Elle faisait ce doux rêve une fois encore. Elle se trouvait tout contre lui, allongée dans l'herbe haute derrière leur maison en construction. Le soleil caressait leur peau nue, la douce brise faisait tourbillonner les herbes autour d'elle, elle voyait par moment un nuage passer au-dessus d'elle et elle refermait aussitôt les yeux à nouveau dans un gémissement de plaisir, sentant la langue, les lèvres de son époux toucher sa peau une fois encore.
-Mmmh William, soupira-t-elle en se mordant la lèvre pour ne pas crier son prénom plus fort.
Elle sentit alors le souffle chaud de son époux voyager de ses cuisses, à son intimité, puis sur son ventre, entre ses seins et enfin dans sa nuque.
-Je suis là mon amour, murmura-t-il d'une voix rauque dans le creux de son oreille tout en pressant son corps contre le sien.
Elle trembla un instant, sentant la virilité de son époux, dure, droite et longue contre son ventre alors qu'il posa ses mains sur ses hanches et que ses dents mordirent tendrement sa fine peau en-dessous de son oreille. Elle perdait pieds, cela en était trop, elle était prête, prête à se donner totalement à lui, prête à le sentir s'enfoncer en elle, toujours plus profondément. Elle écarta un peu plus les jambes pour les passer sur les hanches de William, pour le retenir prisonnier contre elle, massant son cuire chevelu.
-S'il te plaît, murmura-t-elle en frottant son pubis contre le membre de son époux, s'il te plait William.
Il poussa un faible grognement de contentement et sa main quitta la hanche de son épouse. Elle se mordit les lèvres une fois encore, sachant ce qui allait se passer quelques secondes plus tard. Elle le sentit caresser son entrée chaude et humide, elle se cambra et dans le même mouvement, il se glissa en elle. Julia enfonça ses ongles dans le dos de William gémissant une fois encore en le sentant s'enfoncer de toute sa longueur. Jusqu'à cet instant, l'instant où ses testicules touchèrent ses fesses. Elle sentit le poids de William contre elle, un instant avant qu'elle ne tourne la tête doucement, avant qu'elle ne croise son regard. Il caressa tendrement sa tempe, il lui souriait. Julia en fit autant, se sentant enfin complète, heureuse. Elle garda son regard plongé dans le sien un long moment avant de l'embrasser. Doucement, William bougea au-dessus d'elle, si proche que son corps caressait totalement le sien alors qu'il la pénétrait encore et encore pendant de longues minutes.
Julia se tourna dans le lit dans un gémissement de contentement. Son bras tomba sur le matelas, à cet endroit où elle s'attendait à sentir le corps de son époux. Mais bien trop vite les événements de la veille lui revinrent en mémoire. Son cœur se serra dans sa poitrine. Ce rêve était encore bien plus douloureux qu'elle ne l'avait pensé. Doucement, elle ouvrit les yeux. Elle s'habitua à la faible luminosité. La pièce était vide, elle se trouvait seule dans ce lit froid. Elle pouvait pourtant sentir le parfum de William sur cet oreiller sur lequel elle avait posé la tête. Julia ferma alors les yeux. Elle ne comprenait pas. Elle n'arrive pas à se persuader que William avait fait cela pour leur bien. Elle pouvait comprendre qu'il avait besoin de temps pour se reconstruire, mais elle avait toujours cru qu'elle était celle qui pouvait l'aider, le soutenir, l'aimer. Elle ne comprenait pas pourquoi il voulait toujours leur empêcher d'être heureux. Elle l'aimait de tout son cœur, elle aurait donné sa vie sans la moindre hésitation pour lui. Mais elle ne pouvait pas faire plus que ce qu'elle faisait chaque jour. Lui répéter sans cesse à quel point il était important pour elle, lui murmurer au creux de l'oreille qu'elle l'aimait, lui montrer chaque jour qu'elle tenait à lui. Julia ignorait ce qu'elle avait fait de mal, où elle s'était trompée. Il y a des signes qui ne peuvent être interprétés de différentes façons. Elle pensait avoir fait tout ce qu'il fallait, de la manière dont il le fallait. Et pourtant, elle doutait. Peut être avait-il raison, peut être n'étaient-ils pas fait pour être heureux ensembles. Peut être ne le méritaient-ils simplement pas. Peut être que le destin aimait jouer ce jeu avec eux. Mais au fond d'elle-même, elle savait à quel point elle aimait William, qu'il était le seul qui comptait dans ce monde. Elle ignorait s'ils étaient fait pour être ensembles, mais elle savait qu'ils étaient âmes-sœurs. Elle lui manquait, terriblement. Elle sentait cette lame acérée transpercer sa poitrine, son souffle lui manquer, son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. William n'était pas là, et elle ignorait lorsqu'il la prendrait dans ses bras à nouveau. Sans qu'elle ne s'en rende compte les larmes coulaient sur ses joues. Julia se redressa et une rage sans non s'empara d'elle. Elle ignorait pourquoi elle était en colère, mais elle ne pouvait l'empêcher. Elle avait le sentiment de le détester. Elle le haïssait pour lui avoir brisé le cœur, pour la laisser dans un tel état de manque et de détresse. Elle s'empara alors de l'oreiller de William et elle le jeta violemment de l'autre côté de la pièce. Sur son chemin, il heurta un vase rempli de fleurs qui tomba sur le sol.
"Une rose par jour pendant deux ans. Une rose par jour depuis notre mariage. Et il y a dix bouquets" Dix bouquets Julia...Je te connais depuis dix ans"
Les mots de William résonnaient dans son esprit. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à la nuit précédente, cette nuit si magique qu'ils avaient partagé dans ce même lit. Elle pouvait encore sentir le souffle, les baisers et les caresses de William sur son corps tout entier. " Comment les choses peuvent-elles changer si vite?"
Julia soupira profondément. Elle n'avait pas de réponses. Et c'était ce qui la mettait le plus en colère. Ne pas savoir. Ne pas comprendre. Pourquoi? Ce mot tournait en boucle dans sa tête. Simplement "Pourquoi me repousse-tu ? Pourquoi refuses-tu de voir la vérité en face? Pourquoi ne peux-tu pas accepter ce qu'il se passe entre nous? Pourquoi?"
Incapable de se rendormir à cause de la douleur de son bras et de ses lourdes pensées, Julia quitta le lit. Elle passa sa robe de chambre et elle se dirigea vers son bureau. Elle prit une feuille, une plume et elle se mit à écrire simplement. Elle avait besoin de mettre en mot ce qu'elle ressentait, toute cette peine, cette incompréhension, cette rage, cet amour qu'elle éprouvait pour lui et qu'elle aurait voulu lui dire. Alors elle écrit, cette lettre qu'elle ne lui donnera jamais et qu'elle ajouterai à tant d'autres qu'elle gardait secrètement caché dans un tiroir de son bureau.
Ce fut avec un bras en écharpe et bien plus de maquillage qu'à l'habitude que le Docteur Ogden arriva au poste de police le lendemain matin. Elle se fraya un chemin jusqu'au bureau de son époux, prenant une profonde inspiration avant de s'avancer vers la porte. Mais un bref regard à l'intérieur, lui signala que William n'était pas là. Il était pourtant presque dix heures, et son époux n'était jamais en retard. Son cœur se serra dans sa poitrine, elle priait que rien ne lui soit arrivé.
Elle fit alors demi-tour pour se retrouver face à l'Inspecteur Brakenreid.
-Docteur Ogden, comment allez-vous? Lança-t-il avant qu'elle n'ait le temps de prendre la parole. Votre bras va mieux?
-Bien, je... je pourrai faire mon travail comme il faut.
-Tanmieux, surtout si vous avez besoin de repos, vous pouvez prendre votre journée.
-Cela ira Monsieur.
Son ami acquiesça et ils restèrent silencieux quelques instants avant que la jeune femme ne prenne une profonde inspiration et ne reprenne la parole.
-Avez-vous vu William ce matin?
-Bien entendu, comme toujours, à huit heures précise. Et je lui accordé son congé, il a prit quelques affaires, Crabtree lui apporta les autres et prendra son bureau en attendant.
Julia fronça les sourcils, un détail qui n'échappa pas à son supérieur qui reprit la parole.
-Il ne vous en a pas parlé, n'est-ce pas?
-Nous ne parlons plus beaucoup, avoua Julia en un murmure avant de baisser le regard vers le sol.
-C'est le mariage, répondit Thomas en haussant les épaules. Murdoch a demandé à quitter le poste de manière temporaire, dans un premier temps, il affirme vouloir se concentrer sur la construction de la maison, mais aussi avoir du temps pour guérir. Il a admit ne plus avoir sa place ici, et il n'a pas tout à fait tort, vous le savez aussi bien que moi.
-Malheureusement oui, soupira Julia, il estime ne plus avoir sa place auprès de moi non plus.
-Laissez-lui le temps. Il ne pourra pas se passer de vous indéfiniment.
Julia ne répondit pas. Elle n'avait plus la force de croire ce que son ami lui disait. Elle n'avait plus la force de garder espoir, tout ce qu'elle voulait s'était se précipiter à leur maison et se jeter dans les bras de William. Elle voulait se réveiller de ce cauchemar et constater qu'elle se trouvait auprès de lui, qu'il avait son regard plongé dans le sien tout en caressant tendrement son dos. Elle voulait le voir, lui parler, savourer chaque seconde auprès de lui.
-On a un corps sur Dundas/ Younge, lança l'Inspecteur Brakenreid, rien de tel que de travailler pour oublier. Ne vous en faites pas, tout s'arrangera.
Julia acquiesça et sans un mot, elle quitta les lieux pour se rendre à la morgue. Elle y prit son sac et elle vit le bouquet de roses qui se trouvait encore sur son bureau. Décidément, tout lui rappelait William. Il allait lui falloir beaucoup de volonté et de courage pour l'oublier, ne serait-ce que quelques heures. Oublier pour ne pas souffrir, oublier pour pouvoir continuer à l'aimer.
Ce soir là, elle avait voulu aller le voir, aller se rassurer qu'il aille bien. Mais au moment de donner l'adresse au cocher, Julia se ressaisit. Il ne veut pas te voir, c'est bien trop tôt. Laisse-lui le temps; laisse-le revenir vers toi lorsqu'il sera prêt. Elle soupira alors profondément et elle donna l'adresse de l'hôtel. Une fois arrivée, elle se débarrassa de ses affaires dans l'entrée. Elle vit qu'il manquait des livres, des objets, des vêtements. Elle trouva une fleur de violette simplement posée sur son oreiller. William était passé, en toute discrétion. Il avait pris quelques affaires et il avait déposé cette fleur. Tout n'était peut être pas perdu, il pensait à elle, peut être l'aimait-il encore un peu. Une fois encore déstabilisée par l'attitude de son époux, Julia soupira profondément en se rendant dans la salle de bains. Elle se déshabilla et elle regarda simplement son corps nu dans la glace quelques instants. Des marques rouges jalonnaient son corps, bien moins douloureuses que des blessures, elles étaient la preuve que William l'avait tendrement et passionnément aimé. Elle caressa du bout du doigt celle qui se trouvait entre ses seins. Puis, elle se dirigea vers la baignoire et elle se laissa glisser dans l'eau brûlante. Elle ferma les yeux, tentant de se détendre quelques minutes jusqu'au moment où l'eau se rafraîchit et qu'elle quitta la salle de bains pour se rendre dans la chambre et se coucher, sans même prendre la peine de manger quoique se soit. Elle prit dans ses bras l'oreiller de William, le serrant de toutes ses forces contre elle, comme pour se persuader de sa présence à ses côtés, comme pour se souvenir de la sensation qu'elle éprouvait en se trouvant dans ses bras, puis, elle s'endormit, simplement.
à suivre...
