s'assit en face de Shinpachi et Heisuke, en se retenant de soupirer.

_Je sais que ma présence peut vous sembler inhabituelle mais je me suis dit que passer plus de temps avec vous serait un bon moyen d'améliorer nos relations puisque nous travaillons ensemble. Déclara Itô en faisant l'un de ses sourires bien hypocrite.

Du coup de l'œil, Sanosuke devina que Nagakura venait de se retenir de balancer une pique.

_J'ai remarqué des faits troublants ces derniers jours et je tenais à vous en parler. Continua le conseiller de guerre.

_C'est-à-dire? Demanda Hijikata.

_Par exemple, je n'ai plus vu Yukimura-kun depuis trois jours. Hier soir, j'ai vu Nagakura-san et Todo-san passaient le mur d'enceinte pour sortir du quartier général et ce matin, j'ai vu la femme du docteur Matsumoto jetait sans raison apparente plusieurs kilogrammes de riz aux ordures.»

Alors qu'il venait de terminer de parler, Itô vit avec satisfaction que les deux «fuyards» d'hier soir étaient fusillés du regard par le «démon» du shinsengumi. Cela annonçait des heures de souffrances pour les deux concernés qui, à présent, suaient à grosses gouttes en regardant leur futur bourreau.