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Bonne lecture!


Quelques heures plus tôt

L'intervention semblait être la routine. Un homme s'était introduit dans la banque, arme au poing et il menaçait de tuer toutes les personnes présentes si l'employé au comptoir ne lui remettait pas la somme d'argent qu'il réclamait. La police était rapidement arrivée sur les lieux.

Ce fut en un bond que l'Inspecteur Murdoch quitta le fiacre, juste derrière l'Agent Crabtree et avant d'entendre son supérieur en faire de même après lui.

-Éloignez la foule George, avait lancé William en regardant le monde s'amasser sur le trottoir.

Il prit une seconde pour regarder toutes les personnes présentes. William n'arrivait jamais à comprendre l'inconscience des gens. Tous se pressaient pour voir quelque chose, sans réfléchir aux conséquences que cela pouvait avoir si l'homme à l'intérieur du bâtiment venait à surgir au dehors et se mettre à faire feu sur les passants un peu trop curieux. Il vit une petite fille aux boucles blondes, âgée de trois ans à peine, debout devant son père qui semblait à tout prix vouloir savoir ce qu'il se passait. Son cœur se serra dans sa poitrine un instant. Si lui aussi il avait une petite fille telle qu'elle, jamais il ne prendrait un tel risque. William ne comprenait pas la réaction de certains parents parfois. Lui qui avait vu tant de fois le danger, la souffrance et la mort, il ne savait que trop bien à quel point il voulait que les personnes qu'il aime les évitent.

Perdu dans ses pensées, il ne reprit pieds dans la réalité que lorsque George éloigna l'homme et sa fille se tenant sur le trottoir d'en face, puis, il accorda toute son attention à l'Inspecteur Brakenreid qui se trouvait à côté de lui.

-Apparemment il a un fusil et il menace d'abattre le responsable de l'établissement, un certain John Wright.

-D'après Mademoiselle Grant qui se trouvait dans la banque lorsqu'il est entré, lança un policier en uniforme qui les avait alerté de la prise d'otage et qui désigna la jeune femme se tenant un peu plus loin, il réclame deux milles dollars.

-Deux milles dollars? Répéta William abasourdi.

-Il ne relâchera personne d'autre temps qu'il ne les aura pas.

-Avez-vous pu avoir un autre contact avec lui? Demanda William.

-Non Monsieur, répondit simplement le jeune homme.

-Connait-on son identité?

-Non, nous ne savons rien sur lui.

-Tentez de trouver qui il est, que Mademoiselle Grant vous fasse une description et qu'on établisse un portrait robot.

-A quoi ça va vous servir Murdoch? Lança Brakenreid.

-A connaitre ses motivations.

-On s'en contre-fiche, rétorqua son supérieur, il veut deux milles dollars et il détient des otages, nous sommes plus nombreux et armés. On entre, on tire, on le cueille et on en parle plus. Avec un peu de chance, nous serons rentrés pour le dîner.

-Je ne crois pas que se soit une bonne idée Monsieur, murmura William, il a des otages et il pourrait bien tirer sur l'un d'entre eux si nous entrons par la force.

-Que proposez-vous?

-Lui donner ce qu'il demande, du moins lui faire croire que nous lui donnons ce qu'il souhaite. Nous gagnons ainsi du temps et lorsqu'il voudra fuir avec l'argent, nous n'aurons qu'à l'arrêter lorsqu'il sera le plus vulnérable.

-C'est bien joli ça Murdoch, mais deux miles dollars, c'est difficile à trouver.

-Il ne nous en faut que cinq cent, répondit plus bas William pour expliquer son plan en détail, nous formons des paquets et à l'intérieur nous y glissons simplement des feuilles de papier. Dans la précipitation, il ne comptera pas, il ne verra que les liasses se trouvant au-dessus et lorsqu'il se croira en sécurité...

-...On le ferre, bien pensé, termina l'Inspecteur en lui accordant un clin d'œil, HIGGINS, cria-t-il avant de se diriger vers le jeune homme un peu plus loin.

William resta là, immobile quelques instants, levant son regard vers le bâtiment en soupirant profondément, la nuit s'avérerait longue, il en était persuadé.

Il avait ainsi fallut plusieurs heures pour rassembler une partie de la somme demandée. Pour les billets factices, les agents Higgins, Jackson et Crabtree avaient dû couper des morceaux de journal de la taille identique à des billets de banque. Les Inspecteurs Brakenreid et Murdoch avaient tenté de garder le contact avec le preneur d'otages, ils avaient voulu en savoir davantage sur lui. Mais fort était de constater qu'ils ne pouvaient rien en tirer, l'homme se murait dans son silence de l'autre côté de la porte, répétant inlassablement qu'il ne souhaitait qu'avoir l'argent et qu'il prendrait avec lui un otage pour quitter la banque en toute sécurité et pour ne pas être arrêté une fois qu'il aurait ce qu'il demandait.

Ainsi le soleil se couchait sur Toronto. L'air se rafraîchissait, seuls les lampadaires diffusaient leur lumière blafarde dans la rue à présent déserte, les passants ayant été repoussés jusqu'au bout de la rue. William se trouvait adossé au mur du bâtiment, attendant simplement que ses collègues ne viennent avec l'argent et lorsque l'Agent Crabtree lui apporta la mallette, il se dirigea vers lui et il prit la parole.

-Alors George, murmura William, vous avez l'argent?

-Tout est là Monsieur, répondit le jeune homme en lui tendant la mallette sombre que William prit aussitôt.

-Bien, soupira celui-ci, dans ce cas je vais entrer, lorsque les otages seront sortis , éloignez-vous des portes et laissez-le partir, nous le suivrons à distance.

-Et l'otage qui restera avec lui? Demanda Thomas en fronçant les sourcils.

-Si tout se passe bien, ce sera moi, répondit William en plongeant son regard dans le sien, et je connais les risques Monsieur.

-Nous ne savons rien sur cet homme, il pourrait vous abattre dans la seconde où vous entrez.

-Il aurait déjà pu le faire à travers la fenêtre, répondit William en la désignant d'un mouvement de tête, il ne me tirera pas dessus.

-Vous avez intérêt à avoir raison, rétorqua Brakenreid en le pointant du doigt, je ne veux pas me faire étrangler par le Docteur Ogden.

A l'évocation de son épouse, William ne pu retenir un timide sourire. Il savait que son supérieur avait raison, Julia serait folle de rage de savoir qu'il prenait un tel risque. Il savait à quel point elle cachait son inquiétude derrière un tendre regard et un timide sourire. Il la connaissait si bien depuis tant d'années, qu'aujourd'hui il savait qu'au fond d'elle-même elle était morte de peur qu'il ne soit blessé. Mais Julia avait toujours su le cacher, lui souhaitant un "bonne chance", lui souriant afin de l'encourager à faire son devoir. Si son épouse avait été à ses côtés à cet instant, une fois encore elle aurait plongé son regard dans le sien, elle lui aurait sourit tendrement et sa main aurait effleuré sa joue. Elle n'aurait rien dit, aucun mot n'aurait passé la barrière de ses lèvres, mais William aurait compris. Il en avait toujours été ainsi entre eux, les mots leur ont souvent manqué par le passé, mais leurs regards disaient toujours ce qu'ils éprouvaient au plus profond de leur cœur.

Sortant doucement de ses pensées, William referma avec force ses doigts sur la mallette, puis, après un dernier regard accordé à ses collègues, il se dirigea vers la porte.

-Monsieur Romart, je vais entrer avec l'argent que vous avez demandé, lança William d'une voix sûre, vous allez libérer les otages comme nous l'avions convenu.

-A l'exception d'un seul, fit la voix de l'homme de l'autre côté de la porte.

-Et ce sera moi, répondit William, quoi de mieux qu'un Inspecteur de police? Mes collègues vous laisseront partir.

Le silence retomba pendant de longues et interminables secondes, chaque policier se tenant prêt à intervenir si le besoin se faisait sentir. L'Inspecteur Brakenreid porta la main à son arme en croisant le regard de William lorsque l'homme de l'autre côté de la porte reprit la parole.

-D'accord, vous entrez, je libère les otages et vous restez avec moi jusqu'au moment où je serai en sécurité avec l'argent.

-Bien, répondit William, je vais entrer.

Après une dernière inspiration, William monta les deux petites marches conduisant à la porte d'entrée de la banque. Il entendit le loquet se déverrouiller de l'autre côté et il vit la porte s'entre-ouvrir. Il la poussa et il entra. Il se retrouva aussitôt nez-à-nez avec un homme bien plus grand que lui, à la carrure imposante, aux yeux sombres et au cheveux aussi clairs que les rayons du soleil. Il tenait contre lui une jeune femme qui ne se débattait pourtant pas. En un regard, William fit le tour de la pièce. Le hall d'entrée était presque vide. Il n'y avait que deux employés assis sur le sol, deux femmes et un petit garçon d'une dizaine d'années. La banque était presque totalement plongée dans le noir à l'exception de quelques lampes à huile brûlant par-ci par-là. L'homme en face de lui fit signe aux personnes un peu plus loin de se lever. Tous s'exécutèrent dans le silence et il relâcha la jeune femme qui s'approcha aussitôt du petite garçon pour le prendre dans ses bras. Puis, il fit un geste vers la porte. William acquiesça et il s'en écarta pour voir les otages quitter rapidement les lieux avant que l'homme ne referme la porte violemment derrière eux.

-Vous avez l'argent?

-Tout est là, répondit William en lui montrant la mallette.

Sans un mot il s'en saisit et il la posa sur un bureau un peu plus loin pour l'ouvrir. William serrait les poings en le voyant compter les billets, l'air se raréfiait et il sentait la sueur perler dans sa nuque au fur et à mesure qu'il faisait danser les billets dans ses mains.

-Vous m'avez menti, le compte n'y est pas, rétorqua le jeune homme en lui montrant le journal caché entre les billets au fond de la mallette.

-Ecoutez, vous...

-Non, c'est vous qui allez m'écouter, lança le jeune homme en pointant son arme sur la poitrine de William, je ne suis pas idiot. Vous avez essayé de m'avoir, et vous n'allez certainement pas me laisser quitter cet endroit. Elle avait raison une fois encore.

-Elle? Répéta William. Qui?

-Aucune importance, murmura-t-il en riant doucement, c'est mieux ainsi après tout. Si je sors je serai abattu ou jeté en prison, alors quand bien même continuer? Quittez cet endroit si vous ne voulez pas mourir.

-Monsieur Romart, je peux vous aider, si...

-QUITTEZ CET ENDROIT ! Cria-t-il avant de tirer une balle dans le sol ce qui fit sursauter William. Sinon je vous abats, murmura-t-il.

William inspira alors profondément et il acquiesça, puis, doucement, il ouvrit la porte pour quitter la banque. Une fois dans l'embrasure de la porte, il croisa une dernière fois le regard du jeune homme, sans un mot celui-ci ouvrit son manteau et William se figea sur place. Il reconnut les explosifs qui se trouvait à sa taille.

-Dites-lui que je l'ai fait pour elle, murmura le jeune homme avant de craquer une allumette et de l'approcher du dispositif.

-Non, ne...

L'inspecteur Murdoch ne termina pas sa phrase. La déflagration lui brûla le visage et il fut projeté sur plusieurs mètres dans la rue. Il entendit les cris autour de lui mais il ne s'en soucia pas. Sa tête lui tournait et il avait beau essayé d'ouvrir les yeux, il ne voyait rien, ses paupières étaient lourdes et il avait mal, tellement mal.


Lorsqu'il termina son récit d'une voix tremblante, les larmes de Julia coulaient déjà librement sur ses joues. Elle avait voulu savoir ce qu'il s'était passé mais pourtant, elle n'avait pu retenir sa tristesse et sa douleur de voir à quel point son époux souffrait. Il lui avait tout raconté, alors qu'il se trouvait dans ce lit allongé, alors qu'elle regardait son visage meurtri et ses yeux couverts d'un épais pansement. Elle avait tenu sa main, assise sur une chaise à côté du lit, lui donnant le courage de continuer son récit. Bien entendu, William n'avait rien remarqué de son état, ce ne fut que lorsqu'il avait terminé et qu'il sentit une larme tomber sur sa main qu'il comprit.

-J'ai été aveuglé par l'explosion, murmura-t-il, c'est pour cela que je ne vois plus rien, n'est-ce pas?

-Oui, répondit Julia en sentant sa voix écorcher sa gorge.

-Y a-t-il...est-ce que je vais rester...

-Je l'ignore, le Docteur Parks l'ignore aussi, il faut le temps, il faut...Il faut que tu te reposes William, dit-elle en caressant tendrement son front, je suis là, je reste avec toi. Je ne te quittes pas un seul instant.

William ne répondit pas, resserrant ses doigts sur ceux de son épouse qui essuya ses larmes d'un revers de manche. Elle savait que les blessures étaient sans doute graves, mais elle était aussi soulagée de savoir que William était en vie. Elle n'aurait jamais supporté de le perdre. William était là, blessé, gravement blessé, mais en vie et c'était tout ce qui comptait. Doucement, elle se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres. Il fut surpris, mais pourtant, il l'embrassa à son tour une seconde plus tard.

-Ne pleure pas, murmura-t-il sur ses lèvres, s'il te plait ne pleure pas.

Julia ferma alors les yeux et elle posa son front contre le sien, savourant la sensation du souffle tiède de son époux sur sa peau, sentant son cœur battre dans la paume de sa main qu'elle avait posé sur son torse. William était là, en vie.


à suivre...