Chapitre Deuxième.
Encore le même rêve. J'étais dans un endroit que je ne connaissais pas, avec une personne et je me sentais tellement bien. Comme si j'étais chez moi. Je voyais sa main à côté de la mienne. Je sentais la proximité de nos corps. Puis je me réveillais, rêvant secrètement d'être un jour aussi proche d'une personne, aussi à l'aise, aussi rassurée. Je me préparais pour une nouvelle journée chez Fleury et Bott. On était un lundi, et le lundi on recevait les commandes de livres ainsi que les nouveaux livres. C'était toujours de longues journées puisqu'il fallait ranger les commandes, faire l'inventaire et réorganiser le rayon des nouveautés. J'avais pris l'habitude de le faire c'est pourquoi j'étais souvent seule le lundi matin. C'était une matinée calme et je préférais laisser à Frank et Olivia, mes employés, un weekend un peu plus long.
J'arrivais une demi heure avant l'ouverture de la boutique. J'ouvrais tout et profitais d'un cappuccino dans la librairie encore vide. L'automne avait débuté à Londres et je tenais ma tasse chaude entre les mains alors que j'observais le chemin de traverse depuis l'intérieur. Les commerçants commençaient à s'activer en ce lundi matin. On recevait tous les commandes de la semaine. Chacun se saluait entre eux. Le chemin de traverse était comme une seconde maison pour moi dans laquelle j'avais été très bien intégrée.
Je commençais à ouvrir les cartons. J'avais intégré une section « littérature moldue » dans la librairie qui n'existait pas auparavant. Les sorciers commençaient à s'y intéresser de plus en plus, surtout les habitués de la librairie qui faisaient confiance en mes conseils. J'avais aussi aménagé un coin lecture où l'on pouvait aussi boire une boisson chaude ou manger une pâtisserie pour passer l'après-midi. Olivia s'occupait beaucoup du coin lecture et servait les boissons chaudes. Elle s'était proposée pour le faire les jours où elle travaillait à la librairie.
J'ouvris la librairie. C'était calme en ce lundi matin ce qui me permettait de remettre en ordre l'étagère des nouveautés. J'avais reçu un nouveau roman à l'eau de rose, niais à souhait, mais que beaucoup semblait adorer, ce qui m'échappait. Il n'y avait pas que des livres que j'aimais dans cette librairie bien entendu. Tous les goûts étaient dans la nature.
- On comble la solitude en lisant des livres à l'eau de rose Granger ? Dit une voix traînante derrière moi.
Je soufflais mais souris. Je me tournais avec le dit roman dans les bras et vis Drago et sa fameuse expression hautaine doublée d'un petit rictus logé au coin de ses lèvres.
- Tu en veux un pour combler ta propre solitude, Malefoy ? Je te l'offre ! Riais-je.
Je vis son regard s'assombrir quelque peu et son rictus disparut peu à peu. Je me sentais immédiatement coupable. Je savais qu'il ne riait pas sur ce sujet là et qu'il n'aimait pas qu'on l'aborde.
- Je préfère la combler avec mon boulot et du Whisky pur feu, répondit-il avec un léger sourire.
- C'est ainsi que je comble la mienne avec mon boulot et du cappuccino.
- Et du vin à l'occasion, Granger. Ne joue pas les Sainte nitouche avec moi, rétorqua-t-il alors que je levais les yeux au ciel.
Je posai les romans sur le meuble à côté de la caisse.
- Tu as besoin de quelque chose Drago ?
- Pas vraiment. Je venais simplement te demander si tu voulais déjeuner avec moi ce midi. Pour une fois j'ai deux heures pour déjeuner et Blaise retrouve une jeune femme mystérieuse, expliqua-t-il en laissant échapper un sourire en coin. Je me disais que ce serait l'occasion.
- D'accord, murmurais-je. Je ferme la librairie à 12h30, donc dans… Un quart d'heure, dis-je en regardant ma montre. Je connais un restaurant plutôt sympa pas très loin dans le Londres moldu.
- Ça me va, Grangie.
Je levais une nouvelle fois les yeux au ciel en entendant le surnom « Grangie ». Je finis alors de ranger les romans et encaissai deux clients avant de fermer la librairie. On partit vers le Londres moldu et on s'arrêta dans le restaurant dont je lui avais parlé. Je me sentais à l'aise avec Drago. La modification de nos relations était époustouflante. J'avais découvert un nouveau Drago, un que j'appréciais et avec qui j'aimais passer du temps. Les bureaux de la Gazette du sorcier étaient à côté du chemin de traverse il passait donc régulièrement par la librairie pour venir me saluer, pour discuter un peu, voire pour proposer de faire des choses tous les deux.
On s'installa à une table et on commanda. Le serveur nous apporta une bouteille de vin avec deux verres. Je dégustais mon verre de vin blanc alors que j'écoutais Drago parler du dossier Fudge. Il était très enthousiaste à l'idée de finir ce dossier et de faire l'objet d'une édition spéciale de la Gazette. Ce dossier représentait déjà un mois de travail acharné et ils étaient loin d'avoir terminé avec Blaise. Drago était passionné par son travail. Il ne le faisait pas pour l'argent, puisqu'un journaliste de son niveau ne gagnait pas des millions de gallions par an. Il menait tout de même une vie confortable grâce à la richesse de sa famille, c'est pourquoi il avait choisi de faire un métier qui le passionnait et non qui rapportait forcément beaucoup d'argent. Il avait à cœur de rétablir la vérité à travers ses articles et d'exposer son point de vue parfois controversé sur des sujets d'actualité. Drago n'avait pas sa langue dans sa poche dans ses articles, mais il ne l'avait de toute façon jamais eu. Il aimait aussi le travail d'investigation et de recherche de la vérité. De plus, il travaillait avec son meilleur ami, Blaise.
L'entrée arriva et je commençais à dévorer ma salade. Je mourrais de faim et Drago semblait amusé par la vitesse à laquelle je la mangeais. Je levais mon visage vers lui et lui fis un léger sourire.
- Alors comme ça Blaise mange avec une jeune femme mystérieuse ? Demandais-je curieuse.
- Oui, je crois savoir qui elle est. C'est une ancienne mannequin qui travaille aujourd'hui dans le département événementiel et communication du Ministère.
- Ils rencontrent tous quelqu'un au Ministère, songeais-je à voix haute. À croire qu'un département de rencontres amoureuses a été créé, riais-je.
Drago pouffa et prit une autre bouchée de son entrée.
- Et toi ? Osais-je demander. Tu ne veux pas rencontrer quelqu'un ?
Il y eut un silence. J'avais toujours été étonnée de le voir célibataire si longtemps. Il me semblait qu'à Poudlard il avait eu quelques d'histoires et d'aventures plus ou moins amoureuses. Mais depuis plus d'un an il semblait être inconsolable. Cela ne se voyait pas bien entendu, il gardait son masque d'indifférence en public. Mais cela faisait plus d'un an que la femme qu'il fréquentait était partie. Elle l'avait quitté du jour au lendemain, sans explication. Il ne l'avait plus jamais revu. Il semblait être bloqué sur ce traumatisme là. Je n'avais jamais vu cette femme. Il entretenait à l'époque une relation longue distance avec elle. Mais c'était comme s'il attendait aujourd'hui encore son retour. Cela me faisait mal de le voir ainsi. Il méritait quelqu'un de mieux qu'elle. Il méritait de refaire sa vie. Mais apparemment il l'avait réellement aimée. Et il l'aimait toujours selon moi. Il prit une gorgée de vin.
- Non, ça ne m'intéresse pas réellement. Je n'ai pas envie de rencontrer quelqu'un, je suis heureux comme ça, répondit-il.
- Tu l'es ? Répliquais-je en haussant un sourcil.
- J'imagine.
Je soupirai. Il ne l'était pas. Il ne l'était plus depuis qu'elle était partie. Il me semblait qu'avant il était heureux. Il avait cette lueur dans son regard qui s'était éteinte depuis.
- Pourquoi l'attends-tu toujours, Drago ? Demandais-je en rassemblant mon courage face à ce sujet compliqué.
- Parce que je sais qu'elle reviendra un jour, Granger, répondit-il simplement.
- Tu mérites bien mieux qu'elle, le contredis-je. Même si elle revient, et ça fait plus d'un an donc je n'y crois pas trop, tu mérites mieux. Elle te fait souffrir et elle n'en a rien à faire. Tu es quelqu'un de bien et un jour tu rencontreras quelqu'un de bien pour toi aussi.
- Peut-être que tu as raison, accorda-t-il. Mais je sais qu'elle va revenir. Même après tout ce temps, j'y crois encore.
Je lui fis un petit sourire. Il me faisait de la peine. Cela me tuait de voir un de mes amis si peiné et qui méritait bien mieux que cette situation là.
- Je ne pensais pas voir un jour cette sensibilité en toi, Malefoy, soupirais-je avant de boire une gorgée de vin.
- Je ne suis pas sensible, bouda-t-il. Je suis simplement plein d'espoirs, Granger, as-tu oublié ce que c'était ?
- Ou sans espoir, répliquais-je en plantant mes yeux dans les siens.
Il laissa échapper un sourire et commença son plat qui venait d'arriver. La conversation continua sur les derniers livres que l'on avait respectivement lu. Je passais un bon moment avec lui qui fut rapidement terni par l'arrivée d'une migraine. Je commençai à me masser les tempes pour essayer de la faire passer ou au moins de l'apaiser. Drago repose son verre d'eau et me prit une main dans la sienne.
- Hermione, tu vas bien ? S'inquiéta-t-il. Ce sont tes migraines qui recommencent ?
- Ça m'arrive de temps en temps, répondis-je alors que je levais les yeux vers lui.
- Je te ramène chez toi ?
- J'ai des herbes de l'apothicaire à la librairie, au cas où, murmurais-je.
On régla tous les deux la note et partit vers le chemin de traverse. J'entrai dans la librairie encore fermée, avec un mal de crâne assourdissant. La moindre lumière et le moindre bruit étaient une torture pour moi. Drago ferma d'un coup de baguette les rideaux de la librairie pour limiter la lumière alors que je m'affalais sur une chaise, la tête entre les mains. Drago fouillait dans la réserve de la librairie pour trouver les herbes.
- Hermione où sont-elles ces fichus herbes ?! Ragea-t-il dans la réserve.
- Dans la boîte à thé, murmurais-je. Sur l'étagère de droite. Dans une petite pochette verte.
Il revint avec la pochette et versa les herbes dans de l'eau chaude. Il s'accroupit devant moi et me donna la tasse. Il avait l'air inquiet. Je bus d'une traite la boisson qui me brûla un peu au passage ma gorge. Mais ce n'était pas important, je voulais juste que ma migraine s'apaise. Ces migraines me compliquaient parfois la vie. Elles survenaient sans raison et étaient d'intensité et de durée variables. Je me massais les tempes alors que je sentais qu'elle commençait à s'apaiser. J'ouvris les yeux pour voir Drago, toujours présent, toujours inquiet.
- Tu devrais probablement retourner à la Gazette non ? Marmonnais-je.
- Pas si tu ne vas pas mieux, Grangie, souffla-t-il.
- Ça va un peu mieux, Malefoy.
- Vraiment ? Murmura-t-il en plantant son regard dans le mien.
J'acquiesçais d'un hochement de tête. Il regarda sa montre et se leva en soupirant. Il se dirigea alors vers la porte de sortie et me regarda une dernière fois.
- Prends soin de toi, Granger, souffla-t-il alors que je lui rendais un petit sourire.
La douleur commença à s'estomper peu à peu. J'ouvris les rideaux et ouvrais la librairie. Le travail n'attendrait pas plus longtemps. Frank arriva quelque temps après et me fut d'une grande aide. L'après-midi passa lentement. Très lentement. Trop lentement. J'aimais sincèrement mon travail mais ma migraine m'avait fatiguée. Je commençais même à avoir quelques tremblements. Je ne savais pas si ces conséquences de l'accident disparaîtraient un jour. J'aurais aimé. J'espérais.
Je rentrai chez moi exténuée. Je ne mangeai même pas et décidai de me mettre au lit avec un livre et une tasse de thé. Le silence m'entourait et je me complaisais dedans. Les migraines ne devraient pas revenir ce soir-là.
Un hibou toqua à la fenêtre de ma chambre. Je me tournai vers celle-ci et souris en le voyant. C'était celui de Drago. J'ouvris et récupérai la lettre. Je cherchai dans la cuisine des friandises à lui donner alors que Pattenrond se réveillait après avoir senti la présence du hibou. Il s'étira et fêla à la vue du hibou. Je lui donnai quelques friandises et dépliai la lettre alors que le hibou repartit par la fenêtre.
« J'espère que ta migraine est pleinement passée et que ton après-midi n'a pas été trop dure.
J'ai passé un bon moment avec toi, Granger. Je sais que tu ne peux désormais plus te passer de moi, bien évidemment, mais ne t'inquiète pas trop de mon sort.
D.M. »
Je souris en lisant sa lettre. Elle était attentionnée. Je savais ce qu'il voulait dire par ne pas s'inquiéter de son sort. Il parlait de notre discussion. Bien sûr que je m'inquiétais pour lui. Il était mon ami et il était malheureux à cause d'une femme qui l'avait quitté sans regarder derrière. Une garce.
Merci d'avoir lu ce deuxième chapitre, j'espère qu'il vous a plu en tout cas !
