William s'était trouvé seul dans la suite pendant de longues minutes. Perdus dans ses pensées, ils revivaient inlassablement les récents événements, souhaitant changer ses actes, ses paroles, se maudissant d'avoir agis tel qu'il l'avait fait. Puis, deux coups furent donnés à la porte d'entrée, il sursauta.

-Oui, dit-il d'une voix grave.

-Monsieur? C'est George. Fit la voix de son ami de l'autre côté de la porte.

-Entrez George, répondit William sans quitter le sofa.

Lorsqu'il entra dans la pièce, George fut surpris de constater que la suite était plongée dans le noir. Seul un fin trait de lumière entrait entre les rideaux blancs qui habillaient les fenêtres. La pluie tombaient durement au-dehors et le ciel était bien plus sombre qu'il n'aurait dû l'être à cette heure de la journée. Le jeune homme mit alors quelques secondes pour voir où se trouvait son ami dont la silhouette se détachait de la fenêtre. Il avança vers lui, retirant son casque et son parqua.

-Oh, veuillez excuser la boue Monsieur dit-il en regardant ses bottes laisser des traces noires sur le tapis de l'entrée.

William ne prit pas la peine de répondre, il n'avait que faire de la boue, de la pluie, de tout, il ne pouvait s'empêcher de penser à son épouse. Il entendait sa voix dans un coin de sa tête, son gémissement de douleur, il tentait de se souvenir de son sourire et il remarquait qu'il commençait déjà à oublier. Comment pouvait-il déjà oublier? L'oublier? Voyant qu'il ne recevait aucune réponse, George avança dans la suite.

-Vous n'allumez pas la lumière monsieur?

-Pour moi cela ne fait pas la moindre différence George, répondit William d'un ton las alors qu'il entendit le clic de l'interrupteur et que le jeune homme n'approche du sofa.

Il pouvait remarquer que la luminosité était plus claire, mais aucune forme, rien, il ne voyait rien.

-Souhaitez-vous que je vous soigne ? Lança timidement George en voyant le nez abîmé de William et le sang sur sa chemise.

-Je n'ai pas mal George. Mais Julia...elle voulait le faire en revenant de l'hôpital.

-J'ai grandit avec beaucoup d'autres enfants, et nous nous blessions tout le temps, dites-moi où se trouve son sac et je le ferai. Je vous promets que je n'y mettrai aucun désordre. Mais vous avez le nez amoché et une coupure à la lèvres.

-Des hématomes au torse également, murmura William, ils se résorberont bien tout seuls.

-Il faudrait au moins vous nettoyer le visage Monsieur, insista George, le Docteur Ogden ne supportera peut être pas de vous voir dans un tel état.

-Bien, soupira William incapable de se battre, dans l'armoire sombre à côté du lit, tout en bas. Vous trouverez son sac.

George s'éloigna pour rejoindre la chambre et ouvrir l'armoire. Il rougit doucement en voyant les corsets et les vêtements de Julia suspendus, puis rapidement il prit le sac noir qui se trouvait sur la dernière étagère et il referma la porte pour rejoindre William dans le salon à nouveau. Après un regard à son supérieur, il s'assit sur le fauteuil en face de lui et il ouvrit le sac.

-Vous êtes prêt? Ça risque de piquer un peu.

-Allez-y George, j'ai connu pire.

Le jeune homme acquiesça et il se pencha vers lui pour lui nettoyer le sang avec des compresses imbibées. Il en fit autant de ses phalanges blessées et ils commencèrent leur conversation sur les récents événements. William lui raconta tout en détail, George le rassura en lui disant que l'homme avait été arrêté au bout de la rue et conduit au poste de police. Il aurait sans doute à se présenter au poste de police avec Julia afin de l'identifié, mais que toute cette affaire était bouclée.

Puis, la nuit tomba et le silence avec elle. Pesant. Pendant quelques minutes avant que William ne reprenne la parole.

-Merci George, pour tout, pour m'avoir aidé tant d'années, merci de m'avoir soutenu, merci d'être ici ce soir et merci...d'être mon ami.

-C'est rien Monsieur, répondit le jeune homme, c'est moi qui ai de la chance.

William lui sourit alors tendrement. Il appréciait George, bien plus qu'il ne pouvait l'admettre, parfois il avait l'impression qu'il était son jeune frère, celui qui l'exaspérait, qui le faisait rire, qu'il protégeait, et qui était toujours là pour lui.

-Je voulais aussi vous remercier pour m'avoir aidé à trouver les fleurs.

-Le Docteur a aimé, lança George en souriant largement, je...je veux dire, vous n'avez pas à me le dire je...

-C'est bon George, répondit William en riant, elle les a aimé. Et je n'y serais pas arrivé sans vous.

-C'était un plaisir.

William allait reprendre la parole lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Son cœur manqua un battement. Il se leva en un bond, attendant simplement devant le sofa. Julia entra dans la suite, accordant un tendre sourire à George qui se trouvait dans le salon avec son époux.

-Laissez-moi vous aider, dit-il en approchant vers elle pour l'aider à retirer son manteau.

-Merci George, soupira Julia, comment va William?

-Il est blessé, mais rien de grave, il en a vu d'autres. Et vous comment allez-vous Docteur?

-Un hématome sur la pommette, la lèvre ouverte mais Dieu merci le bras n'est pas cassé, je vais avoir mal quelques jours mais tout ira bien.

-Je suis ravi de le savoir Madame, je vais peut être vous laisser à présent.

Elle acquiesça simplement et George se tourna vers le salon pour reprendre la parole un peu plus fort.

-Je m'en vais Inspecteur, à demain.

-A demain George, répondit William avant que le jeune homme ne quitte la suite.

Il entendit Julia fermer à clé lorsque leur ami les avait quitté, puis, elle se dirigea vers lui doucement.

-Julia? Comment-vas-tu?

-Ca va, répondit-elle en un murmure en posant sa main sur celle de son époux, ce n'est rien de grave ne t'inquiète pas.

-Je suis tellement navré je...

-Arrêtes de t'excuser, coupa tendrement la jeune femme en posant son index sur les lèvres de son époux pour le couper, c'était un accident. Et toi, comment tu vas?

-Bien, George m'a soigné.

-C'est ce que je vois. Il t'as aussi aidé à te changer.

-Mais il n'est pas aussi doué que toi.

Julia rit doucement pour se pencher vers lui un peu plus et effleurer ses lèvres avec les siennes.

-Vraiment? Murmura-t-elle. Tu me vois ravie de savoir que tu préfères que se soit moi qui prenne soin de toi.

Elle déposa ses lèvres contre celles de son époux et ils échangèrent un tendre baiser, ne souciant pas de leurs lèvres blessées se toucher. William posa alors sa main sur Julia qui, en un bond, s'éloigna de lui dans un gémissement.

-Mon bras me fait souffrir, dit-elle dans un souffle, il est préférable de ne pas...

-Je dormirai sur le sofa ce soir.

-Non William, ce n'est pas ce que je voulais dire, je...

-C'est mieux ainsi, dit-il sur un ton plus dur en s'éloigna d'elle pour la contourner et rejoindre la chambre d'un pas décidé.

Julia le regarda partir en silence, fronçant les sourcils. Il était évident que quelque chose n'allait pas chez son époux et elle savait que toutes ses tentatives de ne le réconforter n'y changerait rien, il se sentait coupable. Elle voyait sa carrure s'éloigner d'un pas lent vers la salle de bain et elle décida de l'arrêter, ils devaient parler.

-William, lança-t-elle, que se passe-t-il? Je t'ai dit que tu n'avais rien fait de mal, que je ne t'en voulais pas, tu n'as pas à te sentir coupable.

-Je le suis, grommela le jeune homme entre ses dents, je suis coupable Julia. Si je n'avais pas été sur cette intervention ce jour là, je n'aurai pas perdu la vue, si j'avais plus réfléchi, rien de tout cela ne serait arrivé. Tout serait encore comme avant, alors que là, plus rien ne le sera jamais.

-Tu fais des progrès, tu me l'as dit alors tu...

-Je t'ai menti, lança William en se tournant vers elle violemment, je te mens Julia, chaque jour.

-Mais pourquoi?

-Parce que tu crois que je suis encore l'homme que tu as épousé, tu crois que je peux encore veiller sur toi et te protéger, mais je ne suis plus cet homme Julia et il est temps que tu t'en rendes compte. Je ne suis pas le seul à être aveugle, tu te voiles toi aussi la face.

Julia resta immobile quelques instants, se demandant ce qu'il s'était passé depuis la veille, depuis l'instant où William l'avait tenu dans ses bras et couvert de baisers, et cet instant, celui où il la repoussait.

-Ne fais pas ça, murmura-t-elle en serrant les poings, ne me repousse pas.

-Parce que d'habitude c'est toi qui a ce rôle?

-Comment peux-tu me dire ça?

-Veux-tu vivre avec un infirme? Continua William sans tenir compte de sa remarque. Tu mérites cent fois mieux que cela. Cent fois mieux que moi.

-Je t'aime William, lança Julia avec colère, je t'aime qu'importe ce qu'il se passe, tu es mon époux. Et nous avons assez souffert dans le passé pour que je renonce à toi aujourd'hui.

-Et si toutes ces épreuves passées étaient simplement des signes que nous n'avons rien à faire ensembles?

-Tu t'entends? Rétorqua Julia. Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis? Ces épreuves ont renforcé notre amour, nous avons compris la chance que nous avions d'être ensemble, que rien n'était plus fort que ce lien si particulier entre nous. Tu ne changeras jamais ce qu'il y a entre nous.

Elle approcha de lui pour caresser sa joue mais William se recula aussitôt.

-Je ne peux plus te voir Julia, murmura-t-il, je ne peux plus te toucher sans te blesser, alors à quoi bon? J'oublie ton sourire, ton regard. A quoi bon continuer si nous ne savons que nous faire du mal?

-Je t'aime, murmura la jeune femme au bord des larmes, voila pourquoi continuer.

-Et c'est parce que je t'aime moi aussi que j'ai décidé de partir quelques temps.

-QUOI?

-Je vais partir quelques temps, répéta doucement William, seul.

-Seul? Et comment pourrais-tu vivre seul? Et où vivras-tu?

-A notre maison.

-William, elle n'est pas terminée c'est complètement...

-Idiot, je le sais, dit-il avec amertume, mais tu le sais aussi bien que moi, que je suis un idiot.

-Que t'est-il arrivé? Pourquoi agis-tu de la sortes?

-Je te l'ai dis, j'ai changé, répondit William en la contournant pour approcher du salon à nouveau et prendre sa veste qui se trouvait sur le rebord du sofa, je demanderai à George de passer chercher quelques vêtements.

-Et tu comptes partir maintenant? Alors que la nuit tombe? Nous n'avons pas terminé de discuter.

-La nuit est à chaque instant pour moi Julia, répondit William en se dirigeant vers la porte, et je crois qu'il n'y a rien de plus à dire entre nous. Laisse-moi du temps.

-Ne pars pas, lança Julia sur ses talons, ne passe pas cette porte William, ajouta la jeune femme avec colère, tu n'as pas le droit de me laisser seule, tu n'as pas le droit de m'abandonner, tu n'as pas le droit de me briser le cœur comme tu le fais. Si tu m'aimes William, ne fais pas ça.

-Tu n'as pas idée à quel point je t'aime.

-Mais tu veux à tout prix nous imposer d'être malheureux? Continua Julia en sentant les larmes couler sur ses joues. Pourquoi veux-tu à tout prix être malheureux William? Pourquoi refuse-tu d'accepter la vérité? Sans toi je ne vis pas, je croyais qu'il en était de même pour toi, au fond de moi je le sais, malgré tout ce qu'il s'est passé entre nous, je sais que j'ai raison. Je sais que nous ne pouvons pas vivre loin de l'autre, alors ne nous condamne pas. Je t'en prie, ne me rejettes pas.

Il ne répondit pas, serrant fermement ses poings. Il n'avait pas de réponses, il ne savait pas pourquoi il n'arrivait pas à être heureux, pourquoi l'aimer tellement pouvait lui faire tant de mal et de bien à la fois. Il était persuadé que jamais il ne pourrait lui offrir le bonheur qu'elle méritait. Il l'aimait au point que son corps lui-même souffrait lorsqu'il ne se trouvait pas auprès d'elle, mais il avait fait un choix. Il devait partir, maintenant, avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'il ne se tourne vers elle et qu'il ne la prenne dans les bras, la serrant de toutes ses forces contre lui et lui murmurant au creux de l'oreille que jamais il ne la quitterai une seule seconde. Qu'elle était tout pour lui.

-Je suis désolé, dit-il dans un souffle, j'ai besoin de temps pour me reconstruire, respecte mon choix.

Elle le regarda alors ouvrir la porte, puis quitter leur appartement, sans un mot. Elle se tenait là, immobile sentant son souffle se couper et son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Elle sentit un vertige la paralyser sur place, la nausée. Ses yeux se posèrent sur un bouquet de roses se trouvant sur le meuble le plus proche et aussitôt elle s'en saisit pour l'envoyer contre la porte. Elle entendit le vase se briser en milles morceaux, elle regarda l'eau s'écouler sur le tapis et les fleurs tomber sur le parquet. Puisque c'est comme ça, va-t-en William, pensa-t-elle avec rage, vas-t-en et ne revient pas. Je n'ai pas besoin de toi, je n'ai pas besoin de toi, répéta-t-elle dans sa tête en pleurant un peu plus en sachant que cela était le plus grand mensonge qu'elle ne s'était jamais dit.


à suivre...pas avant le 14 juillet !

a bientôt :)