Le soleil venait de se lever lorsqu'elle se réveilla de son doux rêve. En un soupir de contentement, Julia se retourna, sentant toujours les bras de William la maintenir tout contre lui. Sa main glissa alors sur son torse, laissant son index caresser sa peau entre les deux pans de son pyjama. Elle avait rêvé de lui, de cet homme qui partageait son lit et sa vie, de cet homme qui était son époux depuis deux ans à présent. Julia savait quel jour ils étaient, dans deux jours ce serait leur anniversaire de mariage et rien ne pouvait la rendre plus heureuse que de penser à ce jour si merveilleux, et, elle devait l'avouer, mouvementé également. Elle avait toujours eu la crainte d'oublier, que lorsque le temps passait, il emportait avec lui ses souvenirs, ses émotions, ses sensations. Elle ne voulait pas oublier, elle voulait se souvenir pour toujours chaque seconde passée auprès de lui, auprès de William. Elle voulait se souvenir de chacun de ses gestes, de ses mots, de ses regards, de ses sourires. Elle comprenait à quel point cela devait être dur pour lui, elle ne savait pas si elle était capable de ne plus le regarder chaque matin comme elle le faisait à cet instant. Elle ne supporterait pas de ne plus voir un sourire illuminer son visage, de ne plus laisser ses yeux voyager sur son corps. Julia sourit en rougissant doucement. Oh elle avait plus d'une fois laissé son regard dessiné les contours des muscles de son époux, en particulier ses fesses lorsqu'il se trouvait au bureau et qu'il ne la remarquait pas. Si seulement, il savait, pensa la jeune femme en plongeant son visage dans la nuque de William.
-Pourquoi souris-tu? Murmura la voix de William la faisant sursauter.
-Tu es réveillé?
-D'après mes calculs depuis dix minutes au moins, je t'ai entendu dans ton sommeil.
-Oh, soupira Julia.
-Je crois que je faisais parti d'un rêve très agréable.
-Tu n'as pas idée Murdoch, murmura Julia sur ses lèvres avant de l'embrasser et moulant son corps tout contre le sien.
-Quelle heure est-il? Demanda William à la fin de leur baiser.
-Il est six heures et quinze minutes, répondit Julia en jetant un regard vers l'horloge un peu plus loin, je vais devoir me lever pour aller travailler.
-Je viens avec toi.
-William, tu ne peux rien faire tu...
-J'ai perdu la vue, pas ma tête, coupa William, aides-moi à me raser et à m'habiller. Et...j'aimerai retirer ces bandages.
-La lumière du jour peut être encore trop agressive pour toi, tu devrais peut être...
-S'il te plait, coupa William tendrement en caressant sa joue, je t'en prie Julia.
Elle resta quelques secondes silencieuse, allongée contre le corps de William, regardant son visage, et ces bandages qui recouvraient encore ses yeux. Puis, elle se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres.
-Bien, dit-elle, laisse-moi le temps de faire ma toilette, de m'habiller et de me coiffer et ensuite je m'occuperai de toi.
-Tu es un ange, dit-il en glissant sa main dans le dos de son épouse, mon ange. Je t'aime.
-Moi aussi je t'aime William et c'est bien pour cette raison que je n'arrive pas à lutter contre toi.
Elle s'éloigna alors brusquement de lui et il ne pu s'empêcher de rire doucement. Pourtant avant qu'elle ne quitte le lit, il la retint par le poignet.
-Tu ne m'as pas répondu. Pourquoi souriais-tu?
-Parce que je réalisais la chance que j'avais de t'avoir, la chance de connaitre ce sourire, dit-elle en caressant du bout des doigts les lèvres de William, et la chance que j'avais de pouvoir regarder et toucher tes si belles et si musclées fesses, finit-elle en riant avant de déposer un chaste baiser sur ses lèvres pour se lever enfin.
William secoua la tête de gauche à droite en souriant. Il était ravi d'avoir ce pouvoir sur elle, et il savait bien qu'il était le seul homme au monde capable d'agir ainsi avec son indépendante et entêtée d'épouse.
Le couple était entré bras-dessus, bras-dessous dans le poste de police. Les hommes avaient fait une seconde de silence lorsqu'ils les avaient vu. Julia se trouvait au bras de William dans ses vêtements sombres, son chapeau bien calé sur sa tête, mais avec des lunettes noires sur le nez et une canne à la main. Il ne portait plus les bandages sur ses yeux qu'il gardait fermés, bien trop blessés encore pour qu'il puisse les ouvrir.
-Souhaites-tu te rendre dans le bureau de l'Inspecteur? Murmura Julia. Il est seul.
-Oui, s'il te plait, je ne souhaite pas traverser le plateau central.
Julia acquiesça et après une petite pression sur son bras, elle le guida vers le bureau. La canne de William cogna plusieurs fois dans les pieds des chaises qui se trouvaient dans l'entrée. Quatre pas, première chaise à gauche, deux pas, une chaise à droite, deux pas, une autre à gauche. Trois pas et nous sommes à la porte du bureau.
Julia donna deux coups au chambranle de la porte. Plongé dans sa lecture, l'Inspecteur Brakenreid mit quelques secondes à en sortir et à lever les yeux vers eux.
-Murdoch, lança-t-il en se levant, vous avez vu, je savais que vous seriez de retour rapidement.
-A dire vrai je ne vois pas grand chose Monsieur, répondit William en faisant une grimace.
Le silence tomba et l'Inspecteur lança un regard à Julia qui se pinça les lèvres simplement.
-C'était une blague Monsieur, reprit William, même s'il est vrai que je ne vois rien, vous avez dit " vous avez vu..." alors...
- Votre épouse déteint sur vous, grommela Brakenreid alors que Julia ne pu s'empêcher de sourire timidement,bon alors qu'est-ce que vous faites là?
-Je pensais pouvoir vous aider sur une enquête.
-Et comment?
-J'ai assez d'expérience, je n'ai pas besoin de voir pour apporter mon aide à l'Agent Crabtree ou à vous même.
Une fois encore le silence tomba, l'Inspecteur Brakenreid regarda avec insistance le Docteur Ogden. Comment une femme aussi bornée et combative comme elle pouvait admettre que c'était une bonne idée? Pourtant, elle se tenait là, face à lui, soutenant son époux.
-Inspecteur, lança Julia, je me dois de retourner à la morgue et de reprendre mon poste et William...Il est votre meilleur homme et il est capable de résoudre n'importe quelle enquête. Que cela vous coûte-t-il ?
-Je crois ne pas avoir besoin que tu me défendes, murmura William dans le creux de l'oreille de Julia.
-Je...je voulais t'aider, soupira la jeune femme en sentant son cœur se serrer dan sa poitrine.
-Je ne suis pas ton fils mais ton mari.
Elle resta silencieuse quelques instants, puis, elle lui lâcha le bras avant de reprendre la parole sur un ton plus distant.
-J'ai du travail, faites comme bon vous semblera Messieurs, si vous avez besoin de moi pour raisons professionnelles, vous savez où me trouver.
Sur ces mots, elle quitta la pièce, sans un mot, sans un regard, d'un pas pressé, vexée par la réaction qu'avait eu William à son égard. Elle avait pu comprendre qu'il se sentait diminué, mais elle savait aussi bien que l'Inspecteur Brakenreid que William ne pourrait sans doute rien faire de bien utile au poste de police. Elle avait voulu l'aider, ne pas le laisser avouer qu'il tournait en rond chez eux et qu'il lui était presque impossible de faire quoique se soit seul.
-Venez, murmura Brakenreid alors que la porte claqua derrière Julia, on va essayé de vous trouver quelque chose à faire.
William acquiesça et doucement, il fit le trajet jusqu'à son bureau, buttant contre les meubles sur son passage, mais répétant inlassablement dans son esprit tout les obstacles qui se trouvait sur le chemin pour ainsi connaitre les lieux dans les moindres détails.
L'heure du déjeuner était arrivé. Le Docteur Ogden n'avait pas vu le temps passer. Elle s'était plongée dans son travail, et pour la première fois depuis deux jours, elle s'était enfin sentie en paix. Elle n'avait plus pensé une seule seconde à son époux, à sa condition physique, il n'y avait eu que son travail et rien d'autre.
Elle rédigeait son rapport lorsque le téléphone à côté d'elle sonna. Elle le décrocha aussitôt, ajoutant un dernier point sur son document.
-Docteur Ogden, morgue de Toronto. Je vous écoute?
-Pardonnes-moi, fit la voix de son époux au bout du fil.
-William? Qu'est-ce que...
- J'ai agis comme un idiot.
-William, soupira Julia en levant les yeux au plafond, je ne t'en veux pas. Je peux comprendre que la situation est difficile pour toi et peut être que j'ai voulu trop te protéger. Mais nous sommes au travail et peut être que nous devrions attendre ce soir d'être à la maison pour en discuter.
-Rejoins-moi au bureau, s'il te plait.
-Ecoute je ne sais pas si c'est une bonne idée et...
-S'il te plait, répéta William avant de raccrocher.
Elle resta alors là quelques secondes en silence, tenant le combiné du téléphone. Elle ne savait pas ce qu'elle devait faire, elle avait une immense envie de le rejoindre dans la seconde et de se blottir dans ses bras. Mais ils avaient toujours gardé une certaine distance dans le cadre professionnel. Julia sourit timidement, peut être qu'ils n'avaient pas toujours été si professionnel, car elle se souvenait de baisers volés dans le bureau de l'Inspecteur Murdoch, de tendre caresses dans la morgue et de regards plus qu'équivoques en quittant une scène de crime. Julia nourrissait le plus profond désir d'un jour se laisser aller dans ses bras sur leur lieux de travail. Nombreuses avaient été les fois où son esprit l'avait emporté sur un tel chemin mais William était William et elle savait que jamais il ne s'engagerait sur une telle voie. Même si certains baisers et caresses lui avaient donné un avant-goût. Julia soupira profondément, jetant un regard à ses bagues à son annulaire. Ils allaient bientôt fêter leur anniversaire de mariage, elle était follement amoureuse de lui. Bien entendu qu'elle allait le rejoindre dans son bureau, même si elle comptait le laisser lutter un peu pour qu'elle lui offre ses plus douces faveurs à nouveau.
Lorsqu'elle entra dans le bureau de William, son cœur manqua un battement. Il se trouvait là, au centre de la pièce, les rideaux tirés, un repas disposé sur la table de travail. Il tenait un immense bouquet de fleurs dans les bras, il avait retiré ses lunettes, son regard posé sur le sol. Elle le trouvait si vulnérable, si charmant également.
-William, souffla-t-elle, tu n'as pas à faire cela.
Il ne répondit pas, faisant un pas vers elle. Elle ne bougea pas, étonnée de voir qu'il savait exactement où se trouvait chaque chose. Il tendit la main vers elle, et elle ne bougea pas, jusqu'à l'instant où il posa sa main sur sa hanche et qu'il l'attira contre lui.
-Tu es mon épouse, la femme de ma vie, et je t'aime de tout mon cœur et de toute mon âme. Je sais que tu agis pour mon bien et je t'en remercie du fond du cœur. Mais je veux que tu m'excuse pour ma réaction.
-Je n'avais pas à intervenir et j'en ai conscience. Tu as raison, tu n'es pas mon...fils, dit-elle dans un souffle.
En un doux mouvement, William s'approcha un peu plus d'elle pour se pencher sur elle et l'embrasser langoureusement. Elle se laissa faire, savourant cet instant, comme les rares moments intimes qu'ils avaient partagé dans cette pièce. Il sentit sa main glisser le long de la ligne de son dos alors que sa langue dansait avec la sienne. Elle sentait les cils de William sur sa peau, Dieu que cela lui avait manqué, les bandages n'avaient pas permis une telle proximité, une telle intimité. Elle referma ses bras autour de son cou pendant qu'ils s'embrassaient encore profondément, et à bout de souffle, il la quitta.
-J'ai fait venir notre déjeuner, serais-tu enclin à le partager avec moi?
-Oui, j'en serais ravie.
William déposa un baiser sur sa joue et elle prit les fleurs qu'il lui tendait, puis, il s'éloigna pour retirer le tabouret de la table et l'inviter à s'y asseoir, il en fit de même sur le second et il commença à manger tranquillement, veillant à toucher les couverts et les aliments afin de pouvoir se nourrir sans l'aide de son épouse. Celle-ci restait immobile à côté de lui, le regardant avec incompréhension.
-William, comment as-tu pu faire tant de progrès en si peu de temps et...
-Je me suis entraîné toute la matinée, j'ai arpenté le poste de police dans chaque recoin. Je voulais t'impressionner.
-Je suis impressionnée, dit-elle en un souffle en posant sa main sur la sienne, tu ne cesse jamais de m'impressionner William.
-Alors j'en suis plus que ravi, répondit William en souriant avant de prendre une nouvelle bouchée.
à suivre...
