Bien que John ne soit pas habitué à ce que l'on prenne soin de lui, il accepta, il n'avait ni famille, ni ami pour le faire. Si ce jeune homme voulait de lui, il n'y voyait aucun inconvénient. Et puis, il ne pouvait pas résister à son charme. Sherlock le transporta donc jusqu'à son domicile durant la nuit, les cabs auraient été beaucoup trop violents, les secousses auraient pu arracher quelques cris de douleurs au pauvre malheureux.
John Watson possédait une petite maison en périphérie de la Cité au Nord, Sherlock veilla grandement à ce que le garde-pompe ne puisse pas bouger sa jambe, qui lui procurait une douleur insoutenable. Cet inconnu et pourtant si proche, créa quelque chose en John, une proximité flamboyante qui ne le laissait pas indifférent. Ils étaient tous deux couverts de suie, Sherlock ne savait pas comment réellement s'y prendre afin d'apaiser sa souffrance lisible sur son visage. Il se saisit alors de ses mains. Elles étaient calleuses, mais pas désagréables du tout contrairement à ce que l'on pourrait penser. Il était très doux John ne comprenait pas comment ses voisins avaient pu le laisser pour mort chez lui. Il n'avait rien d'un sauvage. Certes sa grandeur pouvait être quelque peu imposante, son regard était glacial, mais de cette froideur ressortait son contraire. Sherlock tenta de trouver un moyen pour immobiliser cette jambe. Tout ce qu'il pu faire était l'emballer dans ce qu'il semblait être un vieux drap, le serrant le plus possible. John grimaçait mais il savait bien les dommages que cela allait lui causer s'il ne faisait pas le nécessaire.
Sherlock passa le restant de la nuit à veiller sur John. Il ne dormait pas réellement, il somnolait, la douleur faisant frissonner son corps, secoué de quelques spasmes. Ils discutaient, de tout et de rien, de ce qu'ils faisaient l'un et l'autre dans la vie. Tout était très calme, loin des mouvements de foules de la Cité tandis que Londres brûlait. Elle n'était pas la seule à être victime d'un brasier infernal, les cœurs des deux hommes en étaient victimes également. Quand bien même Sherlock avait mentionné une maisonnette dans le Sussex, il appartenait à cette ville, il aimait cette ville, elle l'avait vu naître et grandir. Il ne pouvait pas la quitter ainsi, il voulait y rester, mais seul... Il ne trouverait que l'ennui d'une vie monotone. Ses abeilles ayant fuies, étant mortes, il ne connaissait pas son avenir. Il était perdu, il ne voulait plus être seul. Il regardait avec une tendresse insoupçonnée le soldat du feu.
« Je m'appelle Sherlock Holmes, passionnée d'apiculture et écrivain à mes heures perdues.
- John Watson, garde-pompe de Londres, ancien militaire..
- Rien que je ne puisse déduire, le coupa-t-il.
- C'est vrai, je ne serais pas venu vous secourir si..
- Me secourir ? Je pensais que c'était l'inverse ! »
Le jeune homme réussit à ôter un sourire au visage marqué de John. Il esquissa lui-même un petit sourire, qui s'effaça bien rapidement, trop rapidement. Un air de mélancolie s'empara de l'aura de Sherlock, et le militaire ne pouvait qu'y assister, impuissant. Il décelait chez lui, une partie sombre, profondément blessée.
