Elle se trouvait devant lui, souriante en haut des marches du perron de leur maison à peine achevée. La lumière du soleil à son zénith éclairait son visage. Ses cheveux tombaient en cascade sur ses épaules jusque dans le milieu de son dos. Julia se tenait là, souriante face à lui, dans cette robe de mariée, dans un halo de lumière.

-William, murmura-t-elle, rejoins-moi.

-Pourquoi es-tu en robe de mariée?

Il était déboussolé, totalement perdu. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, et pourtant, il ne voulait pas bouger, il voulait continuer à la regarder. Julia glissa ses mains dans son dos sans même quitter son regard et avant qu'il ne puisse le remarquer, il vit la robe tomber sur le sol. Son souffle se coupa. Elle n'avait rien porté sous sa robe, elle se trouvait là, nue devant lui, sur le perron de leur demeure, lui souriant simplement. Les voisins, pensa-t-il.

-Julia, tu dois, les voisins vont te voir et...

Elle rit alors aux éclats et doucement, elle descendit les marches pour venir se blottir contre son torse.

-Et si tu cachais mon corps avec le tien chéri?

-Que...que veux-tu di...oh Julia, gémit William en fermant les yeux alors qu'elle commençait à déboutonner sa chemise et que sa langue dansait sur la peau de sa nuque.

-Je veux dire: Fais-moi l'amour, répondit Julia dans le creux de son oreille, je n'ai que faire des voisins, fais-moi l'amour William.

Il posa alors ses mains dans le creux des reins de Julia pour laisser glisser ses doigts sur sa peau douce. Il l'entendit gémir lorsque sa poitrine se pressa contre son torse, lorsque son excitation se mise à grandir contre sa cuisse. Il l'embrassa alors avec fougue, la soulevant au-dessus de lui pour la porter à califourchon vers l'entrée de la maison. Il l'embrassa avec passion et lorsqu'il ouvrit les yeux pour croiser son regard, il se figea sur place. La femme qu'il aimait et qui se trouvait dans ses bras n'avait pas ce regard si doux et si amoureux. Ses yeux avaient perdu de leur éclats, ils étaient noirs, si noir qu'il ne pouvait plus distinguer son iris, car sa pupille s'était mise à grandir, grandir à tel point qu'il n'y avait plus une once de bleu.

-Julia qu'est-ce que...

Il ne termina pas sa phrase, se demandant ce que son épouse était devenue, car il était évident qu'elle n'était plus "humaine". D'un violent coup dans le torse, elle le plaqua contre le mur en briques de la maison et en un rapide mouvement, elle lui arracha ses vêtements avant de le maintenir prisonnier en posant ses mains sur le mur de chaque côté de son visage. Il allait protester, la reculer, s'échapper. Mais jamais elle n'avait eu autant de forces et sans qu'il ne puisse y faire quoique se soit, il sentit sa main se saisir de son membre et le masser doucement. Elle se redressa à peine et dans un soupir, sa douceur l'entoura. Il poussa un gémissement de plaisir. Qu'importait qui était cette femme, elle avait le corps, l'odeur, le goût de Julia et il se laissa aller simplement. Il ne résista pas, plaçant ses mains sur ses cuisses pour amplifier ses mouvements, pour la sentir perdre pieds avec lui, pour s'enfoncer toujours un peu plus profondément et avec plus de force en elle, jusqu'à cet instant, celui où il explosa en un cri, la tête reposant sur le mur, ses hanches encerclées par ses longues et fines jambes, son membre encore prisonnier de sa féminité dont il sentait les spasmes effrénés. Il sentait le souffle brûlant de la jeune femme dans sa nuque alors qu'elle répétait inlassablement son nom, à bout de souffle.

Une fois encore William se réveilla en un sursaut, le corps tremblant, la respiration saccadée et la transpiration dégoulinant dans son dos. Il ne lui fallut que quelques courtes secondes pour comprendre ce qu'il s'était passé. Il porta une main à sa virilité pour la sentir tendu dans son pyjama. Nombreuses avaient été les fois où il s'était réveillé dans un tel état. Il soupira alors profondément. Instinctivement, il se tourna sur la gauche pour regarder l'heure sur l'horloge se trouvant sur sa table de nuit. Il sentit alors une profonde frustration. Il ne pouvait rien voir, ses bandages ne lui permettaient pas d'ouvrir les yeux et même si s'en était le cas, il savait qu'il ne verrait rien de toute façon. Il était dans le noir, un noir intense et profond, comme avaient été les yeux de Julia dans son rêve. William n'était pas en mesure de savoir l'heure qu'il était, s'il faisait jour ou non. Doucement, il roula sur lui-même, remarquant que son corps se calmait enfin. Il tendit un bras et un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres. Un corps se trouvait étendu à côté du sien. Elle était là, Julia. Il sentit le fin tissu de sa chemise de nuit glisser sous ses doigts, il redessina le contour de ses courbes, il plaça sa main sous son nombril et doucement, il approcha son corps du sien. Il n'avait pas besoin de voir pour avoir de tels gestes envers elle, il l'avait fait si souvent par le passé, se serrer contre elle, plonger son visage dans ses cheveux, déposer un baiser dans sa nuque.

-J'ai peur Julia, murmura-t-il doucement, peur de ne jamais plus voir à quel point tu es belle. Peur d'oublier ton visage, la couleur de tes yeux, j'ai peur que plus rien ne soit comme avant, peur de te perdre.

Il inspira profondément et il se serra tout contre son corps, déposant un baiser sur son épaule nue, sentant son dos contre son torse.

Julia avait simplement posé sa main sur celle de William. Elle s'était réveillée lorsqu'elle l'avait entendu gémir. Elle l'avait vu se tourner vers l'horloge et avant qu'elle ne puisse bouger, William l'avait caressé et l'avait pris dans ses bras. Elle n'avait pas bougé, faisant mine de dormir, sentant l'érection de William contre ses fesses et son souffle dans sa nuque. Si elle n'avait pas eu son cœur brisé à cet instant, si elle avait seulement pu plonger son regard dans le sien, elle savait qu'elle serait en train d'embrasser son époux, elle savait qu'ils allaient être sur le point de faire l'amour. Mais les mots de William résonnaient dans son esprit.

Elle voulait lui répondre qu'il ne la perdrait jamais, que tout serait comme avant, mais elle n'en avait pas eu la force. Elle s'était contentée de se caler contre son torse, pour sentir sa présence, pour le rassurer lui-aussi. Julia voulait se convaincre qu'ils pourraient aller au bout de cette épreuve, mais au fond d'elle-même, elle était aussi terrifiée.


Le couple s'était levé tard ce matin là. Julia avait fait demander le petit déjeuner, avant qu'il n'arrive, le couple avait rejoint la salle de bain. William avait prit place sur la chaise qui s'y trouvait et avec précaution, Julia mit plusieurs minutes pour le raser de près. Elle veilla à ne pas le couper, même si l'opération allait durer bien plus longtemps que toutes les fois où il l'avait fait seul. Une fois prêt, elle le guida à la table de la salle à manger, puis, elle le laissa seul quelques minutes, le temps pour elle de s'habiller à son tour et de se coiffer. Une fois prête, elle le rejoignit et ils mangèrent simplement tous les deux. Comme à son habitude, Julia lu le journal, tendant parfois une tartine qu'elle avait préparé à William. Elle lu les nouvelles à haute voix, permettant ainsi à William de savoir également ce qu'il se passait en ville ces derniers jours. Lorsqu'ils avaient terminé, ils quittèrent la chambre. Bras-dessus, bras-dessous, ils allèrent en ville. William avait insisté pour faire le trajet à pieds, souhaitant s'adapter au plus vite à la situation. Il avait une totale confiance en Julia, il savait qu'il pouvait marcher à son bras sans risquer de se blesser. Il écoutait avec attention tous les bruits, parfois il lui demandait ce qu'il se passait, afin qu'il puisse se souvenir précisément de chaque son. Julia l'aida du mieux qu'elle le pouvait, lui décrivant tout en détails et il lui était infiniment reconnaissant. Il savait qu'il allait pouvoir un jour marcher dans la rue sans avoir peur. Mais il savait également qu'il sentirait son cœur se serrer dans sa poitrine à chaque fois qu'il se trouverait au bras de Julia, qu'il entendrait ces chuchotements sur leur passage. La pitié. Il ne la supportait pas. Lui, il pouvait l'ignorer, mais il souffrait pour elle. William savait que Julia n'écoutait jamais ce qu'on disait sur son passage, ou dans son dos, même dans les journaux. Mais lui seul connaissait si bien son épouse, lui seul savait que cette femme forte et entêtée était également fragile et qu'elle avait une sensibilité bien cachée derrière un épais vernis. Lui seul savait, lui seul connaissait vraiment la femme qui se trouvait à son bras. Et il souffrait de cette situation, pour elle.

Ils avaient ainsi passé de longues heures en ville pour acheter des lunettes opaques pour William lorsqu'il retirerait ses bandages dans quelques jours. Une canne également qui l'aiderait à se déplacer tout seul, mais aussi des médicaments. Puis, lorsqu'ils voulurent manger, ils optèrent pour la meilleure solution, rentrer à l'hôtel. Il était encore bien trop tôt pour qu'ils mangent dans un restaurant. Julia devait l'aider et il ne voulait pour rien au monde subir cette honte d'être nourri comme un enfant de deux ans par son épouse. Ils étaient rentrés, ils avaient mangé et ils avaient passé l'après-midi dans leur suite. Julia l'avait aidé à se familiariser avec l'environnement, le laissant marcher seul, lui indiquant où se trouvaient chaque objet, le laissant toucher chaque recoin de la suite. Elle avait mis de la musique, elle lui avait fait la lecture et lorsque le ciel se noircissait doucement, ils se trouvaient simplement enlacés sur le sofa du salon, en silence. Il se passa de longues minutes où Julia, la tête posée sur l'épaule de William se contentait de le regarder en silence, avant qu'il ne prenne la parole. Il lui demanda si il pouvait la toucher, dessiner du bout des doigts les contours de son visage, de son corps. Il voulait se souvenir,mémoriser, pour ne pas oublier. Julia s'assit alors en face de lui et elle lui prit les mains dans les siennes. Elle les posa sur ses joues et elle acquiesça en fermant les yeux. Il n'en fallut pas davantage à William pour qu'il redessine chacune de ses courbes, sentant la poitrine de Julia se soulever au rythme saccadé de sa respiration. Puis, lorsque la tension fut trop forte, il arrêta, simplement. Son cœur et son corps lui criaient de continuer, de la déshabiller, de lui faire l'amour, mais il n'était pas prêt. Pas encore. Alors, il lui demanda de l'aider à se mettre en pyjama et après les soins, il se mit au lit, simplement.


à suivre...